lundi 17 août 2020

Les Cyclades du COVID-19



De Póros à Páros il n’y a qu’un pas. D’ailleurs il fallait s’y attendre. Cette année, on a plutôt fêté à moitié la Dormition de la Mère de Dieu, la Panagía ; à Tínos comme partout en Grèce sous le régime des masques et de ce fait, sans la foule des fidèles pour cette plus grande fête de l’été grec au 15 août. Sauf qu’à côté, à Páros notamment, l’affluence soudaine des dix derniers jours fait circuler davantage le COVID-19 que... les poissons pélagiques des lieux. Le tourisme 2020 restera dans les annales pour n’avoir sauvé de son image que des fantômes et des ombres. Le grand bleu enfin... aux Cyclades du COVID-19!

Panagía. Icône du XVe siècle. Musée Benáki, Athènes, janvier 2020

Dans le Péloponnèse mythique... d’abord pour ses chats, animaux adespotes dans le meilleur sens, la peur gagne les esprits pour éloigner les corps. Les voiliers loués par les touristes délaissent Póros, Ermióni et Spétses et ensuite, une fois amarrés dans certains ports alors proches, ils observent si possible un certain écart entre eux, du jamais vu.

L’actualité... coronavirulente occupe lamentablement les esprits et les médias, pourtant les autres nouvelles, plus vraies et plus graves que jamais ne peuvent plus être ignorées. Ainsi la semaine dernière, la frégate turque KEMAL REIS a bien pris sa leçon lorsque son commandant a voulu très volontairement heurter frontalement la frégate grecque LIMNOS. Le capitaine de la frégate grecque, Ioánnis Saliáris, a d’abord évité la collision frontale à ses dépens en mettant la machine de son bateau en arrière toute et laissé passer devant la frégate turque pour ensuite toucher frontalement la poupe du KEMAL REIS, endommageant entre autres sérieusement, son hélice. En dépit de la propagande d’Erdogan à ce sujet, l’humiliation de la Turquie est totale... sauf qu’elle est locale.

Cependant, Berlin exige officiellement un moratoire en mer Égée, autrement-dit, il s’agit pour la Grèce de céder de sa souveraineté et de son territoire contre toute logique et cela même en violation du droit international que la Grèce soumise n’ose même pas appliquer. Notons qu’entre la mer de Libye et l’Égée, cela fait plusieurs semaines que la Turquie islamiste tente à faire couler des bâtiments de guerre grecs, en gesticulant et en provoquant au besoin les bâtiments de la Marine nationale française présents dans la zone.

Tout laisse croire que “l’Allemand” Mitsotákis a déjà cédé, sauf qu’ il cherche seulement... comment emballer la trahison dans du papier cadeau... estampillé COVID-19. Cependant, l’histoire n’est pas toujours écrite d’avance et que sur le terrain des armes et des peuples, la réaction peut parfois prendre une bien autre tournure.

la frégate LIMNOS peu endommagée. Presse grecque, août 2020

Le capitaine de la frégate LIMNOS, Ioánnis Saliáris. Médias grecs, août 2020

Chats, animaux adespotes. Péloponnèse, août 2020

L’actualité coronavirulente occupe alors esprits et médias ; et déjà pour l’île de Póros aux 30 cas officiels de COVID-19 la saison est terminée. En réalité, il y en aurait plus d’une centaine mais fort heureusement les porteurs restent pour le moment largement asymptomatiques nous dit-on. D’après des habitants, la situation est exactement la même dans la commune de Galatás située juste en face dans le Péloponnèse, sauf qu’officiellement, rien n’a été annoncé.

Comme pour Póros, à Páros et à Antíparos, Cyclades alors célèbres et prisées, les bars et les tavernes sont désormais censés fermer à minuit, la mesurette concerne d’ailleurs également toute la région d’Attique depuis le 17 août, à savoir, Athènes, le Pirée, ainsi que toutes les îles proches, Égine, Hýdra, Spétses. Le gouvernement grec court prétendument derrière le COVID-19 qu’on nous annonce alors galopant. Tout cela pour sauver un tourisme qui fait un flop... sauf pour le coronavirus. Le mensonge et la manipulation en plus.

