vendredi 23 août 2019

Conquérants et investisseurs



L’histoire prend quelquefois position sur les hauteurs, monts et alors supposées merveilles. Pays montagneux aux faits bien rudes. Habitants, longtemps indépendants sur les hautes terres étroites de la chaîne Ágrafa en Pinde du sud, combattants naturellement irréguliers, bandits des passages et résistants tenaces face aux envahisseurs, voilà pour les héros des lieux. Héros ou quasiment, à travers les drames connus et surtout oubliés. Entre la Thessalie occidentale et l’extrémité nord de l’Eurytanie en Grèce-Centrale, ces montagnards ont toujours lutté contre les éléments, humains comme par ailleurs naturels, aléas de l’histoire compris.

Le lac Plastíras. Thessalie occidentale, août 2019

C’est certes l’un des terroirs les moins peuplés de Grèce, surtout depuis la terrible décennie 1940-1949, et j’ai eu récemment le plaisir dans le cadre de Greece Terra Incognita/Athènes Autrement d’y initier mon ami et historien Olivier Delorme, déjà fin connaisseur des réalités grecques et balkaniques, auteur de “l’Histoire de la Grèce et des Balkans”, ouvrage de référence initié en ces temps et autant lieux. D’ailleurs nous y sommes et pleinement, géopolitique actuelle ou non.

Car d’emblée, la “balkanisation”, notion politique comme on sait dérivée du toponyme Balkans, utilisée pour la première fois par l’Allemand Walther Rathenau dans une interview publiée par le “New York Times” en 1918, avant d’être un processus de fragmentation politique, c’est d’abord ce morcellement apparent des lieux et des hauteurs, autant imprenables qu’impénétrables, ou du moins, laborieusement.

Prendre de la... hauteur, c’est déjà effectuer l’ascension depuis la plaine thessalienne jusqu’au lac Plastíras, au nom du Colonel, puis Général, puis Premier ministre originaire des lieux et plus exactement du village Morfovouni. Il avait d’ailleurs suggéré le projet du barrage et du lac artificiel alimenté par le Megdovas bien tôt, dès les années 1920. Nikólaos Plastíras mort en 1953 et passé à la postérité sous le surnom de “Cavalier Noir”, n’aura pas vu l’aboutissement de son projet, enfin achevé en 1958.

Le barrage du lac Plastíras. Thessalie, août 2019

La construction du barrage dans les années 1950

Nikólaos Plastíras

Pour les projets du barrage et de son lac recouvrant depuis lors le plateau fertile de Nevrópolis, la majorité du labeur avait été réalisée par les habitants du pays. Elle a pu permettre une certaine poussée économique à la région, entre l'électrification, l'eau en tant que source d'irrigation pour les cultivateurs de la plaine de Thessalie, et même un certain tourisme, essentiellement grec.

Promesses tenues, tout comme engagements dépassés. Finalement, l'investissement du Général Plastíras dans sa région natale n’aura que vaguement transformé la région d’Ágrafa, autrefois et alors... de nouveau, une des régions les plus pauvres et surtout les plus isolées de Grèce. Le tourisme grec en ces contrées s’est largement effondré depuis 2010, et sa reprise reste pour l’instant fort timide. Les villages ont perdu l’essentiel des habitants, partiellement revenus après la désertification humaine forcée... sous les hauteurs oppressantes justement de l’histoire, durant les années 1940.

Le lac, lieu dit paisible et pourtant, est doté de toutes ses colères, ses habitants, ses héros, mais aussi ses victimes. En amont sur ce balcon de la Thessalie, voilà déjà une formule issue dirions-nous d’une culture locale... étendue, ainsi peinte sur un muret au bord de la route: “Tsípras - Traître qui mérite d'être pendu.” Ágrafa... combattants naturellement irréguliers en effet, résistants alors et encore tenaces face aux envahisseurs.

