mardi 9 avril 2019

Futur glorieux !



Petites histoires, grande importance.  “J’ai vu bien des gens dont le corps était naturellement fort, mais l’âme faible, sans énergie, bonne à rien. Leur maladie est ainsi née d’une espèce d’assoupissement, de stupeur, d’épuisement nerveux, d’un état analogue à l’épilepsie. Quant à ceux dont l’âme est naturellement forte et le corps faible, je n’en ai vu que bien peu, parmi lesquels Aristide qui habitait en Mysie. Il était au nombre des orateurs les plus éminents. C’est ainsi que, au cours de l’activité qu’il déploya toute sa vie à enseigner et à faire des discours, son corps tout entier fut rongé par la phtisie.” Antiquité tardive, futur glorieux !

Pâques catholiques à Potenza, le 2 avril 1959 (presse grecque)

Le texte c’est un hommage rendu à Aelius Aristide par Claude Galien, le célèbre médecin grec de l'Antiquité qui exerça la médecine à Pergame et à Rome où il soigna plusieurs empereurs et autant auteur prolifique.

Aelius Aristide fut l’un des grands représentants de la vitalité intellectuelle du IIe siècle de l’Empire romain, marqué par la prospérité de la Pax Romana. Célèbre orateur grec de la deuxième sophistique, né en 117 ap. J.-C en Asie mineure (ville de Mysie) et mort vers 181. C’est lors d'une visite de l'empereur à Mysie que le titre de citoyen Romain lui est attribué, en même temps qu'à son père. Son œuvre est très largement conservée - plus d'une cinquantaine de discours. Elle offre un témoignage important sur ce qu'était la rhétorique durant la seconde sophistique, en même temps que ses “Discours sacrés” font connaître ses rêves et ses ennuis récurrents de santé.

Il reste donc de lui cinquante-quatre Discours et quelques autres écrits, qui illustrent l'état moral de la société au temps des Antonins. Les plus connus de ses discours, outre ses Discours Sacrés, sont le Panathénaïque, éloge d'Athènes, et son pendant romain, intitulé “En l'honneur de Rome”.

Aelius Aristide. Musée du Vatican (source Wikipedia)

Et il est parfois d’une saveur étrangement contemporaine que de lire ou de revoir ces textes de l’Antiquité déjà bien tardive en ces temps impériaux contemporains, Athènes et ses nouvelles tribus, ses boutiques fermées ou même parfois rouvertes, ses nouveaux auto scooters électriques que certains usagers vandalisent, on en a trouvé jusque dans certains ports de plaisance au Pirée, et dans les poubelles du centre-ville.

Mais parfois, ce sont les petites histoires de grande importance qui retiennent alors toute notre attention, car sinon, l’actualité politique actuelle n’est qu’une fosse septique, à défaut d’incarner des... idées quelque part sceptiques. “Nous, nous changeons, et toi ?” Voilà pour le message électoral d’un candidat de la dernière vague marketiste, européiste et affairiste pour les élections municipales dans un quartier d’Athènes. Nouvelles tribus.

Fermeture. Athènes, avril 2019

Auto scooters électriques. Athènes, avril 2019

Petites histoires. Athènes, avril 2019

Nous, nous changeons... Athènes, avril 2019

Par certains moments, la presse en dit long sans trop l’avouer par ses choix, c’est lorsque par exemple et sous forme de revisiter historiquement la journée du 2 avril, à l’instar du grand quotidien mainstream “Kathimeriní”, on y découvre cette belle image italienne des Pâques Catholiques à Potenza le 2 avril 1959. Potenza, chef-lieu de la province homonyme et de la région de la Basilicate en Italie méridionale, ayant été cruellement bombardée par l’aviation alliée en 1943, apparemment sans raison stratégique.

Dans ce même photoreportage historique de “Kathimeriní”, on aperçoit également cette autre image grecque datant du 2 avril 1964, alors instantané d’une manifestation patriotique des lycéens Chypriotes grecs à Nicosie. Époque aux apparences lumineuses et possiblement plus éclairées que le nôtre, la globalisation est passée par là entre temps, sauf qu’elle n’engendre pas une fatalité non plus en dépit des propagandistes, dont ceux de la classe politique. Étrangement dans un sens, ce même quotidien rapporte sans bien entendu la commenter, cette nouvelle de l’embauche de la fille de Kyriákos Mitsotákis... par la Goldman Sachs, car elle termine voyons ses études à l’université Johns-Hopkins, établissement privée américaine, située à Baltimore, “Kathimeriní” du 31 mars 2019.

