Greek Crisis

mardi 9 novembre 2021

Mauvais coton



En Thessalie comme en Afrique, le coton est considéré comme “l’or blanc” de l’agriculture locale ou régionale. C’est d’ailleurs en ce moment même le temps de sa récolte, si possible avant la pluie qui revient bientôt cette semaine. Tâche souvent accomplie en fin de journée, c’est autant l’occasion d’une rare sociabilité retrouvée et en plein air. Vu le contexte actuel, on en sort ragaillardi. Pour une fois... on ne file pas du mauvais coton.

Production locale de saison. Thessalie, novembre 2021

Ensuite, et à part le coton, il y a ce que l’on trouve sur le marché local ; châtaignes, raisins, pommes et noix... il y a de quoi s’en réjouir et dès lors... se préparer à grignoter sagement. Les temps changent. Les rares touristes ont déjà quitté la région, et hormis le climat COVIDiste comme métanthrope globalisé, le reste du quotidien se maintient toujours, ne serait-ce qu'en apparence.

On est tout de même loin de l’année 1965, quand le géographe Michel Sivignon alors décrivait ce qu’il en était de la région et de sa plaine. “La Thessalie a mauvaise réputation. Les voyageurs qui depuis plus de deux siècles font le pèlerinage de la Grèce pestent contre la boue ou la poussière, contre le gîte qu'ils trouvent trop sommaire, désagréments qu'ils sont prêts à pardonner aux régions où quelque ruine antique peut les consoler. Les touristes modernes traversent à la hâte ces lieux dépourvus du pittoresque qu'ils ont coutume de consommer”.

Montagnes et rivières. Thessalie, novembre 2021

La littérature géographique, pour maigre qu'elle soit, n'est pas plus tendre pour le pays, et insiste sur l'aspect minable des bourgades et le dénuement des habitants, volontiers comparé à celui des Noirs -des cases soudanaises. Cette réputation n'est plus tellement justifiée, ou du moins le jugement mérite quelque nuance, car en dépit de sa platitude, la plaine thessalienne n'est point une région si uniforme, ni dans les caractéristiques physiques de ses sols, ni dans leur aménagement par l'homme”.

Depuis, on a tant irrigué en plaine, et en 2021, le prix au kilo du coton récolté dépasse les 70 centimes pour les producteurs, sachant qu’en Thessalie, le rendement actuel atteigne facilement 350 kilos par stremme, c’est-à-dire, 3.500 kilos par hectare.

Marché local. Tríkala en Thessalie, novembre 2021

Tout n’est pourtant pas vraiment coton, car les coûts et les frais ont explosé, à commencer par ceux des engrais et du pétrole. Programmation... en cours. Et singulièrement depuis la dernière annonce en date de la part des marionnettes aux commandes. viennent. Bientôt, et en tout cas vers la... grande date du futut, à savoir 2030, les paysans du pays devront se contenter d’une production totalement contrôlée car prescrite par l’État, dans le but officiel “de subvenir aux besoins locaux, et non plus, d’alimenter le marché national et international”.

Une collectivisation en somme sous... les Rothschild, car sinon, les derniers des paysans perdront automatiquement le statut de l’exploitant agricole. Sauf que pour l’instant, ce type d’information ne secoue guère les esprits, contrairement aux affaires du COVID et des piqures par exemple.

Cette terre qui ne ment pas... semble se ranger toujours de notre côté. Au village thessalien, en plus du coton, du maïs et du blé, on se contente il faut dire également, des serres et de leur production en légumes, que l’on vend alors en ville et c’est encore comme on dit rentable. Mais il y a si peu de monde dans les deux cafés vu le contexte actuel, les gens échangent bien moins que par le passé... sur leur futur. Fruits et sinon légumes.

Les serres au village. Thessalie, novembre 2021

Certes enfin, Dieu merci, l'aspect des bourgades n’est plus minable et cela depuis longtemps, et le dénuement des habitants n’est qu’un souvenir... sauf que depuis la dite crise grecque, plus du tiers de la population des villages n’est plus. Les jeunes ont émigré en Allemagne, à Athènes, ou sinon, ils se sont déplacés vers les villes de la région, histoire de trouver un travail, si possible dans le Service public.

Pas si évident tout de même, surtout quand on sait que lorsqu’une chaîne de supermarché s’y installe en ville, rien que pour trouver un poste de caissière, l’opération exige désormais... l’intervention décidée du maire ou des députés de la circonscription.

