vendredi 25 janvier 2019

Du déchet au dégoût



Des orages violents sur tout le pays. Heures sombres, journées historiques. Le “Parlement” d’opérette à Athènes est protégé derrière un cordon de sécurité impressionnant, mis en place par la police. L’accord macédonien de Tsípras a été ratifié finalement, vendredi 25 janvier. Le texte a pu recueillir les 151 voix nécessaires, plus exactement 153 sur 300 élus siégeant actuellement à la Chambre. Piètre majorité SYRIZA, d’abord perdue la semaine dernière et néanmoins aussitôt retrouvée, grâce aux huit apostats des petits partis. Tsípras, déjà cas d’école depuis 2015 sur la scène politique mondiale plutôt crépusculaire, il apparaît ainsi tel un “Quisling” moderne ; en cet ultime siècle européen. Tsípras, “Éphialtès” comme il est si fréquemment surnommé dans son pays natal.

Rassemblement. Athènes, Sýntagma, le 24 janvier 2019

Ultimes manifestations citoyennes au soir du 24 janvier à Athènes comme en Macédoine grecque, et aussitôt, l’annonce faite “à chaud” du report du vote pour le lendemain vendredi. Voilà pour ce qui tient de l’aspect disons “très technique” de notre régime politique, ou sinon, comment briser les ardeurs du peuple faisant feu de tout bois. Dans la nuit, les orages violents prévus par la météo auront parachevé l’affaire. Démocraties réduites alors en pétards mouillés. La situation fut chaotique au centre d’Athènes, et en Macédoine grecque, les domiciles de nombreux députés SYRIZA ont été entre le 23 et le 24 janvier, attaqués aux cocktails Molotov, dont celui de l’élue Tzagri, transfuge du PASOK, plus que jamais réellement existant.

Le pire c’est, que les Grecs savent, et ils en savent suffisamment sur leur destin. Oui, les Grecs sont désormais conscients de la guerre qui leur est faite, une guerre hybride, asymétrique, et pour tout dire totale. Certes, mais alors totale à la manière... innovante de ce siècle, celui de tous les dangers. Devant le cordon policier au soir du 24 janvier, et pour atteindre la Place Sýntagma à pied, les citoyens ont été obligés de faire un détour par le quartier de Kolonáki. J’ai été ainsi témoin d’une scène, où deux hommes âgés se sont mis à hurler devant les policiers: “Fascisme ! Fascisme, voilà ce qu’est devenue la Démocratie de Tsípras. Honte.” Les très jeunes policiers n’ont pas réagi. Non loin de là sur un petit mur, un presque nouveau slogan, disons sibyllique: “Tsípras ou les chars.”

Des selfies réalisées devant le cordon policier protégeant le “Parlement”. Voilà ce qui restera de l’instantané historique, mais aussi le témoignage et finalement jugement, celui des humbles et des dignes. Comme de cette femme, la petite cinquantaine entamée, rencontrée devant le buste de notre poète et diplomate Yórgos Seféris, il est placé devant l’entrée du Ministère des affaires Étrangères. “Ah, il n’est plus là et c’est sans doute mieux pour lui. Notre poète se serait suicidé en se jetant du toit du Ministère. Quelle décrépitude alors, non ?” Images furtives d’une soirée populaire alors triste.

Devant le cordon policier. Athènes, le 24 janvier

Mémoire de Yorgos Seféris. Athènes, le 24 janvier

Tsípras ou les chars. Athènes, le 24 janvier 2019

Devant les... para-parlementaires de la Chambre, Tsípras a prononcé son discours en faveur de l’accord, discours garni de truismes et autant de contre-vérités. “Par cet accord, la Grèce renfonce sa place dans les Balkans, notre pays devient ainsi une force stabilisatrice pour la région”, cité de mémoire, medias grecs du 24 janvier. Tsípras a même évoqué les partisans communistes des années d’Occupation et de la Guerre Civile, provoquant aussitôt la réaction ferme et justifiée des élus du PC (KKE). Tsípras, ou du déchet au dégoût. Quelle décrépitude alors, non ?

