mardi 19 janvier 2021

Buveurs de soleil



Il a neigeoté sur le Parthénon ces derniers jours. On dit que la neige ne tombe pas à Athènes, elle fond. C’est presque vrai. Nos maisons, nos appartements mal ou pas chauffés représentent toujours plus de la moitié du parc immobilier... refroidi. Dans les médias, on n’en parle plus. Cependant, la semaine dernière, enfin de passage chez nos amis... accostables et restés vêtus comme un oignon, nous portions encore plusieurs couches de vêtements à l’heure du repas. Seulement, on a beau se couvrir, il est parfois difficile de s'empêcher de frissonner, voire de claquer des dents. Grand froid, et rien que pour se chauffer les esprits, entrer en résistance... déjà contre le froid.

Chez nos amis... en toute précarité énergétique. Athènes, janvier 2021

Notre vie dans le froid se donne à voir à travers des signes qui sautent aux yeux ; chauffage d’appoint comme seule source de chaleur, moisissures sur les murs, chauffage central à l’arrêt depuis des années, comme d’autres plus “ésotériques”, la vie dans une seule pièce, nos pratiques réadaptées revenues dans une “vie à l’ancienne”, voire... ce grand retour en force des cheminées. Telle est la dynastie de l’inconfort thermique et alors du marasme. Certains savent pourtant calculer. Le “Great Reset”, la “Grande Réinitialisation” à la grecque, initiée il y a déjà dix ans, aura sitôt signifié la fin des trente... glorieuses chauffantes, et qui va de pair, ne l’oublions pas, avec la raréfaction, la dégradation, et enfin même la dépréciation du travail.

Ainsi, à la honte et à la précarité conduisant au repli sur soi, sont venues se greffer les mesures prétendument uniquement sanitaires, de la distanciation sociale et de l’interdiction généralisée des déplacements avec d’ailleurs la fermeture des commerces. On se confronte désormais et sans autre issue, aux intérieurs des ménages faisant déjà de l’inconfort thermique un des marqueurs centraux du mode de vie, sans même pouvoir sortir librement de temps à autre. Mode de vie... allant même jusqu’à la mort. Un homme âgé est décédé dans d'atroces circonstances la nuit dernière, quand son chauffage a provoqué l’incendie de sa maison dans la banlieue nord d’Athènes. Le... “Great Reset” à la grecque, affaire... brûlante.

Cependant, ces derniers jours la presse Internet aux ordres et naturellement les “grands” médias, se sont plutôt focalisés sur la beauté des paysages à travers cette Grèce... de la neige qui tombe mais qu’elle ne fond pas. En Thessalie par exemple dans la région de Tríkala, les reportages se sont tellement répétés, surtout pour dire que “des familles et d’abord les enfants en ont profité pour... jouer.

Un beau pays ? Si l'on veut. Dans cette admirable région continentale aux églises historiques et aux Météores sacrés, des gens comme mes parents qui sont des vrais anciens, suite déjà à la douzaine de diminutions de leur montant de retraite depuis 2010, alors consacrent chaque année entre décembre et mars, plus de la moitié de leurs revenus mensuels aux frais de chauffage. Encore heureux, ils sont encore chauffés.

Cette Grèce de la neige. Région de Tríkala, janvier 2021, presse locale

Cette Grèce de la neige. Région de Tríkala, janvier 2021, presse locale

Cette Grèce de la neige. Région de Tríkala, janvier 2021, presse locale

Toutefois, la grande nouvelle de la semaine tient de la réouverture du commerce supposé non-essentiel, après une bien longue fermeture de dix semaines. Car, ce n’est pas l’épisode comique du Click-Away d’après la novlangue ambiante, qui a sauvé le marché d’ailleurs de dupes, durant deux petites semaines au moment de la célébration... interdite de Noël. Triste commerce... pauvres commerçants.

Ces malchanceux, lesquels avaient déjà tenu comme ils l’ont pu durant les dix premières années de plomb et d’acier préparatoires sous la Troïka, quand près de 40% du petit commerce en Grèce a tout simplement succombé devant l’ampleur de l’attaque. Et en 2021, les représentants des commerçants... bioconservateurs car “travaillant seulement en local” annoncent que déjà, et suite aux difficultés exacerbées par la crise du coronavirus, un tiers de leurs établissements ferment en ce moment même sous nos yeux. Dans la restauration réellement existante avant mars 2020, un cas emblématique de la dégradation imposée et qui demeure toujours fermée, la moitié des restaurants, des bars ou des cafés... ne sont déjà plus.

Et pour ne pas laisser un demi-million d’employés dans la rue d’ici le mois de février, le gouvernement devrait subventionner d’urgence 30% de leur chiffre d'affaires par rapport à l'année 2019, ce qui semble très difficile à réaliser, à en juger par les mesures de soutien gouvernemental, jusqu'ici plus que maigres. Au lieu de rouvrir le commerce, les infectiologues ainsi que le gouvernement, ils l’ont totalement fermé, nous avons perdu toute la période des fêtes et pour dire la vérité, le fameux Click-Away a seulement profité principalement aux grandes enseignes”.

