dimanche 8 avril 2018

Lumière



Les Grecs ont ainsi célébré la Résurrection. Celle du Chris. Églises du pays où les popes ont amené la lumière de la vie à ceux qui s’y sont rendus bien nombreux, cierge après cierge, bougie après bougie. Dimanche de Pâques tôt dans le café du petit coin les plus vieux boivent déjà leur premier café. “Voilà que Pâques c'est déjà passé. Qu'attendons-nous d'autre ? L'été, et rien de plus”. Samedi Saint sous la pluie, Vendredi Saint déjà derrière nous, la procession de l’Épitaphe, “le drame divin”, d’après le jargon qui s’impose.

La pluie du Samedi Saint. Péloponnèse, avril 2018

“Nous voulons la Paix, nous œuvrons pour la Paix, nous prions pour les malades, pour les prisonniers, pour nos marins, pour notre armée Philochriste. L’espoir c’est que la Lumière a ainsi vaincu les ténèbres, pour nous, tout comme pour les Univers qui nous entourent”. Homélie actuelle devant ces visages plutôt graves par les circonstances de la Grèce actuelle. Belles séquences pourtant, “de la vie, il faut prendre ce qui arrive... avant notre départ” insiste Fánis depuis son café.

Les habitués, Pâques ou pas, ils évoquent volontiers le passé, le leur, au sein de la marine marchande, les ports et les cargaisons de jadis comme de toujours, puis, la... résurrection plus galopante que jamais de la technologie. “Il faut s'adapter. Mes fils qui sont actuellement officiers dans la marine marchande, sont autant informaticiens que marins. Il faut s’adapter ou sinon mourir”.

Entre anciens marins et retraités, on évoque alors pêle-mêle, le passé, le présent, la pêche forcément petite, Pâques des symboles et des préparatifs. Le repas du jour étant l’agneau à la broche ou au four, le vin du pays... la météo au soleil revenu. “Ce n'est pas de ce jour, nous ne parlerons pas des politiciens aujourd'hui, ils ne sont pas de notre fête”, le ton est donné.

Épitaphe du Vendredi Saint. Péloponnèse, avril 2018

Petite pluie. Péloponnèse, avril 2018

Les... autre Caryatides. Athènes, avril 2018

Pendant ce temps, à Athènes on admire parfois les... autres Caryatides, ou sinon le Lion du port du Pirée, Porto Leone de son nom latin, il s’agit bien entendu de la copie du lion antique, original... transféré à Venise par bien d’autres temps. Beautés grecs, les fraises à 4€ le kilo sont sur les marchés, autant que les meilleurs des stéréotypes du pays touristique. C’est ainsi la vie !

Pâques et le pays réel qui se réveille sous le plus beau soleil, celui de la météo. Comparé à l’année dernière, certaines tavernes n’ont pas proposé les plats traditionnels de l’après la messe de minuit et de la Résurrection, signe tangibles d’une économie qui ne ressuscite pas malgré le tourisme. “Je vendais près de deux cent souvlakis par jour hors saison car les habitants en consommaient, plus maintenant. Je crois que pour l'hiver prochain je fermerai l'établissement jusqu'à l'arrivée des touristes”, explique alors un restaurateur du coin.

“Bravo Fánis, tu nous faits écouter nos chants traditionnels car c'est la journée qui le veut, nous, nous sommes de la tradition”, remarquent à très haute voix les habitués du bistrot. “Vivons le moment venu, il ne reviendra plus !” Loin d’Athènes, loin des cartes-postales qui sont les siennes, parfois insolites, lorsque par exemple on y découvre dans ses rues, cette... autre voiture, issue de l’ancienne RDA. Toute une historicité !

Athènes des cartes-postales. Avril 2018

Athènes des circonstances. Avril 2018

Voiture de la RDA. Athènes, avril 2018

Les fraises du moment. Athènes, avril 2018

Face à la dystopie ambiante, Pâques et sa Lumière ferait même figure presque d’anachronisme, sauf que le peuple s’y accroche et ce n’est pas que par tradition, au demeurant largement vidée de son sens mais pas complètement. C’est alors ainsi que le miracle des homélies est ressenti comme une forme d’espoir bien humain qu’il ne faudrait pas perdre quoi qu’il arrive.

