samedi 17 novembre 2018

Jugement dernier



Ruines, vestiges anciens et premier coup de froid de l’automne au pays de Zeus. Il était temps. Sous le Mont Olympe tout comme à Athènes, on se chauffe souvent au bois ; les asthmatiques actuels et futurs évitent comme ils le peuvent les balades nocturnes. L’atmosphère est déjà chargée, cheminées, particules et ainsi brouillard. Ruines et alors vestiges nouveaux sous les feuilles de l’arrière-saison, beautés de la Macédoine grecque redécouverte à l’occasion d’un voyage scolaire auquel j’ai participé en tant qu’accompagnateur historien. Antiquité, disons tardive !

La tombe du Jugement. Macédoine, novembre 2018

Scènes figurées de la chambre funéraire, comme pour la tombe du Jugement dernier et du début du IIIe s. av. J.-C., la plus grande tombe macédonienne jamais retrouvée, aux colonnes doriques ornant la façade surmontées de métopes peints représentant le combat des Centaures et des Lapides surmontés d’une frise ionique. Très probablement, le défunt appartient à la garde rapprochée du roi de Macédoine, les Somatophylaques, littéralement “gardes du corps”, hommes qui sont choisis parmi la noblesse macédonienne et sont membres de fait du Conseil royal.

D’après les dernières sources et estimations des archéologues rencontrés sur place, il semblerait qu’il s’agit de la tombe de Peucestas, Somatophylaque d’Alexandre le Grand et le satrape de Perside de 325 à 332 av. J.-C. Il lui avait sauvé même la vie en 326, durant de l'assaut de la capitale du Malva en Inde, attrapant le bouclier d'Achille, ramené depuis le temple d'Athéna à Troie. Peucestas prend part ensuite à la Guerre des diadoques du côté de la régence et d'Eumène de Cardia contre Antigone le Borgne, puis, il rentre au pays Macédonien pour y finir sa vie.

Sa tombe dont l’architecture renvoie à celle d’autres maisons grecques de Macédoine comme de Délos, elle avait été pillée dès l’Antiquité, sauf que la beauté et les symboles y demeurent disons pour l’éternité. Sur la façade on y découvre quatre représentations peintes, le défunt en tunique courte, Hermès Psychopompe qui l’entraîne vers les Juges de l’Enfer, puis Rhadamanthe et Éaque Juges des Enfers. D’après les Grecs de jadis, les âmes allaient aux Enfers, le royaume des morts, régit par le dieu Hadès. Les défunts devaient recevoir les rites funéraires à la hauteur, et seulement ensuite, leurs âmes étaient emmenées devant le tribunal des morts.

Terre de Macédoine. Grèce, novembre 2018

Hermès des âmes. Tombe supposée de Peucestas, Macédoine, novembre 2018

Automne grec. Macédoine, novembre 2018

Devant cette instance, les défunts sont seuls face aux trois juges des Enfers et ne peuvent donc pas recevoir d’aide. En cas de désaccord, Minos tranche et sa décision est irrévocable. Il ne peut y avoir que deux issues, pour le défunt, les Champs Élysées si son âme est pure, ou, dans le cas contraire le Tartare. Minos, troisième Juge des Enfers ne figure pas sur cette tombe et ce n’est pas sans signification. D’après les archéologues, entre Rhadamanthe, Juge des âmes issues d’Asie et Éaque Juge des âmes venues d’Europe, la présence de Minos, le Juge final lors des arbitrages difficiles n’était pas nécessaire, Peucestas ne pouvait être destiné qu’à rejoindre les Champs Élysées.

