vendredi 18 octobre 2019

On vient de loin



On vient sûrement de loin. Cela dit, tout le monde se demande où l’on va, semaine après semaine, jour après jour. Sous ces ultimes rayons de l’été, les plages du Péloponnèse sont désormais vides; fin de partie. Les restaurateurs feront leurs comptes, et les politiciens exécuteront alors les nôtres. En dépit de la propagande des médias au sujet “des premiers 100 jours au pouvoir réussis” pour les marionnettes Mitsotakiennes, la mayonnaise ne prend pas vraiment, et il y a de quoi... en ce pays, autant béni des dieux et convoité par les Puissances, plutôt obscures.

Les plages son vides. Péloponnèse, octobre 2019

Les nouvelles qui se succèdent en rajoutent au vacarme embrumé, mais dans le Péloponnèse dit mythique, c’est le moment de récolter les olives autant que les derniers voyageurs. Les préoccupations locales, néanmoins épidermiques, n’iront guère fouiller plus loin. “Je ne me rends plus à Athènes, ce n’est plus supportable et ce de tout point de vue”, comme l’affirme un petit restaurateur très local. C’est vrai, ceux qui se maintiennent çà et là, même dans les contrées le plus désemplies de la vielle Hellade, se considèrent à juste titre comme chanceux et quelque part préservés des périls, autant que face aux puérils qui semblent alors gouverner.

Le “gouvernement” des 100 jours agit suivant l’agenda du nouvel ordre mondial, éoliennes partout et radicalisation de l’interdiction de fumer dans les lieux publics “car c’est une priorité”. Pendant ce temps, et d’après des sources d’ailleurs citées et nommées (radio 90.1 FM, le 16 octobre), le ministre de la Santé Vassílis Kikílias intervient auprès de certains médias pour que ces derniers gardent si possible le silence au sujet de l’affaire du petit Panagiótis Raphaël. Un enfant en bas âge, atteint d’une rare maladie neurologique pour qui le Système de Santé dit officiellement national, n’accorde pas l’autorisation, c’est-à-dire le financement, d’une thérapie coûteuse mais efficace, possible seulement aux États-Unis, à défaut de laquelle l’enfant succombera.

Il y aussi ces autres cas nombreux, très nombreux, de malades souffrant d’un cancer et dont la thérapie arrive trop tard ou pas du tout, étant donné que les hôpitaux publics sont souvent en manque de traitements adéquats et que l’attente est longue, plusieurs semaines, voire, plusieurs mois. Les cancérologues dénoncent désormais ouvertement l’informatisation stricte et obligatoire de leurs démarches auprès du Système de Santé, lorsqu’ils soumettent un traitement pour validation, destiné à leurs patients et dans l’urgence.

La démarche et pénible, les pièces du dossier à numériser fort nombreuses et tout doit tenir dans deux mégaoctets. Et lorsque la réponse d’ailleurs laconique est négative, elle est parfois même motivée par de supposés “détails techniques” du dossier. “Ce Comité est alors intouchable, impossible de joindre par téléphone pour mieux plaider la cause... mortelle d’un patient, et voilà que par exemple ma patiente de la semaine est décédée car la réponse enfin positive, est arrivée après deux refus, et il faut aussi préciser, la veille de sa mort”, (témoignage d’un médecin, radio 90.1 FM, le 15 octobre, zone matinale).

Mais c’est alors ainsi que le pays réel change et changera encore davantage, entre le lent génocide des Grecs, son repeuplement par d’autres, l’arrivée des “investisseurs”, et la transformation ainsi de son sol en territoire très précisément investi. La dite Haute autorité fiscale “autonome” affichera certes ses réussites sur le terrain des derniers... des indigènes, pendant que dans les quartiers de la capitale on avisera les Airbnbistes... d’une certaine harmonie si possible à respecter, et que certaines images et légendes du vieux cinéma rappelleront qu’il était une fois la Grèce, ses citoyens... et même, leur “Cinéma Paradiso”.

Le pays réel change. Athènes, octobre 2019

La Haute autorité fiscale et ses réussites. Athènes, octobre 2019

On avisera les Airbnbistes. Athènes, octobre 2019

On aura même vu à l’œuvre et surtout en phase avec le reste des ignominies, Hiéronyme II d'Athènes, le chef de l’Église de Grèce qui porte depuis 1923 le titre d'Archevêque d'Athènes et de toute la Grèce. Il est à la fois le chef, responsable de l'archevêché d'Athènes, dont le territoire s'étend sur les communes de l'Attique, et le primat chargé de présider le Saint-Synode de l'Église de Grèce, qui compte au total 80 évêques.

