samedi 21 septembre 2019

L’âme perdue



Pluie et grêle. L’automne frappe aux portes... du pays sans frontières. On y déguste encore certes ses fruits de saison ; disons qu’entre le raisin et le soi-disant nouveau gouvernement, le choix semble plutôt évident. Pourtant, la propagande des médias nous apprend que la “gouvernance Mitsotákis est très largement populaire”, donc... tout va bien.

Fruits de saison. Athènes, septembre 2019

Drôle de saison, drôle de guerre. Le ministre des Finances, lesquelles sont comme on le sait contrôlées par Bruxelles, c’est-à-dire par Berlin, a récemment été en tournée à Londres dans le cadre d’un Forum “pour l’investissement” réunissant la... crème brûlée grecque et la crème brûlante étrangère. Il s’est montré fort satisfait: “Les investisseurs étrangers s’intéressent fortement aux privatisations en Grèce”, presse grecque du 20 septembre.

Parmi les sponsors du Forum, et à part les entreprises grecques, on y découvre le cabinet d’avocat d’affaires Milbank, pour qui, “la Grèce offre d’excellentes opportunités pour les investissements internationaux, sous forme de titres de la dette, comme dans un certain nombre de secteurs attractifs, notamment les institutions financières, y compris pour les prêts non productifs, l’immobilier, l’énergie, le tourisme et l’hôtellerie, le transport maritime, la logistique et les transports, le pétrole et gaz, les industries du commerce en détail et autres. Pour ceux qui cherchent à investir en Grèce dans un large éventail de dossiers de premier plan, notamment les acquisitions de capital-investissement et de sociétés, les coentreprises et d’autres investissements, le financement à effet de levier et de la dette à haut rendement, offres publiques initiales et autres opérations sur les marchés des capitaux, titrisation de prêts non productifs et d’autres catégories d’actifs, restructuration financière, gestion des dettes en souffrance et des passifs, et toutes les questions liées aux domaines susmentionnés.”

On ne rase presque plus gratis, surtout lorsqu’il s’agit de rafler la totalité de la mise, c’est-à-dire du pays. Pendant ce temps, notre ami, le brocanteur et bouquiniste âgé du vieux centre-ville, vient d’être expulsé “gentiment” de son commerce. L’immeuble a été acheté, justement par des... investisseurs. Sa boutique déjà vidée, on lui permet d’exposer certains objets devant l’entrée, tandis qu’il ne peut attendre désormais ses clients que dans la petite rue. “Heureusement que les autres brocanteurs des lieux ont accepté d’arranger ma maigre marchandise chez eux afin de la vendre si possible avec la leur. Ce n’est pas évident... puis, ma retraite ne viendra pas tout de suite. Sans parler de l’âme perdue de ma boutique, Princesse ma chatte, qui est visiblement très perturbée.”

Étendre son linge. Athènes, septembre 2019

Immobilier à vendre. Tríkala, Thessalie, septembre 2019

Non aux contrôleurs du privé. Agence des Finances en Grèce. Athènes, septembre 2019

Dans Athènes, des retraités iront encore étendre leur linge, lorsqu’ils ne sont pas expulsés par les... investisseurs, car comme partout ailleurs, de nombreux biens immobiliers sont vendus, saisis ou bradés, comme par exemple en Thessalie. Mes amis sur place, à Tríkala, me disent que dans un premier temps, les acquéreurs appartiennent à la classe aisée locale; avocats, médecins, et parfois fonctionnaires bien placés, ils achètent même de la terre agricole qu’ils ne feront pas forcément cultiver. “En attendant les Chinois et les autres peut-être, déjà, la classe aisée de la ville de Tríkala a acquis près du quart de la terre agricole de notre village, on revient au temps des grands propriétaires de la terre comme sous l’Occupation ottomane”, me dit mon ami Yórgos.

Et à Athènes, les fonctionnaires du “Ministère des Finances” font semblant de protester contre la privatisation progressive de leur service. “Non aux sociétés privées, chargées du contrôle fiscal”, peut-on lire sur leur banderole déployée devant “leurs” locaux. Mais c’est trop tard. L’administration fiscale en Grèce est désormais placée et ceci depuis quelques années, sous le contrôle total d’une société anonyme pilotée depuis Bruxelles et Berlin, la dite “Agence Indépendante des Finances en Grèce”. SYRIZA, tout comme les “gouvernements” d’avant, et d’après, auront... bravement travaillé pour les colonisateurs, avec l’aimable participation des rapaces locaux bien entendu. Après tout... la Grèce offre d’excellentes opportunités pour les investissements internationaux, aussi sous forme de la dette à haut rendement !

Les... “investisseurs” affluent ou presque, les plages se vident, tandis qu’en Thessalie, ceux de la classe moyenne locale préféreront les églises byzantines pour le baptême de leurs enfants. Au même moment, la Commission dite européenne, ordonne la fermeture définitive du plus grand chantier naval près du Pirée à Skaramangás. Cependant, la Grèce est un pays d’armateurs, dotée d’une Marine nationale précieuse face à l’agressivité historique de la Turquie en mer Égée et à Chypre, et de ce fait, ayant souvent fait appel au chantier de Skaramangás, presse grecque de la semaine. L’automne qui frappe alors... à la porte.

