mercredi 3 juillet 2019

Ligne droite



Déjà juillet, l’été que l’on prétend prometteur. Les ferrys quittent le Pirée plutôt remplis, on embarque pour des îles proches ou alors plus éloignées. Sauve qui peut et quand on y parvient. Tôt le matin les cafés du Pirée se remplissent également de leurs habitués, le journal parfois sous les bras. Habitants, retraités ou sans travaille qui scrutent la mer à défaut d’autre horizon mais c’est beau. Heureux qui comme Ulysse !

On scrute la mer. Le Pirée, juillet 2019

La presse fait ses titres sans conviction sur les élections législatives du dimanche prochain 7 juillet, et la prétendue grande question n’est autre que la future majorité absolue en siège que les sondages promettent à la Nouvelle Démocratie du clan Mitsotákis. Démocratie très exactement sous le soleil de l’été. Temps singuliers, indifférence populaire et comme une lame de fond, le rejet de SYRIZA, couplé d’ailleurs par celui du rejet de l’Aube Dorée. Certains masques sont enfin tombés, et... d’autres prendront la relève faute de mieux comme on préfère croire.

Les journalistes s’attendent... très ouvertement que le gouvernement issu des urnes du 7 juillet sera celui de la Nouvelle Démocratie, surtout disposant de la majorité absolue en sièges. “Nous alors ainsi enfin pouvoir prendre nos vacances” soupirent-ils alors en direct, radio 90,1 FM zone matinale du 2 juillet. Cependant, ceux qui ne voteront pas seront bien nombreux, déjà, tous ces électeurs et en même temps travailleurs ou même patrons dans le secteur du tourisme, et qui ne peuvent pas quitter leur poste depuis la Grèce des îles et du littoral pour se rendre à Athènes ou même en Grèce continentale si ce n’est que pour une seule journée.

Notons que le vote par procuration n’est pas possible en Grèce et que la tradition hellénique n’admet pas de calendrier électoral au cœur de l’été. La dernière dérogation à cette règle elle fut concrétisée par le scrutin législatif du 19 août 1928, c’est pour dire. En cette époque, c’est Elefthérios Venizélos qui l’avait emporté par un score de 46%. Saison alors lointaine !

On scrute les journaux. Athènes, juillet 2019

La presse fait ses titres sur les élections. Athènes, juillet 2019

Réclame électorale. Athènes, juillet 2019

Le pays pénétré par l’été, il a ses pieds dans le sable, sa tête aussi. Une recrudescence par exemple des crimes, des meurtres dus aux troubles au sein des familles, et en particulier entre parents et enfants, a été enregistrée. Et au quotidien c’est alors l’axe de l’anxiété et de l’irritation. Des voisins qui ne s’expriment entre eux que sous la chape de la jalousie, histoire par exemple d’envier les rares vacances des uns ou le nouveau scooter des autres. C’est ensuite que les discussions présumées politiques ont parfois cessé, tout aurait été dit, voté par le passé, voire avalé et surtout mal digéré, et ceci pour longtemps. La méta-démocratie actuelle c’est aussi ce régime... de la vomissure pour tous, sauf pour les... oligo-éléments forcément chez les oligarques.

Les Grecs, largement dégoûtés par les quatre années des Syrizo salonards comme salopards au pouvoir, préparent ainsi leur gifle du 7 juillet. C’est alors un geste très humain... réfléchi et pourtant en même temps, dépourvu de lumière politique qui se profile. “Qu’on en finisse” entend-on dans les cafés ou devant les caisses des superettes de chaque coin. Le dit système politique n’offre guère d’autre choix que de punir les uns, pour s’encombrer des autres et ce n’est pas qu’une exception grecque par les temps qui courent.

Temps... qui courent. Athènes, juillet 2019

Pays ainsi des produits encore quelque part locaux, des fouilles archéologiques, surtout pour y entraîner des étudiants issus des universités anglo-saxonnes, toujours et très exactement sous le soleil. C’est d’abord, ne l’oublions pas, le règne de l’été grec et voilà que nos animaux adespotes recherchent très naturellement l’ombre. Les humains aussi, “Ils sont tous les mêmes, mais Tsípras doit dégager le premier”, disait-elle la caissière, “Le renouveau c’est sans doute pour plus tard... ou alors nullement”, lui répondit aussitôt un retraité.

