mardi 17 novembre 2020

Évagoras contre Erdogan



Pendant que les mesures restrictives de liberté s’imposent largement pays après pays sous prétexte de totalitarisme sanitaire, il y a d’autres actualités parallèles, celles que les enfermés “devraient” plutôt ignorer. Telles, les avancées récentes par l’épuration ethnique et par la guerre, que pratique la Turquie. En Arménie et aussi à Chypre. Dans le Karvachar et le Davidank, les Arméniens brûlent leurs maisons avant la “cession” à l'Azerbaïdjan, tandis qu’à Chypre, les Turcs annexent la ville de Famagouste, restée ville fantôme depuis que l’armée turque a envahi l’île en 1974. Dans un sens, la barbarie tient autant d’une “charge virale” historique.

Famagouste. Presse grecque 2020

Depuis Nicosie, le gouvernement chypriote, vient de rappeler par une vidéo en anglais, qu’Erdogan n’est pas chez lui à Famagouste. Comme si, les seuls arguments justes peuvent faire reculer la barbarie. Car le 15 novembre, Erdogan s’est rendu à Famagouste pour y organiser un pique-nique très officiel, et à sa manière habituelle. Provocation, suffisance, nationalisme exacerbé et barbarie. Famagouste en avait vu certes bien d’autres depuis le temps d’Évagoras.

D’ailleurs, même de la part de certains Chypriotes-turcs des réactions d’indignation n’ont pas tardé à être formulées, tant l’instrumentalisation par Ankara de la minorité turque de l’île devient énorme, et de ce fait son écrasement, sous le poids des colons et des islamistes dépêchés depuis la Turquie. En ces lieux, l’histoire n’est guère inédite... et elle a même parfois des suites dans ses idées les plus sombres. La Turquie avait déjà fait du Traité de Lausanne un bout de papier chiffonné sitôt après sa signature, en juillet 1923. En septembre de la même année, l'État turc a repris sous son contrôle tous les pouvoirs à Imbros et Ténédos, seules îles de population grecque en mer Égée cédées à la Turquie d’après les termes du traité.

L’organisation administrative spéciale ainsi prévue, celle des élus locaux telle que la définie l'article 14 du traité, n'a jamais été mise en œuvre. Aussitôt, les Turcs y ont fermé les écoles et supprimé toutes les activités culturelles de la population avant de l’expulser. En conséquence, la population grecque des deux îles face aux Dardanelles, de 13000 habitants en 1923, elle est tombée à moins de 500 âmes aujourd'hui.

Famagouste dans les années 1970, avant l'invasion de l'armée turque

On n’oublie pas non plus les événements du 6 septembre 1955 à Constantinople. Une foule déchaînée de 50000 Turcs, sous la direction et le soutien des autorités turques qui distribuaient des barres de fer et des haches, avait attaqué de manière planifiée avec d’ailleurs toute la bienveillance avérée de la Grande Bretagne, les habitants issus de la minorité grecque de la cité sur le Bosphore.

Ce pogrom de Constantinople a entraîné des dizaines de morts, des centaines de viols, des milliers de pillages et de destructions de bâtiments, pour aller jusqu’à la... décapitation de cadavres dans les cimetières grecs pendant la nuit. L'un des slogans centraux de la foule enragée était alors “mort aux Infidèles”. Les dommages à époque, ont été évalués à plus de 150 millions de dollars américains. Sur les cent mille Grecs que comptait alors la ville, très théoriquement protégés par le Traité de Lausanne, moins de deux mille y habitent encore aujourd'hui.

Les Arméniens brûlent leurs maisons. Photo Alexander Nemenov - AFP

Le pique-nique d'Erdogan. Famagouste, le 15 novembre 2020, presse grecque

Chypriotes turcs contre le pique-nique d’Erdogan. Presse grecque, novembre 2020

Ces violations des Traités, ont toujours fait partie d'un plan disons... plénier, visant à déraciner les Grecs de leurs terres ancestrales pendant des milliers d'années, en continuation des massacres et des génocides des Arméniens et des Grecs en Asie mineure de la période 1914 à 1923.

La suite est connue, elle passe par les Kurdes, ainsi que par bien d’autres peuples et ethnies de la région. Animés par la théorie et surtout la pratique de l'espace vital d'inspiration allemande, le fameux “Lebensraum”, la nouvelle Turquie de 1923, recherche alors son expansion géographique et symbolique permanente aux dépens des États voisins.

