vendredi 19 juillet 2019

Serments et serpents



La perturbation météorologique de la semaine nommée Antinoüs n’a duré que trois jours. Grisaille dans une bonne partie du pays continental, vents et orages, y compris près d’Athènes. Antínoos, en grec signifie “le contradicteur”. Antínoos de la mythologie, fils d'Eupithès et l'un des prétendants de Pénélope, il fut surtout le premier à mourir d'une flèche par Ulysse. Antinoüs encore, celui de l’histoire, le jeune homme originaire de Bithynie, favori et amant de l'empereur romain Hadrien lequel meurt âgé de 20 ans environ, noyé dans le Nil et divinisé par Hadrien. Plus terre à terre, à Athènes c’est le moment du serment officiel des nouveaux députés au “Parlement” issu comme on dit des urnes du 7 juillet, effet de mode !

La perturbation météorologique de la semaine. En Attique, juillet 2019

Les parlementaires se sont donc montrés heureux, hilares et visiblement ravis, leurs familles étaient bien entendu de la fête, comme pour un défilé de mode... surtout et d’abord life et style. L’intonation a été donnée à sa juste... valeur par les médias, “les belles présences et leurs choix vestimentaires”. Pour une telle... chambre d’enregistrement c’est sans doute essentiel. La coquille est vide... seulement, elle est bien belle.

Et pour les deux tiers des élus, ils sont alors avocats, médecins, ingénieurs, universitaires et bien entendu journalistes. On y ajoutera les quelques actrices et acteurs, les chanteurs, puis les mannequins ayant vaillamment intégré le casting des défilés de prêt-à-porter femme, ainsi que certains présentateurs télévisuels de la météo du jour, la méta-démocratie est ainsi au complet et... pour la nuit des temps à venir.

Dans Athènes, place Sýntagma, c’est-à-dire place de la Constitution sous le “Parlement”, des employés d’un grand magasin, peu nombreux mais fort courageux, manifestaient alors toute leur colère provoquée par la généralisation de l’ouverture des enseignes bientôt chaque dimanche. Cette fois, le prétexte fut celui du début des soldes d'été. Comme en métapolitique dirait-on.

Serment des nouveaux députés. Athènes, le 17 juillet - presse grecque - photo de Pandelís Saítas

Des employés peu nombreux mais courageux. Athènes, juillet 2019

Des employés peu nombreux mais courageux. Athènes, juillet 2019

Des attroupements à Athènes, il y en a autant parfois devant les logements désormais voués au... culte Airbnb, signe des temps. Puis on y découvre encore au centre-ville ces photos de taille de Varoufákis, elles ont été disons oubliées depuis la campagne électorale. D’ailleurs, Varoufákis en a rajouté à son égocentrisme, lorsqu’il a fait tant part de son altercation avec un policier français ayant contrôlé son passeport à l’aéroport de Roissy. Suite logique, le policier de la PAF porte plainte contre le passager Yanis Varoufákis, presse française de la semaine.

Mais au pays réel du... Petit Prince Yanis, on se moque volontiers des théâtralisations de Varoufákis. “Il a joué son personnage pour faire encore une fois de la publicité”, pense-t-il mon cousin Kóstas au village et en Thessalie alors bien profonde. L’essentiel est ailleurs, comme il l’a souvent été. Par exemple, certains Ministres, certains Secrétaires d’État sous Mitsotákis, sont aussi ceux de la Rivière, le parti jetable mis en place depuis Bruxelles et Berlin et qui ne figure plus parmi les... équipes de défilé au “Parlement” en ce juillet 2019.

