samedi 23 janvier 2021

Piano piano



En ces temps apocalyptiques, nous naviguons à vue entre écueils et défis. Nous estimons notre position, si possible sans les instruments habituels du système mais à l'aide des repères extérieurs à lui. Si possible. Le confinement à la grecque, de prolongation en prolongation s’étale sans cesse dans le temps, comme autant il s’approfondit dans les faits humains. Et tantôt c’est la rage qui remonte des entrailles de la société, tantôt chez certains Grecs, c’est alors la résignation et l’adoption pavlovienne des discours officiels qui dominent. Le plus... long hiver grec depuis bien des années.

Nous naviguons à vue. En Argolide, janvier 2021, photo Rássias-Bougiótis, Nauplie

Cela fait plus de trois mois que la restauration est fermée et que le pays réel avale son chapeau. Le redémarrage tant miroité, se transforme visiblement en un cauchemar. Le paradoxe est saisissant. La normalité... à rattraper, telle une Arlésienne est sans cesse repoussé. Déjà, elle se transforme plutôt en nouvelle norme ; imposée, sans plus le dissimuler par la clique du pouvoir totalitaire actuel.

Comme l’écrit Nicolas Bonnal sur son blog, “la criminalisation de l’opposition à la classe politique est si incroyablement dangereuse pour le peuple qu’elle ne peut être décrite que comme une politique conçue par des monstres psychopathes et dictatoriaux pervers comme un moyen d’acquérir un contrôle total sur la société par la force”.

Je dirais même que la criminalisation de l’opposition populaire à la classe des possédants est tout autant abjecte, dont le dernier épisode en date se déroule en Crète. Ainsi, Spýros Kokotós homme d’affaires puissant et grand hôtelier de l’île, idéologiquement proche des Mitsotákis, ose désormais dire ouvertement, ce que le Premier ministre VRP de Pfizer et Bill Gates en Grèce n’annonce pour l’instant qu’à moitié. Pendant que ce Premier ministre de la dernière Grèce s'efforce de faire avancer “son” idée des passeports de vaccination, au sein du cénacle européiste des écorcheurs réunis, Kokotós quant à lui, ne dissimule plus grand-chose du nouveau nazisme galopant.

Les personnes refusant de se faire vacciner contre le Covid-19, sont en réalité le symptôme de cette même pathologie ayant produit par le passé l'anti-mémorandum, le mouvement contre les éoliennes, les manifestations contre les antennes 5G. ... Une tendance humaine innée à trouver et à croire à des conspirations inexistantes”.

Nauplie sous la neige. Janvier 2021, photo Rássias-Bougiótis

Épidaure sous la neige. Janvier 2021, photo Rássias-Bougiótis

Delphes sous la neige. Janvier 2021, photo Internet

Ainsi, à l’image des autres théoriciens du complot, les antivaccins sont issus de cette populace, toujours prête à attaquer ceux qui soutiennent la bonne raison et la science, en l'occurrence en ce moment, le besoin urgent de vacciner la population. Ils ne sont pas très différents de la racaille qui brûle des banques ou alors elle attaque les convois de réfugiés. De telles tactiques sont également appliquées sur Internet: le harcèlement”.

Nous devons donc nous montrer sévères et même implacables vis-à-vis de ceux qui mettent la vie des autres en danger. En organisant notre défense, salariés et employeurs, citoyens et État, nous livrons la bataille de l'évidence, de la rationalité, contre le virus et contre ceux qui nient la réalité. Nous avons le droit de ne pas accepter chez nous ou au travail, des personnes dangereuses pour la santé publique”.

Comme d’ailleurs, nous pouvons déjà refuser d'embaucher quelqu'un qui affiche un tatouage nazi sur le visage ou quelqu'un qui dénigre les étrangers, les migrants et les réfugiés. On m'a demandé si les entreprises devraient proposer la vaccination au personnel lorsque les vaccins seront disponibles sur le marché. Bien sûr que oui, ai-je répondu. Et puis, ils m'ont demandé si j'embaucherais quelqu'un à qui l'entreprise a proposé le vaccin, mais qu’il a refusé. Personnellement, c’est non”.

Hiver grec. Soulignons seulement que “la populace pathogène” avait résisté sans succès contre le mémorandum, s’agissant de cette majorité du peuple grec des années 2010-2015 qui n’admettait pas son asservissement sous la Troïka, ou la violation permanente de la Constitution et la gestion du pays en territoire occupé, en réalité autant... pillé pour l’éternité. C’est très exactement cette Résistance que la gauche de SYRIZA et de Tsípras, de même que l’ensemble des formations présentes au “Parlement” et souvent bien au-delà, ont pleinement trahi, pour alors l’anéantir jusqu’au bout.

