samedi 27 octobre 2018

Délitement



Vendredi 26 octobre. Dès le matin les cloches des églises ont sonné la Saint Dimitri. C’est vrai que les marionnettes des mondialisateurs à la Tsípras, ne les ont pas encore interdites, comme c’est aussi dans l’air du temps. En attendant, au pays si secoué les séismes ne manquent pas. Une secousse de magnitude 6,4 a été enregistrée ce même vendredi sur l’île de Zákynthos, d’après les médias les dégâts ne sont que matériels. Mer belle aux îles secoués, souvenirs et incarnations, pour à peine paraphraser Claude Debussy. Oui, comme il est bien loin le siècle dernier, et en quelque sorte ultime.

Garde Evzone. Athènes, octobre 2018

Les politiciens du jour, de la semaine comme tu temps acosmique qui est surtout le leur, s’entredéchirent au sujet des déclarations de la semaine dernière sur les magouilles du spéculateur Sóros en Grèce et plus généralement dans les Balkans. Entre Kamménos à la Défense puis Kotziás, le démissionnaire des Affaires Étrangères et pour tout dire, étranges, c’est la guerre des mots, confirmations, démentis, allégations, et apostrophes. Toute la presse évoque Sóros cette semaine, les sujets... grecs tombent, autant que les tabous !

Pays secoué, pays embourbé. Devant cette morgue de la Démocratie dénommée encore “Parlement” pour les besoins théâtraux du totalitarisme techno-féodal en gestation, on discerne parfois et heureusement, un peu de cette autre présence de l’existence et de la vie, digne gardienne du sens des mots comme des choses. Après, il y a notre vieille Garde Evzone, celle que les touristes photographient d’ailleurs depuis même la préhistoire du Tourisme en Grèce. “Ma guarda e passa”, à la manière du célèbre vers de la Divine Comédie de Dante. Au pays secoué, les clichés ne manqueront pas comme devant certaines petites enseignes on peut alors lire ce message “Jamais le dimanche”, en signe de résistance aux dictas amplifiés depuis la Troïka, imposant entre autres mesures d’occupation, l’ouverture des commerces le dimanche. Nos visiteurs ne lisent pas vraiment le grec.

Toujours près du “Parlement”, et bien au-delà de l’existence exoplanétaire des politiciens, les instantanés habituels sont toujours là à l’image des sans-abris nouveaux, c’est-à-dire depuis la dite crise, huit ans déjà et très exactement en cet octobre 2018 sept années de blog Greek Crisis. Une période apocalyptique pour le pays, bientôt plus longue que le temps de la Deuxième Guerre mondiale et la guerre civile alors réunies entre 1940 et 1949. En 1949, la Grèce était en piteux état, elle avait perdu environ 8 % de ses et les destructions furent importantes.

Tombe du Soldat Inconnu devant le 'Parlement’. Athènes, octobre 2018

On dénombrait alors plus d’un million de sans-abris, la majeure partie de la flotte marchande était détruite, les infrastructures réduites à néant, tout comme les capacités agricoles et industrielles. Pays sans cesse secoué. En dépits des apparences, la situation grecque est bien pire actuellement, car l’implosion en interne, les menaces extérieures, le remplacement partiel de la population, la fuite des dernières forces vives et surtout la politique de destruction du pays et de la culture si cyniquement affichée de la part des politiciens SYRIZA en tête, n’a pas de précédent on dirait.

“Notre pays est un Protectorat, Sóros en toute illégalité, finance et contrôle les cliques des politiciens, des universitaires, des artistes déconstructeurs de notre pays, et autant, les auteurs des nouveaux manuels scolaires d’histoire pour que toute idée de la nation et de la culture grecques soient ainsi gommées, sans parler de la Constitution qui est sans cesse violée, y compris lorsque les nouveaux manuels scolaires s’opposent ouvertement aux buts fixés à l’école grecque par la Constitution. Voilà où nous en sommes,” comme le remarque alors Státhis, journaliste et dessinateur de presse et de la trop vielle gauche cette semaine, dans “To Pontíki”.

