Greek Crisis

mardi 25 mai 2021

La Pierre de Dieu



L’éternité est parfois à portée de main. Telle est en tout cas l’impression donnée par certaines traces de notre humanité, dans un monde actuel... plutôt occidental que l’on croit lancé à toute vitesse vers l'Apocalypse. Dernier arrêt sur images en Thessalie, et voilà que non loin des célèbres Météores et de leurs monastères, une sorte... d’Uluru, d’Ayers Rock thessalien domine les lieux. Son nom, qui est autant celui du village construit à ses pieds, n'a pas été choisi par hasard ; Théopetra, “Pierre de Dieu”.

Vue des Météores depuis Théopetra. Thessalie, mai 2021

Cet inselberg qui domine significativement les alentours est certes plus petit que le célèbre Ayers Rock en Australie, sauf qu’il englobe en même temps une grotte formée au début de la période du Crétacé supérieur, vers cent trente-sept mille ans avant notre dernier temps présent. Et le plus étonnant c’est que la grotte, sous... notre Pierre de Dieu, créée dans le calcaire, fut habitée depuis la période du Paléolithique moyen, tout de même... il y a cent trente-mille ans.

Habitée depuis le Paléolithique moyen. Musée de Théopetra, mai 2021

Et l’on apprend à son propos, grâce aux archéologues, que “la grotte est probablement le lieu de l'une des plus anciennes constructions humaines sur Terre, car les découvertes indiquent que l'abri était habité il y a 130.000 ans, tout d'abord par les Néandertaliens”.

Les fouilles de Théopetra ont commencé en 1987 sous la direction de l'archéologue Catherine Kyparissi-Apostolika. Les découvertes faites depuis lors incluent des outils en pierre des périodes paléolithique, mésolithique et néolithique, ainsi que des objets en poterie néolithique, en os et en coquille. Les découvertes sont des preuves importantes de la transition du mode de vie du Paléolithique au néolithique en Grèce”.

Objets du Néolithique. Musée de Théopetra, mai 2021

Les dernières découvertes montrent qu'environ 43 personnes vivaient dans la grotte Théopetra pendant l' ère néolithique. Les experts ont même pu confirmer qu'ils mangeaient du blé, de l'orge, des olives, des légumineuses et de la viande dans leur alimentation”.

Les dernières données présentées par Kyparissi-Apostolika montrent que la grotte a servi de refuge aux gens pendant des milliers d'années, et il est très probable qu'il y ait eu des périodes où ils l'ont quittée, en fonction des conditions météorologiques du moment, puisque le climat a changé à plusieurs reprises au cours de ces milliers d'années”.

Femme de 18 ans... il y a 7.000 ans. Musée de Théopetra, mai 2021

L'une des découvertes les plus importantes à l'intérieur de la grotte Théopetra était la dépouille d'une femme de 18 ans qui vivait en Grèce il y a 7000 ans. Selon Kyparissi-Apostolika, des sépultures humaines sont également trouvées sur le site, il ne fait donc aucun doute qu'il y avait des habitants dans cette grotte. Deux sépultures correspondent à la période post-glaciaire du Paléolithique supérieur, une datant de 14.990 à 14.060 av. J.-C. tandis que trois autres sépultures correspondent à la période mésolithique, et ont été datées entre 7.000 et 7.500 av. J.-C.”, c’est tout de même... une bien longue histoire.

Crane humain d'il y a 16.500 ans. Musée de Théopetra, mai 2021

Les archéologues ont découvert un mur de pierre qui fermait autrefois partiellement l'entrée de la grotte. En utilisant une méthode relativement nouvelle de datation connue sous le nom de -Luminescence Optiquement Stimulée-, les scientifiques ont maintenant pu dater ce mur à environ 23.000 ans”.

L'âge du mur a conduit les chercheurs à supposer qu'il avait été construit par les habitants de la grotte pour les protéger du froid. Il a été affirmé qu'il s'agissait de la plus ancienne structure artificielle connue en Grèce, et peut-être même dans le monde”.

La grotte de Théopetra. Thessalie, mai 2021

Le site a été officiellement ouvert au public en 2009, mais fermé temporairement un an plus tard, car les restes d'un mur de pierre construit par l'homme ont été découverts au cours de cette année. Il a rouvert un an plus tard, mais fermé à nouveau en 2016, et reste malheureusement fermé en raison du risque de glissements de terrain”, peut-on alors apprendre de manière disons plutôt neutre.