Hiver donc, et glaciation totalitaire. Pourtant, quand les Grecs se rencontrent encore sur les trottoirs de leurs villes pour alors échanger enfin trois mots de réconfort, l’aporie totalitaire, voire, l'inquiétude qui plane au-dessus de leur tête n’est pas évacuée un seul instant. On a beau construire des maisons pour nos chats, animaux adespotes attitrés ; rien n’y fait... chez les humains desposés, c’est-à-dire subissant un maître.

Quand les Grecs se rencontrent en ville. Athènes, janvier 2021

Des... maisons pour nos chats en hiver. Athènes, janvier 2021, Internet

Mimi et Hermès de Greek Crisis... à l'abri. Athènes, janvier 2021

Réagissant aux déclarations de Kokotós, l’universitaire spécialiste du domaine de la Sociologie de la Santé, Konstantínos Farsalinós, a tout de même rappelé “que cette punition négative, imposée vis-à-vis de la décision d’une personne de ne pas vacciner, produit de fait, la négation d'un droit social fondamental tel que le travail, et elle est d’ailleurs contraire aux traités internationaux sur la bioéthique, ainsi qu’aux droits des personnes. Ce parfait arbitraire affaiblit enfin le consentement à la vaccination, lequel repose sur le libre arbitre. Par conséquent, des entrepreneurs, ou même des représentants de secteurs professionnels entiers, ne peuvent pas exiger arbitrairement et en toute illégalité, d’avoir l'accès aux données personnelles médicales pour ensuite forcer les personnes à se faire vacciner, qui plus est, sous la menace de la perte de leur emploi”.

Konstantínos Farsalinós, a également commenté l’affaire... parallèle de l’offre d'emploi émis cette semaine par la municipalité d'Héraklion en Crète, et qui exige comme “condition préalable, l'absence de facteurs de risque, de maladies chroniques, comme de la maladie détectée du COVID-19”. Il a ainsi exprimé sa vive préoccupation devant l'ajournement du droit au travail pour ces personnes souffrant de pathologies chroniques, qualifiant cette approche “d'impensable et même de nazie” car déjà, elle marginaliserait les malades chroniques.

La programmation alors avance. Sous l’Acropole, les laquais du système tel l’infectiologue officiel Sotíris Tsiódras, grassement rétribué comme on sait par Bruxelles et par les Big Pharma, se confie à la presse pour avouer... “que les mesures sanitaires prennent désormais un caractère permanent”, tandis qu’au même moment, depuis... l’Eurocontrol de Bruxelles on fait savoir “que si les frontières restent ouvertes, les voyages non essentiels, c’est-à-dire non-professionnels, seront largement empêchés”.

Pêche de saison. Nauplie, janvier 2021, photo Rássias-Bougiótis

Printemps passé. Péloponnèse, 2020

Navigateurs en Golfe Saronique. Années 2010

Le Monde Nouveau nous est déjà... à portée de main. Mains des peuples il faut dire, qui s'agitent en spasmes sous les menottes. Preuve s'il en faut, les Grecs observent désormais exclusivement sur Internet, ce qui se déroule dans leur pays ailleurs que chez eux. Ils ne peuvent plus accéder à leurs villages d’origine, ni revoir leurs proches et amis et encore moins, profiter, si ce n’est que le temps d’un week-end, de leurs résidences secondaires, le plus souvent familiales loin des villes. Quand “naturellement”, les hôtels et les restaurants demeurent alors fermés.

Dès lors, la neige à Delphes, la belle poudreuse sur le théâtre d’Épidaure, l’hiver à Nauplie... ou le café chaud pris au Cap Sounion, même cher payé, toute cette vie libre ce n’est que du passé, ou sinon, du futur sous conditions. Et quant à la mort à Venise, n’en parlons plus... elle est déjà morte avec Luchino Visconti.

Mort ; mais en ce triste moment pas qu’à Venise. On nous a téléphoné en cette fin de semaine depuis notre habituelle position... de repli dans le Péloponnèse, pour nous dire qu’Andrea, Italien de grand cœur parmi les amis de là-bas, vient de décéder à Rome. Retraité et skipper amoureux de la mer Égée et du Golfe Saronique, il vivait près de neuf mois par an à bord de son voilier, car il louait un poste d'amarrage de façon permanente dans le port du coin. Son seul vrai coin depuis près de vingt ans.

Nous avons sitôt adressé notre message de condoléances à Anna, sa veuve.“J’y reviendrai les amis l’été prochain... nous évoquerons sa mémoire”. Andrea y était d’ailleurs de retour depuis l’Italie dès que la fin du premier confinement l’a permis, en début juillet dernier. Et il ne comptait plus repartir. “J’ai échappé à cette saloperie de COVID, car en Italie la situation est bien plus grave qu’en Grèce. Je resterai ici tant que cette foutue maladie se balade encore en Europe”, disait-il. Il craignait le COVID à très juste titre, opéré comme il était du cœur et même deux fois, infarctus, comme opéré de son poumon suite à un accident il y a tout juste un an à Rome. Il a été renversé par une voiture... devenue incontrôlable alors qu’il marchait sur un trottoir.