Tsípras - Traître qui mérite d'être pendu. Près du lac Plastíras, Thessalie, août 2019

Ágrafa, monts aussi des modestes paysans et travailleurs à l’histoire parfois occultée. Il y a pourtant ce monument en souvenir des naufragés de 1959, à l’entrée du village de Neochóri. Ombragé par la beauté incomparable du paysage, le naufrage de 1959 aura presque disparu de la mémoire collective, bien qu’il s’agisse du plus terrible naufrage jamais vu sur un lac grec.

Pour les villages voisins toutefois, le 5 décembre reste toujours un jour de deuil. C’est en ce funeste 5 décembre 1959 que les eaux froides du lac sont devenues la tombe humide de vingt ouvriers et employés à sa construction comme à celle du barrage. La nuit fatidique de la veille de Saint-Nicolas, ces ouvriers ont décidé de quitter Tsardáki, plus à l’Est sur le lac, pour atteindre Neochóri. Le seul trajet supposé court était la traversée en bateau, sauf que le mauvais temps y sévissait. D’autres habitants ont insisté pour ne pas tenter une telle traversée du lac, sauf que ces hommes désiraient ardemment être chez eux pour la grande fête qui s’annonçait.

Ainsi, ils sont montés à bord de l’embarcation d’Iraklís Mitsoyánnis, mais avant d'atteindre le milieu de leur traversée, le petit bateau n'a pas résisté aux vents violents. Tout à coup, ses passagers se sont retrouvés dans les eaux glacées du lac sans moyen de sauvetage; d’ailleurs, personne parmi eux ne savait nager. Culture locale, montagnarde et non pas îlienne par exemple. En quelques instants seulement, le lac devint leur tombe humide. Depuis, les habitants préfèrent alors dire que les leurs se sont sacrifiés pour avoir mené à bien et jusqu’au bout ces grands travaux. Leurs corps ont été retirés des fonds par des groupes de plongeurs; reste aussi depuis ce monument inauguré à l’entrée du village de Neochóri. Pays montagneux au vignoble exigeant, comme pays humain aux faits rudes.

Monument des naufragés de 1959. Neochóri, août 2019

L'embarcation d'Iraklís Mitsoyánnis en 1959

Raisin. Près du lac Plastíras, août 2019

La traversée à jamais inachevée des ouvriers et habitants entre Tsardáki et Neochóri correspond aussi fidèlement au tracé de l’aérodrome Neraida, le seul aérodrome de la Résistance ayant fonctionné en Grèce entre 1941 et 1944, construit également par les habitants.

On l'avait aussi dénommé “aérodrome fantôme”, et deci parce que les Allemands n'ont pas réussi à découvrir son emplacement durant plusieurs semaines. En 1943, les Alliés jugèrent nécessaire de construire un aérodrome facilitant la communication entre les Balkans et le Moyen-Orient. Pendant l'été de cette même année, l'accord d'adhésion de l’ELAS, principale organisation militaire des résistants procommunistes, au commandement allié et britannique du Moyen-Orient avait été signé. La construction d'un aéroport servirait donc la coopération entre les Alliés et ELAS. L'emplacement émergeant comme idéal était naturellement le plateau de Nevrópolis, culminant à 800 mètres dans une région qui était déjà un lieu de la Résistance.

Le nom de l’aérodrome vient du village voisin de Neraida, où résidait d’ailleurs le chef de la mission alliée, le Britannique Edmund Charles Wolf Myers. La conception de l'aéroport avait été celle des ingénieurs G. Vlavos et L. Samoulidis. Durant l'été 1943, un groupe de résistants et d’habitants travailla d'arrache-pied et transforma le plateau en un petit aéroport de fortune. Il s'agissait d'une longue et large piste et d'une plus petite, verticale. Le capitaine anglais Denis Hamson était responsable du projet.