Avant le baptême. Thessalie, septembre 2019

Immeuble à vendre. Égine, septembre 2019

Les plages se vident. Grèce continentale, septembre 2019

Les... “investisseurs” affluent ou presque, les plages se vident et d’ailleurs... elles se vendent. La nouvelle loi relative à l'aménagement, la protection et la mise en valeur du littoral, annoncée par le gouvernement mais pas encore adoptée, prévoit la privatisation du littoral, autrement-dit, elle met fin de fait à son caractère public. “L'ancien littoral est désormais qualifié de propriété privée de l'État. La voie est ainsi ouverte à son usage exclusif par découpage en zones d’activités, pour l’industrie, l'hôtellerie et les loisirs. Il est aussi établi une affectation directe des segments des bords de mer et de plage dans les cas dits ‘d’investissements au caractère stratégique’. Les loyers sont même réduits dans le cadre de l’utilisation du littoral au détriment des recettes publiques”, presse grecque en septembre.

Pays prisonnier autant de sa géopolitique, pays où la propagande des medias nous apprend que “Mitsotákis est autant l’ami des animaux”, tant qu’à faire ! Car au pays sans frontières, les “investisseurs” affluent, les migrants aussi. Rien qu’en août près de 400 migrants arrivent par jour d’après une moyenne établie par la presse, près d’un millier par jour depuis une semaine (radio 98.9 FM, le 21 septembre), la Turquie alors ouvre le robinet humain à sa guise, la FRONTEX du seul européisme réellement existant incarne le rôle de réceptionniste de migrants à installer en Grèce, surtout lorsque près de 600.000 Grecs ont quitté leur terre natale et nationale depuis 2010, le tout, sous les encouragements de la classe politique ainsi que des dirigeants de la Troïka.

Mitsotákis aime les animaux. Internet grec, septembre 2019

La supercherie est comme on sait co-organisée par les mondialisateurs, dont les ONG du financier Soros, et à la tête de la plus puissante d’entre elles en Grèce, on y trouve Antigone Lyberáki... vénérable cousine du Premier ministre Mitsotákis. La boucle est bouclée et le pays avec. On apprend d’ailleurs par la presse que le gouvernement a fait imprimer plus de 250.000 demandes d’asile et ceci dans l’urgence, presse grecque en septembre.

Mon ami Yorgos de Tríkala observe alors ce quotidien sans savoir comment réagir: “Voilà que ces familles sont finalement installées chez nous. Peu nombreuses pour le moment, ils bénéficient de 450€ par mois pour payer leur loyer en parc privé, ils ne payent pas d’impôts, ni électricité, ni chauffage, ni eau, ni téléphone. En plus, ils ont de l’argent pour vivre sous forme de cartes bancaires prépayées, estampillées Soros et ONU. Et dans nos hôpitaux, des instructions ont été données pour que les migrants puissent être soignés devant les Grecs sans faire la queue, car il s’agit d’une population fragilisée. Ils auraient pu donner toutes ces aides à nos jeunes pour qu’ils ne partent pas en Allemagne ou ailleurs et pourtant. C’est irrationnel.”

Konstantinos Grivas, universitaire travaillant sur les thématiques géopolitiques et stratégiques ne dit pas autre chose: “Les données démographiques sont à ce sujet implacables. Cependant, la question cruciale c’est de savoir combien de personnes peuvent accueillir, absorber ainsi que leur offrir une ‘vie meilleure’, au sein de l’Europe en général, et de la Grèce en particulier, quelles que soient les raisons ayant amené ces personnes à quitter leur pays.”

“Donc, et pour considérer le problème dans toute sa dimension, examinons plutôt les données démographiques internationales. Le Bangladesh en est un bon exemple. C'est un pays qui fournit tant de migrants à la Grèce. Ce pays asiatique est donc légèrement plus grand que la Grèce, on pourrait dire que c’est une Grèce avec une Thessalie de plus, mais sa population dépasse les 160 millions d’habitants. Le Nigéria est un autre cas qui, d’ici à 2050, peut compter plus de 400 millions d’habitants. À eux seuls, ces deux pays peuvent peupler l’Europe et faire disparaître le peuple grec de son passé et surtout territoire historiques, s’ils sont autorisés à fournir des vagues de leur population vers l’Europe de manière incontrôlable, comme l’implique alors le concept dit ‘des frontières ouvertes’. La question est donc essentiellement quantitative. De ce fait, le racisme n’est aucunement la question, aussi large que puisse être son acception. À moins de considérer comme ‘racisme’, l’agonie pour la survie même de la nation grecque et de son peuple.”

