lundi 8 juillet 2019

A voté !



Supposé pays présumé votant. L’alternance sans alternative, regards croisés ou pas, de Kyriákos Mitsotákis et d’Aléxis Tsípras aussitôt après la passation du dit pouvoir lundi 8 juillet. Athènes sous les 40 °C, c’est aussi de saison. Près de 43% d’abstention et la voilà “cette nette victoire” de la Nouvelle Démocratie au score d’un peu moins de 40% d’après les medias et les votants. Nous sommes donc... sauvés. Déjà aux Météores, les moines préviennent-ils leurs visiteurs: “Attention, danger de chute”. Mais c’est peut-être déjà fait dans un sens... en attendant peut-être le miracle !

Regards de Kyriákos Mitsotákis et d'Aléxis Tsípras. Athènes, le 8 juillet 2019 (photo Agence IN)

Le peuple aura choisi à moitié dans la capitale, tout comme à travers les bureaux de vote en Thessalie profonde. Temps d’Empire, on peut désormais rentrer à la bergerie, s’occuper des tomates du jour, gagner sa vie, voire même la perdre. Heureux qui comme... nos touristes Chinois des Météores ne votent sans doute pas. Temps modernes !

Comme déjà remarqué, le pays accueille déjà ses touristes de la-saison comme si de rien n’était et pourtant c’est le moment, c’est l’heure où il devient possible de prendre toute la mesure de notre... Antiquité Tardive. L’affaiblissement du pays, son affaissement multiple, moral, social, économique et culturel, conduisant tout droit... vers la menace de sa diminution territoriale par la guerre sournoise et asymétrique, toujours en cours, telle est en tout cas l’idée la plus rependue depuis 2015 et pour cause.

Eh oui. Temps dont il est question rappelons-le une fois de plus, chez André-Jean Festugière, et notamment à travers les pages de son “Épicure et ses dieux”, datant certes de 1946. Il renvoi dans son œuvre à cette (autre) mutation, entre l’époque des cités démocratiques (surtout Athènes) de la période classique, et celle des Empires, Macédonien d’abord, Hellénistiques ensuite et enfin Romain. Un choc... ayant fini par être bien avalé par le commun des mortels.

Le pays aura disons voté. Thessalie, 7 juillet 2019

Retour à la bergerie. Thessalie, juillet 2019

Touristes Chinois aux Météores. Thessalie, juillet 2019

“L’homme, avec sa conscience propre et ses besoins spirituels, ne débordait pas le citoyen: il trouvait tout son épanouissement dans ses fonctions de citoyen. Comment ne pas s’apercevoir que, du jour où la cité grecque tombe du rang d’État autonome à celui de simple municipalité dans un État plus vaste, un Empire, elle perd son âme? Elle reste un habitat, un cadre matériel: elle n’est plus un idéal. Il ne vaut plus la peine de vivre et de mourir pour elle. L’homme dès lors, n’a plus de support moral et spirituel.”

“Beaucoup, à partir du IIIe siècle, s’expatrient, vont chercher travail et exploits dans les armées des Diadoques ou dans les colonies que ceux-ci ont fondées. Bientôt, à Alexandrie d’Égypte, à Antioche de Syrie, à Séleucie sur le Tigre, à Éphèse, se créent des villes relativement énormes pour l’Antiquité - 2 à 300.000 habitants - ; l’homme n’est plus encadré, soutenu, comme il l’était dans sa petite patrie où tout le monde se connaissait de père en fils. Il devient un numéro, comme l'homme moderne, par exemple à Londres ou à Paris. Il est seul, et il fait l'apprentissage de sa solitude. Comme va-t-il réagir ?” (André-Jean Festugière, “Épicure et ses dieux”, 1946).

Stands ainsi PASÓKiens déjà démontés des rues piétonnes à Tríkala, en cette Thessalie plus profonde que jamais, la Nouvelle Démocratie qui rafle les trois sièges en élus sur les quatre de l’ex-Département (les Départements ont été supprimés sous la première période de la Troïka en 2010), l’enthousiasme en moins. Aucune joie populaire au soir des élections dans les rues, les bistrots avaient tout simplement installé de leurs écrans forcément géants sur les terrasses, et l’on suivait les résultats comme à la manière d’un match de foot sans l’excitation habituelle. Le vote est alors moins qu’une formalité et cela sent fort le formol... en attendant notre futur Socrate pour nous le dire, ou alors bien les chats des Météores, qui sait ?

Kiosque PASÓKien. Tríkala, juillet 2019

Le Grec Socrate. Monastères des Météores, juillet 2019

Chat des Météores. Juillet 2019

En ces temps d’Empire, le très compatible Soros, Varoufákis aura été propulsé au rang de parti politique appointé à la Chambre, pendant que les cartes blanches grillées et les autres partis autant jetables, dont celui de la “Rivière” (“To Potámi”) ayant rempli son rôle vient de disparaître, de même que les Néonazis de l’Aube Dorée de l’arlequin Michaloliákos. Ils ne siègeront plus au “Parlement” et nous ne les regretterons bien entendu surtout pas. Durant près de six ans ils auront trompé et surtout souillé l’argumentaire souverainiste et patriote au bénéfice de l’Empire qui les a autant entretenus jusqu’à la phase suivante, celle de 2019 visiblement.