Avion britannique sur l'aérodrome de Neraida en 1943

Atterrissage de l'avion de la mission Soviétique. Plaque commémorative, août 2019

Le soir du 9 août, l'aérodrome a commencé à fonctionner. C'est alors que le premier avion militaire allié a atterri en provenance du Caire. Plus tard, des parachutistes et des militaires Soviétiques y ont également atterri, toujours de nuit. Chaque fois, peu avant l'aube, une équipe d'ELAS transportait des arbres des environs et les plantait sur la piste d'atterrissage. Les vols n’ont eu lieu que de nuit et à des heures précises. À l'approche des avions, les combattants de l’ELAS étaient alertés par radio et aussitôt, ils allumaient leurs lampes de fortune. Ce fut le succès sous le nez des Allemands, et afin de se venger des résistants, les forces Allemandes ont incendié les villages environnants durant l’automne 1943.

Il s’y trouve actuellement au même emplacement mais essentiellement sous l’eau. Pour la partie non immergée, on y trouve aussi un bistrot et une petite plage aménagée aux bords du lac, tout comme on peut non loin y découvrir une plaque apposée par ceux du PC grec, commémorant de manière plutôt sélective le seul atterrissage de l’avion de la mission Soviétique le 28 juillet 1944.

Sinon, pays montagneux aux faits rudes mais au vin intéressant. Petite production locale parfois exportée, vignobles rares, parfois uniques et viticulteurs qui font de leur mieux. “Notre village a beaucoup souffert, nous nous devons alors de conserver le goût de la vie comme celui de notre petit mais en réalité grand vin.” Leur cépage avait été d’après l’histoire retenue, introduit par un Seigneur Franc, de passage il y a plus de six siècles... aléas de l’histoire compris.

Le bistrot et une petite plage aménagée aux bords du lac. Août 2019

Vin local. Près du lac Plastíras, août 2019

Vin local... et son chat. Près du lac Plastíras, août 2019

Pays montagneux aux faits disons rudes. Sur ces lieux, on commémore toujours ces soldats et cadres de l’Armée italienne, plus précisément ceux de la Division Pinerolo, passés aux côtés de l’ELAS, ayant refusé de rejoindre les Allemands après l'armistice, la Proclamation du Général Badoglio le 8 septembre 1943.

Désarmés et livrés à leur sort suite au retrait de l’ELAS vers des positions plus sûres, ils ont été décimés par la famine et les maladies. Plus de mille Italiens ont tragiquement péris et été enterrés dans la région. Leurs restes ont été rapatriés par les autorités italiennes en 1956. Ils ne sont pourtant pas oubliés; à part leur monument près du lac, tous les ans, les communes de la région ainsi que l’Ambassade de l’Italie organisent leurs journées de la mémoire, émouvantes et nécessaires.

Mémoire des Italiens de la Division Pinerolo. Lac Plastíras, 2019

“Le souvenir des Italiens qui vivaient dans nos villages est toujours vif” peut-on lire dans les chroniques locales. “Beaucoup ici se souviennent que les grenouilles, les tortues et les hérissons avaient disparu, ils constituaient un excellent mets pour eux et autant une grande surprise pour nous. D'autres se souviennent encore de leurs prénoms. Franco et Dini étaient hébergés chez les Kaperonis, puis un Giovanni chez Vangélis Tatsis, et un autre Giovanni chez Théodorou.”

“Giovanni Di Mari de Milan, lequel avait contracté une pneumonie, a été guéri et hébergé chez Giórgos Tsiolas. Il avait ensuite entretenu une correspondance élémentaire avec la famille Tsiolas pendant plusieurs années. Ses lettres étaient traduites par G. Kostakis et celles reçues en Italie par un hellénophone de Milan. Mario, charpentier tout comme ses hébergeurs, les frères Gousias, avait alors composé un incroyable duo avec le frère aîné de Théodose, en faisant des blagues et des sketches improvisés. Pendant quelque temps, les résistants séjournaient au sein du monastère de la Sainte Trinité, et un médecin italien qui y était présent soignait également les habitants du village. Contrairement aux Italiens ayant été intégrés dans la vie et la société du village, au même moment, dans la cabane d'Apóstolos Katsótis, Johann, un officier Allemand blessé et fait prisonnier, n’acceptait alors aucune aide et n'a aucunement souhaité avoir le moindre contact avec la population locale. Puis, quelque temps après, il est mort.”