Car à l’instar du cas de Póros, cela fait plus de dix jours que le COVID-19 galope dans les Cyclades et notamment à Páros, Antíparos et Mýkonos, sauf que l’omerta officielle comme officieuse ont laissé la situation se dégrader. Pendant ce temps, des milliers de touristes, notamment Français à Paros, circulaient et s’agglutinaient dans les ruelles pour s’amuser comme on dit sous les étoiles des Cyclades. Et ceci, car aux dires des campagnes promotionnelles des Mitsotakiéns, “le grand bleu grec est plutôt garanti sans COVID-19”. Eh bien, ce n’est plus du tout le cas désormais, et à ce rythme, il y a à craindre qu’au départ des vacanciers étrangers comme grecs d’ici dix jours, les rares lits en réanimation que compte le pays d’Hippocrate sous la botte de l’européisme ordo-libéral allemand ne suffiront guère si le mauvais scenario se confirme, et ceci en quelques semaines seulement. Cela étant dit et redit, passer de 200 décès actuellement, à 2000 par exemple d’ici quelques temps, ce n’est pourtant pas une pandémie. Ensuite... on en discutera.

Voiliers à une certaine distance. Péloponnèse, août 2020

Employés du secteur tourisme au chômage. Santorin, été 2020

On cueille des fleurs. Péloponnèse, août 2020

Car tout laisse croire que la propagande ambiante s’emmêle autant les pinceaux que les seringues. D’après Mihális Giannákos, à la tête de POEDIN, la centrale syndicale des employés du secteur public de santé, la situation est grave et encore... il y a même tromperie. “Dans les Cyclades, il y a davantage de cas de COVID-19 qu’annoncé”, souligne le communiqué de POEDIN. Mihális Giannákos explique que les échantillons prélevés à Paros, en raison du manque d'infrastructures, sont envoyés directement à Athènes. Ce qui a pour résultat de faire identifier les personnes infectées sur les îles comme relevant du lieu de leur résidence permanente, à savoir Athènes. Cela se traduit bien entendu par le... gonflement des cas athéniens, comme des autres grands ensembles urbains, alors qu'en fait, l’épidémie sévit déjà et d’abord aux endroits où les gens passent leurs vacances.

Comme le souligne Mihális Giannákos, “dans les îles, on manque d'équipes de la Santé publique pour prélever des échantillons lors des tests, et pour le peu qui sont pratiqués, ils sont sitôt envoyés à Athènes en vue de leur traitement. Les résultats sont alors communiqués avec deux jours de retard et pendant ce temps, les visiteurs circulent dans la zone et propagent le virus. Dans de nombreuses îles et autres lieux touristiques, les centres de santé locaux ne prélèvent même pas d'échantillons par manque de moyens et de personnel.

Les résidents ou les visiteurs qui présentent des symptômes sont seulement invités à se rendre à l’hôpital le plus proche, mais sans jamais vérifier s'ils s’y sont effectivement rendus. Présentant des symptômes bénins, aucun touriste ne visite l'hôpital et pour tout dire, il poursuit plutôt ses vacances. Parmi eux, certains repartent même des îles à bord de leurs bateaux privés et ils se font dépister au besoin plus tard dans les hôpitaux ailleurs qu’à Páros. Ainsi et jusqu'à présent, à Páros et à Antíparos, plus de 30 cas ont été identifiés à travers le dispensaire local et pour la plupart, ce sont des touristes. Disons que pour les besoins du tourisme, de nombreux cas sur les îles ne sont pas avoués. Cela met en danger la santé des résidents comme d’ailleurs des visiteurs.

C’est ainsi. Au pays des îles, on cueille alors des fleurs comme depuis toujours: coûte que coûte de l’espoir. Conscient de la “catastrophe” que le gouvernement a causé en ouvrant les frontières au voyage sans le moindre contrôle sanitaire digne de ce nom, et étant donné que les tests aléatoires aux aéroports ne sont que de la poudre aux yeux des Grecs comme des touristes, c’est dans la foulée que le ministère vient d’annoncer que désormais, les tests aléatoires seront pratiqués au débarquement des vacanciers arrivant au Pirée et à Rafína depuis les Cyclades, bien dans le sens des retours. Une première.

En même temps, Mitsotákis dans un communiqué, exhorte les plus jeunes “à se calmer”, comme par exemple “à se placer volontairement en isolement durant sept jours”, une fois leur domicile athénien gagné. L’affaire est déjà pliée et alors, toute dramatisation à venir peut autant servir d’écran de fumée devant les trahisons actuelles dont fait si... vaillamment preuve la vermine politicienne “grecque”. Ou sinon, il va falloir choisir son discours. Soit cette maladie est extrêmement contagieuse et dangereuse et il faut donc réagir en conséquence, soit, elle ne l’est pas et l’on peut donc s’entasser dans les ruelles de Páros un verre dans la main, sans trop craindre la mort au bout des doigts comme au bout des îles.