C’est pourtant un certain soulagement que l’on discerne dans l’air du temps. “Dans cinq jours ils seront dégagés”, maigre et néanmoins consolation si l’on considère ce qui est exprimé un peu partout. Comme ce matin à la superette du quartier. Pour aussi dresser la chronique de l’essentiel, j’ai acheté, disons grâce au soutien des ami(e)s de ce pauvre blog, un petit melon de Crète, un kilo de pêches, 265 grammes de viande hachée, 500 grammes de fromage, les spaghettis habituels, un sachet de pruneaux, un litre de jus de pamplemousse bien entendu du Péloponnèse, un paquet de biscuits... historiques de la marque Papadópoulos, ainsi que 275 grammes de cerises. Le tout, pour 21€ et 52 centimes, voilà pour notre bon pluralisme quotidien et qui semble même intriguer notre Hermès, dit parfois le Trismégiste.

Fouilles d'entraînement. Athènes, juillet 2019

Recherche de l'ombre. Athènes, juillet 2019

Produits parfois locaux. Athènes, juillet 2019

Hermès intrigué par les courses du jour. Athènes, juillet 2019

Le spectacle de la lassitude réellement existante est d’ailleurs intéressant. Des candidats affairés aux slogans creux à mourir, le peuple qui observe à peine concerné et plutôt consterné, sauf pour ceux qui se nourrissent faute de mieux aux ateliers du large clientélisme, services étatiques compris. D’où bien évidemment l’ancrage de SYRIZA ou des autres partis chez les fonctionnaires aux services il faut dire largement désorganisés en ce moment. En attendant la relève Mitsotakienne, une large part de la fonction publique baisse alors les bras, voire les rideaux. Agents absents, services plus incompétents que jamais pour faire avancer les dossiers, tout est suspendu aux élections comme à l’impunité, l’été grec en plus. Ligne droite !

De son côté, Mitsotákis déclare que la Nouvelle Démocratie une fois au pouvoir, elle ne licenciera pas les fonctionnaires, voilà pour les paroles et autant pour le climat disons méditerranéen. Et quant à Tsípras, il change de stratégie et d’avis au jour le jour lorsque par exemple il quitte Bruxelles et les reprises de son sommet dit “européen” pour animer son meeting électoral en Crète laissant officiellement aux mains du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez que de représenter la Grèce. Après-tout, entre... deux arlequins du financier Soros la messe est ainsi dite d’avance.

La presse qui fait ses titres sur Tsípras et Mitsotákis. Athènes, juillet 2019

Kiosque électoral de la Nouvelle Démocratie. Athènes, juillet 2019

L’ultime Tsípras, il s’est aussi décidé d’être interviewé au soir du 2 juillet par les journalistes de la chaîne SKAI, pourtant, depuis plus d’un an il avait imposé aux ministres et députés SYRIZA le boycott de cette télévision jugée “trop partisane car proche de la Nouvelle Démocratie”. Au lendemain des élections dites européennes il en avait même averti deux députés SYRIZA dont Sakis Papadópoulos élu de Tríkala, “que c’est la dernière fois”, car ces derniers avaient alors brisé... l’embargo. Deux semaines plus tard Tsípras expliquera “que le pluralisme impose de s’adresser également au peuple des habitués de SKAI”, les Tsiprosaúres sont manifestement paniqués, le temps politique leur est désormais compté, même si le pays ne changera guère d’orientation, ou plus exactement de désorientation.

Sur une benne à ordures de notre temps présent on peut alors lire: “Politiciens dedans”, lorsque la presse suggère cette vision de l’hémicycle... sous forme de morceaux de pizza. La méta-démocratie c’est certes une situation très grave mais parfois on en rigole, et c’est aussi une forme de réaction humaine, autant que de défense face à l’hybris. Pendant ce temps, des journalistes de la télévision présumée publique ERT, en réalité elle est devenue la Pravda de SYRIZA, caméra à l’appui, nous diront-ils que les cafés et leurs terrasses se remplissent, “les gens sont heureux et ils se baladent”, juillet déjà, été que l’on prétend prometteur.