Jamais le dimanche. Athènes, octobre 2018

Sans-abri. Athènes, octobre 2018

Kolokotronis, héros national de la Révolution grecque. Athènes, octobre 2018

Siècles d’avant comme surtout siècle d’après, comme devant la statue Theódoros Kolokotrónis (1770-1843), Général et homme d'État, héros de la Guerre d'indépendance grecque (1821), surnommé le “Vieux de Morée”. Notons qu’après l'indépendance, ses choix politiques et notamment son soutien du Gouverneur Kapodístrias puis du parti russe, lui valurent dans un premier temps la rivalité des Bavarois autour du roi Othon. Et qui se souvient même de Lázaros Sóchos, sculpteur de l’œuvre, élève à École des Arts Décoratifs et ensuite à École des Beaux Arts à Paris. D’ailleurs, son Kolokotronis il avait été conçu à Paris, avant d’être installé devant le bâtiment dit aujourd’hui Vieux Parlement.

Et comme à l’époque s’y trouvèrent alors juste en face les écuries du Roi, ce n’est pas sans parfois se tromper que les Athéniens d’il y a un siècle, aimaient se raconter que le Vieux de Morée montrait ainsi la place qui devait être réservée aux politiciens... pays ainsi très historiquement secoué !

Pourtant en 2018, l’oubli n’est pas encore généralisé en dépit des efforts méta modernes des ministres de la dite Éducation, dont bien naturellement ceux de SYRIZA. Cette semaine, nos touristes ont ainsi assisté sans le savoir à une messe en commémoration des combattants grecs morts lors des combats très macédoniens il y a un siècle, d’où aussi cette volonté toujours exprimée massivement pas les Grecs que de ne pas voir les frontières de leur pays se déplacer au moment où certaines Puissances instrumentalisent l’irrédentisme et le nationalisme des voisins Macédoniens Slaves, voilà ce qui n’est pas tout à fait perçu à travers ce que les médias très internationaux et surtout pas balkaniques et qui n’apparait pas au gré des analyses.

Et même bien près des églises, toujours cette allusion renforcée et singulièrement dystopique des graffitis, comme de tant d’autres devises de notre siècle. “Ce n’est plus notre monde, je vais mourir ici, entouré de mon troupeau”, m’avait dit il y a pas si longtemps un berger, dans les campagnes non loin de la ville de Tríkala. Toujours et encore, cette autre présence de la vie, digne gardienne du sens des mots et des choses, Thessalie alors profonde.

Messe à la mémoire des combattants en Macédoine. Athènes, octobre 2018

Dystopie exprimée. Athènes, octobre 2018

Bergerie en Thessalie. Octobre 2018

Tríkala, ville en Thessalie. Octobre 2018

Et au pays encore réel, on arbore alors très volontiers le drapeau national, comme un peu partout entre les balcons et les façades des immeubles, ceci, à l’approche de la fête nationale du 28 octobre. Les Grecs commémorent le NON du Général Metaxás et du peuple grec devant l’ultimatum adressé par le régime et l’armée de Mussolini le 28 octobre 1940, ce n’est pas d’un sentiment anti-italien qu’il s’agit, mais d’un souvenir de volonté de résistance lorsque les circonstances l’imposent.

Un sentiment d’ailleurs que les SYRIZISTES comme autant les tenants de l’européisme germano-compatible veulent ouvertement effacer en supprimant dans le futur cette fête nationale. C’est autant dans l’air du temps, sauf que pour l’instant en tout cas, ces excitations de la part des marionnettes politiques et des historiens compatibles Sóros œuvrant pour l’effacement de la mémoire historique des Grecs, ne peuvent que renfoncer ce sentiment général de dégout et de rejet aux yeux des Grecs. Pays certes secoué, mais qui n’a pas encore perdu toute sa mémoire historique ni son même parfois sens de la musique populaire.

