samedi 31 mars 2018

Pays rêvé



Le mois de mars se termine paraît-il... dans une certaine légèreté. Les Grecs préparent Pâques, la plus grande fête de l’Orthodoxie, fixée cette année une semaine après Pâques des Catholiques. Il y a une semaine, à l’occasion de sa fête nationale du 25 mars, le pays fatigué a célébré la Révolution de 1821 contre l’Empire ottoman, aboutissant comme on sait à la création de l’état grec moderne. “Brandissons tous notre drapeau sur nos balcons, preuve -s'il en faut- de notre résistance face aux gouvernants Tsipras-Quisling lesquels de toute évidence... haïssent notre patrie”, pourrait-on se raconter en boucle depuis certaines émissions radios, à l’instar de 90.1 FM. Signes des temps qui sont autant les nôtres.

Drapeau grec et celui de l'Église Orthodoxe. Athènes, mars 2018

Dans une galerie marchande au centre-ville de la capitale aux échoppes en faillite, le drapeau national, ainsi que celui de l'Église Orthodoxe ont été fièrement arborés, tandis qu’à travers toute la Grèce, les écoliers et les écolières ont défilé, souvent habillés en costume national, celui de l’Evzone, qui est également celui de la Garde républicaine.

Les monuments dédiés aux héros du pays du temps de sa Révolution de 1821 ont été honorés, les différents drapeaux de l’Église Orthodoxe ont été également à l’honneur comme il se le doit depuis le 19ème siècle. Parallèlement, c’est également à travers une certaine histoire déjà revisitée sur les étals des bouquinistes, que le génocide des grecs du Pont en Mer Noire, perpétuée il y a près d’un siècle par la Turquie ottomane et kémaliste, est à son tour remémoré.

Au même moment, et ce n’est pas un hasard, actuellement en Turquie, les épigones islamistes... des Kémalistes en bonne entente avec les “Loups Gris” de l’extrême-droite nationaliste, au pouvoir à Ankara, multiplient alors actes et déclarations belliqueuses, revendiquant ouvertement la moitié de la mer Égée et des îles grecques, et ce n’est d’ailleurs que la partie perceptible du puzzle géopolitique qui s’y joue actuellement. La longue faille géopolitique s’étend en réalité de l’Ukraine et jusqu’en Syrie, en passant par l’espace maritime Égéen et autant par Chypre.

Dans la foulé, le pouvoir Erdogan, après avoir vraisemblablement organisé le rapt des deux militaires grecs sur la frontière, lesquels sont à l’heure actuelle ses otages depuis déjà un mois, il déclare très officiellement que les deux hommes devraient être à terme échangés contre les huit militaires turcs en état d’arrestation en Grèce, et, ayant demandé l’asile politique depuis l’été 2016. Il faut noter que ce dernier épisode gréco-turc, autant que son contexte, finissent par ne plus être ignorés de la presse internationale du moment.

Héros du 19ème siècle honorés. Athènes, mars 2018

Drapeaux grecs et Orthodoxes. Athènes, mars 2018

Défilé des écoliers. Village du Péloponnèse, 25 mars 2018

Le Génocide des Grecs Pontiques. Athènes, mars 2018

Temps ainsi et partiellement nouveaux. Le nouvel ordre mondial, entre autres celui des financieristes, expérimente depuis 2010 en Grèce, une forme de génocide économique, le tout, par un agenda géopolitique précis et dès lors perceptible. Le but, étant d’abord d’expérimenter, comme de tester les résistances populaires, sociales et nationales, et autant d’instrumentaliser les réactions à travers ces clivages politiques qui ne sont plus en réalité, ceux très précisément savamment départagés entre “gauches” et “droites”.

D’un côté les “gauches”, structurellement plus incapables que jamais à trouver une démarche commune... depuis 2010, car autant il faut dire largement acquises à la mondialisation et aux thématiques dénommées sociétales si chères aux financiers tels Soros, lequel d’ailleurs finance comme on sait les siens sur le terrain, et de l’autre côté, les supposés “patriotes” de l’Aube dorée en guise d’épouvantail, d’ailleurs historiquement naziforme pour ne rien manquer de leur affaire.

C’est alors ainsi que huit années de la réaction grecque, elle ont été finalement perdues et sacrifiées, le tout, non sans la complicité -en réalité il s’agit de la haute trahison aux yeux de la majorité de la population grecque- des politiciens comme autant des oligarques du pays, le cas le plus emblématique n’est autre que celui de l’avarie morale et politique que représente alors SYRIZA et son allié de droite, le parti de Kamménos.

Drôle d’époque vraiment en Méditerranée orientale, Athènes grouille alors d’espions et d’agents à peine secrets au service des puissances étrangères et financières (ce qui parfois revient au même), cela se dit, se sent, se détecte ainsi à travers les medias et évidement sur Internet. Déjà, l’escroc politique Alexis Tsipras n’est qu’une marionnette des puissances anglo-saxonnes et de l’Allemagne, piètre personnage politique issu de la pire tératogenèse au sein des partis, en même temps, un homme visiblement, physiquement et psychiquement éreinté, et qui serait déjà en phase d’être remplacée d’ici peu temps, c’est aussi palpable à travers les faits et gestes de la théâtralisation politique des dernies mois.