Politiciens dedans. Athènes, juillet 2019

L'hémicycle en... pizza. Quotidien “Kathimeriní”, juin 2019

Et lorsqu’en Macédoine grecque et plus exactement en ville de Drama lundi 1er juillet, le député SYRIZA Karagiannídis participe à une cérémonie officielle provoquant la réaction citoyenne devenue habituelle “Traîtres, vous avez trahi la Macédoine grecque, honte”, il ordonnera aussitôt l’interpellation des... opposants. Effectivement, les forces de l’ordre interpelleront une dizaine de personnes dont une fillette âgée de 7 ans, la vidéo c’est ici. Été grec, presse du 2 juillet 2019.

Le pays réel demeure patriote car il est encore attaché à une terre, une histoire, une identité et si possible un avenir... ce dernier actuellement certes sous conditions. Il comprend alors combien cette gauche Syrizíste, tout comme l’essentiel de la classe politique conditionnée alors abhorre la patrie grecque, tandis qu’elle avale sans même bien mâcher, le pire nationalisme issu de certains pays voisins, le droit-de-l’hommisme globalisant, européiste et compatible Soros, le plus intégral qu’il soit. Par la même occasion, ce même pays réel semble avoir enfin compris toute l’imposture pseudo-patriote de la bande criminelle des Aubedoriens, largement néonazis, tout comme largement sous le contrôle mafieux de la famille Michaloliákos. Ce dernier, il est d’ailleurs à notre avis comme à l’avis de nombreux analystes une marionnette de plus des services sacrets grecs et autres, et accessoirement cet épouvantail si utile aux gauchisants et à bien d’autres socialisants et même Néo-démocrates environnants.

En ce juillet 2019 il est alors et enfin probable que le score de l’Aube Dorée puisse passer déjà sous la barre du 3%, pour ainsi ne plus être représentée au “Parlement”. En interne et d’après la presse, l’Aube Dorée se trouve aussi en parfaite déconfiture, ses adhérant et cadres la quittent alors massivement, et c’est alors une nouvelle phase qui s’amorce, tout comme pour SYRIZA dans un sens, presse grecque de la semaine.

Cela étant dit, voilà que ce pays autant réel offrira très probablement une large majorité à Mitsotákis, tout comme il risque de faire entrer au “Parlement” l’escroc Velópoulos, ainsi que Varoufákis, autre marionnette du financier Soros comme on sait. Même le Secrétaire du PC grec (KKE) Dimítris Koutsoúmbas a fini par le dire ouvertement: “Varoufákis est un golden-boy et autant un homme de Soros.”, presse grecque de la semaine.

Au pays occupé... les politiciens sont comme les couches pour bébés, il faut les charger mais alors inlassablement pour la même raison. N’en empêche, les moments sont graves, l’agressivité visible de la Turquie en mer Égée et à Chypre ne faiblira pas, et il semblerait que les forces armées grecques sont toujours en état d’alerte. Été encore électoral.

Journalistes télé ERT. Athènes, juin 2019

Un certain pays réel. Péloponnèse, juin 2019

Un certain pays réel. Péloponnèse, juin 2019

Un certain pays réel. Péloponnèse, juin 2019

Dans les quartiers de la capitale et autant partout ailleurs, SYRIZA peine à mobiliser les foules. Comme au soir du 2 juillet à Agía Varvara pourtant quartier populaire (30.000 habitants), lorsque moins d’une trentaine de personnes on jugé bon suivre la soirée électorale que SYRIZA a organisé sur la place centrale des lieux. Signes qui n’ont d’ailleurs pas l’air de tromper, presse du 2 juillet 2019.

Élections ou pas, l’été passera, mais avant qu’il ne soit consommé et consumé c’est selon il laissera très probablement derrière lui un gout plutôt amer. “Non à l’antenne de téléphonie près de notre école” peut-on lire du côté du Pirée, petite luttes, et c’est toute la grandeur du quotidien. Tout comme cette aporie dans le regard des félins, la petite restauration rapide à la grecque, les matinées en ville même, ou mieux devant les petits ports de pêche.