Les Philhellènes de jadis. Musée Benáki, Athènes janvier 2020

Chypre de l'Antiquité... avant les Turcs. Musée Benáki, Athènes janvier 2020

Nos morts de l'invasion turque de 1974. Nicosie, 2020

Cependant, dans la vraie vie tout comme dans la vraie mort, l’événementialité de la géopolitique radicale ne s’attarde pas une seule seconde devant l’actuel délire COVIDien. En Méditerranée orientale comme en mer Égée, c’est hélas le temps des hydrocarbures et des guerres. Les rumeurs qui courent entre les analystes de la géopolitique de cette région, si riche en histoire, font état d’un probable futur accord entre la Turquie et Israël quant à la délimitation d’une nouvelle ZEE, au détriment naturellement de Chypre, de la Grèce, de l’Égypte et du Liban ; Dimítris Konstantakópoulos par exemple via son blog.

Certes Israël dément pour l’instant toute information allant dans ce sens... sauf que le flou savamment entretenu demeure ainsi entier. Nous espérons nous tromper, nous, autant que les analystes qui sont du même avis, mais enfin... En tout cas, les cartes déjà publiées sur Internet par les pays acteurs des événements en disent suffisamment long sur le contexte, votre blog reviendra sur la question bien entendu en temps et en heure.

La ZEE grecque d’après le droit international, convention de Montego Bay

Le pseudo accord Turquie-Libye et celui projeté avec Israël, carte turque

Zones contestées et hydrocarbures en Méditerranée

Chypre et gisements revendiqués, carte turque

Certains analystes croient même savoir que l’explosion récente à Beyrouth y serait pour quelque chose dans cette affaire, et que les Mitsotakiéns auraient compris et même avalé cette Méditerranée nouvelle... et ses vagues avec. En attendant, l’Allemagne vient de bloquer au sein de l’UE toute décision vraiment gênante prise à l’encontre de la Turquie, pays pourtant agresseur de la Grèce et de Chypre, tous deux membres de la prétendue UE. Ce qui fait dire et alors ouvertement à une partie de la presse grecque ainsi qu’à la majeure partie du pays réel, “que l’Allemagne est de fait un pays que nous devons considérer comme un ennemi, plutôt mortel”. Ainsi... va l’Europe.

Le ministre grec a pourtant fait la démonstration devant ses homologues de toutes les preuves nécessaires, dont la vidéo de l’action de guerre turque relevant de l’épisode des deux frégates. Rien pourtant n’a fait plier la détermination de l’Allemagne à ne pas heurter la sensibilité des Turcs. Comme le dirait un ami, “en géopolitique, un Boche sera toujours un Boche et un Turc sera toujours un Boche oriental !” Voilà la vérité qu'on peut hélas désormais écrire... ceci surtout, grâce à la tromperie européiste laquelle a décidément vraiment trop duré.

En ce mois d’août qui finit visiblement plutôt mal, on scrute l’avenir tout en regardant notre passé. C’était le 16 août 1974 quand la Turquie d’Attila-II attaquait Chypre pour une seconde fois, après une première attaque le 20 juillet de la même année. Chypre, île grecque dès la plus haute antiquité, de par son peuple, sa langue et sa culture, celle que la Grèce des Colonels et autant celle des “démocrates” a préféré trahir en d’autres temps, mais qui décidément se prolongent. Devant le campement des forces grecques ELDYK près de Nicosie, la bataille a fait rage ce 16 août 1974. Abandonnés, sans munitions et sans renforts, le rapport de forces écrasant avait été déterminant dans cette bataille, un défenseur grec contre vingt-deux assaillants turcs. Parmi les derniers soldats survivants, Vassílis Smyrlís, originaire de Nauplie.

Vassílis Smyrlís. Disparu depuis 1974

Chypre, île grecque. Musée d'art Cycladique, 2020

Chypre, île grecque. Musée d'art Cycladique, 2020

Fait prisonnier, la barbarie d’Attila le conduira à Adana en Turquie, où humilié et torturé, il fait désormais partie des “disparus”, contre toute morale de guerre et en violation de toute convention internationale sur les prisonniers de guerre. On se souviendra à l’occasion que la Turquie n’est pas... à un génocide près non plus dans la région. Arméniens, Assyro-chaldéens, Grecs, voire Kurdes. On se souviendra surtout de Vassílis Smyrlís, ce héros que la déchèterie politique d’Athènes a complètement oublié.