Dont Geórgios Mavrotás, ancien député Riviériste, promu Secrétaire d’État chargé des Sports, certes ancien athlète de haut niveau, mais également figure des Apostats des autres partis, ayant sauvé le gouvernement Tsípras il y a seulement quelques mois, en violation caractérisée, une de plus, de la Constitution, méta-démocratie oblige. C’est d’ailleurs ce même Mavrotás, qui persiste et signe de son approbation enthousiaste de l’accord macédonien de Tsípras de 2018, rejeté comme on sait par la grande majorité des Grecs, mais imposé sans referendum par la nébuleuse de la gouvernance mondiale, à la grande satisfaction du financier géopoliticien Sóros, ayant tant financé les siens, en Grèce comme ailleurs dans les Balkans.

Signe toujours des temps. Sous une grisaille météorologique qui n’a certes pas duré, les habitants des lieux non loin d’Athènes, ils commentent plutôt volontiers les nouvelles fouilles archéologiques sur leur plage, ainsi que la désolation du tiers des petits hôtels et tavernes réduits en ruines, plutôt que le cas Mavrotás il faut dire. Effet... de mode dirions-nous.

Attroupement Airbnbiste. Athènes, juillet 2019

Varoufákis en image. Athènes, juillet 2019

Vestiges sur la plage. En Attique, juillet 2019

Fouilles sur la plage. En Attique, juillet 2019

Notre si bonne presse nous apprendra également que... bien obligeamment, les représentants des dites “Institutions”, à savoir, ceux du FMI, de la Banque Centrale Européenne, du mécanisme européen de stabilité (MES) et de la Commission Européenne, rencontrent déjà les membres du gouvernement Mitsotákis à Athènes, ceci à la marge du colloque organisé par la revue “The Economist”, presse du 18 juillet 2019. Les “Institutions”, euphémisme de la novlangue impériale, cette fois inventé sous SYRIZA pour designer la Troïka désormais élargie, lorsque le terme Troïka pesait déjà bien lourd sur la conscience... du peuple.

Effet disons de mode, en face du “Parlement” des stars et des starlettes, cette place de la Constitution perd alors son deuxième et dernier café historique. Tôt un matin de cette semaine, ses gérants ont-ils chargé ce qui en restait en matériel et en bouteilles de soda et de vin. J’ai tenté d’en savoir davantage: “Oui Monsieur, nous fermons, et nous ne pouvons pas dire que l’établissement rouvrira bientôt.” C’est pourtant intriguant, au cœur de la ville et en pleine saison touristique.

Images furtives, comme autant celles des animaux adespotes, toujours sans maître, en tout cas eux, mais que les passants ignorent parfois. Devant les petites entreprises en faillite ou... prêtes de l’être, on y accroche parfois ces petites boîtes où l’on signale au stylo-feutre: “Factures ici.” Les statistiques ont déjà indiqué que près du 40% du petit commerce avait été littéralement liquidé depuis l’arrivée des... Institutions, il y a déjà 9 ans et cinq gouvernements largement interchangeables et complémentaires entre temps.

La fin du café place Sýntagma. Athènes, juillet 2019

Factures ici. Athènes, juillet 2019

Animal adespote. En Attique, juillet 2019

On apprendra aussi dans la foulée... des défilés de mode au “Parlement”, et je remercie l’amie du blog Evelyne pour m’avoir communiqué le lien Internet, que par arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne, la taxe qui frappe la distillation de la Tsikoudiá, l’alcool traditionnel en Crète comme son équivalant partout ailleurs, passe alors de 0,59 à 6 euros par litre, par une décision qui peut encore permettre d'atteindre une taxation à hauteur de 12 euros par litre, soit 100% d’augmentation pour cette taxe sur les boissons alcoolisées. Cela signifie qu'au niveau du producteur, au lieu de payer une taxe de 102€ par journée de distillation, il en acquittera désormais... 600 euros. Ainsi, le verre de tsikoudiá servi dans les établissements de restauration collective pour 5 euros aujourd'hui, il dépassera alors même les 15 euros bientôt, presse locale de Crète, 15 juillet 2019.

