Greek Crisis

dimanche 7 février 2021

Prison avec plage !



Beau soleil. Les mesures grimpent, les sanctions tombent les unes après les autres et le confinement se durcit. L'adaptation de la société humaine... au milieu criminel qui gouverne est un fait réel, sauf qu’il ne s'agit de rien moins que de démolir l'appareil social, économique, culturel et symbolique. En somme, la nation. Il faut alors tenir, et rien que par instinct, les Grecs se retrouvent sur les plages. Il faut dire, que les tyrannosaures de la “gouvernance” actuelle viennent de restreindre les allées et venues des Athéniens en week-end. Le couvre-feu est avancé à 18h et le nouveau renforcement des contrôles est déjà entré en vigueur. Pourtant, les... plages ont été encore remplies.

Démolition. Athènes, février 2021

Le... pauvre lien social alors se démène sans compter déjà pour exister, d’ailleurs, il ne reste plus grand-chose qui compte dans la vie de tous les jours dans ce pays. Sortir, c’est rencontrer autrui, échanger, rire ou encore pleurer, si possible en dehors du masque. Stávros, notre voisin dentiste, rencontré d’emblée devant l’immeuble, nous a ainsi donné les nouvelles du front qui est le sien.

Je ne fais qu’aider les gens actuellement. Mes collègues dentistes me disent tous la même chose. Les patients arrivent chez nous seulement dans l’urgence absolue, quand la douleur devient insupportable. La première chose... qu’ils nous disent en mettant leur pied dans nos cabinets, c’est - je n’en peux plus, - je n’ai pas d’argent pour payer et - je suis sous calmants. Nous les soignons pour ainsi sauver la dignité, la nôtre comme la leur, et pour ne pas trahir Hippocrate. Et au moment de la prescription antibiotique, comme on aime dire optimale avec la bonne molécule, on s’aperçoit que tous nos patients sont désormais sous médicaments psychotropes”.

Nous n’avions jamais vu une telle dégringolade du psychisme des Grecs, ni même durant les pires années de la première phase sous la Troïka. Pour nous médecins ça devient vite clair, la société est en train de sombrer dans une pauvreté abjecte, et autant dans la dépression. Les politiciens sont des criminels de la pire espèce, car toute cette mécanique... sociale clinique, est visiblement bien huilée durant plusieurs décennies de préchauffage”.

Chez nos amis, près des plages. En Attique, février 2021

Du poisson disons abordable. En Attique, février 2021

Et des petites oranges d'Argos. En Attique, février 2021

Notre pauvre lien social alors se démène sans compter. Comme tant d’autres... prisonniers en sortie contrôlée, nous avons retrouvé nos amis, ceux qui habitent près des plages, un café à la main. Bain de soleil et pour certains d’entre nous, bain tout court. Et sur les plages, même si cette normalité retrouvée n’est qu’un dernier leurre, on s’adresse souvent la parole au besoin entre inconnus, tant l’obligation d’échanger est grande.

N'ayez pas peur, l’eau est encore bien fraîche mais c’est faisable ; allez-y. Aujourd’hui il fait 20 degrés, il y a beaucoup de soleil et il fait chaud, surtout, il n'y a pas un brin de vent. Je suis à la retraite, je viens sur cette plage deux à trois fois par semaine quand la météo... et la junte au pouvoir me le permettent. Suite à un accident vieux de quinze ans, il n’y a que la mer pour soulager mon pied. Mon pied oui... mais pas toujours mon esprit. Nous survivons, un point c'est tout, mais ces salauds enfin, ils veulent nous enlever la mer et les balades en Attique. Nous entrons dans une configuration du monde bien sombre, mais nos enfants déjà grandis ne voient pas toujours où cela peut nous mener. J’ai 70 ans... et je résiste comme je peux”.

Grèce des plages en toute saison. Notre pauvre lien social... se démène parfois même en comptant. Car accessoirement, nous y avons trouvé du poisson frais abordable, ainsi que des oranges d’Argos vendues par des sacs de 10Kg, soit 0.45 € le kilo. En ce moment en Grèce, les mesures grimpent, les sanctions tombent... et on aime à se complaire dans des calculs d'apothicaire. Beau pays !

Chez nos amis, le deuxième café. En Attique, février 2021

Le deuxième café... démocratique. En Attique, février 2021

Maison à vendre. En Attique, février 2021

Chez nos amis, nous avons pris comme prévu un deuxième café... il faut dire bien démocratique par les temps qui courent. Histoire aussi de poursuivre notre discussion. Car sinon, c’est la fin des certitudes, le déclin des vérités, l’assassinat de la logique, de même que l'éclipse de l'utopie de ce capitaliste... jadis réellement existant pour le plus grand nombre. À l'heure du café, le moment est venu de faire le bilan de la situation... comme celui de la “gouvernance”. Ces gens ont transformé notre univers en un vaste terroir où il n'y a que spectacle immonde, tromperie, apparences politiques, tantôt béates tantôt cyniques ou désespérées.

On s’est souvenu à l’occasion d’Aldous Huxley et de son roman prémonitoire de 1932. Vingt-six ans plus tard, en 1958, le futurologue... et d’abord grand initié parmi les initiés des sectes mondialistes, comme autant membre de la Fabian Society il constatait dans son essai, “Retour au meilleur des mondes”, combien ses “prédictions” entraient déjà dans les mœurs plus tôt que prévu. Bonne blague.