Ainsi images, et surtout faits et gestes que l’histoire et la mémoire collective ne les oublieront pas. Athènes 24 janvier 2019, et sous l’Acropole, ceux du PC grec, avaient accroché leur grande banderole dénonçant la mainmise de l’OTAN dans cette affaire macédonienne, et c’est vrai. Ceux du PC, cependant endormis durant près d’un an, et seulement réveillés à minuit passé. Jeu de dupes usé jusqu’à la corde. Les Grecs auront compris que le rôle incarné par le PC se range alors plutôt du côté de notre systémisme politique.

NON à l'accord de Tsípras - Zaev. PC grec - KKE. Athènes, le 24 janvier (presse grecque)

Préparatifs du rassemblement PC. Athènes, le 24 janvier

Préparatifs du rassemblement PC. Athènes, le 24 janvier

L’essentiel est toujours... à côté on dirait. Pour Státhis Stavrópoulos, caricaturiste, journaliste de la presse écrite et autant figure de la gauche grecque, désormais et définitivement morte depuis 2015, l’année SYRIZA, les enjeux de cet accord sont d’abord géopolitiques, car bien entendu, la Grèce n’est qu’un rouage au sein de la machinerie actuelle des Puissances en Europe et pas que dans les Balkans.

“La France et l’Allemagne concluent en ce moment l’Accord d’Aix-la-Chapelle (Traité d’Aachen). Un accord autant militaire il faut préciser, et qui modifie les données actuelles en cette Union européenne. Quelque chose de semblable avait été tenté jadis, dans les années 1950 et 1960, mais l’ébauche fut naturellement rejetée, car les souvenirs de la guerre étaient encore récents et surtout horribles. D'ailleurs, ce plan des années 1950, s'il n'était pas fragile en soi, il rencontrerait de toute évidence la violente opposition de l'URSS. L'Allemagne - de l’Ouest à l'époque - elle n’avait d’autre expression de sa puissance militaire en somme inexistante, que la seule protection de l'OTAN. De même, l'échec des efforts pour une unification politique de l'Europe dans la même période, ne laissait guère de place à la moindre planification de sa défense, seul finalement son agenda économique a pu être planifié, et le résultat, c’est très exactement la dictature financière que nous subissons aujourd'hui.”

“Comme c’est alors discernable, cette alliance militaire entre la France et l’Allemagne en 2019, dépasse autant la conjoncture que les concepts de Trump, quant à la réduction des forces militaires des États-Unis en Europe, ou plutôt le renforcement de l'OTAN ailleurs qu’en Allemagne, par exemple dans les Balkans. Et cet axe émergeant Paris-Berlin - aïe aïe aïe - engendre-t-il au fil du temps et à sa manière, les nouveaux équilibres de la géostratégie de demain, en Europe et pas seulement.”

Quelle Démocratie ? C'est le cholera. Athènes, 2018

Se rendant au rassemblement du 20 janvier, à Athènes

Démission du Président de la République. Athènes, le 24 janvier 2019

“La France possède comme on sait une armée importante. L'Allemagne bénéficiera-t-elle pour autant, et pour son compte, de l’avantage d’une armée lourde? Ce pays sera-t-il alors rééquipé, à la manière analogue de son réarmement des années 1930 sous Hitler? Ou bien, l'Allemagne est-elle déjà en train de se rééquiper secrètement de nouveau, comme donc du temps d’Hitler ? Certes, les forces militaires des États-Unis, l’armada de l'OTAN, ainsi que l’axe militaire Franco-allemand émergeant, sont ces nouvelles réalités à un dénominateur bien commun. Cependant, et en même temps, ces manœuvres expriment autant des intérêts particuliers, suffisamment à part. Intérêts, dont la mise à jour actuelle devient patente, dans la mesure où la mondialisation se décompose, et que les affrontements entre Puissances opposées s’accentuent dans un monde de plus en plus multipolaire.”

