lundi 11 septembre 2017

Emmanuel au pays d'Hermès



Temps de l’hybris. Sur un mur d’Athènes, le dit “Parlement” caricaturé est... aspiré (et inspiré) par un imposant OVNI. C’est là bien une caractéristique imagée des disjonctions actuelles. Les supposées structures de représentation parlementaire acclimatées au totalitarisme des vanités européistes et financieristes ne peuvent alors plus être considérées autrement. Entre-temps, la “fusée” Macron est passée par Athènes, visite officielle et poussière cosmique !

Visite officielle d'Emmanuel Macron à Athènes. Athènes, septembre 2017

D’abord, la frénésie marketing a largement préparé et accompagné cette visite d’Emmanuel Macron à Athènes. Aux yeux des Grecs, à part la... sympathie certaine et au-delà de la causerie impériale européiste du type: “Ce soir je veux que collectivement nous retrouvions la force de refonder notre Europe, en commençant par l'examen critique sans concession de ces dernières années” (le Président français aux côtés du Premier ministre grec Alexis Tsipras sur le Pnyx), l’essentiel dans cette visite tient du dépeçage économique, symbolique et structurel du pays faisant exactement suite à sa vassalisation néocoloniale accélérée et très actuelle.

“La Grèce est ainsi bradée à travers les accords de type colonial imposés par la Troïka et ce n’est pas de la sorte que l’Europe deviendra démocratique”, fait remarquer dans son communiqué commentant la visite Macron, le mouvement de Yanis Varoufákis “DiEM25” .

Ainsi, les 39 hauts représentants des très grandes entreprises françaises qui ont accompagné Emmanuel Macron à Athènes, procèdent non pas dans un cadre de coopération économique avec un minimum d’équité, mais dans celui des accords néocoloniaux imposés à la Grèce par l’Eurogroupe. Je dois rappeler que l’Eurogroupe n’a pas d’existence formellement légale quant au droit international (et européen), c’est un club informel des ministres de zone euro, où c’est d’abord la loi du plus fort qui s’impose à tous les autres, c’est-à-dire la loi de l’Allemagne.

Emanuel Macron sur le Pnyx. Presse grecque du 7 septembre 2017

La... communication Macron à Athènes. Presse grecque du 7 septembre 2017

Les...gouvernants à Athènes accueillent... Emmanuel Macron. Presse grecque, septembre 2017

C’est d’ailleurs pour cette raison que les cinq ordonnances réformant le Code du travail en France ont été présentées le 31 août au Conseil des ministres en présence et avec l’approbation du vice-chancelier allemand, et nous voilà ainsi dans le... nouveau monde du néocolonialisme pluridimensionnel mais oligopolaire.

À chacun son niveau de formatage, et pour ce qui du très bas niveau de formatage de la Grèce, parmi les accompagnateurs d’Emmanuel Macron, la presse a cru remarquer la présence de Jacques Le Pape, ancien directeur adjoint de cabinet de Christine Lagarde à Bercy, nommé depuis 2016 à la tête du dit Fonds grec chargé des privatisations.

En réalité, il s’agit de cette agence fiduciaire imposée à la Grèce par le carcan des colonisateurs européistes et copiée sur le modèle de la Treuhand de nom complet Treuhandanstalt, laquelle était l'organisme de droit ouest-allemand chargée de la privatisation des biens de la République démocratique allemande (RDA) après la réunification du pays.

“Vous pouvez manger autant de la brioche que vous voulez !”, presse grecque, septembre 2017

Tout le monde en Grèce sait que le directoire de cette Agence des Privatisations (autant que la dite Administration Autonome des Recettes Publiques), échappe à tout contrôle étatique (et démocratique, parlementaire) grec. Pour ce qui est de l’agence fiduciaire plus précisément, les décisions sont prises à la majorité des 3/5, entre le directeur Français et les quatre autres membres, un Espagnol et trois Grecs, tous d’ailleurs nommés depuis le grand jardin de l’acclimatation financieriste et européiste.

C’est alors ainsi que dans les cafés grecs on estime qu’en dépit des messages officiels, le but de la visite Macron c’est de participer au dépeçage des biens du pays visité (eau, énergie, transports, télécommunications, renforcement même du contrôle par la mécanique sociale): “La Grèce c'est un cadavre, donc le monde des puissants s'en sert”, analyse... publiquement énoncé dans le café du coin par le retraité Mitsos.