Toutefois, en attendant le Grand Reset, la boue et la poussière des chemins ont été remplacées par le goudron des voies rapides, ainsi désormais à Tríkala sous le Pinde non loin des célèbres Météores, le poisson arrive enfin bien frais depuis Vólos, le grand port de la Thessalie. Nos ainés se rappellent à ce propos, que du temps de leur jeune âge, le... vieux poison était forcément salé ; mais de nos jours et devant les poissonneries de Tríkala, nos matous adespotes de la ville n’auront rien raté de l’ère des dernières autoroutes et du poisson bien frais qu’elles nous apportent. En tout cas pour l’instant.

Nos matous adespotes. Tríkala, novembre 2021

La nuit tombe, le coton est ramassé et certains champs sont déjà labourés, car on y prépare si possible la suite. Comme le rappelle Michel Sivignon en son temps des recherches sur le terrain, “l'ensemble de la plaine de Tríkala-Kardítsa est du point de vue du géologue un fossé d'effondrement dont le mouvement de subsidence se poursuit”. J’y rajouterais, au maigre risque de me tromper, que le prochain effondrement... sera cette fois-ci, humain et ontologique. Il est d’ailleurs en cours... de téléchargement.

Tout devient donc de plus en plus brouillé dans l’attitude des humains. Exemple parmi tant d’autres, depuis la fin des confinements, les citadins de la ville d’à côté ont abandonné un bon nombre de chiens au village ; pauvres animaux, utilisés visiblement durant quelques semaines dans un motif dit “de sortie et de balade”.

Certains champs sont déjà labourés. Thessalie, novembre 2021

Mes cousins du village, en ont adopté déjà quatre... mais difficile d’aller au-delà. Yánnis et María ont même fait stériliser les leurs, mesure comme ils disent “de simple précaution”. De ce fait, tout n’est ni rose, ni même coton dans ces affaires comme dans tant d’autres. Lítsa, la vielle voisine qui a perdu ses deux fils et son mari il y a quelques années, pense alors que le nouveau chaton qu’elle avait accueilli, lui aurait été enlevé, voire tué par d’autres voisins. L’enquête à mener n’est pas facile mais telle est aussi la vie au village. Mais le lendemain... le chaton est revenu chez elle.

Chiens au village. Thessalie, novembre 2021

Sauf ainsi du retour du chaton en cette campagne, le reste a été déjà annoncé durant la 8ème Conférence de la PAC 2021-2027 qui s’est tenue à Mytilène, la capitale de l’île de Lesbos, ce 7 novembre. La Région de l'Égée Nord y participait naturellement, de même que le Réseau dit “National Agricole du Programme de Développement Rural”, en présence du Ministre des ministres exécutants habituels.

Au cours de l'événement, il a été abordé “le renforcement d'un secteur agricole désormais durable et compétitif, lequel contribuera de manière significative à l'Accord vert européen, est qui constitue l’objectif principal pour la formulation de la Stratégie nationale de développement rural, pour ce qui est de la PAC 2021-2027”. L'agriculture et l'élevage seront réduits. Soit les intéressés suivront à la lettre les conditions imposées par l'État pour alors respecter les normes du Grand Restart, soit ils ne seront pas ou plus... agriculteurs.

La nuit tombe. Thessalie, novembre 2021

Dans ce sens imposé, “de nombreuses petites unités de production seront créées dans toute la Grèce, où la communauté consommera essentiellement ce qu'elle produit. L'économie sociale, coopérative et solidaire cherche à se substituer à la forme actuelle d'économie”, poussant, si l'on veut décrire cette mutation en seulement quelques mots, les entrepreneurs et les indépendants, et surtout les agriculteurs, à se placer au service de l'État, sous prétexte “de répondre aux besoins collectifs et sociaux”. Ils donneront de ce fait les clés de leurs exploitations ainsi que leurs champs à l’État, au nom d'une nouvelle économie verte.

Sous... le COVID, le vide. Inutile de... dire qu’en ville, soit c’est la famine qui dominera les esprits et alors achèvera sitôt les corps, soit les... nombreux métanthropes citadins sous la métastase en cours, seront gavés d’une pseudo-nourriture 100% synthétique... et syncrétique.

Déjà en ville sous la... décroissance actuelle, les marchands de tapis finissent par réaliser que leur chiffre d’affaires est en chute de 40%, étant donné que les sujets non-vaccinés n’ont plus accès aux commerces sans le fameux passe ou sinon test dit rapide et en réalité biopolitique.

Et comme de coutume, nos chats adespotes en profitent encore pour s’installer sur les tapis et autres moquettes en exposition. Mais alors jusqu’à quand ? Mauvais coton?
Nos chats adespotes en profitent. Tríkala, novembre 2021

* Photo de couverture: Récolte du coton. Thessalie, novembre 2021