Sauf que les criminels de SYRIZA au gouvernement des marionnettes suivent un agenda géopolitique précis imposé depuis l’étranger, et que le processus alors s’accélère. Fait autant inhabituel, comme le remarque aussi mon ami Olivier Delorme, “en quittant le ministère des Affaires étrangères, Kotziás annonce une décision extrêmement grave: celle d'étendre les eaux territoriales de 6 à 12 milles, en application de la Convention de Montego Bay sur le droit de la mer de 1982, entraînant des droits d'exploitation économique exclusive... sauf dans la moitié orientale de l'Égée. Or, jusqu'ici, les gouvernements grecs n'avaient pas procédé à cette extension dans la mesure où la Grande Assemblée nationale turque a donné, le 9 juin 1995, une autorisation permanente au gouvernement de déclarer la guerre à la Grèce si celle-ci procède à cette extension.”

Vassílis Tsitsánis du chat Rebétiko en soldat. Musée Tsitsánis, Tríkala, octobre 2018

Le sens de la musique. Musée Tsitsánis, Tríkala, octobre 2018

L'autre... sens de la musique. Athènes, octobre 2018

“Cette décision apparaît en réalité, si elle se confirme, absolument catastrophique ! Elle entérine en effet sur deux points essentiels la thèse turque - et ceci sans aucune négociation ni contrepartie. En procédant ainsi, le gouvernement Tsípras reconnaîtrait, de facto, que la Turquie a des droits spéciaux sur toute la moitié orientale de l'Égée, puisqu'elle étendrait ses eaux territoriales en application du droit international, sauf dans cette zone.”

“En outre, si cette politique est mise en œuvre, nul doute que SSYRIZA va perdre des voix - et pas qu'un peu - dans les îles orientales qui ne peuvent, aujourd'hui, que se sentir lâchées par ce gouvernement dont on commence à se demander à quelle capitulation il n'a pas déjà souscrit. Je serais à la place des Chypriotes, je commencerais à me faire sérieusement du souci !”, Olivier Delorme sur son blog.

Oui, je le confirme si ce n’est que par intuition et par le déroulement des faits déjà observables, SYRIZA et ANEL (le parti du fanfaron Kamménos) auraient signé un nombre alors inconnu d’accords non dévoilés, ce qui d’ailleurs participe à la reculade grecque qui ne se résume pas qu’à son volet prétendument économique et financier vis-à-vis des dits créancier et de l’UE. Non, non et encore non, c’est un agenda géopolitique visant même à l’effacement, culturel, démographique, voire existentiel de la Grèce contemporaine, les Grecs le savent désormais car c’est alors bien palpable dans l’air du temps, même si sur cette dernière affaire des eaux territoriales passant de 6 à 12 milles, Tsípras a reculé, précisant que ce n’est pas par décret mais une fois n’est pas coutume... au “Parlement” que cette décisions sera discutée, au risque de ne pas être entérinée comme on sait.

On observe tout cela d’en bas et du pays réel sans pouvoir trop réagir... “Que faire sinon, pendre ces politiciens traîtres, mais alors comment ?”, entend-on ici ou là. En attendant, on se baignera une ultime dois dans la saison dans les ports antiques, comme par exemple dans celui des Kehrées près de Corinthe, comme on reviendra de la pêche au large du Péloponnèse, région que nos touristes considèrent toujours comme uniquement mythique. Accessoirement, on est invité à apprendre la langue chinoise... par les temps géopolitiques qui courent, c’est peut-être aussi de cela notre nouveau siècle sera fait.

Baignade à Kehrees. Octobre 2018

Après la pêche. Péloponnèse, octobre 2018

Cours de langue chinoise. Athènes, octobre 2018

Vendredi 26 octobre. Dès le matin les cloches des églises ont sonné la Saint Dimitri, pendant que les marionnettes des mondialisateurs à la Tsípras ne les interdisent pas, comme c’est autant dans l’air du temps. Pays et paysages. Au pays secoué, le soleil se couche toujours derrière Épidaure.

Le soleil se couche derrière Épidaure. Octobre 2018


Saint Dimitri et fête nationale. Pays fragile, mer belle aux îles secoués, souvenirs, et surtout incarnations !

Surtout incarnations. Athènes, octobre 2018


* Photo de couverture: L'autre vie devant le Parlement. Athènes, octobre 2018