“Et dans un tel contexte, on explique alors mieux l’empressement et autant la servilité de Tsípras, lorsqu’il s’agit de ‘résoudre la question macédonienne’ de notre temps en la bouclant. En effet et pour ce faire, les dimensions politiques et historiques de ce problème ont été tout simplement écartées ! Car l'argumentaire de Skopje - ARYM fait rire toutes les bibliothèques du monde aux millions de titres et aux millions de volumes. Sauf que la géopolitique des Puissances ne rigole pas du tout, au contraire, elle claque ses dents comme elle aiguise les couteaux des forces martiales qui sont les siennes. Pour bien comprendre les enjeux, il suffit de regarder la carte, de la Pologne et de l'Ukraine à la Roumanie, et jusqu’à la Bulgarie et la Turquie (quelles que soient les circonstances turques actuelles), l'encerclement de la Russie par l'OTAN frôle il faut bien dire, l’asphyxie.”

“Ce n’est qu’une épaisse zone de paysages, parsemée de bases américaines et de l'OTAN. Mais à l'arrière de cette zone, il faut considérer quelques creux béants, comme la Syrie (dans l’hypogastre de la Turquie) ou encore les Balkans ‘inachevés’ à la manière de l'OTAN: Albanie, Monténégro, Kosovo, ARYM et Serbie. Afin de rendre le territoire de la zone ainsi compact, et pour obtenir la profondeur stratégique nécessaire, ces ‘questions en suspens’ elles sont ainsi arrangées dans un si court délai.”

Référendum maintenant. Athènes, le 24 janvier 2019

Préparatifs du rassemblement. Athènes, Place Sýntagma, le 24 janvier

Rassemblement à Sýntagma. Athènes, le 24 janvier

“Le Monténégro est entré dans l'OTAN de nuit, et l'Albanie a rejoint l'alliance avec l’endormissement de la Grèce par les soins de Tsípras et de Kotziás. Et il restait à ‘résoudre’ au plus tôt possible, les questions de l'ARYM des Slavomacédoniens, et du Kosovo. D’ailleurs, depuis le Kosovo, le chef historique de l’UCK et actuel président Hashim Thaçi s’est prononcé, en déclarant que ‘l'accord entre Tsípras et Zaev a valeur d’exemple quant à la solution de la question du Kosovo’. Donc, une fois la question Macédonienne et de l'ARYM réglée, et aussitôt après celle du Kosovo, il ne restera que la Serbie, isolée du point de vue de la géostratégie. Une Serbie qui risque alors de devenir encore plus fragile devant le spectre de sa soumission finale.”

“Comme nous comprenons désormais tous, lorsque Tsípras s’empresse à conclure de la sorte avec tant de pitreries avec Skopje, premièrement, il balkanise complètement la Grèce pour ensuite diviser le peuple grec jusqu’à frôler la Guerre civile en termes de mentalités. Puis, il se met au service des Américains tel un valet, ce que personne d'autre ne pourrait alors accomplir aussi bien, hormis l’extrême droite et les fascistes du temps des Colonels lors de la trahison de Chypre. Enfin, ce même Tsípras expose notre patrie à des dangers, au demeurant plus sévères que ceux qui la menaçaient déjà. Avant que l'histoire ne juge Tsípras, c’est le peuple grec qui doit le juger.”

“Il y a actuellement trois serpents dans les Balkans: les États-Unis, l'OTAN et l'Allemagne. Des serpents, ayant même bombardé de leurs bombes enrichies en uranium le sol européen celui de la Serbie! Ainsi et seulement ainsi, ces Puissances perçoivent-elles alors l'européanité, soit par les bombes, soit par les memoranda de la Troïka et autres politiques d’austérité. Avant que l'histoire ne juge Tsípras, c’est le peuple grec qui doit le juger”, Státhis Stavrópoulos, quotidien “To Pontíki”, le 24 janvier 2019. Présente place Sýntagma au soir du 24 janvier, Zoé Konstantopoúlou n’a pas dit autre chose devant les journalistes qui l’interviewaient. “Tsípras et les siens doivent enfin être jugés, en même temps que le retour de la Démocratie en Grèce”, quotidien “Proto Théma” et “Live Media”, citée de mémoire. Européisme, Atlantisme, alors serpents... et Tsiprosaures.