“Cette voix, elle doit se trouver au Parlement”, pour le slogan du Narcisse Varoufákis, l’emballage gauchisant en plus. Dans le même désordre du rationnel, le tribun et prétendu vendeur d’un nombre alors inépuisable de lettres du Christ, Velópoulos, il a aussi fait son entrée au “Parlement”, et sur les murs d’Athènes, on en appelle vraiment au Chris désormais, mais la sagesse nous quitte, sauf peut-être pour nos nobles animaux adespotes fréquentant Delphes et les environs. Antiquité disons-nous Tardive !

Comme l’écrit le professeur de philosophie et de théologie Chrístos Yannarás, “c’est l’Hybris, c’est le renoncement à la mémoire collective, à la pensée, tout comme la démission de tout esprit critique durant la campagne électorale. La moindre logique n’est plus et avec sa perte, nous déplorons autant la perte de toute réaction, si ce n’est que par simple réflexe élémentaire de survie. Quelle proportion sinon de ce peuple aura-t-elle seulement pu prendre conscience des réalités ? Une Grèce alors macabre, résidu sociétal sans société, sans villages ni quartiers, dépourvue de paroisses, ayant sa conscience historique ainsi tordue à mort, la langue alors asséchée, l’esthétique barbarisée, pays autant noyée sous un tas de détritus, de même que sous ces graffitis issus de malades mentaux”, “Kathimeriní” du 6 juillet 2019.

Cette voix, elle doit se trouver au Parlement. Propagande de Varoufákis, Athènes, juillet 2019

Message Chrétien. Athènes, juillet 2019

Animal adespote à Delphes. Juillet 2019

En ce temps de l’Empire, un des cousins au village aura encore voté SYRIZA, “car la Droite ne devrait plus revenir aux affaires”, notre vielle tantine aussi. “Tsípras m’a donné 300 euros en cadeau cette année, et Mitsotákis les reprendra sans doute.” C’est si simple à mourir... et nous mourons. En Thessalie toujours, et plus exactement à Tríkala, l’enfant pas si terrible des notables politiques historiques locaux, à savoir Mikélis Hadjigákis, n’a pas été élu. Les Trikaliótes lui ont d’abord préféré Skrekas, le député Nouvelle Démocratie sortant, Papakósta l’avocate de Kalambáka sous les Météores, ainsi que Lioutas, un agronome ayant créé depuis quelques années une entreprise spécialisée dans le conditionnement et l’exportation d’une certaine catégorie de produits du terroir.

Mais l’essentiel demeurera à Athènes et sous Mitsotákis, rien que par le... pédigrée des ministres nommés d’ailleurs dès lundi soir 8 juillet. Pikramménos... “de la famille allemande”, devient le numéro deux du gouvernement, ensuite Staikouras l’homme des banques au Ministère des Finances entre autres. On songera par exemple au buste du “Romain mélancolique” à Delphes, qui est nul autre que Titus Quintus Flamininus (229-174 avant J.-C.), le protagoniste de la Seconde Guerre Macédonienne, d’ailleurs conforme à la description de Plutarque dans sa “Vie”. Temps autant des Empires.

Il y a aussi le Ministre nommé auprès du Premier Ministre, Skertstos, Secrétaire très général du MEDEF grec il y a encore peu, rien de très original dans un sens. Les Grecs, tout comme leurs touristes, ils auront souvent préféré se baigner sous le Temple de Poséidon au Cap Sounion, plutôt que de se rendre aux urnes ainsi truquées d’avance car vides de tout autre choix possible. Ou comme en Thessalie enfin profonde, partir s’occuper des ruches et du vrai miel pour une fois. Gens finalement heureux de leur quotidien alors concret, ceci il faut dire dans la mesure du politiquement impossible.

Romain mélancolique. Musée de Delphes, juillet 2019

Plage du Cap Sounion. Juillet 2019

Utilitaire de l'apiculteur. Thessalie, juillet 2019

Pays qui n’aura surtout pas célébré la dite “fête de la Démocratie”, lorsque par exemple SYRIZA du 31% des votants aura comme le prétendent les journalistes “sauvé les meubles de la Gauche”, je dirais alors sauvé plutôt son cercueil.

La dite vie politique tournera, mais elle ne tournera alors pas bien rond et peut-être même plus trop longtemps. Pays enfin célébrant les... accolades des Apôtres Saint Pierre et Saint Paul, à travers les icones du moins. Au soir des élections on aura bu parfois un verre de ce petit vin local... “Moi, je m’en fous”, histoire aussi à bien rentrer à la bergerie, s’occuper des tomates du jour, gagner sa vie, voire même la perdre. Sauf que désormais, c’est également perceptible, autant que la stupidité ambiante: “On sait que tout est à recommencer ou à achever”, comme le dit Kóstas mon autre cousin au village, lequel il n’est pas allé voter.

Accolades des Apôtres. Thessalie, juillet 2019

Vin local. Thessalie, juillet 2019

Supposé pays présumé votant. L’alternance sans alternative... sauf chez nos animaux adespotes.

La relève est déjà là, en attendant que l’homme, avec sa conscience propre et ses besoins spirituels, puisse trouver tout son épanouissement dans ses fonctions de citoyen. Déjà aux Météores, les moines préviennent-ils leurs visiteurs: “Attention, danger de chute” !

La relève. Thessalie, juillet 2019


* Photo de couverture: Attention, danger de chute. Aux Météores, juillet 2019