Débat avec Sávvas Kalenteridis. Athènes, mars 2018

En sortant du théâtre. Athènes, mars 2018

Place de la Constitution. Athènes, mars 2018

Guitare et chanson. Athènes, mars 2018

Drôle d’époque, et finalement, moments passionnants et passionnels, rien que par le nombre ou par la teneur des débats auxquels le public athénien peut assister ici ou là, pratiquement chaque jour de la semaine aux cafés dits littéraires de la ville. Ainsi, lors d’un débat sur thème de la géopolitique actuelle dans les Balkans et du rôle de la Grèce, organisé par les éditions “Infognomon” dirigées par Sávvas Kalenteridis, toujours à Athènes cette semaine, certains échanges ont été vifs entre ceux qui parmi le public considèrent que la Grèce ne peut pas tenir en dehors du pôle occidental, en réalité anglo-saxon et de l’OTAN, et ceux qui, parmi les intervenants avaient émis certaines réserves quant à la participation justement du pays à l’OTAN et à l’UE.

Notons que Sávvas Kalenteridis, est très précisément cet ancien officier de l’Armée grecque et des services de renseignements grecs, ayant été directement impliqué dans l’affaire d’Abdullah Öcalan, lorsqu’en 1999 le chef du PKK (kurde) avait été capturé par les services turcs à Nairobi, et depuis, Öcalan reste incarcéré en Turquie (la version des faits de Nairobi publiquement présentée par la CIA, c’est ici) .

D’autres débats à Athènes le même soir ont été largement plus littéraires, puis, il y a enfin tous ceux qui n’assistent pas aux débats, leur préférant la musique... si possible la leur, l’oisiveté imposée, voire, les pièces de théâtre, lorsque tous ces usages culturels et alors humains s’avèrent encore possibles. De ce point de vue, la vie athénienne subsistante apparaît comme étant suffisamment décousue, tout comme déjà ailleurs en Europe. Raison d’époque.

Le Parlement et... sa grue. Athènes, mars 2018

“La famine sous l'Occupation” (1941-1944). Athènes, mars 2018

Café en faillite. Athènes, mars 2018

Autres débats littéraires. Athènes, mars 2018

Dans la capitale grecque et surtout à travers ses banlieues étendues, l’économie réelle et formelle périt chaque jour davantage. Sauf dans les quartiers très touristiques et/ou aisés de la Riviera d’Athènes, ailleurs, même près des plages, cafés et tavernes ferment définitivement et en masse leurs portes en ce moment, comme à Artémida, commune de l’Attique située en face de l’île d’Eubée, et ceci seulement et à peine trois mois avant l’été.

“Nous ne pouvons plus tenir le coup. Augmentation des taxes locales, imposition, contrôles, charges... nous fermons maintenant bien avant l'été, vous êtes pratiquement les derniers clients, l'établissement ferme définitivement avant ce week-end”, nous explique-t-elle alors sa gérante. Grèce ainsi courbée... Mon ami Aristote qui est du coin est d’ailleurs formel: “Nous ne pouvons même plus trouver un souvlaki dans le coin, alors où va-t-on ?”

Au même moment, les passagers des traversiers arrivant en Grèce depuis l’Italie, admirent comme il se le doit depuis la proue, tous ces paysages initiaux grecs de l’Épire. S’y mêlent, chauffeurs routiers, retraités des pays de l’Eurocentre ayant acquis de l’immobilier du côté du Péloponnèse, puis, ceux de la diaspora hellénique, un bien large petit monde croyant rejoindre de la sorte le pays de ses rêves.

L’Europe faite et alors défaite, les pays et leurs patries, et ainsi toute l’indignation de l’opinion grecque devant les deux événements français de la semaine, à savoir, la mort courageuse et héroïque de l’officier de la Gendarmerie Arnaud Beltrame, puis, le meurtre de Mireille Knoll à Paris, largement présents également dans les colonnes de la presse grecque.

Grèce ainsi courbée. Athènes, mars 2018

Le meurtre de Mireille Knoll. Presse grecque, mars 2018

La mort en héros d’Arnaud Beltrame. Presse grecque, mars 2018

Mois de mars qui se termine dans la douceur de la météo mais aussi sous une certaine grisaille. Les Grecs préparent Pâques la plus grande fête de l’Orthodoxie, une semaine après Pâques des Catholiques... plus la géopolitique des moments.

Autant signes sur les temps qui se font voir chez certains humains et qui ne sont pas forcément dus à une rencontre accidentelle des circonstances. Sauf peut-être pour Hermès de ‘Greek Crisis’ !

Hermès de ‘Greek Crisis’. Athènes, mars 2018




* Photo de couverture: Depuis la proue. Épire, mars 2018

1 commentaire

Denis Monod-Broca a dit…

Europe, que de crimes sont commis en ton nom !...

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