jeudi 5 septembre 2019

Huiles essentielles



L’été, ses baraquements sur les rivages, ses souvenirs. De Thessalonique à Athènes en passant par les plages du vieux Péloponnèse, on salue tristement l’été 2019, si bref il faut dire pour la majorité, déjà des Grecs. Nos touristes auront tant admiré et photographié la Garde Evzone place Sýntagma au cœur de la capitale avant leur propre rentrée. Sinon, rien de très nouveau du côté des gouvernants actuels comme passés. Pays mis sur pilote automatique lorsque ses réalités substantielles sont délestées dans la hâte pour ne rien laisser d’elles au bout du processus que l’on dénomme alors... crise.

La Garde Evzone. Athènes, place Sýntagma, août 2019

L’été, celui des médias et de la publicité comme de leur atmosphère pressentie aurait pu être celui d’une prétendue légèreté ou encore le soi-disant grand moment du souvenir commercialisé. Or il n’en est rien. Les plages ont été certes remplies en Attique fin août par ce pays réel, largement, trop largement même populaire, mais en même temps certains murs expriment autant de douleur face aux touristes: “Vivre la vraie expérience grecque. Salaires à 500 euros, loyers à 400. Airbnb fait augmenter les loyers.”

Et ce n’est qu’un exemple, une facette des mutations en cours. Le pays se transforme et d’ailleurs violemment en espace administré, colonisé pour tout dire, d’en haut par les “investisseurs”, et d’en bas, par les migrants déracinés que la programmation en cours projette d’installer chez les acculturés locaux ou en phase de l’être. Les récalcitrants, autrement-dit, les esprits encore logiques et enracinés dans leur culture et leur territoire seront par la même occasion traités de tous les noms. Déjà en Grèce centrale, élus locaux et une partie des habitants manifestent contre l’installation des migrants chez eux, presse du 5 septembre. Erdogan et les passeurs mafieux compatibles Sóros ont ouvert les vannes de la misère provoquée et instrumentalisée; les migrants arrivent ces dernières semaines par milliers sur les côtes des îles grecques de la mer Égée, le calendrier semble donc s’accélérer. J’ouvrirai toutes portes vers l’Europe déclare encore Erdogan, exigeant entre autres le contrôle d’une partie de la mer Égée et des hydrocarbures qui s’y trouvent, pourtant tout cela du côté grec, Chypre comprise, presse du 5 septembre. Les migrants, leur instrumentalisation surtout, c’est autant une arme... géopolitique massive.

Et comme par hasard, le gouvernement Mitsotákis, déjà pour désengorger les îles, car il est vrai que la situation dans les campements de Lesbos notamment est plus qu’explosive, les installe en Macédoine grecque, très exactement près de la frontière avec les pays slaves et voisins, très exactement au cœur géographique, voire géopolitique de la “restructuration” que l’Allemagne et les États-Unis imposent une fois de plus en cette région des Balkans. Les Grecs des contrées concernées sont très en colère d’après les reportages, et il y a de quoi, presse de la semaine. Car il faut rappeler qu’ils ont déjà été trahis par l’accord Macédonien de Tsípras et que Mitsotákis ne remettra aucunement en cause, d’après la presse allemande, telle fut la condition nécessaire pour qu’il puisse être reçu la semaine dernière à Berlin, chez la Chancelière... du énième Reich.

D’après les médias allemands, de surcroît parmi les plus officiels, “les réticences allemandes s'expliquent notamment par la pratique de la Nouvelle Démocratie de Mitsotákis de ne pas adopter les mesures des mémorandums en tant qu'opposition officielle, ainsi que par le refus obstiné devant l'accord de Macédonien de Tsípras, dans lequel Berlin avait tant investi. Car pour l'Allemagne, il ne s'agissait pas d'un simple accord pour résoudre un problème de la périphérie européenne. La résolution du problème du nom de ce pays a été jugée essentiellement nécessaire car elle a créé les conditions permettant à la Macédoine du Nord de rejoindre l'OTAN et de rester sur la voie européenne, empêchant ainsi la Russie, la Chine ou même la Turquie d'essayer d'accroître leur influence dans ce pays. L’assurance reçue entre-temps à Berlin par le nouveau gouvernement grec, considérant que dans le cas de cet accord précisément, le principe de pacta sunt servanda s’applique, a constitué un premier geste important pour instaurer entre nous une relation de confiance”, presse allemande, fin août 2019. Rajoutons que certains projets disons parallèles, feront de cette partie du Nord de la Grèce où les migrants nouveaux sont en phase d’être installés, une zone économique et industrielle... hors sol au profit des dits acteurs économiques mondialisateurs.