Jugements des Anciens, jugements de toujours. L’imbroglio des modernes accomplira son miracle... alors permanant. Athènes sous pluie, elle pratique la soi-disant commémoration du 17 Novembre 1973 sous la pluie, histoire de célébrer la mémoire de ceux qui sont morts sous l’autre dictature, celle des Colonels lors de la révolte des étudiants d’en bas et de l’École Polytechnique, tandis que d’en haut, les services secrets grecs et la CIA “travaillaient” de leur côté pour que la révolte puisse d’abord servir à destituer le dictateur Papadópoulos au profit du dictateur Ioannídis. Ioannídis, plus aveuglement ancré du côté de la CIA et donc arrivé au pouvoir, et ainsi Kissinger a pu avancer ses plans. Ainsi, à la suite au Putsch du pantin Ioannídis à Chypre l’armée de la Turquie occupe depuis l’été 1974 plus d’un tiers du territoire de la République de Chypre, imbroglio on va dire des modernes.

En ce 17 novembre 2018, lors des cortèges un peu partout en Grèce et surtout à Athènes et à Thessalonique, les élus SYRIZA ont été agressés par d’autres participants, parfois violement, une certaine foule a déversé sur les ministres et cadres Syrizístes, bouteilles d’eau, œufs, et même cafés, presse grecque du 17 novembre. Le quartier anomique et souillé d’Athènes, celui d’Exárchia connaîtra les flammes et les cocktails Molotov comme de coutume depuis près de trente ans, presse grecque du 17 novembre. Pour le pays réel comme pour la grande majorité des Grecs, les commémorations de la sorte et du 17 novembre n’ont plus lieu d’être. Insignifiances, après huit années sous la Troïka. Espérons que l’Italie évitera le destin grec.

Mais à l’époque, Yórgos Seféris, notre grand poète et diplomate, avant de disparaître physiquement en 1971, dans une déclaration dénonçant le régime des Colonels il avait autant exprimé toute son inquiétude devant le danger lequel pesait alors sur le sort de la Grèce. Séféris, le poète du Prix Nobel, dont les deux derniers volumes de son Journal personnel sont enfin publiés et deviennent disponibles en librairie cette semaine, voilà pour de la vraie bonne nouvelle, pratiquement ignorée des médias. Jugements des Anciens, jugements de toujours, notre seul et ultime pays diront alors certains.

Yórgos Séféris, poète et diplomate, 1900-1971. (Photo, source Internet)

Évolution... SYRIZA. Quotidien ‘Kathimeriní’, novembre 2018

Photo... de famille Tsípras et Lagarde. Paris, le 11 novembre 2018 (photo, presse grecque)

Pendant ce temps, à Athènes presque sous pluie et pendant la soi-disant commémoration du 17 Novembre 1973, le pantin Tsípras fait face au refus de la réunion des Métropolites (Évêques) du vendredi 16 novembre. Les Métropolites ont désavoué le chef de l’Église grecque Ierónymos, le débat a été houleux d’après la presse, les ecclésiastes n’acceptent pas la modification du statut des popes et voilà que Tsípras, au lieu de se ranger derrière les évidences (et la Constitution), il fait savoir qu’il avancerait seul dans sa décision, donc sans accord, (presse grecque de la semaine).

Preuve s’il en faut, que Tsípras exécute un contrat imposé par les mondialisateurs auquel il adhère, en destructeur et diviseur conscient de son pays. Les Grecs en ragent, dans les cafés du pays réel, j’entends les gens espérer... “Prendre le Parlement par les armes et ainsi pendre les traîtres”. Jugement dernier ?

Délitement en cette arrière saison, la presse d’ailleurs en rend compte à travers ses dessins, pendant que les photos publiées et issues de la dernière fiesta parisienne dans lesquelles on y découvre Tsípras, sa compagne, ainsi que Christine Lagarde... dans toute leur... joie de vivre, irritent encore et davantage les Grecs, et c’est le moins que l’on puisse dire.

Le pays réel détourne son regard, le pays réel se délite, le pays réel c’est autant tous ces Grecs ayant quitté les beautés d’ici pour le travail presque mal payé en métropole, c’est-à-dire en Allemagne. “Mes enfants ont tout quitté pour l’Allemagne, mon fils ainé est conducteur d’engins, il a été licencié et ensuite, lorsqu’il a retrouvé du travail, le salaire proposé est 650€ par mois au lieu de 1.450€ avant. Comment vivre alors, comment élever ses enfants ? Mes enfants ont donc quitté notre belle région de Macédoine pour Stuttgart”, nous racontait un habitant de Thessalonique en ce début novembre.