“Vous pouvez manger autant de la brioche que vous voulez !” nous dit ainsi d’après un dessin de la presse grecque Emanuel Macron... déguisé en reine Marie-Antoinette estampillée... Allemagne et apportant aussi le message: “Austérité - Coupes sobres - Chômage” (car la phrase présumée historique sur la brioche avait été attribuée comme on sait à Marie-Antoinette). Temps vraiment nouveaux ?

“Avgí”, quotidien Syriziste et... Macroniste. Septembre 2017

Athènes... accueil. Athènes, septembre 2017

Commerce à vendre, Athènes, septembre 2017

Temps donc de l’hybris. Emmanuel Macron est reparti d’Athènes... comme il était déjà arrivé. Il n’aura pas vu, ni les soupes populaires qui reprennent dans la foulée du temps automnal qui s’annonce, ni les messages désespérés marqués au feutre par ceux de la dite “génération 400€”, autrement-dit, ces jeunes qui ne gagneront au mieux que 400€ par mois pour un travail qualifié et à temps plein.

Des histoires finalement... à Hérodote à se raconter alors sans fin, comme celle des sans-abri face à la mer profitant de l’énergie solaire, voilà une idée ayant peut-être échappé aux... investisseurs si bien accomplis au sein du cabinet Lagarde.

Le Vélos remorqué. Le Pirée, septembre 2017

Les voyageurs autres qu’Emmanuel Macron et les touristes sont déjà moins nombreux au Pirée, puis, le vieux Vélos (visitable, depuis 2002, comme navire musée à Fáliro) a été aperçu récemment près du grand port, remorqué jusqu’aux chantiers proches pour que les travaux d’entretien puissent être effectués. Au Pirée, les passants se sont même un long moment arrêtés pour l’admirer, comme parfois pour s’en souvenir.

Car son histoire n’est pas encore tout à fait oubliée, l’USS Charrette (DD-581), destroyer de classe Fletcher de la marine américaine, ayant pris le nom de HNS Velos (D-16) en 1959 dans la marine grecque se fait remarquer le 25 mai 1973 en refusant de rejoindre la Grèce, pour protester contre la Dictature des colonels et ainsi resté durant un bref moment en Italie, lorsqu’il participait à des exercices de l’OTAN.

Soupe populaire. Athènes, septembre 2017

Génération 400€. Athènes, septembre 2017

Sans-abri et énergie solaire. Athènes-Sud, septembre 2017

Au Pirée. Septembre 2017

Temps flottant. À Athènes... sous l’Acropole, le vieux bâti est souvent acheté et rénové par des investisseurs suffisamment internationaux, c’est déjà prouvé et acquis, les vieilles colonnes ont toujours la cote.

Sur d’autres murs d’Athènes et des environs, les... aspirations du temps éphémères (et vulgaires) se mesureront ainsi à “l'argent... aimé” ou encore à “Schäuble con”. Temps de l’hybris, automne en vue. Cynisme ainsi ambiant... supposé réaliste ; dans l’air du temps toujours, le vieux journaliste et chroniqueur radio Yórgos Trangas (Radio 90,1 FM, le 8 septembre, zone matinale), donne son point de vue sur l’actualité de la visite d’Emmanuel Macron à Athènes: “Puisque la Grèce est devenue une colonie européiste, vaut mieux qu'elle soit contrôlée par la France, plutôt que par l'Allemagne”, joli monde !

Bâti rénové, acheté par des étrangers. Athènes, septembre 2017

Mur Athénien. Septembre 2017

Mur au sud d'Athènes. Septembre 2017

Voilà notre temps... entier aux réalités fragmentées ! Les supposées structures de représentation parlementaire acclimatées au totalitarisme des vanités européistes et financieristes ne peuvent certainement plus être considérées autrement.

Visite d’Emmanuel Macron... autrement-dit très sympathique humainement sauf pour ce qui est de son contexte géopolitique, voire français tout simplement. L’hybris donc. “C'est de la souillure que d'avoir prononcé son discours sur le Pnyx, de Périclès et de la Démocratie”, a déclaré à l’occasion Manólis Glézos . Comme l’écrivait déjà Badia Benjelloun (“Un Bonaparte de pacotille”) en mai 2017 :

“Les nouveaux arrivants sur le ‘marché’ du travail continueront à toucher le stabilisateur social du RSA tout en habitant chez leurs parents, à cumuler des stages de formation ou des petits boulots d’intérimaires pour un certain temps. Quelques points d’écarts sur le taux de la dette obligataire, et nous voici transformés en misérables Grecs, contraints de vendre la Tour Eiffel et le Louvre, alors que les aéroports de Toulouse, Lyon et Nice et d’autres biens publics ont déjà été cédés à des firmes privées sous la houlette de Mac(a)ron.”