Réouverture des commerces. Athènes, janvier 2021

Réouverture des commerces. Athènes, janvier 2021

Réouverture des commerces. Athènes, janvier 2021

Il n’y avait certes pas souvent foule dans les magasins, seulement voilà, l’espoir revit. Comme en temps de guerre, le moindre répit, le moindre retour à la normale est alors fêté comme la plus grande des victoires. Plus de sept mois sans restauration, plus de dix mois sans spectacles ni événements culturels toujours maintenus dans une mort clinique prolongée, ainsi que près de six mois sans commerces de proximité ; tout ce chamboulement, rien qu’en l’espace d’une année calendaire... c’est déjà du Great Reset on dirait suffisamment entamé.

Sauf que dans leur désespoir, les humbles espèrent encore. Il y a certes les échoppes qui ne rouvriront plus jamais, les terrasses des cafés... terrifiantes, ces Grecs qui récupèrent le bois devenu de chauffage, celui que le service municipal Voirie ne ramasse alors plus de manière volontaire. N’en empêche. Le sociopathe Mitsotákis, en sa qualité de Premier ministre de la Colonie et d’abord, en bon élève et autant VRP des GAFAM et des Big Pharma, sera, nous annonce-t-on, présent au débat numérique, organisé le 25 janvier par le Forum économique mondial, fondé et dirigé par Klaus Schwab, l’architecte comme on sait du “Great Reset”.

Cette année, il s'agira de sa conception disons approfondie car en... apprentissage accélérée, puisque ce Forum des initiés accueillera la Chine en tant que pays invité d'honneur, son Président Xi Jinping sera présent, de même que la Chancelière allemande Angela Merkel et le Président français Emanuel Macron. D’après le reportage disponible, parmi les sujets “intéressants” qui seront abordés, figurent, “l’identité numérique mondiale, les certificats de vaccination, la création de nouvelles villes, et enfin... la quête du bonheur en situation d’isolement!” “Bonheur” en isolement, bien entendu uniquement pour les “sous-hommes” que nous sommes à leur yeux... lucifériens, et non pas ; pour les acolytes de Schwab et leurs sbires.

Les échoppes qui ne rouvriront plus jamais. Athènes, janvier 2021

Terrasses des cafés... terrifiantes. Athènes, janvier 2021

Bois, devenu de chauffage. Athènes, janvier 2021

Notons que l’impétrant Mitsotákis prendra la parole lors de la conférence intitulée “Répondre à la crise du COVID-19” au sein d'un groupe de travail qui a commencé à plancher “sur le sujet de la coopération des États et des entreprises pour faire face à la crise du COVID-19”, notamment, “entre les compagnies aériennes et les États dans la mise en œuvre du Certificat de vaccination”. Car pour ces théurges autoproclamés du Monde d’après, désormais, lorsqu’il est question d’entreprises et de l’économie, ce n’est plus du tout de la petite boutique de quartier du vieux et alors éprouvé Kóstas bien de chez nous, qu’il s’agit.

La presse mainstream... à son niveau certes s’en félicite, sauf qu’elle ne peut plus ne pas reconnaître que nous assistons déjà à une myriade de faillites en Europe et dans le monde. Mais, bon sang, “c’est pour notre plus grand bien”.

Frankenstein a peut-être créé un monstre, mais imaginez-vous une économie mondiale entièrement recousue car post-pandémique, comme une variante à la création, cette fois-ci économique, de Mary Shelley. Ce serait un pays doté des atouts de son partenariat international, mais sans ses faiblesses, rien que pour pouvoir prospérer pleinement après la fin de la pandémie. Les changements introduits déjà dans la façon dont les gens travaillent, vivent et alors consomment, vont bien au-delà des confinements, tout comme de l’univers carcéral de cette année 2020”.

La presse mainstream... à son niveau. Athènes, janvier 2021

Ils contribueront à stimuler la demande en technologies de l'information et des télécommunications, en favorisant les pays qui sont leaders dans ce domaine. Par conséquent, les pays idéalement édifiés pour ce nouveau monde devraient par exemple concurrencer la Corée du Sud, pays où les technologies de l'information et des télécommunications représentent 28% de son commerce. Les citoyens et les entreprises de notre pays imaginaire idéal bénéficieraient alors d'excellentes connexions Internet et seraient à l'avant-garde du développement technologique domestique de cinquième génération. La réussite économique signifierait également l'adoption de l'automatisation comme outil de stimulation de la productivité. En conséquence, les nouveaux pays émergeants imiteront alors Singapour, pays qui compte déjà 918 robots pour 10 000 employés”.