Grèce, pays d'armateurs. Près du Pirée, septembre 2019

Pays réel. Athènes, septembre 2019

“Car la question qui nous préoccupe, c’est tout simplement la survie, et non pas la peur du ‘métissage’ ni du reste, ces anathèmes stéréotypés si chers aux ‘antiracistes’ nationaux comme étrangers, utilisés pour diaboliser l'inquiétude des Grecs quant à leur avenir, la qualifiant de ‘nouveau racisme’. En effet, si les choses évoluent toujours au rythme actuel, il ne serait pas exagéré que d'affirmer que la Grèce en tant que pays, telle que nous la connaissons aujourd'hui, n’existera plus vers la deuxième moitié du XXIe siècle, tandis que de l'hellénisme, il ne subsistera que quelques restes à travers le monde qui disparaîtront progressivement.”

“Cependant, ce serait une erreur de supposer que nous avons quelques décennies devant nous et que nous pouvons éviter ce développement en prenant des décisions à un moment donné dans l’avenir. En fait, le point de non-retour est beaucoup plus proche de nous. Dangereusement proche. Compte tenu de la dynamique démographique des migrants entrants et du déclin démographique des Grecs, le moment où la population changera pour convertir les Grecs en minorité deviendra irréversible, et ce n'est pas tout. En outre, il convient de garder à l'esprit que cette mutation démographique en Grèce, tenant compte de l'expérience historique, deviendra presque inévitable et conduira au phénomène de libanisation ou même de rwandisation de notre pays. C’est-à-dire que tôt ou tard, il y aura des réactions, des haines nationalistes et des rivalités: la probabilité tragique que les dernières générations des Grecs se trouvent confrontées à un conflit violent entre des nationalismes en concurrence dans les villes, voire dans les quartiers et immeubles même d’habitation.”

“Nous devons donc examiner ce phénomène de manière réaliste et sans obsessions, et réaliser les conséquences potentielles au fil du temps pour ainsi prendre nos décisions. Et les décisions devraient être prises par le sujet politique dominant. C’est-à-dire le peuple grec et non pas les minorités et les centres décisionnels agissant depuis l’étranger. Si au moins nous voulons maintenir une forme de démocratie, et c’est un minimum. Et étant donné que ce texte sera accueilli encore sous les anathèmes habituels, je voudrais terminer par quelques questions auxquelles les partisans ‘antiracistes’, ceux prônant les ‘frontières ouvertes’ devraient enfin pouvoir répondre. Ces questions sont les suivantes: Combien de migrants pensez-vous que l'Europe en général et la Grèce en particulier peuvent-elles accueillir? Trois millions? Cinq? Dix? Cent? Un milliard? Combien ? Peut-on généralement fixer une limite au nombre de personnes entrant dans notre pays après laquelle nous pouvons envisager de fermer la frontière ou sinon, nos frontières devraient-elles rester ouvertes pour l’éternité ? Combien de migrants pensez-vous que la Grèce peut accueillir sans risquer de perdre son identité ethnique ? Cette dernière question vous intéresse-t-elle, ou sinon est-elle dépassée d’après votre conception, celle du plus large ‘monde idéal’ supposé abandonner derrière lui les nations et les peuples?”

Production locale. Thessalie, septembre 2019

“Et à combien de migrants pensez-vous que l'Europe peut offrir une ‘vie meilleure’ même si elle sacrifie son identité culturelle? Existe-t-il un seuil numérique pour un tel accueil en Europe, même si leur nombre se compterait alors par centaines de millions? Le peuple grec dans son ensemble a-t-il à votre avis le droit de décider de la manière dont il va gérer ce phénomène des migrations massives, ou sinon n'a-t-il guère pas ce droit parce que, à votre avis, la libre circulation est un ‘droit humain fondamental’ et qui ne peut pas être soumis à la majorité?” Konstantínos Grivas, septembre 2019.

L’automne frappe décidément aux portes... du pays sans frontières. La mise sous tutelle coloniale du pays, sous les effets de la prétendue “dette”, la (non) politique migratoire, la suppression du caractère national et ainsi citoyen de la fiscalité, la privatisation de tout et d’abord des consciences et des comportements, le simulacre démocratique, la xénocratie européiste et pas uniquement, voilà pour cet ensemble suffisamment inouï d’une forme techno-féodale porteuse in fine de la guerre totale.

Et pour chloroformer à jamais les jeunes et les moins jeunes, la propagande des médias du jour, nous apprend que “les écoliers d’Athènes se sont rassemblés place Sýntagma pour s’indigner de l’urgence climatique”, j’y ajouterais, ceux de l’École allemande en tête, donc... tout va bien et surtout dans la... méritante lignée du constructivisme systémique à la Soros, autant pour sa créature... suprême en la matière, à savoir, Greta Thunberg, presse grecque du 20 septembre.

Le vieux chateur. Place Sýntagma, septembre 2019

Place Sýntagma toujours, notre vieux chanteur paupérisé s’efforce de maintenir un peu de sa dignité, comme de la nôtre, autant que de la vivacité de notre culture musicale populaire.

Pluie et alors grêle, sans parler de l’âme perdue de la boutique du vieux bouquiniste, celle surtout de Princesse et des autres animaux adespotes.

Animal adespote. Sous l'Acropole, septembre 2019


* Photo de couverture: La boutique du vieux bouquiniste et Princesse. Athènes, septembre 2019