Espoir alors, comme pour ces jeunes qui s’accrochent à leurs cordes entre les deux rives du gouffre du Chaos de son vrai nom en Attique: “Nous convertissons notre passion en activité car il faut bien vivre. Nous nous accrochons au sens propre et figuré, nous ne voulons pas quitter notre pays comme l'ont déjà fait tant d'autres jeunes... Nous espérons tenir le coup.” Bonne chance et bravo !

Le pays s’accroche comme il peut, chaos ou pas. “Nous demandons si tout cela, si tous nos efforts ont encore un sens ; quoi qu’il arrive, étant donné aussi du contexte géopolitique et la Turquie d’Erdogan qui menace plus que jamais. Mais que faudrait-il faire, arrêter tout et attendre la foudre ? Laissons tomber tout cela car c’est Pâques, regardez, Nikos le boucher, a pris plus de seize commandes pour faire cuire à la broche agneaux et chèvres, voilà l’essentiel en ce dimanche !”

Devant le gouffre du Chaos. En Attique, avril 2018

Devant le Lion du Pirée. Avril 2018

Athènes des fermetures. Avril 2018

Les Grecs ont ainsi célébré la Résurrection, c’est-à-dire celle du Chris, ou plutôt celle de l’espoir nécessaire. La lumière de la vie, cierge après cierge, bougie après bougie.

“Les légendes naissent à la campagne, c’est pourquoi les gouvernements nourrissent la campagne de légendes. Qu’elles soient anciennes ou contemporaines, les légendes sont toujours vivantes, elles surgissent à toute occasion pour nous rappeler les idéaux du peuple, les valeurs traditionnelles ou plus actuelles, pour nous maintenir débout, éveillés face à la torpeur de la prospérité (...)”, écrivait Aléxandros Zoukas (écrivain de la Thessalie, 1956-2011), mais c’était avant la fin de la supposée prospérité pour tous (Revue littéraire Desmós, No 35-36, Paris, 2011). Oui, à Paris également, où une certaine Grèce de la culture comme des réalités y subsiste, à la manière également de l’émission sur la radio arménienne chaque dernier dimanche du mois.

Pâques au pays ou ailleurs, la pluie finira par s’en aller, histoire de sortir de sa cachette comme pour nos animaux adespotes attitrés. Donc lumière !

Sortir de sa cachette. Péloponnèse, avril 2018

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Samedi Saint sous la pluie, Vendredi Saint déjà derrière nous, Dimanche alors, lumière, soleil et Résurrection.

Salutation pascale, grande coutume des chrétiens orthodoxes. Pendant la période pascale, depuis la nuit de Pâques jusqu'à la veille de l'Ascension, à la place des salutations habituelles: “Le Christ est ressuscité !”, et la réponse c’est: “En vérité, Il est ressuscité !”.

On y tient... sous le regard dubitatif de notre Mimi de Greek Crisis. C’est la fête !

Mimi de Greek Crisis. Athènes, avril 2018




* Photo de couverture: Lumière. Messe de minuit et de la résurrection. Péloponnèse, avril 2018

2 commentaires

Youpla a dit…

Bonjour,

Tout d'abord merci pour votre travail d'information sur ce qui est votre quotidien et notre futur.
Merci aussi pour votre maîtrise de la langue française qui ravit les yeux et l'esprit.
Un lien vers un petit dessin sur twitter pour illustrer ce que vous vivez.
https://twitter.com/TribTriboulet/status/983395341398695937/photo/1?ref_src=twsrc%5Etfw&ref_url=http%3A%2F%2Fwww.jovanovic.com%2Fblog.htm
N'étant pas le roi de l'informatique, j'espère que vous tomberez sur la bonne image (relative au référendum "à la grecque" mais aussi à la française)à la fois hilarante et désespérante.
Encore merci à vous.

Nico a dit…

Cela m'a rappelé 2010...20 10 = 30 le code appel indicatif de la Grèce de division 1/2 et surtout le signe des 12 comme les apôtres sans le 0 0 du 13ème christique donc lu en sens inverse pour un des mystère d'une ancienne école grecque passé dans la récupération dogmatique théologique chrétienne et donc ce n'est sûrement pas un hasard si ce fut une année de passage au grill de vilain mouton noir de la crise de la dette (dette = sens moral péché collectif)

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