Atmosphère pressentie. Athènes, été 2019

La vraie expérience grecque. Athènes, septembre 2019

Plage en Attique, fin août 2019

Autre... pays réel. Athènes, septembre 2019

Dans la foulée, la Nouvelle Démocratie et son gouvernement poursuivent dans le chemin des “gouvernements” mémorandaires et ainsi... mutants, que le pays connaît à ses dépends depuis 2010. Comme l’écrivent parfois certains vieux militants issus de la gauche, autant sortie de l’histoire politique pour les mêmes raisons, “depuis dix ans maintenant, la Grèce se meurt lentement, privée des derniers retranchements de sa souveraineté nationale et populaire. Cependant, le premier article de la Constitution stipule que: La souveraineté populaire est à la base de l'État. Tous les pouvoirs découlent du peuple, s’exercent en faveur de celui-ci et de la nation, et sont exercés conformément à la Constitution.”

“Les gouvernements se succèdent depuis 2010, les uns après les autres, comme des trains dans les gares, mais de plus en plus, ces gouvernements sont assujettis aux pouvoirs étrangers. Ils arrivent comme ils partent, en promettant divers procédés, allant de la suppression des mémorandums à la réduction des excédents primaires et des taxes, puis ils appliquent une politique économique opposée à leurs proclamations préélectorales, une politique qui est bien sûr imposée par Berlin. Au niveau géopolitique, le pays est autant subordonné à la puissance des États-Unis, semble-t-il davantage que du temps de la junte des colonels.”

“C'est le déclin final de la démocratie parlementaire. Par exemple, et c’est autant un signe des temps, la ‘politique’ est devenue une sorte de profession lucrative et du marketing, alors que la vraie politique économique du pays est pratiquée depuis la chancellerie allemande”, texte de Papoúlis sur le site du Plan-B.

“Décombres ainsi absolus de la République hellénique abolie” d’après Papoúlis, c’est un constat largement partagé, mais je dirais de plus accepté, un constat lequel échappe par ailleurs aux médias. Ces derniers font alors tout et même souvent en rajoutent, pour faire croire qu’il y a toujours ici bas une vie politique, des partis, des débats et des querelles. Heureusement, le pays réel arrive parfois à se rendre inquiet pour d’autres enfin bonnes raisons, la disparition de Lora comme celle de Yannakis en font par exemple partie, autant que les séismes d’ailleurs. Le récent séisme du mois d’août aura fait disparaître une partie des installations industrielles datant d’environ un siècle et situées à l’entrée du grand port. Signes sans doute des temps!

Disparition de Lora. Athènes, septembre 2019

Disparition de Yannakis, il nous manque énormément. Athènes, août 2019

Entrée du port du Pirée. Septembre 2019

Dans la vraie vie aussi, c’est l’Institut Goethe qui engage des travaux d’envergure sur son bâtiment à Athènes, histoire de renforcer sa résistance aux séismes. Finalement, nul n’est à l’abri, de certains séismes en tout cas. En face de l’Institut, c’est sur les vitres de la librairie allemande qu’une affichette fait la promotion d’un séminaire d’écriture en allemand entre août et septembre, “dans le cadre idyllique de l’île d’Égine”. Pour ne pas... perdre le nord, allons donc au sud.

Dans la vraie vie toujours, les derniers vacanciers du mois d’août quittent alors Égine, l’été prend fin... mais pas les affaires. D’après le reportage, lors de la visite de Mitsotákis à Berlin, il a été annoncé de manière volontairement vague, qu’un projet d’envergure dans le domaine de l’énergie dite verte sera inauguré, voire renforcé sur une période de vingt ans. On comprendra alors comment et combien, les montagnes du Pinde comme Agrafa finiront défigurées à jamais du fait des éoliennes fabriquées et imposées par la... métropole, vieille méthode.

Il en va de même pour ce qui est de la production d’huile au pays de l’olivier, comme on aime dire parfois. D’après une source mentionnée et surtout traduite par Constant Kaimakis (et nous le remercions tous), la fermeture de 2750 moulins à huile grecs serait déjà programmée, sur Facebook également, dont celui de mon ami, historien et écrivain, Olivier Delorme.

“Le ‘trésor national’ de l’huile d’olive sera ainsi livré à des multinationales américaines. Ces dernières pressent le gouvernement grec pour mettre un terme à ces 2750 unités grecques. Début janvier, le célèbre syndicaliste paysan de Fthiotida Vaios Ganis a révélé à newx.gr que des propositions de construction de trois ‘méga usines’ d'olives et d'huile d'olive avaient été déposées dans des régions spécifiques au cours des quatre dernières années. En effet, la Banque nationale semble soutenir cet effort, selon M. Ganis. Quel sera l'impact de la construction des trois ‘méga usines’? Vaios Ganis décrit la situation, dans la plus sombre des couleurs, en déclarant:”