En saluant les défunts. Pierre tombale, époque classique, Musée d'art Cycladique

Les télévisions ont d’autres préoccupations, bon sang. De Póros à Páros, l’actualité mainstream demeure largement COVIDienne et pour tout dire, il fallait s’y attendre. La peur gagne les esprits pour ménager corps et surtout gestes. Dans cette ultime anthropologie de l’évitement, anthropologie alors que de nom, on ne pratiquerait même plus ces gestes observés en guise de salutation finale lors des banquiers antiques au moment des obsèques. On recule... dans la vie comme on régresse dans la mort.

Depuis le village thessalien, ceux de ma famille m’informent de l’enterrement de notre oncle Apóstolos... pratiqué un peu à distance et dépourvu du traditionnel ultime baiser. “Vous êtes devenus fous avec ce COVID” s’est écriée ma tente, “sans la dernière embrassade, notre mort finira en vampire”. Frissons tout même assurés. Sauf que sur place, il y a déjà deux cas identifiés de COVID-19. Une famille issue du village mais habitant l’Allemagne, vient de rejoindre la terre natale en voiture, depuis Düsseldorf... et depuis le COVID-19.

Le numéro d’alerte 112, a été même utilisé en ce 17 août, histoire d’avertir les vacanciers, en grec et en anglais, que de retour des îles et plus généralement de leurs lieux de villégiature, ils doivent “respecter les gestes barrière et surtout éviter le contact avec les personnes plus âgées”. Foutaises. Au même moment, des vacanciers britanniques ayant quitté la France à la hâte suite à la quatorzaine sitôt imposée pour ceux qui rentrent depuis la France, se sont vus proposer des séjours... compensatoires à destination de la Grèce pour près de 200 euros tout compris. Histoire entre autres que de réembarquer immédiatement pour alors finir leurs vacances sous le soleil et sous le COVID ensoleillé des Cyclades. Finalement... le 112 grec ne passe pas à Londres et de cette affaire très commerciale, la presse grecque n’a pas eu un seul mot à répéter.

Dans le même ordre d’idées claires sur l’avenir, le vide des finances publiques atteint déjà les dix milliards, l’été du tourisme est déjà terminé et d’après la presse même mainstream, d’ici quelques semaines, près de quarante mille cafés et restaurants fermeront leurs portes définitivement. On n’arrête pas le progrès...

Mimi de greekcrisis. Août 2020

Notre Révolution nationale et chrétienne de 1821. Musée Benáki, 2020

Yórgos Séféris peu avant sa disparition. Athènes, 1970

Notre poète et diplomate Yórgos Séféris nous avait pourtant prévenus, et en premier lieu au sujet de Chypre. “You are welcome, sir, to Cyprus Goats and monkeys !” Surtout... chèvres et ainsi singes. Yórgos Séféris, “Varnávas Kalostéphanos”, roman inachevé, Chypre 1954-1956.

Août des surprises, Mimi de greekcrisis va bien ; du haut de ses dix-sept ans elle a tout de même le droit d’oublier certains reflexes. Pas nous. Surtout que nous savons combien la clique des politiciens fait tout pour anéantir l’héritage déjà fort estropié de notre Révolution nationale et chrétienne de 1821, histoire à l’époque de nous libérer du joug de la Turquie ottomane.

Deux siècles plus tard, la boucle est comme on dit bouclée. Le danger est mortel et l’on réalise alors à l’occasion, combien et comment une décennie déjà vécue sous le régime de la dite crise, d’après la dite dette et la dite austérité, auront ainsi introduit le régime de l’esclavage social, conduisant tout droit à l’affaiblissement et ensuite à l’anéantissement de la nation. C’est une guerre totale, hybride et tout autant sournoise. Accessoirement, on dira désormais ici ou là entre Londres et Palerme, que c’est en cause du COVID-19 que le monde change, et que les peuples devront mourir de marasme économique, culturel et spirituel, la géopolitique de la canonnière en plus... si affinités. Fachoda et alors Agadir.

Le capitaine de la frégate grecque, Ioánnis Saliáris, aura d’abord évité la collision frontale à ses dépens en mettant la machine de son bateau en arrière toute, pendant que les Cyclades... dansent nous dit-on avec le COVID-19. Le grand bleu... encore plus vrai. Mer Égée.

Heureusement que notre Hermès de greekcrisis va mieux, nous observons, nous surveillons même sa convalescence, Dieu merci !


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Hermès de greekcrisis va mieux, août 2020


* Photo de couverture: Fête de la Dormition. Tínos, presse grecque