Sýntagma, le 24 janvier, presse grecque

Manifestation en Macédoine grecque, le 24 janvier, presse grecque

Zoé Konstantopoúlou à Sýntagma. Athènes, le 24 janvier, presse grecque

Les événements se précipitent, autant que le crime de haute trahison, d’abord commis par Tsípras, et en réalité par toute la classe politique grecque actuelle. Et Státhis Stavrópoulos de rappeler en ce 25 janvier 2019, combien et comment les Parlements des deux peuples, d’abord à Skopje et actuellement à Athènes, ils ont été vidés du dernier sens de la démocratie comme de l’éthique supposées être les leurs, ceci pour que cet accord puisse être adopté, “To Pontíki”, le 25 janvier 2019. De leur côté, les Associations des Avocats de l’ensemble de la Grèce, réclament au minimum la majorité renforcée à la Chambre pour ratifier ou pas cet accord, à savoir, 180 députés au lieu de 151 (simple majorité) dont se réclame le “gouvernement”, en violation flagrante de l’esprit comme de la lettre de la Constitution et autant, du fonctionnement du régime supposé démocratique. En vain, (radio 90.1 FM, le 23 janvier).

Le journaliste Kalarrýtis s’exprime ainsi ouvertement pour dire “que cet accord avait été adopté au Parlement du pays voisin.par la majorité renforcée et... autant à l’aide de bien nombreux dollars, et que parmi les élus grecs qui s’apprêtent à le ratifier, surtout s’agissant des transfuges des autres partis, ces gens ont très probablement obtenu quelque chose en échange. Par exemple, les mauvaises langues nous disent que Koundoura, Ministre du Tourisme, issue du parti ANEL de Kamménos et exclue depuis quelques jours, aurait emprunté près d’un million d’euros avec son époux, somme qu’ils auraient du mal à rembourser mais que les banques pourraient de la sorte en faire cadeau ou leur accorder certaines facilités extraordinaires”, (radio 90.1 FM, le 23 et 24 janvier).

Les événements se précipitent et l’ancien Chef d’État-major, l’Amiral Apostolakis devenu Ministre de la Défense remplaçant le démissionnaire Kamménos, s’est aussitôt empressé rendant visite à Geoffrey Pyatt, l'Ambassadeur des États-Unis en Grèce. “D’après mes sources alors fiables”, nous dit l’analyste géopolitique Droúgos, lui-même ouvertement autoproclamé “très Atlantiste”, “Pyatt a répété devant Apostolakis que l’accord de Tsípras doit absolument passer. Pyatt exerce ainsi toutes ses pressions dans ce sens, comme il presse autant, pour que certains noms parmi les généraux de l’Armée grecque, soient promus à de postes de haute responsabilité, sans oublier les immiscions de l'Ambassadeur des États-Unis dans l’affaire de la prochaine réorganisation de la Marine nationale grecque”, (Droúgos, radio 90.1 FM, le 23 et 24 janvier).

Manifestation d'écoliers. Macédoine grecque, le 24 janvier, presse grecque

Manifestation à Thessalonique, le 24 janvier, presse grecque

Macédoine grecque en 2018

Notons que ces dernières semaines, les Ambassadeurs des États-Unis et de l’Allemagne avaient reçu les chefs politiques des petits partis, une histoire... parallèle pour convaincre du bien fondé de l’accord Tsípras. Ainsi et à titre d’exemple, la réception du genre la mieux médiatisée par la presse fut celle du chef du parti “To Potámi” - “La Rivière”, Stávros Theodorákis chez Geoffrey Pyatt, presse grecque de la semaine. His Master's Voice!