En raison de son importance pour la préhistoire de l'Europe du Sud-Est, la grotte est devenue un site archéologique ouvert aux visiteurs, tandis que ses découvertes sont exposées au Centre de documentation et de formation de la grotte Théopetra - musée à l'entrée du village, non loin de la grotte”.

Théopetra, le village. Thessalie, mai 2021

En ce mai 2021, le petit musée vient tout juste de rouvrir... après son hibernation, sous le dernier confinement qui comme on sait, q duré en Grèce près de sept mois. Et alors, on relativise. Ce n’est même pas une fraction de seconde devant les 130.000 ans... de présence humaine sur cette terre de Thessalie.

Seulement voilà, on ne peut pas autant relativiser si facilement cette longue fermeture du site, et pour tout dire, son abandon ou encore, l’arrêt des travaux ainsi que des fouilles. Au musé, les employés municipaux se sont montrés gênés. “Nous n’en savons guère davantage, c’est compliqué”.

Théopetra, le village. Thessalie, mai 2021

On dirait que la profondeur de l’histoire en cette terre grecque... serait peut-être gênante aux yeux de certains. Nous nous sommes contentés donc d’une visite de l’entrée de la grotte... en détourant le grillage ; tout comme nous nous sommes comblés... des alentours verdoyants et de leurs lézards forcément verts. Oui, l’éternité est parfois à portée de main!

Alentours verdoyants. Théopetra, mai 2021

Lézard... forcement vert. Théopetra, mai 2021

Grotte fermée. Théopetra, mai 2021

Mai finissant. Après Théopetra et avant de quitter la Thessalie, nous avons vu nos amis en ville de Tríkala, la capitale régionale. Discussions sur l’actualité donc... à n’en plus finir. De la Préhistoire des Néandertaliens... nous voilà projetés en pleine métahistoire des vaccinodromes et du transhumanisme.

Nos amis parmi les vaccinés, se sentent ainsi à la fois rassurés... et inquiets. “Rassurés car quoi qu’on en dise, les anticorps finiront par nous protéger un peu de la maladie, inquiets, car nous savons que nous sommes les cobayes des fabriquant des dits vaccins. Mais maintenant c’est fait”.

Drôle de métastase humaine... ontologique. Car, la presse mainstream ne peut plus occulter les décès par thrombose, survenus après vaccination... surtout par le produit AstraZeneca On en compte trois en Grèce ces derniers jours, et même à Chypre, où une britannique travaillant comme top-model est décédée de la sorte, à l’âge de 39 ans.

Le pont central. Ville de Tríkala, mai 2021

Instants paisibles. Ville de Trikala, mai 2021

Dans le même ordre d’idées, notre cousine María fut très inquiète, car ne sentant plus vraiment ses pieds quelques jours après le rappel d’AstraZeneca, elle a été conduite chez un cardiologue de la ville un samedi soir. “Ne vous inquiétez pas, ça passera”, fort heureusement, depuis elle va mieux.

Sauf que le Régime déclare haut et fort que la vaccination deviendra obligatoire pour toute une partie de la population, voire pour tous les habitants du pays, à commencer par certaines catégories de fonctionnaires. En d’autres temps, la liberté de choix aurait été défendue par les institutions, toutefois, ces autres temps ne sont plus.

Des amis du Péloponnèse qui travaillent encore dans le privé et qui refusent la vaccination, nous disent que depuis peu, leurs patrons les menacent ouvertement de les licencier. C’est plutôt un phénomène paraît-il, assez massif en Grèce et en ce moment. Depuis les émouvantes grottes des lointains ancêtres, nous voilà immergés de force dans ce grotesque des initiés mondiaux et des parasites. Piètre humanité, diraient-ils certains.

Tsípouro, production locale. Tríkala, mai 2021

Mais à Tríkala, les gens dégustent ce qui peut toujours être dégusté à la manière du tsípouro même sous conditions. Près de sa rivière Lithaíos un petit restaurant traditionnel spécialisé, dernier parmi les derniers, sert toujours les soupes à la viande et aux tripes, le fameux Patsás. Cette soupe de tripes fut un aliment de base pour de nombreux Grecs au fil des années, il est réputé notamment pour être le meilleur remède contre une gueule de bois et un repas copieux pour les travailleurs acharnés.