Une autre jeune femme et qui ne porte pas le nom Mitsotákis, dans son malheur contractuelle pour 400€ pour le compte de la Municipalité de Kalamata dans le Péloponnèse, est montée l’autre jour sur le toit du bâtiment de la Maire... et elle menaçait de sauter dans le vide, presse grecque du 4 avril. Se jeter dans le vide, d’ailleurs au sens propre et figuré on dirait. Ailleurs au pays réel, on passe pourtant à l’acte, un père vient de tuer son enfant de 4 ans dans Athènes avant de se suicider, presse du 7 avril plus trois autres suicides entre le 8 et le 9 avril, à Patras, à Larisa en Thessalie, ainsi que celui d’une mère de trois enfants... “tombée” de son balcon en Crète, presse du 9 avril.

“Nous, nous changeons, et toi ?”, comme dirait l’autre, Antiquité tardive et présent ainsi... glorieux au pays des plages désertes sous l’austérité et la tempête. Sous l’austérité justement, et même la presse remarque ce relatif retour des Grecs vers les églises de leur seule Orthodoxie subsistante à leurs yeux, hormis évidement celle de Goldman Sachs, fausse, faussaire, rapace et imposée.

Nicosie, le 2 avril 1964, presse grecque

Retour à l'Église. Athènes, avril 2019 (presse grecque)

Retour à l'Église. Athènes, avril 2019 (presse grecque)

Pays aux plages désertes. En Attique, avril 2019

En son temps, Aelius Aristide avait-il fait déjà une description de Rome comme ville mondiale. “Vous ne régnez pas à l’intérieur de limites déterminées et personne ne vous a prescrit jusqu’où devait s’étendre votre domination. La mer s’étend comme une ceinture au milieu du monde habité, ainsi qu’au milieu de votre empire. Tout autour, sur d’immenses espaces, s’étendent les continents, et ils vous rassasient toujours de leurs productions. Et la Ville est semblable à un marché commun à toute la terre.”

“C’est véritablement à vous que s’applique ce que dit Hésiode des parties extérieures de l’Océan où tout conflue en un même commencement et une même fin, car c’est vers vous que tout converge: c’est là que se rencontrent commerce, navigation, agriculture, travail du métal. Les cargaisons venues de chez les Indiens et même de l’Arabie heureuse, on peut les voir ici. Les tissus de Babylone et les bijoux des pays barbares d’au-delà arrivent ici plus facilement qu’à Athènes. Vos champs ce sont l’Égypte, la Sicile et la partie cultivée de l’Afrique. Dans votre port, les navires ne cessent d’arriver et de partir”, “Éloge de Rome”, IIe siècle après J.-C.- disons que c’était un autre temps.

Nouvelle grammaire du monde, et pourtant pas vraiment. Entre Grammaire supposons nouvelle, le “Reiseatlas”, l’Université issue du lointain 19e siècle, ainsi que le kiosque des Médecins du Monde vendant les chandelles pour la prochaine a Pâque orthodoxe, la ville est semblable à un marché commun à toute la terre, dans les apparences en tout cas.

Nouvelle... grammaire. Athènes, avril 2019

Reiseatlas. Athènes, avril 2019

Médecins du Monde. Athènes, avril 2019

Aelius Aristide avait aussi prononcé son oraison funèbre en l’honneur du jeune Étéonée, décédé alors qu’il suivait justement l’enseignement d’Aristide: “Son corps et son âme étaient assortis l’un à l’autre. À le regarder d’abord, c’était le plus beau, le plus grand et le plus accompli de ceux de son âge et il procurait le plus grand plaisir à qui le contemplait. Dans son comportement, ensuite, il était extrêmement discipliné et très noble, se distinguant par une grandeur accompagnée de simplicité, en sorte qu’il était impossible de conjecturer si c’était un enfant, un jeune homme ou un vieillard. En effet, il avait l’aspect inachevé d’un enfant, la vigueur d’un jeune homme, la sagesse d’un vieillard.”

“On pouvait admirer dans son intelligence l’absence totale d’arrogance, d’impudence et de suffisance, et au contraire l’agilité de l’esprit dans un caractère calme ; dans sa retenue, l’absence totale de paresse, d’indolence et de torpeur, et au contraire, comme dans un printemps bien tempéré, la présence de la vivacité à part égale avec la douceur, sans que sa retenue ni sa grâce se nuisent isolément.”

