mercredi 24 avril 2019

Cuisine de pays



Cuisine de pays, tradition, restauration et alors hôtellerie. Bientôt Pâques des Orthodoxes, celui il faut déjà de la douleur, Pâques de la Résurrection, comme encore Pâques des travailleurs. La Grèce fréquentée et visitée, territoire aux touristes par exemple chinois posant fièrement devant la tombe du Soldat inconnu et la Garde Evzone. Athènes historique, ville qui se transforme en hôtel définitif et en Airbnb indéfini, sans doute jusqu’au prochain effondrement de civilisation. Ainsi, la Place Sýntagma, celle de la supposée Constitution, devient-il ce lieu de mémoire aux apparences immuables et aux animaux adespotes, ultimes veilleurs du “Temple de la Démocratie”.

Touristes chinois à Sýntagma. Athènes, avril 2019

Le pays se transforme, la ville change. Le centre d’Athènes est un chantier permanent, entre rénovations, transformations hôtelières et vie étalée comme d’abord festive. Les travailleurs, dans les cuisines ou sur les chantiers, travailleurs grecs ou étrangers, héros “d’en bas”, ils feront comme toujours de leur mieux, tant que les robots ne les remplacent pas encore bien entendu.

Athènes, ville des philosophes, autrement-dit devenues fresques sur les façades, Athènes ville de la Démocratie, autrement-dit régime du ridicule totalitaire, du cynisme et d’ailleurs de l’hybris. “Je ne descends plus au centre-ville”, me dit Thános, voisin Chypriote, “c’est toujours animé, mais cette Athènes du centre est désormais vouée au tourisme, ce n’est plus pour nous, sans parler de la hausse générale des loyers. Nous restons dans notre quartier périphérique, ma femme et moi après avoir vécu cinq années en Scandinavie, nous avons décidé le retour au pays. C’est difficile, j’ai retrouvé un travail, c’est juste, c’est mal payé, pourtant, nous sommes chez nous, près des nôtres, de la famille de mon épouse en tout cas, puis, Athènes, elle est plus près de Nicosie que la Scandinavie.”

Entre voisins, on évoque désormais bien peu la politique, tant elle a volontairement quitté la vie réelle, tant elle a hypothéqué la vie réelle de tous et leur pays avec. Politiciens véreux futur verrouillé, et donc, ce régime politique ouvertement outrancier et définitivement condamné, aux dires du plus grand nombre populaire, et cela même, indépendamment de la participation aux prochaines élections. Cuisine de pays.

Animal adespote. Place Sýntagma, Athènes, avril 2019

Philosophe représenté. Athènes, avril 2019

Travailleur et rénovation. Athènes, avril 2019

Ainsi va le siècle, et tout semble succomber à la méta-modernité... sous le signe de la rénovation à Athènes. Sauf évidemment la condition des travailleurs, leurs salaires et leurs perceptives, car au mieux, c’est le retour au siècle alors bien d’avant. Ma cousine à la retraite, elle fera certes tout pour aider son fils et sa petite famille, cependant, la solidarité traditionnelle ne parviendra plus bientôt à adoucir toutes les apories et ainsi injustices renforcées que le changement de paradigme impose ainsi à la société grecque.

“La politique, n’en parlons plus, y’en a pas un pour rattraper l’autre, l’as-tu vu ? Au village Thessalien certains cousin sont candidats aux élections municipales et régionales, c’est la moitié de la Grèce on dirait qui se représente contre le chômage... contre son propre chômage voyons, tous sauveurs, sans oublier les politiciens et autres marionnettes à la tête des partis” me dit-elle. La Grèce sans illusions et en toute beauté, pays touristique.

Ses instantanés seront d’ailleurs ceux des touristes ou autant des Grecs, fréquentant les cafés, tous plongés dans la mare des tablettes et autres Smartphones dès le matin. Ainsi va la vie, et aux dires de la directrice d’un tout petit musée en train d’accorder une énième interview, “c’est pour la culture, rien que pour la culture. Difficultés, c’est notre combat... c’est aussi notre fatigue”. Paroles que le vent emporte, collections muséales alors menacées et conventions surtout collectives déjà défaites. Sinon, de la mobilité, et rien que la mobilité, déité de la globalisation, d’où sans doute sa version, disons rudimentaire en ces trottinettes électriques désormais proposées par une entreprise forcement inventive. Elles envahissent depuis peu les rues et surtout les trottoirs d’Athènes, lorsqu’elles ne sont pas mystérieusement brisées en deux, par des usagers... luddites du jour d’après. Grèce sans illusions, pays mouvant !