L’analyste Droúgos rapporte également “que l’Allemand Arndt Freytag von Loringhoven, premier secrétaire général adjoint de l'OTAN pour le renseignement et la sécurité, vient d’être dépêché chez nos voisins à Skopje, il a rencontré les membres du gouvernement, déjà pour déclarer tout le bien qu’il pense de l‘accord de Tsípras-Zaev. Il a également rencontré les responsables des services secrets de l’ARYM, car visiblement, il va falloir les réorganiser. Notons que von Loringhoven n’est pas n’importe quel diplomate, car il avait été de 2007 à 2010, vice‑président du service de renseignement allemand”, publication de Droúgos sur Internet et émissions radio le 23 janvier.

Droúgos ne jugera sans doute pas très utile que de rappeler un peu mieux l’histoire propre du personnage. Car le diplomate Arndt Freytag von Loringhoven, n’est autre que le fils de Bernd Freytag von Loringhoven (1914 - 2007), célèbre officier d'état-major allemand durant la Seconde Guerre mondiale et qui fut l'un des derniers à quitter le bunker d'Adolf Hitler. Ce que Wikipedia en français “oublie” de mentionner également , contrairement à Wikipedia en anglais. Les francophones concernés se poseront peut-être la question.

Peuples... derrière les barreaux. Athènes, 2018

Olives grecques. Athènes, janvier 2019

La thèse de Greek Crisis, à l’instar de celle de nombreux historiens, surtout Anglo-Saxons à l’instar de Mark Mazower, c’est qu’une certaine continuité du Troisième Reich “se récupère” déjà à travers les fondements ainsi que les suites de l’UE. Autant à travers la géopolitique réellement pratiquée par l’Allemagne de nouveau intégrale, que par la Balkanisation de l’Europe toujours en cours plus que jamais, avec il faut le souligner également, l’aimable participation de l’OTAN.

En Grèce nous savons, comme nous en savons suffisamment. Nous savons par exemple que le grand père de Papakonstantínou Ministre des finances sous le premier mémorandum Troïka, Papandréou, avait été des familles d’oligarques grecs dont l’Allemagne durant l’Occupation avait offert entre autres fortunes et sites industriels, pour les Papakonstantínou comme par hasard, en Macédoine grecque. “Rien que par courtoisie”, entend-on poliment à la radio, le “petit fils se devait ainsi servir les intérêts pangermaniques de l’Europe sous l’euro/mark, cette arme de destruction massive des économies et des pays ainsi encore occupés.”, 90.1 FM du 24 janvier. Hélas, ce n’est pas du conspirationnisme comme dirait-elle alors la presse autorisée, mais des faits, et d’abord de la géopolitique actuelle, concrète et ardente. Pauvres Européens et pauvres Allemands. Peuples derrière les barreaux... picorant leurs olives.

Et à Davos, le premier ministre de la “Macédoine du Nord”, un certain... Senior Zaev alors triomphant, se fait photographier en compagnie du parrain historique du Macédonisme irrédentiste et nationaliste réellement existant, à savoir, le financier boursicoteur, Georges Soros, médias grecs du 24 janvier 2019. Théorie... du complot sans doute.

Zaev et Soros à Davos. Presse grecque du 24 janvier 2019

Durant cette journée sombre pour l’Hellénisme, près de 55 écoles sont occupées en Macédoine grecque, ceci en signe de protestation contre le crime que les “élus” ont pu finalement commettre, presse grecque du 24 janvier. L’ancien Premier ministre Kóstas Karamanlis de la Nouvelle Démocratie, intervient aussi soulignant “que le gouvernement devait tenir compte de la sensibilité de la majorité du peuple grec”, presse grecque du 24 janvier.

Le politologue et universitaire Yórgos Kontogiórgis est d’ailleurs formel et clair dans son analyse.

“Le soi-disant accord de Tsípras-Zaev signé près des lacs Prespes l’année dernière, est de fait, un traité de capitulation qu'un pays ne signe qu'après une défaite militaire totale. En réalité, le gouvernement de la Grèce, s’est couché devant l’ensemble des exigences du nationalisme le plus extrême du pays voisin, et il est devenu de ce fait, son porteur alors organique. Le gouvernement grec a donné alors davantage, que ce que Kiro Gligorov, ancien Président à Skopje, avait alors prétendu dans les années 1990.”