L'Institut Goethe en travaux. Athènes, août 2019

Séminaire d'écriture en allemand à Égine. Athènes, septembre 2019

Embarquement. Égine, septembre 2019

“2750 petits pressoirs seront effacés en une nuit dans les zones où les méga usines seront implantées. Les trois zones ciblées par la multinationale américaine sont la Grèce occidentale, le Péloponnèse et la Crète. Alors imaginez la richesse de l’olive, l’huile sera concentrée dans une multinationale. Il n'y aura pas d'intermédiaire, il n'y aura rien. Un petit oléiculteur ne pourra pas survivre en raison de conditions telles que la gestion des déchets et la purification biologique, qui ne peuvent être satisfaites en raison de la taille accrue de l’économie. En une nuit, les petites entreprises auront disparu. Imaginez ce qui va se passer, a souligné Vaios Ganis. Aujourd'hui, une nouvelle ‘pierre’ dans l’édifice des révélations provient du président de GEOTEE - Institution Géotechnique, Spýros Mamalis, qui a déclaré à newx.gr qu'il était au courant du problème et qu'il fournissait des informations supplémentaires sur l'effort pour l’effacement de la carte des 2750 moulins. Selon M. Mamalis, la multinationale américaine aurait trouvé des ‘alliés’ parmi les universitaires grecs, dont les noms seront publiés prochainement.”

“Il y en a pas mal de monde autour du ministère, entre certains cadres officiels, voire des individus qui cherchent simplement à faire valoir leur point de vue auprès du gouvernement pour ainsi fermer ces petites unités actuelles sous prétexte d'économies d'échelle et de taille plus grande qu'une telle offre apporterait-elle. Ils sont Grecs et ils ont même leur bonne place dans les universités.”, l’article en grec c’est ici.

L’article souligne en conclusion que toute réticence locale ou régionale devient de fait caduque, dès que le montant global de l’investissement proposé dépasse les 100 millions d’euros, telle est la loi-cadre mémorandaire des pseudo-gouvernements qui... gouvernent surtout depuis dix ans, en réalité, depuis je dirais 1831, et ceci à de très rares exceptions près.

En attendant, on se consolera des petits trésors quotidiens, chez les bouquinistes par exemple entre la Civilisation Égyptienne et les Annales de l’ethnographie de Giuseppe Pitré et de sa collection au Musée Ethnographie de Palerme qui porte alors son nom.

On peut encore voyager en Septembre, même pour le travail, ou admirer le vieux bateau Liberty transformé en musée dans le port du Pirée. Notons que de nombreux armateurs, la plupart grecs comme Aristote Onassis ou Stávros Niárchos, ont accru leur fortune en achetant des Liberty ships du surplus des inventaires pour faire du cabotage, avant de se lancer dans le transport pétrolier.

Chez les bouquinistes. Athènes, septembre 2019

Voyageurs. Golfe Saronique, septembre 2019

Pays ainsi mis sur pilote automatique colonial. Le terroir, ses rivages, son souvenir et ses restes que les visiteurs ne peuvent guère voir, l’acculturation surtout des plus jeunes rend autant la réalité brouillée pour une partie de la population déjà. Et quant aux migrants, de par leur situation savamment provoquée, ils feront semble-t-il le même usage du pays que les prédateurs mondialistes. Le pays est un “topos”, un lieu à mettre à profit sans histoire, ni passé, ni racines, sans parler de la perte de sa souveraineté laquelle les laisse froidement indifférents. Voilà pour le vaste programme.

Car ce qui est en œuvre c'est la suppression pure et simple d'un peuple en s'en prenant à tout ce qui fait son existence propre, et le démembrement de son territoire, après celui de son identité et de son histoire à commencer par des institutions sous contrôle totalitaire et autant financier, à savoir le système éducatif et bien entendu les universités, sans oublier les médias et leur soupe à poison tétanisant.

Le Liberty-ship. Le Pirée, septembre 2019

De Thessalonique à Athènes en passant par les plages du vieux Péloponnèse, on salue alors tristement l’été 2019. Donc rentrée. La presse mainstream nous informe que dans la ville de Bach en Allemagne, personne n’a peur des investisseurs Chinois, s’agissant d'Arnstadt, où Jean-Sébastien Bach il se forge une solide réputation d'organiste à l’église de la ville, quotidien “Kathimeriní” du 4 septembre 2019. Nous voilà... rassurés autant chez nous.

Rentrée, et ce blog salue et alors remercie de tout cœur ses ami(e)s. Sans eux, sans leur soutien moral et matériel, il serait déjà avalé par le néant environnant.

L’automne en vue, entre espoir et ténacité, comme pour ce matou que mon ami Aristote a recueilli chez lui en quelque part en Attique, ou pour ces autres chats recueillis par mon ami Olivier Delorme à Nisyros.

Beau pays, vraiment !

Le matou recueilli par Aristote. En Attique, août 2019


* Photo de couverture: Souvenirs. Thessalonique, août 2019