Café et Smartphones. Athènes, avril 2019

Directrice d'un petit musée devant la camera. Athènes, avril 2019

Trottinette brisée. Athènes, avril 2019

Ainsi va le siècle, et tout semble succomber à la méta-modernité... car en tout cas, et en dépit des réserves, le Conseil des archéologues tolérera l’hybris que constitue cet hôtel nouvellement construit, faisant de l’ombre à l’Acropole en flagrante violation du POS comme des règles en vigueur à Athènes depuis près de deux siècles. Comme toujours, toute réserve et toute résistance institutionnelles sont finalement brisées, en somme tournées en ridicule.

C’est autant un signe fort et qui ne trompe pas. La gestion du pays est coloniale, les politiciens marionnettes ne servent à rien, et encore moins les intérêts sociaux, culturels et nationaux de la Grèce tandis que les élections ne servent à leur tour qu’à légitimer les crimes. Ainsi, l’immeuble “fautif” peut-il être lié au réseau électrique et de l’eau en dépit des réserves, donc il deviendra fonctionnel comme si de rien n’était, presse grecque du 24 avril.

Athènes des visiteurs, Athènes des vestiges. Fort heureusement, la jeune chatte perdue début mars sous l’Acropole vient d’être retrouvée, voilà pour les désormais petites victoires grecques à défaut de Marathon ou de Salamine. Les travailleurs du secteur des télécommunications et des dites nouvelles technologies sont visiblement moins chanceux que la chatte. “Ils nous remplacerons par les robots et en attendant, nous travaillerons tels des esclaves pour un secteur supposé à la pointe du progrès, réveillons-nous.” Ils n'étaient qu'une poignée, travailleurs et autant grévistes devant les locaux du grand opérateur historique de téléphonie autrefois grec, actuellement contrôlé par le racheteur allemand. Pâques de la douleur, Pâques de la Résurrection, et Pâques des travailleurs.

Perdue mais retrouvée. Athènes, avril 2019

Athènes de jadis et de toujours ? Avril 2019

Manifestants et grévistes. Athènes, avril 2019

Pays gastronomique, pays réel. Plus de deux milliards d’euros ont été investis dans de la nouvelle hôtellerie à Athènes, rien qu’en 2018 d’après la presse économique. La Grèce fréquentée et visitée, comme devant la tombe du Soldat inconnu et la Garde Evzone.

L’axe crisique du monde, nous y sommes, pourtant voilà que le ridicule ne tue plus, et d’abord en politique. “Je suis sociologue, chercheur, musicologue, musicien et compositeur, le suis diplôme en management des produits culturels, je suis politologue et spécialiste aussi de la géopolitique. Voilà, je travaille... à l’ANPE et je sollicite votre vote pour être élu... conseiller municipal” sur la liste (Syrizo-compatible) de Yórgos Kouvelákis à la municipalité de Néa Smýrni au sud d’Athènes.

Place Syntagme et bien plus sérieusement, les amis Arméniens nous rappellent comme ils le rappellent autant aux touristes de passage, le génocide des Arméniens perpétré comme on sait d'avril 1915 à juillet 1916, voire, encore bien encore en 1923 par la Turquie disons moderne. Non, nous n’oublions pas.

Je suis sociologue... Athènes, avril 2019

Génocide des Arméniens et sa mémoire. Athènes, avril 2019

Pâques de la douleur, Pâques de la Résurrection, mais Pâques des travailleurs. Cuisine au pays, tradition, restauration et toujours hôtellerie.

Semaine Sainte pour l’instant, les Athéniens quittent la ville par milliers, leurs villages, cette large éparchie grecque les accueillera si ce n’est que pour quelques jours en terre natale, coupure nécessaire, coupure salutaire. Salut donc, et ainsi autant ce message, très pressant aux lectrices et lecteurs de Greek Crisis.

De nouveau en difficulté votre blog doit vivre, ou plutôt survivre, et vous connaissez les nombreux arguments que notre site, qui ne dispose d’aucun autre soutien que celui de ses lecteurs peut avancer pour solliciter votre soutien. Jamais nous n’avons eu autant besoin de votre mobilisation pour le soutien de Greek Crisis, l’idée serait aussi que ce soutien pourrait aussi prendre la forme d’une forme de contribution mensuelle mais régulière comme il est parfois déjà le cas, les montants peuvent être comme on dit modestes, à la hauteur de votre possible. Seulement, la régularité des contributions peut autant constituer une base relativement stable de survie... J’y reviendrai.

Pâques surtout, celui des travailleurs !

Animal adespote. Athènes, avril 2019


* Photo de couverture: Travailleur. Restaurant à Athènes. Avril 2019