Le coin d'Andrea. Péloponnèse, été 2020

Départ pour l'Italie. Port de Patras, années 2010

Arrivée depuis Patras. Port d'Ancône en Italie, années 2010

Sauf que pour Noël dernier, Anna l'a convaincu de monter à Rome pour les fêtes. Pour ne pas subir les avions toujours bien pleins, il était parti en voiture depuis son Péloponnèse pour Rome. Il a fait embarquer se petite Fiat Panda à bord du ferry à Patras, pour débarquer à Ancône et rejoindre Rome empruntant l’Autostrada Adriatica - A14 et ensuite la A24, dite également “Strada dei Parchi”, la route des Parcs, 300 kilomètres au total.

Il était heureux notre ami, car il avait enfin retrouvé sa fille, victime du chômage comme on dit de longue durée en cette Italie hélas ruinée ; pour l’aider, Andrea lui laissait chaque mois le tiers du montant de sa retraite. Sauf que cette foutue maladie l'a emporté en moins de quinze jours. Notre ami Andréa, a été hospitalisé à Rome, et durant les premiers jours il communiquait les jours avec ceux du Péloponnèse. “Promis les amis, je vous rejoins là-bas l’été prochain, nous prendrons notre café sur le port et même... je naviguerai, car en 2020, les séquelles de mon accident m’en ont empêché”.

Andrea Natoli - 1949-2021. En mer Égée, 2018

La baie préférée d'Andreas. Vue depuis l'île de Poros, 2019

Depuis... il navigue autrement, notre ami Italien. En Golfe Saronique, 2018

Puis, le silence, hormis un dernier SMS. “Je ne peux plus répondre au téléphone mes amis, je respire mal”. Depuis... il navigue autrement, notre ami Italien. Intubé en détresse respiratoire, il est alors parti seulement quelques heures après avoir été admis aux soins intensifs. Et dire combien de fois ne nous avait-il pas répété. “Je ne bougerai plus du Péloponnèse tant que le COVID existe encore ; d’ailleurs, je me méfie autant de la gestion de la crise sanitaire faite par les politiciens”.

Piètre époque en cette Europe, désormais de tous les dangers. L’historien du futur, s'il existe, constaterait avec amertume qu’en quelques années seulement, les initiés de la mondialisation et les politiciens qui furent à l’époque leurs suppôts, ont si cruellement instrumentalisé une maladie déjà très pénible à combattre, causée par un coronavirus nouveau et surtout mutant, échappé d’un étrange laboratoire en Chine ; il était de la sorte... le premier virus de ce genre.

Entre la Grèce et l'Italie. Années 2010

Sur le port, le temps d’un café. Péloponnèse, mars 2020

En ces temps apocalyptiques, nous naviguons décidément à vue entre écueils et défis. Cela fait près de quatre mois que la restauration est fermée et qu’une certaine Grèce a déjà avalé son chapeau, la mort dans l’âme. Le confinement à la grecque, décrété début novembre de même que le couvre-feu qui l’accompagne; en parfaites copies presque conformes à ce qui s’y passe ailleurs, dureront visiblement longtemps. Une imagination... sans bornes.

Quoi qu’il en soit, on ne va pas vers des lendemains qui chantent. Les bars et restaurants ne sont même pas sûrs d’ouvrir avant cet été... et encore. Sauf ceux de notre village du Péloponnèse, croit-on savoir. “Nous en avons bien vu d’autres guerres, cependant, nous avons toujours nos olives, nos bêtes et nos jardins. Nous vous attendons sur le port, le temps d’un café comme chaque année”. Comme chaque année... ou presque.

Seuls nos matous maintiennent alors le cap. Athènes, janvier 2021

Mimi en forme. Athènes, janvier 2021

Hermès de Greek Crisis s’attaque aux premières salades. Athènes, janvier 2021

Nous naviguons en mer agitée dans un ciel du futur bien couvert et seuls nos matous maintiennent alors le cap qui est le leur, en ces temps par exemple des amours.

Et pendant que je jeune Hermès de Greek Crisis s’attaque aux premières salades... non-humaines de saison, notre Mimi, elle aussi confinée avec nous mais sans le savoir, en est heureuse et elle le fait même remarquer... dès six heures chaque matin.

Mimi... se fait remarquer dès six heures chaque matin. Athènes, janvier 2021

Comment alors oublier que notre ami Andrea ne manquait déjà pas de commentaires élogieux envers... la princesse, laquelle avait tout juste atteint l'âge de dix-huit ans en 2020, comme il avait d'ailleurs déclaré à son sujet. De toute façon, je suis un inconditionnel du grand âge... mais alors paisible. Piano piano, comme on dit en italien.

En effet. Piano piano...
Mimi... la princesse. Athènes, janvier 2021

* Photo de couverture: Le Péloponnèse depuis Nauplie. Janvier 2021, photo Rássias-Bougiótis