Le problème, c’est que le Saint-Synode de l'Église de Grèce qui s’est tenu la semaine dernière à Athènes, a entre autres reconnu officiellement l’autocéphalie schismatique de l’Église Orthodoxe d’Ukraine vis-à-vis du Patriarcat de Moscou, et que neuf évêques se sont opposés violement à cette décision dont celui du Pirée, décision d’ailleurs qualifiée par le Père Nikólaos Savópoulos, ancien représentant de l’Église de Grèce à Bruxelles, “de décision erronée et surtout, relevant d’un Putsch à l’initiative d’un certain nombre d’évêques seulement”, presse spécialisée de la semaine.

La réaction du Patriarcat de Moscou a été immédiate, ceux de l’Église de Grèce qui se rangent aux côtés des schismatiques ne seront plus mentionnés lors des cérémonies, il n’y aura donc plus Communion entre le Patriarcat de Moscou et une bonne partie de l’Église de Grèce. Ensuite, Moscou ne donnera plus sa bénédiction aux fidèles, lorsqu’ils entreprennent par exemple un voyage de pèlerinage visitant les églises et les monastères grecs dont l’hiérarchie des évêques a pris la décision d’entériner le schisme initié par la reconnaissance de Kiev par Bartholomée, Patriarche Œcuménique de Constantinople et comme on sait, aussi... ami de la diplomatie des États-Unis.

Comme par hasard, Bartholomée entame ces jours-ci une visite officielle à la République monastique du Mont-Athos, où certaines... devises sur les murets de la République Athonite lui signifient alors clairement ceci: “Bartholomée l’Antéchrist, tu es en train de déchirer l’Orthodoxie, tu n’es pas le bienvenu au Mont Athos”, presse religieuse de la semaine. Au même moment, cette visite de Bartholomée est précédée de deux jours par celle du Consul des États-Unis en poste à Thessalonique, Gregory W. Pfleger, encore un joli hasard diraient alors certains.

Cinéma Paradiso grec... des années 1960. Athènes, octobre 2019

Hiéronyme II d'Athènes. Cathédrale Orthodoxe d’Athènes, octobre 2019

Bartholomée l'Antéchrist... Mont-Athos, octobre 2019, presse spécialisée

C’est également de la géopolitique faisant début, suite et alors fin, à l’affaire dite “de la crise de la dette en Grèce”. Autant que l’ensemble des facettes bien ficelées d’une seule et unique... grande guerre. Le “gouvernement” Mitsotákis avance ainsi à grands pas dans la voie de la mutation finalisée pour ne pas dire finale dans la mutation imposée, jusqu’à... l’abrogation du pays, de sa culture, de sa démographie, de sa composition ethnique en passant par la braderie des ultimes “bijoux de famille” lorsque déjà le dérèglement des droits sociaux fait autant partie intégrante.

Sauf que la gestion ouvertement mondialisante de certains dits “dossiers” comme celui de l’immigration peuvent alors éclater autrement que prévu. Cette semaine, les migrants du campement de Samos ont rajouté au chaos déjà existant entre terribles rixes entre Afghans et Syriens, incendies criminelles et menaces envers la population grecque, les boutiques ont fermé, l’île a été placé en état d’urgence et les écoles ont été fermées durant deux jours, et on dirait que ce n’est qu’un début, presse de la semaine.

Mais on ne fumera plus comme avant sur les terrasses des cafés, ni au cœur du microcosme des Athéniens, dans les débats littéraires et les séances de signatures, lesquelles y trouveront encore, espérons-le, toute leur place. En attendant le nettoyage... éthique de la fumée populaire, le journaliste à la Radiotélévision publique ERT, Nikos Melétis, dénonce alors ouvertement, le financement en somme présumé entier par l’Ambassade de la Turquie, de certaines équipes de journalistes appartenant à de medias grecs, couvrant sur place la guerre et l’agression de la Turquie encore une fois sur les Kurdes et sur la Syrie, presse grecque de la semaine. En réalité il s’agit d’une pénétration suffisamment historique de la 5ème colonne turque (et pas uniquement turque), lorsque par exemple des groupes de presse comme SKAI, pour ne pas les nommer, diffusent de nombreux feuilletons turcs, offrent leurs voyages via la compagnie aérienne turque, ou nous informent sur les débats au conseil municipal par exemple de Constantinople (Istanbul), histoire de conditionner les esprits au néo ottomanisme prononcé de la Turquie d’Erdogan. On vient sûrement de loin !