“Il était aussi attaché à sa mère que le sont les enfants à la mamelle, il aimait son frère comme son enfant et était attaché aux études comme s’il n’était pas possible, pour lui, de vivre autrement. Ce qu’il avait entendu, il le savait sur-le-champ et lorsqu’il avait vu quelqu’un, il connaissait d’emblée quelle sorte d’homme il était et s’il fallait l’aimer ou s’en garder”,  Oraison funèbre en l’honneur d’Étéonée.

Grammaire ancienne, si besoin contre l’arrogance, ce que le monde gréco romain nous a autant légué en héritage. Puis, notre prétendu village planétaire, encore semblable à un marché commun à toute la terre, et nos filous comme nos félins avec, pour tout dire majestueux, s’agissant bien entendu des félins. Inutile de dire que les... sombrocrates actuels, pantins Syrizístes compris, auront tout fait pour effacer, voire, souiller cet héritage antique. Déjà dans la supposée éducation présumée nationale, en supprimant grec, latin ainsi que l’enseignement d’Antigone ou de Thucydide, ensuite, par des actions d’en bas et de totalitarisme de bas étage et voltage, comme il n’y a pas si longtemps à Paris lorsque la représentation de la pièce “Les Suppliantes” d’Eschyle, a été annulée suite à l’appel au boycott d’associations “antiracistes”, comme on sait compatibles à l’idéologie comme à l’arrogance à la Georges Soros et à la Goldman Sachs, presse française du 26 mars 2019.

Université. Athènes, avril 2019

Nos félins. Athènes, avril 2019

Et en cette autre époque impériale, comme le fait remarquer Jean-Luc Vix, helléniste et spécialiste de la période au Centre d’Analyse des Rhétoriques Religieuses de l'Antiquité (Strasbourg), “paradoxalement, particulièrement dans le monde grec sous domination romaine, la rhétorique, plus que jamais occupe une place de choix, non seulement dans l'enseignement, mais dans la société tout entière. L'art de la parole procure à celui qui le maîtrise pouvoir, gloire, voire richesse. Mais la rhétorique grecque de cette époque représente également un ciment identitaire puissant qui unit l'univers hellène face aux Romains. Cet aspect permet aussi de saisir l'engouement pour les prestations publiques des sophistes et, plus particulièrement, la faveur dont jouissaient les déclamations. Ces discours permettaient en effet au monde grec de faire revivre l'époque glorieuse où les cités d'Athènes, de Sparte, de Thèbes, etc. étaient puissantes et indépendantes. Les aléas de la transmission des textes de l'Antiquité, font en sorte qu'Aelius Aristide est sans conteste pour nous l'un des témoins les plus importants de cette activité rhétorique au IIe s. ap. J.-C.”

“Mais si ses discours sont parvenus en nombre jusqu'à nous, c'est avant tout parce que, dès l'Antiquité il a joui d'un prestige immense qui ne s'est quasiment jamais démenti au cours des siècles, si l'on en juge par le nombre de manuscrits recopiés tout au long du Moyen Age, puis par l'importance des éditions imprimés de ses discours. Car, en même temps qu'il représente ce mouvement de la Seconde Sophistique, par bien des aspects, il est une figure à part, dans sa conception particulièrement intransigeante de la pratique de son art, et dans sa vision d'une parole inspirée par la divinité”, Jean-Luc Vix, “Aelius Aristide -IIe s. ap. J.-C-., un défenseur passionné de la rhétorique”.

Aelius Aristide c’était certes avant-hier, cependant, une certaine rhétorique pas uniquement grecque et bien de notre époque illustre l'état moral de la société au temps de... Goldman Sachs, dont celle de votre pauvre blog, disons en guise... de Troisième Sophistique, représente-elle autant un ciment identitaire... face aux sombrocrates actuels. Petites histoires de d’une certaine importance, Athènes Sparte, et Thèbes, leurs sucreries, leurs viandes à la grecque, comme toute... toute cette phtisie des politiciens, candidats au néant.

Sucreries. Athènes, avril 2019

Petites viandes à la grecque. Athènes, avril 2019

Étéonée donc, mille fois Étéonée plutôt que Tsípras ou Mitsotákis. Rien que parce qu’on pouvait admirer dans son intelligence l’absence totale d’arrogance, d’impudence et de suffisance.

Étéonée, et nos félins. Antiquité tardive, grammaire ancienne, futur glorieux !

Nos félins. Athènes, avril 2019


* Photo de couverture: Grammaire ancienne. Athènes, avril 2019