Voilier en baie d'Épidaure. Novembre 2018

Voiliers ayant coulé dans le port. Épidaure, novembre 2018

Voiliers ayant coulé dans le port. Épidaure, novembre 2018

Touristes sous l'Acropole, novembre 2018

Beau et vieux pays. Nos touristes de l’arrière saison s’extasiant sous l’Acropole, les derniers voiliers loués ont fini par gagner leurs ports d’attache alors que les quatre voiliers que l’ouragan méditerranéen nommé Zorbás avait fait couler il y a un mois dans le port d’Épidaure, ils ont été renfloués et leur réparation est en cours. La vie se poursuit et la saison 2019 apparaît comme prometteuse aux yeux des professionnels du secteur.

En attendant mieux, les autorités très autorisées organisent comme chaque année le Marathón d’Athènes, dit “l’authentique”. Des spectacles, parfois sans pain, entre événements sportifs, journées spéciales et autres anniversaires du temps qui passe. Entre Marathón et Athènes, la course célèbre a donc eu lieu il y a quelques jours. Les coureurs pourtant, ils ont été même... accompagnés par nos brebis, croisées sur leur chemin. Tout n’est donc pas perdu ! La Grèce serait le pays... de la dernière vitalité, citoyens et alors brebis... même combat !

Marathon... authentique. En Attique, novembre 2018 (photo, Internet grec)

Cependant sur leur passage, nos coureurs ont également rencontré les habitants de la localité de Mati, ceux que l’incendie et surtout le cynisme et l’incompétence des autorités ont ainsi durement frappé en juillet dernier. Plus de cent morts, ce que la catastrophe en cours en Californie ne fait que raviver, pour ce qui est déjà du pénible souvenir. Sans parler de l’actualité. La presse de la semaine révèle par exemple que les indemnisations, d’ailleurs bien dérisoires, n’ont pas été versées aux familles des victimes... pour cause d’incompétence et de bureaucratie. Marathon... l’authentique.

Sur place à Mati, l’atmosphère reste lourde, la toxicité ainsi que l’odeur des matières brûlées sont perceptibles, près de quatre mois après le drame. Entre la forêt, les habitations, les restaurants, les cafétérias et les infrastructures anéanties, c’est toujours et encore la désolation, même si la vie va sans doute reprendre, les promoteurs rapaces le savent d’ailleurs mieux que les autres, car ils se proposent d’acquérir les biens anéantis en “payant rapidement et comptant”.

Mati en Attique, novembre 2018

Mati en Attique, novembre 2018

Mati en Attique, novembre 2018

Mati en Attique, carcasse d'une machine à café. Novembre 2018

Ruines et vestiges anciens, ruines autant actuelles. Premier coup de froid de l’automne au pays de Zeus, sous le Mont Olympe tout comme à Athènes, on se chauffe souvent au bois. Au même moment de nombreuses réunions informelles se tiennent partout entre notables et élus locaux, très locaux, en vue des élections municipales et locales fixées pour le mois de mai 2019. La petite caste des élus fait ainsi feu de tout bois.

Parfois, ces réunions informelles se tiennent dans les tavernes et en semaine, ou aux bars des hôtels, forcément pour touristes car si possible à l’écart du centre-ville. “Nous avons mangé notre pain blanc. Seulement, c’était si bien. Durant près de trente ans, nous avons connu la belle vie ainsi que l’argent facile lequel dégoulinait de partout... Quelle époque ! C’est terminé tout cela et le pays a coulé. Bruxelles et les Allemands ont-ils laissé faire pour que les gouvernants puissent nous distribuer les miettes durant un moment. Les distribuer à nous, comme autant à nos administrés, il faut le reconnaître.”