“Fabius, alors au ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, ambitionnait pour la France un avenir de pays touristique, une industrie de nations pauvres, certes, mais une activité non délocalisable. Mais bientôt les sites, les aéroports, les chaînes hôtelières seront tous aux mains d’entreprises étrangères au profit externalisé employant des travailleurs détachés ou des migrants chassés par les guerres.”

Vielles colonnes. Athènes, septembre 2017

Une certaine classe moyenne se marie... Cap Sounion, septembre 2017

Hérodote chez le bouquiniste. Athènes, septembre 2017

“A ignorer la situation dans laquelle ont été plongés les Hellènes sous la domination du carcan européen, à fonder leurs espoirs sur un bonimenteur qui n’offre d’autre illusion que celle de les faire marcher, les Français concourent à leur malheur et à celle du monde. Il est vrai qu’ils tirent encore avantage à la position de leur pays comme protectorat étasunien capable de conserver quelques terrains de prédation protégés en Afrique, de plus en plus restreints.”

“La classe moyenne, spectatrice et rouage de l’acceptation de cette globalisation qui la précipitera tôt ou tard dans le camp des 99% de ceux d’en bas, témoigne de son insouciante légèreté qui lui fait conjurer cette issue. Elle s’offusque de ce qu’un parti ‘fasciste’ puisse prendre le pouvoir en France. Les conditions de la réalisation d’un fascisme à la mode du 20ième siècle sont révolues. Les structures de représentation parlementaire acclimatées au gouvernement de l’argent depuis deux siècles, avec la dose requise de suffrage universel, sont devenues encombrantes, les lois d’exception (‘Patriot Act’) et les états d’urgence sont adoptés comme nouvelle norme.”

Une certaine classe moyenne, spectatrice et rouage de l’acceptation de cette globalisation qui la précipitera tôt ou tard dans le camp des 99% de ceux d’en bas, se marie encore parfois, se faisant photographier pour les besoin du... glamour de pacotille au Cap Sounion devant la beauté de l’Égée sous le Temple de Poséidon.

Les navires passent. Cap Sounion, septembre 2017

Les histoires demeurent. Bouquiniste à Athènes, septembre 2017

Mimi de Greek Crisis. Septembre 2017

Les navires passent, nos histoires demeurent, la “fusée” Macron est passée par Athènes, visite officielle et poussière cosmique appartenant déjà au passé, tandis que Mimi (le chat de Greek Crisis) restée indifférant à la politique des humains, est désormais bouleversé depuis l’arrivée à domicile du... très jeune Hermès.

Dépassant l’hybris autant que faire se peut, nous avons ainsi sauvé Hermès (jadis... l'aînée des Pléiades) resté orphelin, espérant qu’un autre foyer, si possible économiquement réellement existant, puisse l’adopter d’ici un à deux mois... Avis aussi aux amis du blog.

Les navires passent, nos histoires demeurent !

Hermès... aussi de Greek Crisis. Athènes, septembre 2017




* Photo de couverture: Le 'Parlement' et son... OVNI. Athènes, septembre 2017

4 commentaires

Denis Monod-Broca a dit…

L'Europe : être autre

Macron le dit et le répète, il veut refonder l'Europe. Insatisfait de l'actuelle, il veut une "autre Europe". Quelle banalité ! Depuis des décennies ils nous disent tous ça : allons vers une "autre Europe" !

Oui, mais laquelle ?

Oui, mais comment être autre que ce que l'on est ?

En bon européiste, il persiste à rêver à une Europe souveraine, à une Europe-puissance, qui damnerait le pion aux USA, à la Chine et au reste du monde. Le projet est trop ambitieux, trop prétentieux.

L'Europe est en construction depuis plus de soixante ans ! Elle est une moderne tour de Babel. Ses bâtisseurs, comme leurs lointains prédécesseurs, se croient capables de tout, y compris de l'impossible. S'ils s'obstinent, malgré fissures et autres alertes, elle s'effondrera.

C'est ce qui se passe quand on veut atteindre les cieux. Qui peut encore en douter ?

Michel Mazon a dit…

http://blogyy.net/wp-content/uploads/2017/09/Macron-Tsipras-Youlountas-.jpg

Francois Weil a dit…

Σας ευχαριστώ για αυτό το διαφωτιστικό άρθρο.

καλή μέρα

Jean De Grave a dit…

Merci pour toutes ces explorations "in vivo" du coeur de la société grecque, rapportées avec constance et persévérance. N.B. Signaler au dessinateur de Marie-Antoinette qu'il a confondu le drapeau allemand avec le drapeau belge (erreur très fréquente).

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