Cette même presse locale remarque également la baisse de la fréquentation touristique en Grèce d’environ 8% cette année déjà, ceci en dépit de la déferlante Airbnb paraît-il. Une baisse que j’ai également pu ressentir via ma pauvre et pourtant bien appréciée Greece Terra Incognita. Non, le tourisme ne résumera jamais toute l’économie vigoureuse d’un pays, et en attendant, sur certaines plages d’Attique le lustre côtoie alors la désolation, tout comme au centre-ville d’Athènes.

Les médias font aussi état “de la politique économique que le nouveau gouvernement appliquera après avoir rencontré ceux des Institutions. Allégements fiscaux en vue, car c’est la croissance qui doit alors reprendre”, presse du jour. Mais à travers l’autre, la grande histoire parallèle, c’est aussi la Turquie qui multiplie ses provocations en mer Égée et à Chypre, entre ses plateformes de forage en mer, ses navires de guerre et ses avions. Toutefois, la Grèce officielle, et en tout cas celle qui est apparente n’a pas l’air d’être encore une fois à la hauteur de la géopolitique actuelle de la région. Juillet obligeant aussi au souvenir et à la mémoire historique, cependant, nous sommes peu nombreux à évoquer notre souvenir historique de cet autre 15 juillet de 1974, lorsque Chypre avait été trahie à la fois par les Colonels d’Athènes sous la programmation géopolitique il faut dire de Kissinger, et par la préjugée démocratie de retour sous Konstantin Karamanlis.

Sous les Colonels co-auteurs du Putsch à Chypre, l’armée turque de l’opération d’invasion “Attila-I” avait à peine arraché 4% du territoire de la République de Chypre, tandis qu’en août 1974 sous la gestion Karamanlis... l’opération “Attila-II” lui permit d’occuper près du 40% du territoire de l’île. “Chypre c’est loin” avait-il déclaré Karamanlis, mais à Athènes on fête toujours le... retour de la Démocratie au Palais présidentiel chaque année au 20 juillet. Défilé de mode en plus au Parlement cette année... mais alors du sang et du mensonge après tant de luttes forcément populaires pour cette démocratie.

La presse du jour rappellera aussi à l’occasion, photos à l’appui, combien un an tout juste après l’incendie ayant ôté la vie à plus de cent personnes, presque rien n’a été fait pour améliorer les conditions sur place à Mati, près d’Athènes. Les plages portant les stigmates de l’incendie sont désertées, le deuil domine encore les âmes et les lieux, et les politiciens y sont passés... en avions alors furtifs, autant que la perturbation météorologique de la semaine.

Effet de mode. Athènes, juillet 2019

Désolation et déclin. Plage d'Attique, juillet 2019

Animaux adespotes. Athènes, juillet 2019

Animaux adespotes figurés. Athènes, juillet 2019

Derrière les défilés de mode au “Parlement” les affaires tournent, le pays réel en sait quelque chose, comme il en est même parfois complice ou sinon le plus souvent dégoûté mais alors impuissant. En Thessalie bien profonde où les rocades sont vides et inachevées par certains endroits, les élus très frais du... grand cru 2019 ne sont pas toujours tombés du ciel des idées.

Mon ami S. qui est bien informé sur les vérités locales, croit savoir qu’un des élus, nouvel élu Nouvelle Démocratie ayant eu des démêlés avec la Justice et après avoir longtemps bénéficié de tant de financements européens dans ses affaires, le voilà enfin élu de Mitsotákis, fier de l’être et surtout désormais couvert par son immunité parlementaire. Les mauvaises langues du coin racontent “qu’il aurait même financé son parti à hauteur de quelques centaines de milliers d’euros pour ainsi cadenasser sa candidature, en réalité pour l’acheter”, les baronnies ce n’est pas que de l’histoire passéiste bien entendu. Il ne s’agit certes que du domaine des ragots comme on dit communément et rien de plus, mais en bon ethnographe des mentalités actuelles et des dires des habitants, je les remarque autant que les faits que l’on croit parfois si avérés. L’histoire me donnera ainsi tort ou alors raison, dans la mesure où l’histoire qui est la nôtre puisse encore donner quelque chose, car nous en sommes bien là !

