mardi 30 mars 2021

Retour au mythe !



Retour au mythe que l’on appelait parfois fondateur. Exode... réussi de Greek Crisis vers son quartier d’été, dans le Péloponnèse proche. Survie, vie locale et... toujours confinement. On savait qu'on partirait d’Athènes coûte que coûte. Nos amis nous ont accueillis à bras ouverts... certes à deux mètres de distance, mais le cœur y est, infaillible comme toujours. Et ils ont d’emblée pris le temps de nous parler de leur situation, partagés comme ils sont entre inquiétude, ingéniosité et tristesse. Nouvelle saison !

Notre... grand appareillage. Golfe Saronique, mars 2021

Notre... grand appareillage a eu lieu en matinée au port du Pirée. Le grand port tourne comme nous avons pu le constater au ralenti, car il y a dix fois moins de rotations et le plus souvent, les ferrys restent à quai. Dans le même ordre d’idées... novatrices, une partie du port est désormais utilisée pour l’hivernage des paquebots de croisière. On croise alors les doigts pour la supposée prochaine saison 2021.

L’hivernage des paquebots de croisière. Le Pirée, mars 2021

Au Pirée justement, le café emporté à la main, nous avons rencontré Sífis ; Crétois et capitaine de son métier, encore employé il y a peu pour le compte d’une des compagnies assurant la liaison entre le Pirée et la Crète. Il s’apprêtait à embarquer à bord de son navire pour la dernière fois.

Je viens de quitter la compagne suite à un accord mutuel. Le trafic actuel représente à peine 30% de celui de 2019, toujours à la même période de l’année, donc acte. Six mois bientôt de confinement sans interruption, au total huit mois de confinement sur douze depuis mars 2020, ce n’est pas rien”.

La compagnie ne pouvait plus me garder, les prévisions sont plutôt mauvaises. Rien ne reprendra vraiment comme avant. On le sait. Je me suis reconverti, je viens de décrocher un poste de chef pilote de port chez moi en Crète. Certes, mon salaire sera divisé par deux mais je n’ai guère le choix. Regardez ces pauvres Grecs assis en face... il ne faut surtout pas finir comme eux”.

“Ces pauvres Grecs assis en face”. Le Pirée, mars 2021

Oui, ces pauvres Grecs assis bien en face. Le Pirée, tout comme le centre-ville d’Athènes ont vu leur nombre de sans-abris exploser en moins d’un an. Ils sont tous Grecs, âgés entre cinquante et soixante-dix ans, hommes et femmes alors délaissés de tous. Aucune ONG ne s’occupe d’eux, car ces structures mondialistes et mafieuses sont toutes immigrationnistes et fières de l’être.

D’ailleurs, nos ennemis aux commandes ne se cachent plus. “Je combattrai le nativisme”, avait-il déclaré avec tant d’orgueil il y a seulement quelques mois, le laquais Mitsotákis, dont la famille est largement impliquée dans ses ONG. Elle entretient d’ailleurs des liens étroits avec le pirate financier Sóros. “Business as usual” ; autrement dit, le Grand Reset... grandeur nature.

Première escale à Égine, l'île voisine d'Athènes ; tout est à sa place, pour ce qui est déjà de l’image attendue. Et d’abord “Ágios Nikólaos o Thalassinós”, Saint-Nicolas de la mer, la première bâtisse que l'on rencontre dans le port même d'Égine. Une belle chapelle blanche datant du dix-septième siècle à l’architecture cycladique, dédiée au compagnon et protecteur des marins.

Saint-Nicolas de la mer. Égine, mars 2021

L’endroit il faut dire, reste toujours préféré des habitants et des visiteurs d'Égine. Qui ne se souvient pas en Grèce du film légendaire du cinéma commercial national des années 1950-1960, “Vacances à Égine”. Comme nous l’avons visionné encore récemment, nous y avons naturellement songé. Car pour nous tous, le moindre petit voyage ou déplacement par les temps actuels confinatoires, surtout paupérisant les peuples au point même de les faire disparaître, est plus qu’apprécié... à la manière d’un vieux film.

C'est alors à la fin du mois d'août 1957 que l'équipe de tournage du producteur et réalisateur Andréas Lambrinós arrive à Égine pour le tournage du film emblématique sur cette île du Golfe Saronique, comme il s'est avéré un peu plus tard. En ces années-là, la rentrée des classes était fixée au 1er septembre, ainsi l'île commençait à se vider car les vacanciers prenaient déjà le chemin du retour. D'une certaine manière, la production avait mal calculé son calendrier car les lieux où devaient se dérouler d'importants tournages de cette aventure romantique estivale avec Alíki Vouyoukláki au rôle principal, Andréas Bárkoulis et Lámbros Konstandáras étaient largement désertés de leurs vacanciers. La solution toute trouvée fut de faire appel aux habitants locaux.

Andréas Bárkoulis et la chapelle Saint-Nicolas. Égine, août 1957

Parmi les habitants, Páris Potámianos, figure locale d’une “légendaire paresseuse intelligente” était un homme passepartout qui aimait se mêler aux personnages célèbres et qui aux dires de tous, il savait tout faire. De la peinture des mâts comme des villas, de la peinture autant artistique, en passant par l’érudition dans l’histoire locale.

Il a été sitôt recruté pour les besoins du film, devenant pendant un certain temps acteur, de même que le lien principal entre les habitants et l’équipe du tournage. C’est le gars potelé habillé en blanc, incarnat le guide, le Cicérone comme on l’appelait à l’époque, montrant de vrai Égine à Vouyoukláki et à Konstandáras.