Nous l’avons dès lors compris... en authentiques précaires énergétiques que nous sommes. Car privés de l’essentiel, du fait de situations financières trop lourdement contraintes, nous restons néanmoins connectés, et cette connectivité, au besoin maintenue sous contrôle techno-policier, nous sera sans doute même “offerte” dans pas longtemps. Pénétrer désormais dans le foyer d’un précaire énergétique, c’est autant faire l’expérience très abrupte de conditions de vie en résistance contre le froid... plus la 5G. Ça fait froid dans le dos.

Sauf que l’espoir renaît toujours, les prémices du printemps apparaissent, et que nos amis... accostables, restés vêtus comme un oignon, nous ont offert de leur soupe, de leur pain, comme de leur galette faits maison.

Prémices du printemps. Athènes, janvier 2021

Du pain et de la galette faits maison. Athènes, janvier 2021

Nous ne sommes pas dupes. Nous le savons et d’ailleurs, certains journalistes radio finissent même par le répéter. Mitsotákis, en éclaireur de Bil Gates, des Chinois et de Schwab ce Frankenstein économique et ontologique, est autant pressé que ses maîtres. Son gouvernement vient de rouvrir le commerce comme il rouvrira prochainement la restauration encore restante.

Fin de partie ? Pas vraiment. En Grèce, le ministère des Finances cessera de payer les aides couvrant une partie des salaires pour certaines entreprises privées, de même que les autres indemnités. Car des hauts responsables du gouvernement révèlent de manière informelle, que fin 2020, le déficit atteint déjà de 18,2 milliards d'euros. Entre les milliers de faillites et le... petit million de chômeurs supplémentaires si rien ne change... il y a une certaine urgence, sauf qu’elle est d’abord politicienne.

Mitsotákis se prépare à des élections anticipées, peut-être même avant juillet prochain en organisant, à la clé, un referendum, manouvres de surface, lui servant à faire passer la pilule de la haute trahison. Car devant l’abandon de la souveraineté grecque en Égée et pas uniquement, cédant même expressément certains îlots et alors territoires, le valet de Berlin estime pouvoir imposer un referendum, dont la question prétendument posée aux Grecs sera bien la suivante.

Le recul de la souveraineté nationale baptisée compromis, ou alors la guerre contre la Turquie”. Évidemment le dilemme est faux, car l’histoire et autant la Constitution imposent aux Grecs, politiques ou pas d’ailleurs, que de défendre leur pays. Donc il n’y a guère besoin de referendum pour demeurer conforme à la Constitution, et en réalité pour la violer, sauvant au passage la caste du système politique d’Athènes, des conséquences d’une future comparaison pour de faits graves, susceptibles d'être qualifiés de crimes de haute trahison, radio 94.3 FM le 19 janvier.

Sauf que le peuple grec est tellement affaibli depuis dix ans sous la Troïka et même pratiquement, 40 ans sous une propagande en somme ethnocidaire. Hiver grec alors, on a beau bien se couvrir, il est parfois difficile de s'empêcher de frissonner, voire de claquer des dents, à l’image... de notre Mimi, installée sans cesse devant le radiateur électrique depuis déjà plus d’un mois.

Mimi devant le radiateur électrique. Athènes, janvier 2021

Ainsi en ce moment et chez certains Grecs, seul le convecteur électrique est en marche, tout le reste s'est éteint, et parfois même l’espoir. Le pseudo-pouvoir pourtant, il a toujours peur. En cas d’embrasement grec, voire gréco-turc, le risque social en Grèce et peut-être même en Turquie d’Erdogan est potentiellement énorme.

Temps de l’adversité et seulement pour certains, saison de la vertu. Il a neigeoté ces derniers jours sur le Parthénon, sauf que le soleil est de retour. Grand froid... pour se chauffer les esprits, entrer en résistance, contre le froid... et pas seulement contre lui.

Odysséas Elýtis prix Nobel de littérature en 1979, dans une interview qu’il avait accordé au quotidien Kathimeriní en novembre 1975, avait souligné... ce qui déjà à ses yeux, constituait le plus grand futur danger pour l’humanité. “Je vois la violence apparaître déguisée, sous des alliances illégales et sous des asservissements préalablement convenus. Ce ne seront peut-être plus les fours crématoires d'Hitler, mais plutôt une subordination méthodique et alors scientifique de l'homme. Pour que son humiliation soit complète. Pour qu’il soit souillé définitivement”.

En ville, certains préparent pourtant leur prochaine échoppe, “Bière de Corfou”. Odysséas Elýtis et ces autres Grecs, “les buveurs de soleil”, d’après l’expression, depuis consacrée de Jacques Lacarrière.
Buveurs de soleil. Mimi et Hermès de Greek Crisis. Athènes, janvier 2021

* Photo de couverture: La prochaine échoppe, Bière de Corfou. Athènes, janvier 2021