dimanche 22 novembre 2020

La dernière dignité



Semaine après semaine, les confinés du pays grec rêvent de leur délivrance. Les jeunes comme les plus âgés se souviennent alors de leurs bistrots, au moment juste du café. Retrouvailles en d'autres temps encore... démasqués, pas si lointains. Au village thessalien de ma mère dans la région de Kardítsa, mon oncle Dimítris tenait d’ailleurs beaucoup à son bistrot. Il s’y rendait même tous les jours, rien que pour les réunions entre amis autour d’un café.

Au café. L’homme à la casquette, mon oncle Dimítris. Thessalie, 2015

C’est toute ma dignité ces retrouvailles” nous disait-il. Il s’y rendait même en mobylette quand il avait tout juste 95 ans, à la veille du premier confinement de ce nouveau siècle, lequel décidément n’était plus le sien. L’oncle Mítsos comme on l’appelait au village, n’était pas de la dernière pluie. Il incarnait encore ce monde des endurcis qui ne se sont jamais éloignés de leurs terres.

Mon oncle avait combattu dans la Résistance durant l’autre Occupation allemande et par la suite, il avait poursuivi se rapprochant à ce qu’il croyait être son combat durant la terrible Guerre Civile des années 1944-1949. Engagé du côte communiste, il avait été torturé par les irréguliers du camp adverse et il a survécu. C’est son chien qui donc avait alerté la famille. Ma grand-mère et les tantes d’alors, avaient sitôt enveloppé son corps récupéré près de la bergerie de peaux de moutons tués à l’occasion “pour déjà amadouer les plaies” comme elles disaient.

La famille a eu de la chance. Mon autre oncle Vangélis son frère, bien naturellement... ne l’a pas dénoncé. Il l’a même protégé quand il a aussitôt empêché la salle besogne de ses amis... pour qu’elle ne s’accomplisse pas jusqu’au bout. Il faut préciser qu’à l’époque, Vangélis s’était engagé auprès des milices des Royalistes et de la droite très dure ; inutile de dire que comme tout milicien qui se respectait et qu’il se faisait surtout... respecter, il était armé jusqu’aux ongles. “Bien naturellement”, c’est surtout une façon de parler, car tant de drames et notamment de nombreux meurtres, disons politiques, ont eu lieu en Grèce au sein même des familles en ces années de pierre et de fer. Amère déraison.

Le café que Dimítris fréquentait. Thessalie, 2015

Nos... moutons. Thessalie, 2015

Monument dédié... à la mémoire de la famille paysanne. Thessalie 2018

Pendant que son frère Vangélis avait déménagé dans la ville proche de Tríkala, Dimítris était resté au village après la terrible décennie des années 1940. Il s’occupait des bêtes et notamment, il cultivait sa terre pour se retirer d’une vie comme dit très active, quelques années seulement avant le décès de son épouse, notre tante Fotiní, il y a déjà un moment. Depuis, notre oncle ne se laissait par abattre, il sortait, il avait une vie sociale, il adorait retrouver ses cadets au café et du haut de ses 95 ans, il était resté pratiquement autonome.

Deux à trois fois par jour, mes cousines venaient l’aider, lui apporter son repas, vérifier qu’il prenait bien ses médicaments et surtout parler avec lui. Sauf que l’ère COVIDienne est venue fermer son café, restreindre les déplacements, et d’ailleurs, installer partout la peur du contact avec autrui. Notre oncle se voyait diminuer alors rapidement car en dépit de l’été passé, synonyme d’ouverture, le reconfinement de cet automne lui a été fatal. Il a été victime d’une chute chez lui et lorsqu’il a été retrouvé mal en point par ma cousine environ deux heures après, rien n’était comme avant.

Transféré à l’hôpital de Kardítsa, les médecins ont en réalité lutté pour raccommoder l’irréparable. Malgré un contexte COVIDien en ce moment dramatique, notre oncle n’a pas été oublié. Les médecins l’ont dit et même répété à ma cousine Ioulía. “Non Madame, ce n’est pas parce qu’il est si âgé qu’il n’a pas droit aux soins et surtout, à sa dernière dignité”. Tous les examens nécessaires ont été pratiqués, et il a été même placé en réanimation. Sauf qu’il a été victime de deux accidents vasculaires cérébraux, le premier lors de sa chute, le deuxième, plus grave, en hospitalisation.

Bien que toujours politisé à l’ancienne, notre oncle n’aura connu de notre... troisième Grande Guerre que les prémisses. Il ignorait naturellement tout du “Great Reset”, la “Grande Réinitialisation” totalitaire que la tribu de Klaus Schwab entend imposer à la planète entière, après avoir installé des politiciens marionnettes un peu partout. On dirait même que les élitesaures actuels, prennent parfois des accents à la Goebbels lorsqu’ils s’expriment. Fort heureusement, notre oncle Dimítris était déjà bien loin de tout cela. Il avait déjà donné comme on dit, et c’était du temps... de l’autre Goebbels. Ainsi notre oncle n’aura pas remarqué que l’autre jour, Mitsotákis, le Premier ministre du... dernier psychisme, s’exprimant devant les caméras, avait ostensiblement entreposé le livre “The Great Reset” de Klaus Schwab et de Thierry Malleret sur son bureau, pour que tout le monde puisse l’apercevoir. Je dirais même que nos marionnettes politiques agissent de la sorte, car en piètres écoliers, ils doivent sans cesse montrer à leurs maîtres qu’ils étudient et que surtout... ils ont bien assimilé la leçon, sinon, ils seront sans doute punis.