En effet, c'est à l'origine un plat pour les ouvriers, les bouchers et fermiers sur les marchés, ou simplement pour les amateurs de Patsás. Donc... cette soupe de jadis, est souvent consommée très tard le soir ou au petit matin. Mais en 2021, le couvre-feu est toujours de mise et la gueule de bois serait à ranger aux oubliettes, au même titre que les travailleurs acharnés.

Petit restaurant traditionnel spécialisé. Tríkala, mai 2021

Nous voilà donc de nouveau plongés en quelque sorte dans l’oubli, celui que les Anciens avaient très exactement déifié à leur manière. Car, dans la mythologie grecque, Lithaíos était bien le fils de Léthé, nymphe appelée aussi parfois “Oubli”, autant fleuve de l'Enfer dont les eaux avaient la propriété de faire oublier leur passé terrestre aux âmes des morts qui devaient les boire. Ou sinon d'après l’Orphisme, il existait une source de mémoire, la Mnémosyne, et une source d'oubli, Léthé, les deux sources se trouvaient sur le site de l'oracle de Trophónios, qui, croyait-on, était une des entrées des Enfers. Nous voilà rassurés !

Lithaíos, dont le pont central à Tríkala a été construit entre 1886 et 1888 par des ingénieurs français, et qui relie la place principale à la rue piétonne... d’Esculape sur cet affluent de Piniós qui traverse la ville et la divise en deux, déjà mentionné par Strabon, tout comme le célèbre Pénée thessalien, l’actuel Piniós.

Les spécialistes d’ailleurs le savent. “Il est clair aussi que l'utilisation de ces lignes de force du paysage, plus encore que la référence aux massifs montagneux, a servi à définir la position de nombreux autres points de l'espace, depuis très longtemps. Les anciens Grecs ont su utiliser les cours d'eau comme repère, non seulement pour décrire un pays, mais aussi pour structurer celui-ci, dans des représentations qui avaient d'emblée une signification politique: celle que l'on doit donner à la distribution et à l'organisation des communautés humaines dans cet espace”.

Au petit restaurant traditionnel spécialisé. Tríkala, mai 2021

La représentation du Pénée, dans l'histoire thessalienne, a joué un rôle également dans d'autres domaines, ceux de la mythologie et de la géographie, qui se sont trouvés là étroitement associés, d'une manière paradoxale”.

Autant donc arrêt sur images en Thessalie, entre Mnémosyne et surtout Léthé... la léthargie ambiante. Ou, comme nous le rappelle Nicolas Bonnal sur son blog citant Stefan Zweig des années 1920 qui déjà s’élevait contre l’uniformisation du monde, notre “situationnisme” n’est peut-être plus vraiment récupérable.

La ville et ses vieilles maisons... habitées. Tríkala, mai 2021

Une impression tenace s’est imprimée dans mon esprit: une horreur devant la monotonie du monde. Nous devenons les colonies de la vie américaine, de son mode de vie, les esclaves de la mécanisation de l’existence. Pour les âmes serviles tout asservissement parait doux et l’homme libre sait préserver sa liberté en tout lieu. Le vrai danger pour l’Europe me paraît résider dans le spirituel”.

La plupart des gens ne s’aperçoivent pas à quel point ils sont devenus des particules, des atomes d’une violence gigantesque. Ils se laissent ainsi entrainer par le courant qui les happe vers le vide ; comme le disait Tacite: Ruere servitium, ils se jettent dans l’esclavage, cette passion pour l’autodissolution a détruit toutes les nations. Vivons tranquillement mais librement, en suivant notre seule inclination celle qui nous est personnelle, et gardons notre rythme de vie”.

La ville et sa forteresse byzantine. Tríkala, mai 2021

Et à Tríkala, la ville aux quelques veilles maisons encore si bien habitées et à la forteresse byzantine, on dirait que la Mnémosyne s’est déjà éteinte, à deux pas seulement de Théopetra, la Pierre de Dieu. L’éternité... fut pourtant à portée de main.
L’éternité... à portée de main. Tríkala, mai 2021

* Photo de couverture: Théopetra, la Pierre de Dieu. Thessalie, mai 2021