“Depuis ces temps, dans le vocabulaire des villageois plusieurs mots italiens ont été introduits, et de nombreuses mères appelaient ainsi leurs enfants... pour ‘mangiare’ ou pour ‘dormire’, tandis que d'autres au village, s’écriaient à l’occasion... Bella Grecia !”, chronique locale, 2016.

Ágrafa, village de la région, entouré de montagnes. Août 2019

Ágrafa, village de la région, entouré de montagnes. Août 2019

Ágrafa, village de la région, entouré de montagnes. Août 2019

Ágrafa, contrée et villages inaccessibles car non-inscrits (“A-grafa”) dans les registres de l’Empire ottoman. Au cours de l’Occupation ottomane, Ágrafa avait offert un refuge sûr aux Grecs que les Turcs pourchassaient. De nombreux combattants de la Révolution grecque de 1821 étaient originaires de cette région, ou bien y ont alors trouvé refuge, Karaiskákis étant le plus célèbre, puis, Stournáras, Katsandonis, Boukouvalas parmi tant d’autres.

Ágrafa et sa région avaient également offert un refuge... décidément moins sûr, aux combattants communistes de la Guerre civile grecque, entre 1946 et 1949, ceci pour sa dernière phase. Autre lieu de mémoire; à mi-chemin entre le lac Plastíras et le village d’Ágrafa, en empruntant une route difficile et rocailleuse qui nécessite de quitter la route goudronnée et ce d’ailleurs depuis peu, on atteint les hauteurs de Niála, sous le sommet raide de Katarahias qui culmine à 1997 mètres.

C’est ici, le 12 avril 1947, lors d’une terrible tempête de neige la veille de Pâques, que de combattants de l’Armée communiste (DSE) accompagnés de leurs familles pour certains d’entre eux, ont tenté le passage désespéré par le col de Niála, entre les villages Vragiana et Ágrafa. Tout avait gelé, car le froid fut glacial, vêtements, manteaux militaires et alors armes. Certains combattants se sont suicidés, d’autres se tenaient par la main pour passer le col sous un vent alors horriblement fort.

Les témoignages recueillis par la suite, évoquent les morts, ceux qui sont tombés dans le ravin, ceux aussi qui sont restés immobiles, gelés. Parmi eux, une femme, avec ses deux enfants, un garçon et une fille. Elle était assise sur un rocher, ses enfants dans les bras. Ils étaient tout blancs, comme du marbre. Ils étaient gelés, elle comme ses enfants. Elle s’appelait Vassiliki Ragia, et ses enfants, Ioulía et Yánnis. Reste pourtant cette plaque commémorative: “En cette position, frappés par une terrible tempête de neige, sont tombés des combattants de l’Armée communiste, de l’Armée gouvernementale et des civils, le 12 avril 1947. Promeneur de passage, laisse ici une fleur, pour tous ceux si injustement perdus de la Guerre civile.”

En cette position, frappés par une terrible tempête de neige. Niála, août 2019

Vassiliki Ragia, et ses enfants Ioulía et Yánnis

Un peu plus loin, la même nuit, les combattants communistes et gouvernementaux ont dormi ensemble sous les mêmes tentes pour ne pas mourir de froid. Mais le lendemain, cette unique fraternisation a pris fin; des combattants communistes ont même été arrêtés et certains exécutés six jours plus tard, emmenés dans la ville de Lamia. Parmi eux, l’institutrice Evangelía Kousiantza, dont le courage est parfois souligné lors des... reportages disons commémoratifs actuels.