“Dans le passé, l’État grec a subi de nombreuses défaites, essentiellement il faut dire agencées à Athènes. Cependant, son identité nationale, elle n'a jamais été mise en doute. Avec la capitulation de Tsípras, et pour la première fois, l’identité nationale grecque est officiellement octroyée à un pays tiers. Parce que la Macédoine, elle n'est pas une simple question de géographie, pouvant alors être partagée sans problème entre différents pays et peuples voisins.”

“En reconnaissant ainsi un indice national monopolisé par un seul groupe ethnique dans la géographie de la Macédoine, s’agissant du groupe ethnique Slavo-macédonien lequel revendique en outre les habits nationaux grecs, voilà que cette nation se transforme en un vecteur de partage de la civilisation grecque. Autrement-dit, de la base de l'identité nationale de l'hellénisme. Ce partage ne concerne pas seulement l'histoire ancienne, mais l'ensemble ininterrompu jusqu'au 20ème siècle.”

Grèce du Moment. Athènes, 2019

Rassemblement du 20 janvier 2019 à Athènes

“L'argument de la capitulation et du partage de notre pays a même été formulé à la Chambre: ‘Celui-ci ne nous dérange pas’, a-t-il déclaré un député de SYRIZA, ‘c’est-à dire le nationalisme des voisins, mais c’est le nationalisme des Grecs qui nous dérange’. Nous devrions donc raccourcir... la taille du peuple des Grecs... pour ne pas perturber l’esprit ‘politiquement correct’ de la nomenklatura politique grecque des collabos au pouvoir.”

“Les supporteurs du nationalisme des voisins, et d’abord les idiots utiles de la Gauche à Athènes, se prétendent ainsi ignorer le fait que l'identité nationale dans son ensemble est composée par une multitude d'identités individuelles, autant communes que culturelles. En le niant, ceci revient à détruire l'ensemble du corps national. Le Grec Macédonien, comme l'Épirote, le Péloponnésien, le Grec Crétois, tous, appartiennent à la nation grecque en tant par exemple que Grecs Macédoniens, etc. Ils ne sont pas seulement Grecs. En même temps, ces idiots utiles de la Gauche, imprégnés des idéaux de la modernité, et des Lumières, jadis oligarchiques et désormais profondément réactionnaires, ils refusent de voir la nation comme un phénomène social inhérent aux sociétés formées en termes de liberté, nos sociétés anthropocentriques. Pour eux, les nations apparaissant en tant ‘qu’inventées’ par les États, et ils considèrent ainsi la nation comme leur principal ennemi et, avec lui, son corps naturel, la société.”

“Le fascisme c’est autant son moyen d’action à cette Gauche. La manière suivant laquelle le gouvernement gère l'opposition populaire est à ce sujet fort éloquent. Une opposition populaire il faut dire largement majoritaire, face à la capitulation du Premier ministre, lorsque même ce dernier se projette volontairement sous la doctrine ‘la nation, c'est moi’. Situation qui démontre combien le pays grec vit alors sous cette version pleinement dégénérée de la monarchie élue et ceci, à travers la manière politique du fascisme pratiqué. Il y a quelques semaines, au propos de la manière politique de la ‘gouvernance Tsípras’, j'avais dit que le fascisme était d’abord moyen, et ensuite système.”

“D’où toute la nécessité que de changer de Politeía, de régime. La capitulation devant la grande question Macédonienne n'a pas seulement révélé le fossé chaotique qui sépare l'essentiel du système politique, au pouvoir et volonté de la société comme de l'intérêt commun. Un fossé alors garanti par la logique même de la Constitution et du régime que celle-ci instaure. Enfin, cette capitulation de Tsípras, ouvre ainsi la boîte de Pandore, à toutes les conséquences générées par un tel système politique à l’agonie, dont la simple alternance des partis et des coalitions de partis au pouvoir, ne peut plus guérir.”