Par la suite “notre” député aurait introduit dans le jeu ses influences locales, “entre achat direct de certains votes, et le bon souvenir de sa gestion d’une entreprise locale et coopérative, où ils travaillent trois fois plus d’employés que de nécessaire. Histoire de donner du travail aux serfs, autant fiers de l’être, voilà pour ce qui ne serait guère étranger à sa réussite”.

Il y a même près de deux ans, les rues de la ville thessalienne avaient été remplies d’affichettes où un citoyen et présumé connaisseur du dossier avait ouvertement défié le Procureur de République pour qu’il enquête sur les comptes et les aides européennes au sujet du futur élu, les affichettes avaient été signées, et le Procureur a condamné... l’inventeur des affichettes pour diffamation sans entrer dans le fond des allégations, bien entendu l’homme politique et gestionnaire si local avait porté plainte. Et avec plus de 40% d’abstention dans la contrée, faute de choix et par dégout, les électeurs restants car tant d’autres ont déjà quitté le pays pour trouver du travail dans le difficile et vaste monde, voilà qu’ils feront enter au “Parlement” les starlettes et les padischahs locaux. Temps des Empires. Ailleurs en Europe, on se contera certes que de déguster homards et caviars, c’est aussi de saison on dirait.

Rocades vides. Thessalie, juillet 2019

Rocades inachevées. Thessalie, juillet 2019

Athènes des rénovations. Juillet 2019

Athènes en peinture. Juillet 2019

Le pays s’enfonce, le temps presse. Quelques jours seulement avant les élections législatives du 7 juillet, les Quisling à la Tsípras ont-ils paraphé avec l’administration impériale de Berlin, l’accord prévoyant depuis 2018 la création de la dite Fondation Gréco-allemande pour la Jeunesse, basé à Leipzig. “C’est pour mieux se comprendre” d’après la propagande trop habituelle, en somme, c’est un outil de formatage de plus dans le but entre autres que de faire oublier côté grec l’obligation toujours non tenue côté allemand à verser les réparations de guerre que le pays maître de l’UE doit toujours à la Grèce.

Bien entendu les germanocrates de Mitsotákis apprécieront le travail déjà effectué pour l’approfondir. Déjà, ministres et cadres de la gouvernance des Mitsotakiéns ils expriment tout le bien qu’ils pensent désormais au sujet de l’accord macédonien de Tsípras, c’est pour dire. Donc continuité.

Soleil encore dans une bonne partie du pays continental. Antínoos, “le contradicteur”, celui de la seule météorologie comme de la mythologie s’est dissipé. Nos adespotes en profitent pour se monter, le pays réel se baignera comme il peut là où il le peut, bien loin des commodités acquises des parlementaires heureux, hilares et visiblement ravis.

Nos adespotes qui ressortent. En Attique, juillet 2019

Baignade populaire. En Attique, juillet 2019

Chez Greek Crisis, on tient le coup en... observation si possible participante. Je tiens aussi à remercier de tout cœur toutes les amies et tous les amis pour leur émouvant et essentiel soutien durant notre campagne urgente, lancée en juin. Plus spécialement, je dirais à Anne, à Michèle, à Cali, à Mijo, à Jean-François et à Canzio que le pays de leur cœur et de leurs périples n’est plus, et pourtant, rien n’est jamais perdu.

Enfin et pour compléter cette chronique, Mimi de Greek Crisis va mieux après avoir subi un AVC peu avant les élections, et elle aura bientôt 16 ans. C’est alors notre fête à nous !

Mimi de Greek Crisis. Athènes, juillet 2019


* Photo de couverture: Grisaille dans une bonne partie du pays. En Attique, juillet 2019