Mitsotákis et le livre “The Great Reset”. Presse grecque, novembre 2020

Mitsotákis fait alors de tout son possible sous couvert de COVID-19 et de confinement, ayant annihilé pour l’instant toute réaction populaire. Preuve, s'il en faut que le calendrier du... “Great Restart” reste en cours d’exécution. La... nôtre. Déjà, la politique immigrationniste avance à grands pas quand de nouveaux campements villes pour colons musulmans sont construits dans les îles et en Grèce continentale, financées à 100% par la Commission Européiste.

Ensuite, les polluantes éoliennes allemandes que les habitants ne veulent pas voir dans les Cyclades sont en ce moment même installées, par exemple à Tínos où les bétonneuses sont alors escortées et protégées par la Police prétorienne. Sans enfin oublier la transformation imposée d’une bonne partie du littoral grec en... grande industrie de la pisciculture pendant que les élus locaux et la population ne sont même pas consultés et encore moins informés du processus décisionnel, si ce n’est qu’après coup. Le maire de l’île de Póros, en Golfe Saronique en est suffisamment outré ; ironie de l’histoire, l’élu local est étiqueté Nouvelle Démocratie, le parti actuel des Mitsotakiéns, pourtant rien n’y fait.

Mitsotákis et... le dernier psychisme. Presse grecque, novembre 2020

Les bétonneuses à Tínos. Presse locale, novembre 2020

De la pisciculture en Golfe Saronique et en Attique. Presse grecque, novembre 2020

Semaine après semaine donc, les confinés du pays grec se préparent comme ils peuvent. De notre côté, nous avons déjà nos olives “opérationnelles”... en préparation accélérée, dite aussi “à la manière des Monastères”. Il s’agit d’olives noires naturelles parmi les plus célèbres que l’on dénomme “Throúbes de l’île de Thasos”, aux arômes et à la saveur de l’olive en pleine maturité. Cueillies il y a quelques semaines en Argolide, ce sont nos amis du vieux Péloponnèse qui nous ont enseigné la méthode de préparation, pour ces olives ayant un goût légèrement amer et qui devient finement ridées.

Ainsi Dimítris, notre oncle, a été dignement enterrée la semaine dernière en Thessalie et en cette saison des olives comme du “Great Restart”. Seulement neuf membres de notre famille ont assisté à ses obsèques, l’urgence COVIDienne interdit d’aller au-delà en termes d’hommage. On comprend.

Le virus balaye désormais le pays et depuis Athènes, le neurochirurgien Panagiótis Papanikoláou croit savoir et le communique même via son tweeter qu’au sein des hôpitaux publics d’Athènes, on y préparerait en cachette des chambres en réanimation, réservées en exclusivité aux potentiels patients VIP. “Inutile de dire qu'à partir de demain en Attique, certains lits en réanimation pour des entubés COVID sont en préparation, cachés en sous-sol, rien que pour les VIP. C’est alors un crime contre le peuple grec, mesdames et messieurs les professeurs et les directeurs des services hospitaliers.

Temps des olives. Péloponnèse, octobre 2020

Nos olives préparées. Athènes, novembre 2020

Mais en vrai VIP, notre oncle n’a pas été oublié. Ce n’est pas parce qu’il était si âgé, qu’il n’a pas eu droit aux soins et ainsi à sa dernière dignité, autant celle des praticiens qui combattent et qui résistent à leur manière. Tous les examens nécessaires ont été pratiqués et il a été même entubé ; les médecins l’ont dit et même redit à ma cousine Ioulía.

Oncle Dimítris qui avait tant combattu durant l’autre Occupation allemande n’est donc plus. Notre oncle Vangélis du supposé camp si opposé à l’époque de la terrible et aussi stupide Guerre Civile, est décédé il y a près de vingt ans. Cette génération est restée jusqu’au bout aux choses et aux faits palpables et concrets, avant la numérisation si chère à Klaus Schwab... au besoin en passant par le clavier Mitsotákis.

Grèce de jadis. Péloponnèse, années 1960, photo de notre ami C.V.

Semaine après semaine, les confinés du pays réel rêvent de leur sortie, pendant que nos félins de maison profitent de la présence si soutenue des humains que nous sommes encore. Chez nous, Mimi 17 ans et Hermès 3 ans se croient sans doute dans... le meilleur des mondes.

Mimi de Greek Crisis. Athènes, novembre 2020

Sauf que depuis le village thessalien les nouvelles ne sont guère bonnes. Notre cousin Státhis est hospitalisé dans une unité COVID à l’hôpital de Tríkala. Cinq familles au village sont concernées par le nouveau coronavirus, visiblement hautement... technique ; la vie est comme figée et votre blog reviendra bientôt sur la situation très récente du COVID-19 en Grèce.

Sauf que les jeunes, ainsi que les plus âgés, se souviennent de leurs bistrots au temps très juste du café comme autant de leur dernière dignité.
Hermès de Greek Crisis. Athènes, novembre 2020

* Photo de couverture: Réunion entre amis au café. Thessalie, années 2010