C’est triste à dire, car tout laisse à croire que les Turcs, en tout cas l’élite politique qui dirige ce pays, ne semble pas avoir renoncé aux caractéristiques de leurs tribus nomades, originaires de la grande steppe eurasienne qui ont survécu par le pillage, les raids et les conquêtes de terres étrangères fertiles.

L'expansionnisme turc et le monde musulmane. Presse grecque, novembre 2020

Erdogan... traversant la Méditerranée orientale. Presse grecque, novembre 2020

Une bande dessinée vidéo qui circule ce dernier temps sur Internet turc, montre un Erdogan traversant la Méditerranée orientale... pour sectionner les territoires occupés à Chypre par l’armée turque depuis 1974, érigés en pseudo-république depuis en novembre 1983, pour les... déplacer en Turquie.

Quel que soit le sens que les Turcs veulent donner à ce dessin animé, la réponse grecque réside déjà dans les paroles de notre poète et diplomate Yórgos Séféris de 1953, par son poème “Salamine de Chypre”.

La terre n’a pas d’anneaux
Pour qu’ils puissent partir en l’emportant sur leurs épaules,
Et, tout assoiffés qu’ils soient,
Ils ne pourront adoucir, fût-ce d’une demi-pinte, l’eau de la mer”.

Yórgos Séféris à Chypre, 1954

On peut dire que Séféris, né à Smyrne en 1900 avait été adopté par Chypre. Tous les spécialistes qui se sont penchés sur sa thématique, sont unanimes à le reconnaître.

Ainsi, au retour de trois voyages à Chypre, effectués en 1953, 1954 et 1955, Séféris publie son avant-dernier recueil, -Journal de bord III- en 1955, soit huit ans avant que ne lui soit décerné le Prix Nobel de Littérature. Il faut dire que Chypre occupe tout particulièrement Séféris dans l’après-guerre dans le cadre de ses fonctions diplomatiques: il est successivement conseiller d’ambassade à Londres, 1951-1952, ambassadeur de Grèce à Beyrouth, 1952-1956 et ambassadeur de Grèce à Londres, 1957- 1962. Mais, pour le poète, la question chypriote est l’occasion d’une réflexion et d’une quête poétiques de haut niveau qui trouve son expression dans Journal de bord III. Séféris précise : Les poèmes de ce recueil, à deux exceptions, Mémoire I et II, m’ont été donnés à l’automne 1953 quand j’ai voyagé pour la première fois à Chypre”.

L’île de Chypre, aux yeux du poète, apparaît comme un lieu intermédiaire, à la fois dans l’espace et dans le temps, propice à la découverte et même à la révélation. Le poète y découvre un monde où l’on parle grec, qui est grec, mais qui ne dépend pas de l’État hellénique. Mais dans le même temps, la Chypre de l’après-guerre, prise dans les troubles politiques que le poète traite au quotidien dans le cadre de ses fonctions diplomatiques, peut connaître le même sort que l’Asie Mineure de l’entre-guerres-deux-guerres. Les rencontres dont les poèmes se font l’écho acquièrent une coloration tragique où l’histoire personnelle du poète rejoint la grande Histoire”.

La cabane d'Evángelos Louízos où Séféris avait logé, photo des années 1970

Famille grecque à Famagouste, années 1970

En classe, avant l'invasion turque. Famagouste, années 1970

Les poèmes de -Journal de bord III- sont souvent qualifiés par la critique de poèmes chypriotes En effet, le recueil constitue un hymne à cette île qu’il découvre dans son intimité et dont il se sent un temps -le fils adoptif- littéralement le fils spirituel. Le titre retenu pour la première édition du recueil en 1955 n’est pas -Journal de bord III, mais [Κύπρον ου μ’εθέσπισεν], où le mot Chypre apparaît en première position. Ce titre, en grec ancien, assez déroutant pour un lecteur du XXe siècle, est extrait du vers 148 prononcé par Teucer dans la tragédie Hélène d’Euripide et signifie : à Chypre où l’on m’ordonna”, Stéphane Sawas, “De Smyrne à Chypre : errance et mémoire chez Séféris”, 2012.