“Je suis vide, il y a rien à voler”, suggèrent-elles ainsi les explications affichées derrière les pare-brises des véhicules garés à Exárchia, quartier parmi les plus anomiques et volontairement dégradés de la capitale. Sauve qui peut mais quand on y parvient.

Non à l'antenne près de noter école. Le Pirée, juillet 2019

C'est vide, rien à voler. Athènes, juillet 2019

Restauration rapide grecque. Athènes, juillet 2019

Le regard des félins. Le Pirée, juillet 2019

Déjà juillet, été que l’on prétend prometteur. Les ferrys quittent le Pirée plutôt remplis, on embarque alors pour des îles proches ou alors plus éloignés.

Tôt le matin et les cafés du Pirée mais aussi ceux d’Athènes comme de leurs quartiers se remplissent également de leurs habitués, le journal parfois sous les bras. Habitants, retraités ou sans travaille qui scrutent la mer ou l’Acropole à défaut d’autre horizon, mais c’est toujours beau.

Au vieux marché d’Athènes côté brocante, on y déniche parfois ces classiques de la Méditerranée, Fernand Braudel, mais aussi “La Colombe d’argent” d’Andreï Biely, autrement-dit Boris Nikolaïevitch Bougaïev (1880-1934), poète et écrivain, considéré comme l'un des plus grands écrivains russes du XXe siècle.

Du Braudel et du Biely. Athènes, juillet 2019

Athènes au matin. Juillet 2019

Athènes au matin, juillet 2019

“Intellectuel occidentalisé déçu par toutes les idéologies mais ayant toujours au cœur la nostalgie d’un idéal inconnu, Darialski, le héros de ‘La Colombe d’argent’, se laisse séduire par une paysanne inculte, symbole pour lui de la Russie profonde, et tombe sous la coupe d’un homme sombre et rusé, fondateur d’une secte maléfique. C’est une Russie mi-païenne, mi-chrétienne, la Russie des convulsionnaires et des flagellants, mais aussi la Russie en proie à l’essor du capitalisme et à l’effervescence révolutionnaire, infiltrée d’espions et de provocateurs, qui est présentée ici. Les scènes de transes érotico-mystiques, scandées de formules magiques, sont parmi les pages les plus extraordinaires de ce livre. Œuvre de mystique, de poète, récit initiatique et rapport d’ethnographe, conte philosophique et roman policier, satire hilarante et drame sanglant, ‘La Colombe d’argent’ est inclassable.”

“On a envie de fuir quelque part, mais il n’y a plus d’endroit où fuir... Vraisemblablement, c’est toujours ainsi après un incendie. De désespoir, j’ai relu ‘La Colombe d’argent’. Dieu ! Comme cette chose est admirable !”

Drôle d’époque, une fois de plus. On a envie de fuir quelque part et les ferrys certes, ils quittent le Pirée plutôt remplis. On croit alors embarquer alors pour des îles proches ou alors plus éloignés.

Les ferrys au Pirée. Juillet 2019

Petit port. Péloponnèse, juin 2019

“Le voyage d’Odysséas, dont il m’a été donné de porter le nom, semble ne devoir jamais s’achever. Et c’est heureux. Comme l’observait un de nos grands poètes contemporains, l’essentiel n’est pas dans le retour à Ithaque, qui met un terme à presque tout, mais dans l’errance qui est connaissance et aventure. Ce besoin de l’homme de découvrir, de connaître, de s’initier à ce qui le dépasse, est irrépressible. Nous sommes tous captifs de cette soif de connaître ‘le miracle’, de croire que le miracle se produit, pourvu que nous y soyons préparés et que nous l’attendions”, comme l’avait signifié le poète Odysséas Elýtis, Prix Nobel de littérature en 1979.

On a envie de fuir quelque part, mais il n’y a plus d’endroit où fuir... élections comprises. Juillet entamé, été que l’on prétend prometteur, chatons de l’année déjà nés voilà que c’est beau. La messe est dite !

Chatons de l'année. Athènes, juillet 2019


* Photo de couverture: Les ferrys quittent le Pirée, juillet 2019