La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader, un système d’esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude. Sous la poussée d’une surpopulation qui s’accélère et d’une sur-organisation croissante et par le moyen de méthodes toujours plus efficaces de manipulation des esprits, les démocraties changeront de nature”.

Les Grecs se retrouvent sur les plages. En Attique, février 2021

Citoyens... bien volontaires. En Attique, février 2021

Les vieilles formes pittoresques -- élections, parlements, Cours suprêmes, et tout le reste -- demeureront, mais la substance sous-jacente sera une nouvelle espèce de totalitarisme non violent. Toutes les appellations traditionnelles, tous les slogans consacrés resteront exactement ce qu’ils étaient au bon vieux temps. La démocratie et la liberté seront les thèmes de toutes les émissions de radio et de tous les éditoriaux. Entretemps, l’oligarchie au pouvoir et son élite hautement qualifiée de soldats, de policiers, de fabricants de pensée, de manipulateurs des esprits, mènera tout et tout le monde comme bon lui semblera”.

Utopie ? Pendant ce même week-end, d’autres “citoyens”... bien volontaires, ont subi le test officiel de dépistage du Coronavirus. Toute ressemblance avec des faits actuels existant ou annoncés... n'est pas une pure coïncidence.

La... déesse Lista. En Attique, février 2021

Heureusement que chez nos amis, la dystopie a bien du mal à pénétrer et c’est peut-être grâce à la présence... de la déesse Lista qui tient la garde devant leur foyer.

Et pour ne pas rester à Huxley et à ses dystopies, nous avons visionné un film de 1959 avec Alíki Vouyoukláki, la star incontestée du cinéma commercial grec des années 1960. C’était surtout pour revoir le monde d’avant et notamment celui des restaurants, des spectacles et de la musique, car en 2021, la culture “vivante” est plus qu’enterrée. Il s’agit du célèbre long métrage [Η Μουσίτσα] - “La Maligne”, d’une légèreté bien d’un autre temps, film que les hellénophones de 2021 apprécient sans doute encore largement.

Nána Moúskouri interprète la chanson de la fin du film, et Vouyoukláki, accompagnée du “Trio Greco”, interprète le célèbre air de l’époque “Rico-Rico-Ricoco”. Toute une histoire, vraiment. Notons que Tákis Morákis, né en 1916 et décédé en 1991 qui fut son compositeur, avait étudié la musique au Conservatoire d’Athènes et de Paris avant la Seconde Guerre mondiale ; parmi ses succès internationaux, Morákis avait composé “L’amour”, chanson rendue célèbre justement parce qu’elle a été interprétée par Sophia Loren, et alors refrain du film américain tourné à Hydra, “Boy on a Dolphin” - “Ombres sous la mer” pour sa sortie en France en 1958. Enfin, le “Trio Greco” a connu un large succès en Grèce entre 1957 et 1972. Initié par Kóstas Xenákis, sitôt rejoint par Tónis Ágas et Háris Dimópoulos, célèbre groupe... des années que l’on disait prometteuses, s’est aussi reproduit à l’Olympia à Paris, en 1960.

Ah... ce pauvre lien social qui se démène tant et en musique, déjà pour exister. Le film visionné... suivi de nos analyses, fut l’occasion de nous remémorer nos autres petits et grands moments olympiens en cette autre Grèce, dont l’image des touristes chinois dans le Péloponnèse datant de 2019, désormais bien lointaine. Il faut dire qu’à l’époque, Grèce Autrement, mon autre activité que ce pauvre blog, semblait encore... être prometteuse. “L’immersion et le dialogue pour découvrir la Grèce, ses régions et ses histoires à part, humaines et authentiques”.

Touristes chinois. Péloponnèse, été 2019

Rien que par instinct, les Grecs se retrouvent certes sur les plages, sauf que les tyrannosaures exécutants de la “gouvernance” de Mitsotákis s'enorgueillissent d’avoir effectué plus de 72.000 contrôles policiers, rien que durant la seule journée du samedi 6 février. Une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader ; une prison sans mur... et même avec plage.

Pendant ce temps, les migrants clandestins qui franchissent la frontière avec la Turquie en Thrace, y trouvent des voitures volées, dissimulées dans la forêt par leurs passeurs, ONG immigrationnistes comprises, mises à leur disposition ; le but étant d’arriver à Thessalonique, quand les Grecs ne peuvent pas se rendre d’Épidaure à Olympie.

Huxley, l’initié nous avait pourtant prévenus. Toutes les appellations traditionnelles, tous les slogans consacrés resteront exactement ce qu’ils étaient au bon vieux temps, ou presque. La voiture, la route, Thessalonique... et même le voyage.

De retour de la plage, c’est enfin... chez nous que les sanctions tombent les unes après les autres et que le confinement se durcit. Mimi et Hermès en sont pour quelque chose.

Beau soleil !
Mimi et Hermès en sont pour quelque chose. Athènes, février 2021

* Photo de couverture: Les Grecs se retrouvent sur les plages. En Attique, février 2021