Parmi les comparses locaux du film, figurait d’ailleurs le maire d'Égine des années 2010-2014, Théodosis Sakiótis. C'est un petit enfant aux cheveux courts lequel a été obligé de s'asseoir dans un coin pour bien entrer dans le cadre.

Vue depuis le port. Égine, mars 2021

Et quant à Alíki Vouyoukláki, c’est seulement à ce moment-là qu’elle a fait ses premiers pas et qu’elle avait commencé à cultiver son tempérament de star. Ainsi, ce sont décidément ses... Vacances à Égine qu’ont finalement jeté les bases sur lesquelles Vouyoukláki a fabriqué son type de fille mignonne, innocente mais aussi rusée et coquine qui la suivra tout au long de sa carrière.

Andréas Bárkoulis et Alíki Vouyoukláki. Égine, août 1957

Voyager et non pas “faire du tourisme”, c’est alors songer, réapprendre, philosopher. En moins de trois heures de traversée le constat est ainsi amer, rien que pour saisir ce dont nous sommes privés en ces longues semaines hivernales de l’emprisonnement confinatoire.

Il suffit par exemple de songer à Égine de 1957. “Bien que la plupart des habitants à cette époque étaient pauvres, ceux de la classe aisée qui visitaient l'île ou qu’y possédaient déjà des villas et des propriétés, se montraient tout de même sensibles aux âpres réalités locales, faisant parfois preuve d’un certain bien-être social”, d’après toujours le témoignage disponible.

Ils étaient comme des seigneurs féodaux mais alors sans leur mentalité corrompue. Ils ont essentiellement aidé les habitants de l'île, et même l’écrivain Níkos Kazantzákis. Paupérisé comme tous les Grecs hormis les classes très aisées et les Collabos, Kazantzákis avait vécu à Égine pendant l'Occupation, et donc il avait été nourri par une famille de seigneurs locaux, ayant emprunté également des livres à la bibliothèque de leur grande demeure familiale.

Débarquement à Égine, mars 2021

L’histoire en ces lieux, n’était d’ailleurs pas encore lettre morte en 1957. Égine fut cette capitale provisoire de la Grèce bien avant Nauplie ou Athènes. En novembre 1826, le gouvernement révolutionnaire de la Grèce insurgée, a trouvé refuge dans le port actuel de l'île.

Chóra, sa localité, devint ainsi la capitale de la Grèce. C’est dans la cathédrale d’Égine que le premier gouvernement libre, Ioánnis Kapodístrias prêta serment, celui que certains vieux habitants de l’île appelaient encore “Tonton Yannis” en 1957. En 2021, cent quatre-vingt-dix ans après l’assassinat de Kapodístrias... par les initiés de toujours, le débarquement à Égine se fait trop bref et plus personne ne songe désormais à “Tonton Yannis”.

Arrivés à destination. Péloponnèse, mars 2021

Arrivés à destination, nous avons été accueillis par nos amis comme de coutume. Ils ont d’emblée pris le temps de nous parler de leur situation, partagés entre inquiétude et tristesse. Leur port est vide et les terrasses des cafés sont fermées par décret depuis fin octobre.

Voyez-vous, même sans ses bistrots, notre bourgade a été décorée pour la fête nationale du bicentenaire de la Révolution de 1821, et comme jamais auparavant. Notre fête nationale... c’est bien à nous de la porter dans nos cœurs, quand tous les politiciens et l’État ont alors trahi”.

“Notre bourgade a été décorée”. Péloponnèse, mars 2021

Sinon, on vend à emporter, ou plutôt... autant en emporte le vent. Et quant à la réouverture, sans dates précises et que surtout tenues par les pantins qui nous gouvernent, mieux vaut rester en fermeture. Car préparer le bistrot, commander et payer notre approvisionnement pour que tout puisse se perdre par la suite ; non et encore non. Nous avons déjà donné et nous étions perdants”.

Puis, je vais tenir encore cette année, ensuite je prendrai ma petite retraite et je vais transformer la deuxième maison familiale en chambres d'hôtes pour les derniers rescapés du tourisme de l’après COVID. S’ils existent. Sinon, j’aurais toujours mes oliviers, le cheval et les chèvres. Ma famille survivra, bien même sans le café. Sauve qui peut, vie locale”.

Vie locale. Péloponnèse, mars 2021

Péloponnèse mythique et ses habitants. Leur beau Printemps est certes blessé comme celui de tous les autres ; cependant, ils sont largement conscients des avantages de la campagne sur la ville. On se saurait dire que ce sont les villes qui nourrissent la campagne.

Et comme aujourd’hui 30 mars, par le hasard du destin c’est le jour de mon anniversaire ; connaissant aussi notre situation étriquée... devenue historique, “Tonton Yannis” bien d’ici et non pas notre regretté Gouverneur, nous a alors offert deux poissons, pêchés ce matin.

Deux poissons, pêchés ce matin. Péloponnèse, mars 2021

Retour donc au mythe que l’on croit parfois survivaliste par les temps qui courent. Temps nouveaux. Pour ce soir, anniversaire oblige, nous avons commandé... une pizza à emporter, d’autant plus que nous n’en avions pas vu les couleurs depuis près de six mois. Le... grand luxe des temps d’après, en plus de la belle nature tout de même.

Mimi à bord du ferry. Golfe Saronique, mars 2021

Exode... enfin réussi de Greek Crisis vers son quartier d’été, dans le Péloponnèse proche ; Mimi et Hermès sont naturellement de la partie. Nos chats grecs... l’autre mythe fondateur du pays.

Surtout maintenant que les seigneurs féodaux sont de retour. Eux, comme alors toute leur mentalité. Le grand appareillage !
Hermès à bord du ferry. Golfe Saronique, mars 2021

* Photo de couverture: Retour au mythe. Péloponnèse, mars 2021