Famagouste n’était donc pas que la première station balnéaire de Chypre jusqu’à l’été 1974. La ville avait surtout été ce centre intellectuel, artistique et culturel ayant dépassé les limites de l’île. C’est justement à Famagouste que le notable, homme de lettres et entrepreneur Evángelos Louízos recevait ses amis. Il avait développé une amitié étroite avec Yórgos Séféris et Odysséas Elýtis, qu'il a accueillis à plusieurs reprises dans son célèbre manoir ainsi qu’à sa cabane sur la plage de la ville. Rappelons qu’Elýtis est, après Georges Séféris en 1963, le second auteur grec à recevoir le Prix Nobel de littérature en 1979.

Notons aussi que Louízos, leur ami, avait entrepris avant l'invasion turque, l’édition annotée en douze volumes, des œuvres complètes de Louis de Mas Latrie sur l'histoire de Chypre durant la Période médiévale. Lors de l'invasion de 1974, beaucoup de ces précieux livres n’ont pas pu être récupérés de la douane du port de Famagouste et ils ont été perdus à jamais, d’autres par contre, se trouvaient encore chez leur imprimeur en Belgique. Louis de Mas Latrie est le célèbre historien, paléographe et diplomatiste français, qui fut l’un des pères de l’archéologie chypriote. En 1848, il remplace Jacques-Joseph Champollion comme professeur de diplomatique à l’École des Chartes.

Institution culturelle et éducative grecque saccagée par les Turcs. Famagouste, années 2010

Église saccagée par les Turcs. Famagouste, années 2010

Le célèbre café de jadis. Famagouste, années 2010

Famagouste de jadis n’est certes plus, pourtant ses habitants et autant leurs descendants, espéraient retrouver leur ville un jour, leurs maisons comme leurs commerces. Car d’après les résolutions de l’ONU figeant en quelque sorte la situation sur le terrain lors cessez-le-feu lors de la deuxième phase de l’invasion turque en août 1974, Famagouste devait rester “en l’état”, dans l’espoir que leurs propriétaires légaux puissent un jour y retourner. Une sorte de “gage diplomatique” en même temps, en attendant les négociations futures, lesquelles d’ailleurs n’ont jamais rien donné en dépit des positions... en recul constant de la partie grecque.

Et elles n’ont rien donné quand la Turquie a temporisé durant près de 50 ans, histoire de maximaliser ses exigences, car au fond, la seule... solution finale que la Turquie recherche c’est d’investir l’ensemble de l’île et de pratiquer l’épuration ethnique jusqu’au bout sur la partie libre et grecque de la République de Chypre. Tel est le sens profond de la symbolique de la visite d’Erdogan à Famagouste et ceci, jusqu’aux... détails dans le macabre.

Car, pendant que le président turc s’apprêtait à visiter la ville occupée de Famagouste et que les autorités d'occupation préparaient sa réception, une histoire choquante faisant référence à l'existence possible d'un charnier à l’endroit du pique-nique a été révélée par le journal chypriote Phileléftheros.

Chypriotes turcs contre le pique-nique d’Erdogan. Presse grecque, novembre 2020

C'est le cas de 11 civils Chypriotes grecs, qui se trouvaient chez eux dans la région proche de la basse Derýneia, lorsque les soldats turcs les ont raflés et après les avoir conduits dans un champ avec une fosse creusée, ils les ont exécutés. Parmi eux, cinq enfants, un de 5 ans, le deuxième de 12 ans, le troisième de 9 ans et les deux autres de 3 ans et aussi un autre mineur de 15 ans. C'étaient tous des civils, des femmes et des enfants. À ce jour, leurs noms figurent toujours sur la liste des disparus”.

Cependant, la Commission d'enquête sur les personnes disparues n’a jamais pu pas accéder à cette zone fermée de Famagouste, puisque l'armée turque l’avait désignée comme étant une zone militaire. À ce stade, il est très probable que le président turc Erdogan ira traverser demain cette zone, dans le cadre de sa visite illégale dans les territoires occupés pour son pique-nique. Sur les charniers d'enfants et de civils qui ont été exécutés en masse par des membres de l'armée turque lors de l'invasion, quelques jours seulement après l'occupation de la ville d’Évagoras par les Turcs.