Littérature en débat. Athènes, octobre 2019

Vision d'actualité. Athènes, octobre 2019

Pays réel. Athènes, octobre 2019

Oui on vient de loin, et notre actualité n’est pas tout à fait inédite. Il n'y a qu'à lire le “Journal”, carnet personnel du grand homme Íon Dragoúmis cette grande figure de l’Hellénisme d’il y a tout juste un siècle, pour le constater.

“Avril 1917, Athènes. Dans le fracas général actuel, l’avidité naturelle dans chaque ethnie, Etat et pays, s’est réveillée. Au sein des sociétés, il y a de cette voracité, folle, incontrôlable, rien que pour le profit. Cette situation chaotique actuelle montre alors bien quelle est la part si importante qu’occupe l’avarice au fond des âmes des hommes, pratiquement de tous les hommes et en toute société. Ici en Grèce, il y a une telle voracité et soif du profit en ce moment, qu’elle en est même indescriptible. Le peuple a faim, et les commerçants de farine, ainsi que ceux qui la font peser sur le port du Pirée, pèsent alors mal, le faisant exprès, de manière à escroquer les gens et réaliser encore davantage de profit.”

“Tous les commerçants cachent de leurs marchandises pour provoquer la hausse des prix et certains fonctionnaires de l’État sont de la partie, ils se mettent d’accord ensemble pour que tout ce petit monde puisse avoir sa part du profit alors immoral et illégal. De nombreuses intelligences et propagandes étrangères distribuent de l’argent aux espions qui sont les leurs, aux journalistes, ou à certains officiers. Ils ont tous faim et soif de profit, ils utilisent la paupérisation du peuple et ils s’agitent un peu partout, très habiles dès qu’il s’agit de se faire de l’argent. Et il y a quelque chose de grandiose dans cette course de l’avidité, finalement si naturelle. Et j’observe avec tant de dégoût l’abjection de ce phénomène. Ecce homo”, “Journal - Íon Dragoúmis, 1913-1917.”

Vieux et légèrement handicapé. Athènes, octobre 2019

Épicerie d'antan. Athènes, octobre 2019

Image parlante. Octobre 2019

Ultimes rayons de l’été en demi-journée lorsque les plages du Péloponnèse sont désormais vides, fin de la partie. Dans Athènes, images furtives de réalités incertaines, discussions encore dans un entre-nous alors évident et nécessaire. Mon cousin Stávros qui s’y connaît, me dit que “ceux des Puissances étrangères vont à la pêche des étudiants dès la première année de l’École de Guerre et des Officiers, leur proposant déjà de l’argent contre leurs services disons actuel et futurs. Il y a la paupérisation de tous, officiers compris, il y a surtout l’effondrement moral qui prend alors de l’ampleur.”

Les plages et les ports du Péloponnèse sont vides. Octobre 2019

“Histoire largement méconnue - écrit Marc Terrade qui lui a consacré son travail de thèse - à la figure de Ion Dragoúmis, écrivain, diplomate, homme politique, né en 1878 et mort en 1920, qui, à la charnière de deux mondes, incarna un moment de la conscience nationale grecque, portant haut les valeurs de l'Hellénisme.” (...)

“Dragoúmis ne cessa d'approfondit sa réflexion sur l'Hellénisme, et bien que sa tentative demeure en définitive aporétique, elle constitue paradoxalement, dans la radicalité même de son questionnement, l'une des plus riches, des plus abouties de la littérature néo-hellénique. Elle justifie à elle seule la tâche ici entreprise et qui consiste en grande partie à déconstruire la doxa. En effet, l'examen approfondi des inflexions les plus insensibles de la pensée de Dragoúmis, ainsi que le souci de prendre en compte une évolution qui aboutit aux ultimes clarifications de Culture Grecque - 1914 - nous conduisent immanquablement à nous poser une question ultime et iconoclaste: l'Hellénisme de Dragoúmis était-il véritablement un nationalisme ?”, Marc Terrade ici.

Dragoúmis, nous autres, notre regard si possible réfléchi sur le passé et surtout sur l’avenir. On vient de loin.

Notre regard sur le passé. Athènes, octobre 2019


* Photo de couverture: On vient de loin. Athènes, octobre 2019