samedi 20 mars 2021

Greek Crisis et toutes ses dents



Prendre de la hauteur par les temps qui courent, relève presque de l’exploit. Car sinon et comme prévu, rien à signaler dans la prison Grèce. Les apparatchiks des apparences n’ont même pas assoupli les règles du bagne. Le couvre-feu est seulement retardé de deux heures chaque soir, tandis que la pêche devient de nouveau autorisée sur les rivages, mais au seul profit des riverains. La règle du rayon de 2 km pour sortir de chez soi au-delà de sa commune pendant le confinement, pour une durée de deux heures, reste inchangée. Printemps du... peuple.

L'aéroport d'Athènes au ralenti. En Attique, mars 2021

Emprisonnement confinatoire, qui dure tout de même en Grèce depuis 135 jours consécutifs. Autant que le Siège de Paris en 1870 ; ces quelques semaines séparant la proclamation de la République, après la défaite de Sedan, et le début de la Commune, à la suite de l’armistice négocié de haute lutte par le gouvernement de Défense nationale. Ah... les Prussiens.

Se croyant invincibles, les... Prussiens de 2021 nous expliquent alors “que le nombre des cas COVIDiens sont en augmentation et que les lits des hôpitaux sont tous occupés”. Pendant ce temps, les antibiotiques et les autres traitements se font rares, voire proscrits surtout à domicile, et les Grecs, finissent par se poser certaines questions. Pays entre temps devenu encore plus irrespirable que depuis les dix ans de la Troïka.

“Entrepôt logistique abandonné”. En Attique, mars 2021

Nous avons donc pris un peu de hauteur ces jours-ci, en dépit... de l’encadrement. Apercevoir enfin la mer, la terre, la vie... cette dernière qui n’est plus. Belle et triste vue depuis le Mont Hymette. Et d’abord l’aéroport. Pas un seul décollage ni atterrissage durant près de deux heures. On apprécie ainsi ce silence... de la mort, en échangeant enfin avec deux autres promeneurs.

Regardez bien le grand entrepôt logistique devant nous, il est complètement abandonné. L’entreprise, comme d’ailleurs plus de la moitié des entreprises du parc dit d’activités, sont mortes. Il n’y a que le grand Monastère qui reste en activité”. Rires!

“Le grand Monastère... en activité”. En Attique, mars 2021

On chiffre la désolation, comme alors on dénombre les cadavres... des entreprises. “Voyez-vous, cette taverne avec vue sur l’horizon ; elle n’a pratiquement pas eu le temps de fonctionner. Nous habitons ce coin depuis trente ans. Les dix premières années ont été celles des promesses, ensuite les dix suivantes elle ont été, comme on dit, des années fastes et pour finir... notre dernière décennie est particulièrement synonyme d’effondrement. Celle qui commence tout juste, n’en parlons pas. Une... immense invasion de criquets. Bonne journée, profitez-en, demain il pleuvra”. Terre de l’olivier et du vignoble, terre encore fertile... sous la pluie.

“Cette taverne avec vue sur l’horizon”. En Attique, mars 2021

Terre de l’olivier et du vignoble. En Attique, mars 2021

Ensuite, retour à la ville. Les parcs et les places sont très fréquentés, la sociabilité se démène comme elle peut, les policiers contrôleurs... des détenus restent d’ailleurs le plus souvent absents, sauf de nuit et durant le week-end.

Pour ne pas mourir idiots, c’est-à-dire désocialisés, nous... invitons nos amis et voisins de quartier dans les parcs et sur les bancs publics des places et des allées. Les bancs publics... nouvelle formule. Pauvre Brassens. Voilà que les bancs verts qu'on voit sur les trottoirs sont désormais faits pour les impotents sociaux que nous sommes, pour accueillir quelque temps encore... les humains finissants et non plus les amours débutants. La... Grande Réinitialisation passe aussi par là.

La sociabilité se démène comme elle peut. Athènes, mars 2021

On regrette alors tous, nos terrasses des cafés que le régime des sociopathes initiés réunis a pu si... bien fermer. Ni piano, ni bar, ni musique. Les enfants souffrent, les jeunes se suicident et les vieux se laissent mourir. Tout un programme. Pas tous cependant et fort heureusement.

Notre temps devient pourtant celui de la... suppression. Le blog tient sa route grâce au riz très blanc, grâce aux laitues et aux olives de l’année dernière, ces dernières cueillies dans le Péloponnèse devenu plus mythique que jamais. Olives que nous avons alors voulu préparer à l’eau de mer et à l’ancienne, en prévision du pire. C’est alors chose faite. Pour les olives et pour le pire.

Et pour le reste, c’est au cabinet de notre voisin dentiste que nous avons fait détartrer nos dents pour vingt euros... tarif confiné. Question à terme de santé, si possible à préserver. Greek Crisis et toutes ses dents.

Ni piano, ni bar. Athènes, mars 2021

Notre voisin s’est même trouvé une nouvelle théorie. “Tout ce que nous subissons tient d’une conspiration dans le bon sens du terme, initiée par tous les animaux de la planète réunis. Ils sont plus intelligents que nous car ils se sont mentalement synchronisés pour nous détruire. Ils ont raison”. J’ai même failli... fermer ma bouche en plein détartrage.

Dans la poursuite de la conversation après les soins... si instructifs, je lui ai tout de même demandé pourquoi bon sang, les Mitsotákis, Schwab, Bill Gates et consorts poursuivent-ils dans la même voie, et que les initiés élitomorphes s’enrichissent autant, toujours et encore... en si peu de temps. Un temps bien catastrophique, mais seulement pour nous autres.

L’intelligence animale serait-elle alors... seulement de classe ? Pas de réponse... si ce n’est que sur le bon usage de la brosse à dents et du dentifrice. Enfin, nous avons évoqué le grand sujet de notre fête nationale du 25 mars, une fois de plus, usurpée par les ennemis historiques intérieurs. Malgré cela, nous nous préparons à célébrer notre mémoire collective et nationale coûte que coûte.

Notre fête nationale du 25 mars. Athènes, mars 2021

Décidément, prendre de la hauteur par les temps qui courent, relève presque de l’exploit. Mais nous ne nous laisserons pas faire. Dans la vie, comme à travers ce pauvre blog. Et quant à cet article, pas de “grandes nouvelles” ni même liens Internet, pour ce blog du week-end.

On reste enfin entre amis. Comme l’autre jour dans le parc, en compagnie d’un ami, vieux journaliste. Moments émouvants quand nous avons passé l’histoire et l’actualité du pays à la moulinette des faits réels et des idées. Ainsi, certains échos que je ne peux pas hélas diffuser car le récit officiel des mafieux aux commandes pourrait alors se montrer... impitoyable.

Arrivée de la pluie. C’était prévu. De retour à notre immeuble, échange avec notre autre voisine. Rendez-vous déjà fixé pour dimanche prochain dans le parc, pluie d’ailleurs ou pas. “Venez alors équipés”. Thermos entre autres, permettant le maintien au chaud de notre café, ainsi que finalement de notre espoir. Nous l’emmenons toujours avec vous... dans un rayon de 2 km et parfois bien au-delà. Printemps grec !
Thermos, notre café et Hermès. Athènes, mars 2021

* Photo de couverture: Prendre de la hauteur. En Attique, mars 2021