Décidément, Famagouste en avait vu bien d’autres depuis le temps d’Évagoras. Pour Isocrate, le grand orateur athénien, Évagoras était un roi modèle, il s’était fixé comme but de favoriser le bonheur de ses sujets et le pouvoir de sa cité, et cela par la culture et le rayonnement de la civilisation hellénique après avoir chassé les barbares de sa ville Salamine, non loin de l’actuelle ville de Famagouste.

Cinéma de jadis au pays d'Évagoras. Famagouste, 1971

Évagoras ne naquit pas sur le trône. Son père ayant accueilli à sa cour un exilé de Phénicie, et s'étant livré envers lui à un abandon de confiance plus grand que la sagesse ne le permet à un souverain, cet homme, habile et perfide, le trahit et s'empara de la royauté.

Évagoras, quoique élevé dans les malheurs de l'exil, loin de laisser fléchir les puissances de son âme sous le poids de l'infortune, s'efforça de les développer avec une telle énergie que, dès sa jeunesse, on le considérait comme digne de parvenir au rang qu'avaient occupé ses ancêtres; mais, en même temps, la générosité de ses sentiments éloignait de lui la pensée de porter le trouble dans son pays pour le seul intérêt du rétablissement de ses droits, quelque justes qu'ils pussent être; il attendit, en se rendant déplus en plus capable de régner, qu'une circonstance heureuse, d'accord avec l'intérêt de sa patrie, lui ouvrît le chemin du trône. Lorsqu'elle se présenta, il n'hésita pas à la saisir. Un homme puissant conspira contre la vie du tyran, et, redoutant Évagoras, il essaya de l'envelopper dans la même destinée. Évagoras, échappé au danger, se retira à Soles en Cilicie, et bientôt, sans aucun secours étranger, à la tête de cinquante citoyens avec lesquels il s'était concerté, il entra de nuit dans Salamine, attaqua le tyran, le mit à mort et se trouva ainsi rétabli sur le trône de ses ancêtres”.

Les habitants n'oublient pas. Famagouste, Noël 2014

Une couronne si noblement reconquise devait nécessairement être portée avec gloire en même temps qu'assurer le bonheur du pays; et, sous ce double rapport, rien n'a manqué à la fortune d'Évagoras · le tyran avait non seulement séparé les intérêts de Salamine de ceux de la Grèce, mais il avait changé ses mœurs, il avait détruit sa civilisation; il l'avait asservie aux Barbares, en se faisant vassal du Grand Roi, et cherchait par tous les moyens à remplir le cœur de ses sujets de haine pour les Grecs. Évagoras rendit à sa patrie son organisation primitive; il lui rendit son existence politique et sa civilisation ; il l'affranchit du joug de la Perse, et, heureux dans toutes ses entreprises, il transmit à Nicoclès, son fils, le royaume de Salamine, plus puissant et plus florissant qu'il ne l'avait été sous le pouvoir de ses ancêtres”.

Enfants grecs à Famagouste. Années 1970, avant l'invasion turque

Les tyrans en ce moment sont... les dirigeants actuels ; en Grèce comme à Chypre. Rappelons d’abord, combien la perfidie britannique a, dès les années 1930, empoissonné la population grecque de Chypre, ainsi qu’une bonne partie de l’élite économique, politique, intellectuelle et politique de l’île par sa propagande à la Goebbels, voulant faire des Chypriotes grecs, des non-Grecs, intoxication que Séféris avait dénoncé avec toute sa force dès le départ.

Le poète s’émerveille en effet de la richesse du grec parlé à Chypre où subsistent de nombreux mots du grec ancien qui ne sont plus usités en Grèce helladique Il se plaît à émailler ses poèmes de tournures et termes dialectaux chypriotes qui rendent certains des textes assez difficiles d’accès au lecteur, mais qui confèrent un souffle d’altérité, paradoxalement mêlé à l’expression d’une profonde grécité. Au regard de cette histoire faite de pillages, de violences, mais aussi d’échanges fructueux avec l’étranger, la permanence et la vivacité du monde grec de Chypre ne cessent d’émerveiller le poète”.