Pays de jadis. Grèce... des Archives

Au-delà des manifestations. Athènes, le 24 janvier 2019

“Fondamentalement, la crise que traverse le pays grec aujourd'hui, n'est plus récupérable sans un changement de régime. Un changement, lequel obligera la future classe politique à suivre et ceci de manière institutionnalisée, toute la volonté de la société. Celle qui amènera l’adjonction de la société à la politique et qui fonctionne, et non dans les rues et les places. Une mutation pour changer le système politique, le transformant, d'une monarchie élue actuellement, à un régime réellement représentatif.”

“Il est temps que la société grecque se libère des menottes idéologiques, forgées en commun par ses occupants et conquérants locaux comme étrangers. Ces questions doivent enfin être posées et travaillées de manière collective. Au lieu donc de manifester dans les rues pour empêcher le gouvernement de nuire au pays, on devrait pouvoir exiger de ce gouvernement le respect des dispositions de la société, surtout devant les décisions majeures”, Yórgos Kontogiórgis, le 22 janvier 2019, extraits de son article, presse et Internet grec.

En attendant, l’accord Tsípras illégalement ratifié, et c’est de tout un autre combat dont il s’agit désormais. Tsípras, homme politique du passé, homme inculte, personnage cynique et tragique à la fois. Pour nous autres, Seféris, notre poète et diplomate n’est jamais parti, et nous sommes en guerre. Lui, ayant déjà prédit les futurs malheurs des Accords de Zurich et de Londres sur Chypre, alors imposés par Londres et par l’OTAN, et que le vieux Karamanlis en triomphaliste et piètre amateur, les avait présentés comme “incarnant la solution amenant la Paix en la bonne entente entre les Grecs et les Turcs.” C’était en février 1959, et ce n’est pas par hasard si la presse de Nicosie met en parallèle les deux accords, le “sien” de 1959 et le “nôtre” en ce 2019 pour dire que l’accord Tsípras répète encore les mêmes “fautes” tragiques des années 1950, quotidien “Simeriní” de Nicosie, Chypre, le 20 janvier 2019.

Des orages violents sur tout le pays. L’année commence mal. Heures sombres, journées historiques Heureusement, notre poète et diplomate ne nous pas quittés dans un sens: “Nous ne savons pas que tous nous sommes des marins sans emploi. - Nous ne savons pas combien le port est amer - Quand tous les bateaux sont partis, écrit-il dans un poème de cette époque au titre significatif, ‘À la manière de G. S.’, dont le premier vers, plus significatif encore est: Où que me porte mon voyage, la Grèce me fait mal. Oui, la Grèce elle-même est devenue blessure et son histoire une incision sanglante au cœur de la mémoire.”

Yórgos Séféris et son épouse Maro. Athènes de jadis (presse grecque)

“Quant à sa géographie, elle est celle d’une carte aux frontières toujours changeantes parce que toujours incertaines. Cette mélancolie lucide, ce désenchantement dont il faut préciser qu’il ne conduit jamais pour autant au désespoir, sont contrebalancés au moins par une certitude, à savoir que la patrie intime du poète qui est sa propre langue, le grec a, elle, une pérennité évidente de plus de trente siècles, une vitalité qui la rend, non seulement fondatrice, mais toujours novatrice.”

Nuit du 24 janvier 2019 à Athènes devant le Parlement et ses actionnaires hors-sol, aspirés volontaires par l’OVNI de l’hybris.

“Regardez-le, il nous accompagne dans nos joies comme dans notre malheur. Nous n’avons plus rien à espérer ici, le Parlement est mort, mais pas notre espoir. Le vent, le nôtre il peut un jour tourner. Bonne nuit.”

Il nous accompagne dans nos joies comme dans notre malheur. Athènes, le 24 janvier 2019


* Photo de couverture: Parlement OVNI. Athènes, janvier 2019