Une plaque un peu plus loin rappelle alors les faits: “En ce lieu, ils se sont retrouvés et ils ont fraternisé sous les tentes, combattants communistes et soldats de l’armée régulière le 12 avril 1947.” D’autres monuments près du lac rappellent tout le sacrifice, ainsi que le nombre si important, des combattants de l’Armée régulière originaires de la région qui sont tombés durant la Guerre civile. L’histoire prend quelquefois position sur les hauteurs, monts et supposées alors merveilles, drames surtout.

En ce lieu, se sont-ils retrouvés et ils ont fraternisé. Niála, août 2019

Evangelía Kousiantza

Mémoire des combattants de l'Armée régulière. Lac Plastíras, août 2019

L’histoire prend quelquefois position sur les hauteurs, et un certain futur aussi, visiblement. Contrées certes belles mais quasiment vidées de leurs habitants. On y rencontre surtout les animaux, leurs bergers, puis, ici ou là, quelques visiteurs consciemment égarés. Les derniers gardiens des lieux comme à Ágrafa, village et autant massif montagneux en Eurytanie, près de la Thessalie voisine, ne font pas dans le folklore, sauf que l’esprit rebelle et résistant des ancêtres n’est pas tout à fait mort.

Pays montagneux aux faits rudes et ainsi faits accomplis en cours sur place, depuis 2018. Il faut préciser qu’un projet pharaonique germano-compatible d’installation d’éoliennes menace cette région montagneuse dont l’autonomie et l’autogestion furent même respectées sous les Ottomans, c’est pour dire. La décision date d’avril 2018, et c’est un décret du ministrion de l’Énergie SYRIZA, ayant en son temps été prolongée, qui provoque déjà l’indignation des habitants à Ágrafa. La décision semble prolongée par le gouvernement Mitsotákis, et c’est seulement la presse locale qui fait état de la violence que les forces de l’ordre ont exercé sur les opposants au projet le 5 août 2019 dans la ville de Karditsa.

Le décret impose sans la moindre consultation préalable, la construction de deux immenses parcs d’éoliennes. Faisant suite à plusieurs ajournements et rejets, le ministère de l'Environnement et de l'énergie a finalement accordé la licence d'installation aux deux projets éoliens géants dans cette région d'Ágrafa. Ces décisions ont été émargées par le ministre par simple ordonnance, destinée au... Gestionnaire des Énergies, un certain Alexópoulos du temps de SYRIZA.

De leur côté, ceux du Mouvement des citoyens pour la protection de l’environnement de la région Evritanía/Ágrafa rappellent d’abord, que le coeur du grand ensemble montagneux du Pinde se situe très exactement à Ágrafa. Pauvre pays, dévasté durant la décennie 1940 entre l’Occupation et la Guerre Civile, Grèce des montagnes alors vidée de plus de 700.000 habitants et dont le coup de grâce se concrétiserait actuellement sous les escrocs politiques actuels, toute la pseudo énergie renouvelable en plus. En avril 2019, les membres du club alpin de Karditsa, se sont même rendus à Niála “en pèlerinage actif”, dépliant leurs banderoles: “Non aux éoliennes, sauvons Ágrafa.”, presse locale et Club alpin de Karditsa.

Les membres du club alpin de Karditsa, se sont rendus à Niála, avril 2019

Montagnes libres sans éoliennes. Ágrafa, août 2019

Sauvons Ágrafa. Lac Plastíras, août 2019

Politiciens largement contrôlés et très probablement... concrètement et correctement “remerciés” par les constructeurs des éoliennes, possiblement Allemands d’après les reportages disponibles; marionnettes politiques grecques faisant alors de leur... mieux. Deux grandes installations d’éoliennes devraient être construites aux sommets vierges de la région d’Ágrafa et cela à une altitude d’ailleurs inhabituelle en Grèce comme dans le reste du monde, se situant entre 1600 et 2100 mètres.