D’où cette lettre écrite à sa sœur Ioánna Tsátsou le 25 octobre 1954. “Peuple fidèle, d’une constance calme et obstinée. Réfléchis un peu au nombre de conquérants qui leur sont passés sur la tête : les Croisés, les Vénitiens, les Turcs, les Anglais ? Neuf cents ans ! C’est incroyable qu’ils aient pu rester si fidèles à eux-mêmes et qu’ait pu être effacée, tels d’insignifiants intermèdes, la présence des divers tyrans sur l’île”.

En ces lieux, l’histoire n’est guère inédite... En ce funeste automne 2020, une équipe du quotidien Kathimeriní, a visité Famagouste. Ses journalistes ont été guidés sur les traces de Louízos, de Séféris et d’Elýtis, lecture à l’appui, par leurs compatriotes de Chypre, natifs de la ville d’Évagoras. Moments émouvants du documentaire, en grec et malheureusement non sous-titré. Tyrans toujours, à l’instar du minable Mitsotákis, lequel dans l’indigne lignée des politiciens marionnettes de la Grèce très contemporaine, ferait visiblement tout, non seulement pour séparer les intérêts de Chypre de ceux de la Grèce, mais en plus, en bon serviteur de Sóros et des intérêts de la Turquie, de l’Allemagne et de l’OTAN, il change les mœurs du pays, quand par exemple il annule la célébration même au minimum des fêtes nationales, sous prétexte de totalitarisme sanitaire.

Novembre 2020. Au moment où le navire turc de prospection pétrolière Oruc Reis se trouve toujours au large de Rhodes et que la Turquie renforce sa présence militaire près de sa frontière avec la Grèce d’une brigade de parachutistes, c’est l'ambassadeur américain en Grèce Geoffrey Pyatt qui nous informe de... l’état d’esprit de Mitsotákis. “Nous soutenons le Premier ministre Mitsotákis quant à l'engagement du gouvernement grec à revenir à la solution diplomatique. Je ne pense pas que d'autres alliés de l'OTAN lui soient autant liés que la Grèce et les États-Unis, sur le principe suivant. Quoi qu'il arrive, nous devons garder la Turquie du côté de l’Occident”. Alors on comprend. Quoi qu’il arrive ; Famagouste et le pique-nique d’Erdogan, le recul de la souveraineté grecque en mer Égée, voire à terme, la perte de notre territoire national.

Pour ceux qui sont partis. Pour Famagouste, leur ville. Noël 2014

En cette période de tous les dangers, Mitsotákis a préféré enfermer les Grecs sous prétexte de crise sanitaire, affaiblissant leur moral, leur économie, leurs libertés, pendant que l’ennemi se positionne déjà en face. Au pays confiné, les migrants clandestins parmi les colons et autres djihadistes dépêchés par Erdogan, passent toujours la frontière, terrorisent les habitants ; certains d’entre eux, ont même volé un tracteur agricole, pour l’abandonner ensuite en pleine ville de Kavala, à 200 kilomètres... de la frontière.

Les Grecs... confinés, n’ont pas réagi et la police... n’a rien vu passer. Pourtant, cette même police prétorienne a interpelé ces étudiants patriotes à Thessalonique ; ils avaient osé déplier une banderole dénonçant l’agression turque à Famagouste comme ailleurs. “On comprend alors pour qui travaille Mitsotákis et sa clique” entendons alors en Grèce ici ou là. “Quoi qu'il arrive, nous devons garder la Turquie du côté de l’Occident”.

Banderole dénonçant l’agression turque à Famagouste. Thessalonique, novembre 2020

Lors du tournage, l’accompagnateur des journalistes du quotidien Kathimeriní à Famagouste, un Chypriote grec, avait été interpelé par un policier Chypriote turc suite à un repérage par drone, juste au moment où il photographiait la maison où il était né. “Vous n’avez pas le droit, c’est interdit. C’est la maison de mon enfance. Je comprends, pas de problème... allez-y”. Moments toujours émouvants à la neuvième minute de ce documentaire.

Si les rencontres faites à Chypre réveillent les tragédies du passé, Séféris, le poète-diplomate y pressent avec acuité les drames à venir.

La terre n’a pas d’anneaux pour qu’ils puissent partir en l’emportant sur leurs épaules. On ne l’oublie pas... dans le sillage d’Évagoras. “À Chypre où l’on m’ordonna”.
Chat de Chypre. Larnaca, 2016

* Photo de couverture: Devant Famagouste. Quotidien Kathimeriní, octobre 2020