“Et voilà que maintenant les étrangers sont les maîtres et les propriétaires du pays. Bon... passons, évoquons ce que nous allons faire et surtout, qui enfin parmi nous se présentera aux élections. Les gens nous connaissent, et ils n’ont pas obligatoirement gardé un si mauvais souvenir de nous... Mais alors, que pouvons-nous offrir à nos citoyens pour les aider... à rester debout, la pauvreté croît davantage chaque jour et certains ont même faim parfois, nos campagnes se vident, les habitants partent en Allemagne.” Paroles entre élus locaux dans un restaurant du Nord de la Grèce, tous anciens du PASOK, ruines et vestiges anciens, ruines autant actuelles.

Pendant ce temps, le pays insolite se réveille et s’étire plutôt péniblement, de même que nos animaux adespotes. Bêtes qui veillent pourtant à leur manière sur la mémoire des vestiges de l’Antiquité surtout tardive, comme à Corinthe, devant le bêma où Saint Paul s’était exprimé vers l’an 50 de notre chronologie. Antiquité résolument tardive, stèles funéraires, la mémoire en fragments mais qui insiste, y compris celle de Moulíon, le chien d’il y a plus de vingt siècles.

Le pays... se réveille parfois difficilement. Péloponnèse, novembre 2018

Devant le bêma de Saint Paul. Corinthe, novembre 2018

Stèle funéraire, Macédoine grecque, novembre 2018

Mémoire de Moulíon, le chien antique. Macédoine, novembre 2018

Aux Monastères des Météores les moines offrent parfois les restes de leurs pâtes aux matous du coin. “Ces animaux utiles, ils nous sont ainsi donnés de Dieu”, voilà pour les explications. C’est Byzance et c’est l’Orthodoxie !

Antiquité tardive, “romanité”, architecture paléochrétienne et caractère gréco-oriental favorisant ainsi l'émergence de l'Empire byzantin. Orient ancien comme Orient chrétien, notre monde n’est pas tout à fait nouveau, sauf que nous avons tendance à l’oublier.

Scènes figurées de la chambre funéraire, comme pour cette tombe du Jugement dernier, du début du IIIe s. av. J.-C. mais presque alors de notre temps. Scènes aussi mythiques ou héroïques, comme pour le magnifique cratère de Dervéni, découvert en 1962 dans la tombe à ciste nommée B dans la nécropole homonyme, correspondant probablement à l'ancienne Lété, non loin de Thessalonique, conservé au musée archéologique de Thessalonique.

Repas aux Météores. Thessalie, novembre 2018

Nous les admirerons parfois autant que les élèves toutes ces pièces des musées, si possible contemplatifs, laissant derrière nous les insignifiances des marionnettes qui nous “gouvernent”. Sauf que ces insignifiances sont cependant mortelles.

Les élus locaux, toujours imperturbables, ils préparent leurs campagnes électorales au pays où les communes ont été regroupées de force durant les premiers mois de l’Occupation Troïkanne, avec, à la clé, la disparition des départements au profit des seules Régions. Avant la première reforme datant de 1997, le pays comptait près de 5.900 petites et grandes communes et seulement 1033, avant la réforme de 2010. Depuis, le dit prétendu pouvoir local s’exerce à travers 325 hyper-communes dont les maires traitent, et en réalité ils sont... traités directement par Bruxelles et par Berlin.

Romanité. Musée de Corinthe, Péloponnèse, novembre 2018

Romanité et les traces de Saint Paul, Macédoine, novembre 2018

Le cratère de Dervéni. Musée archéologique de Thessalonique, novembre 2018

Les campagnes ainsi assassinées n’auront même plus leur mot de la fin. Antiquité actuelle très tardive mais sans épigraphes, reformes prétendument administratives. Européisme en somme, favorisant l'émergence de l'Empire techno féodal.

Ruines et vestiges anciens. Premier coup de froid de l’automne au pays de Zeus sous les feuilles de l’arrière-saison, et le blog qui passera alors l’hiver. Jugement dernier.

Animal adespote. Athènes, novembre 2018


* Photo de couverture: Ville antique grecque et romaine. Macédoine, Grèce, novembre 2018