Là où les routes n’existent souvent pas, et lorsqu’elles existent, n’étant pas capables de supporter le transport d’énormes éoliennes ainsi que les matériaux nécessaires à la réalisation de l’installation. Des kilomètres de routes devront ainsi voir le (mauvais) jour à travers les forêts de sapins et alpages, qui abritent encore une flore rare ainsi que l’essentiel pour ce qui reste des grands mammifères et oiseaux sauvages du pays. Et il s’agit d’une zone supposé très protégée, classée NATURA 2000. L’Hybris et la démesure... qui atteignent des sommets jusque-là inimaginables.

Il est encore souligné par la “petite” presse engagée, généralement sur Internet, qu’en plus des éoliennes, tout un réseau de transport d'électricité devrait également être mis en place pour que les parcs des éoliennes puissent être interconnectés au réseau existant plus bas en altitude. Cela signifie que les pylônes et les câbles de haute tension sur de nombreux kilomètres... “embelliront” autant le paysage, et ceci jusqu’au Lac Plastíras situé à 1000 mètres d’altitude en Thessalie voisine.

Chapelle de Saint Nicolas. Ágrafa, août 2019

En ce qui concerne le lac, il n’est pas même exclu que ce projet entraîne également la privatisation de sa centrale hydroélectrique. Les parcs éoliens ne sont pas stables en termes de production d’énergie, ce qui oblige à compléter les charges en électricité par l’utilisation de l’énergie hydroélectrique. Et voilà comment les “investisseurs” iraient également prendre le contrôle des ressources en eau, lesquelles jusqu'à présent, sont autant destinées à l'irrigation.

Pour les défenseurs de cette... ultime intégrité de la région, “il y a aussi de quoi dénoncer le tristement célèbre lobby pseudo-écologiste de Greenpeace, lequel s’adonne depuis peu à travers les médias à une propagande sans pareil contre l'utilisation du charbon lignite dans la production d'énergie en Grèce et pour l'utilisation des énergies dites renouvelables, tandis qu’au même moment, la Banque européenne d'investissement (BEI) qui est la banque de l’Union européenne, financera l'ensemble du projet, ceci afin d'augmenter le chiffre d'affaires du constructeur allemand des éoliennes”, articles sur Internet grec, dont par exemple sur le site Alfavita, datant de juillet 2018.

Ágrafa, son Général Plastíras, puis son vieux Geórgios Karaïskákis de la Guerre d’Indépendance grecque. Près du lac Plastíras, une banderole résume alors et en une seule phrase, toute la diachronie de l’affaire des éoliennes comme celle de la géopolitique, balkanisation ou pas: “A l’époque conquérants, à présent investisseurs. Ne touchez pas à nos sommets”. Sur la chapelle de Saint Nicolas, on trouve une autre banderole: “Ágrafa. Une des régions les plus pures et propres d’Europe. Non à l’industrie dans nos montagnes, non au pillage des richesses naturelles, de notre histoire et de notre civilisation. Sauvons Ágrafa.”

Geórgios Karaïskákis. Ágrafa, août 2019

Ágrafa. Une région pure et immaculée en Europe. Ágrafa, août 2019

A l'époque conquérants, à présent investisseurs. Ágrafa, août 2019

Entre la Thessalie occidentale et l’extrémité nord de l’Eurytanie en Grèce-Centrale, ces montagnards ont décidément toujours lutté contre les éléments, humains comme d’ailleurs naturels, aléas de l’histoire compris.

Une vieille femme de la région alors dubitative. Région du lac Plastíras, août 2019

Le lac, les montagnes, lieux dits paisibles et pourtant, dotés de toutes leurs colères, leurs habitants, leurs héros, ou sinon leurs martyrs. Ágrafa, août finissant, loin des foules et des plages, une vieille femme de la région se montre alors dubitative, histoire de prendre de la... hauteur entre le passé et l’avenir.

Dans le village d’Ágrafa, regard d’un animal plutôt maître des lieux, aléas de l’histoire compris!

Regard d'un animal maître des lieux. Ágrafa, août 2019


* Photo de couverture: En cette position, frappés par une terrible tempête de neige. Niála, août 2019