jeudi 27 juillet 2017

Pèlerins des îles



Les vérités estivales peuvent parfois s’avérer bien fondamentales. Petites aventures et grande histoire conjuguées au quotidien, à l’image des pêcheurs levant leurs filets dans les baies, ou sinon, de tous ceux qui naviguent pour une raison ou pour une autre et parfois même sans raison. Estivants, pèlerins des îles et autant marins, préparant avec toute la minutie nécessaire les mouillages imminents. Loin si possible de la capitale.

Navigation. Golfe Saronique, juillet 2017

Par les temps qui stagnent, à Athènes, d’autres vérités estivales peuvent parfois s’avérer fondamentales, autant que les mensonges ambiants. Dans les rues de la capitale écornée, aux nombreux ses boutiques en faillite, quelques tracts diffusés au centre-ville et non signés, portaient (paradoxalement ?) le message suivant:

“50 ans depuis la Junte” (celle des Colonels, entre 1967 et 1974), tracts ayant provoqué un certain étonnement, y compris paraît-il chez nos... animaux adespotes. Décidément, les humains sont parfois bien étonnants.

Tract: “50 ans depuis la Junte”. Athènes, juillet 2017

Boutique en faillite. Athènes juillet 2017

Nos événements, résolument délavés sous le bien connu grand soleil de l’été grec, se suivent et ne se ressemblent pas toujours. Il y a eu d’abord, ce violent séisme qui a secoué l’île de Kos la semaine dernière causant deux morts et de nombreux blessés.

Ensuite, nous avons vécu... par obligation médiatique cet autre présumé séisme politique, provoqué par certaines révélations de Yanis Varoufákis au sujet d’Alexis Tsipras et de sa gestion (aux dialogues alors crus), durant notamment le terrible été 2015 (presse grecque du moment) .

L'île de Kos après le séisme. Presse grecque du 21 juillet 2017

Varoufákis n’a rien dit et écrit (il vient à ce propos d’être interviewé sur son nouveau livre par les journalistes du quotidien “The Guardian”) de très nouveau, et Alexis Tsipras a également accordé une contre-interview au même journal pour ainsi se justifier.

Yanis Varoufákis, après avoir enregistré bon nombre de débats et d’échanges grâce à son Smartphone réellement existant et constamment dissimulé, confirme tout simplement l’état d’impréparation... bien préparé d’Alexis Tsipras et de sa... bande face à la Troïka, et essentiellement face à l’Allemagne comme au FMI. Il en ressort également, cette conviction alors profonde quant à la fausseté évidente et consciente des promesses tenues et contenues dans son programme électoral “de l'alternance”, sur lequel il a été élu en janvier 2015. Programme dit “de Thessalonique”, car initialement annoncé à Thessalonique le 13 septembre 2014.

Pour Dimitri (comme pour de nombreux autres Grecs) rencontré cette semaine, petit entrepreneur installé à Athènes, ces dernières révélations (ou semi-révélations), sont cette dernière goutte faisant déborder le récipient de l’insoutenable: “Qu’ils partent alors. Tsipras et les siens... ils forment une véritable bande d’escrocs et de criminels. Je ne veux plus les voir ; même si je ne me fais aucune illusion... sur la dite alternance incarnée par Mitsotakis... oui, c’est aussi un leurre, mais je m’en fiche. Tsipras doit dégager, ces gens devraient se trouver tous en prison.”

Politiciens alors hilares. Alexis Tsipras et Kyriákos Mitsotakis. Juillet 2017 (Presse grecque)

Politiciens alors hilares. Palais Présidentiel. Juillet 2017 (Presse grecque)

Le monument du Soldat inconnu... réadapté. Presse grecque, juillet 2017

Sans... transition, la presse pro-SYRIZA comme la presse tout court (medias grecs et internationaux), semble saluer le dit “retour de la Grèce sur les marchés financiers”: “Pour la première fois depuis 2014, et après des années de crise, la Grèce émet des obligations. L'accueil réservé par les marchés à cette offre de financer la dette publique grecque apportera une indication précieuse sur le degré de confiance retrouvée du pays. Cette obligation à 5 ans (à un taux d’intérêt de 4,75%) permet de préparer le moment où en 2018 le plan d'aide de l'Union européenne et du FMI prendra fin” .

Au même moment Pierre Moscovici de l’Eurocontrol visite Athènes et la colonie. Voilà pour l’essentiel de la bien “grande nouvelle” du mardi 25 juillet... et qui n’intéresse pas vraiment les Grecs il faut dire.

La Grèce émet des obligations ("Sortie sur les marchés"). Presse grecque, juillet 2017

Imperturbables comme ils sont dans leur monde parallèle, les politiciens alors hilares iront toujours “fêter” le retour à la démocratie et la fin de la dictature des Colonels en ce 21 juillet 2017 au jardin du Palais présidentiel (c’est une tradition politique depuis 1975).

Sauf qu’en 1974 (20 juillet), l’arrivée présentée comme “spontanée” de Konstantin Karamanlis depuis son exil politique en France, afin de prendre les commandes faisant suite à l’effondrement de la Junte (et à la guerre à Chypre), avait en réalité constitué un autre coup d'État... en somme inaugural à la toute dernière République grecque, morte comme on sait en 2010 par... l’avènement de la Troïka. Car en 1974, c’est Panagiótis Kanellopouolos, Premier ministre renversé par la Junte le 21 avril 1967, qui devait assurer la transition jusqu’aux prochaines élections et non-pas Karamanlis.

Navigation. Golfe Saronique, juillet 2017

Marin et ouvrier. Golfe Saronique, juillet 2017

Touristes sous l'Acropole. Athènes, juillet 2017

Les vérités estivales peuvent ainsi parfois s’avérer fondamentales. À Athènes, les touristes se reposent insouciants dans les terrasses des cafés sous l’Acropole. De même que nos animaux adespotes (sans maîtres) et heureux de l’être. Petites aventures et grande histoire conjuguées au quotidien.

Et quant aux politiciens, alors disposés car “desposés” (agissant très exactement sous le haut commandement de leurs maîtres), ils poursuivront “dans leur programme”, “révélations” faites ou pas d’ailleurs. La petitesse humaine n’a certainement pas de limites. “De nombreux citoyens ont dit de nous que nous avons été de menteurs, mais pas de voleurs” , déclare alors l’escroc politique Alexis Tsipras (médias grecs du 26 juillet). Été grec.

Son “gouvernement” peut se maintenir au pseudo-pouvoir, préparant, sous les ordres des maîtres illogiques comme allogènes, la dite “reforme de la Constitution” déjà annoncée, car programmée par la Troïka élargie. Cette dernière escroquerie Tsipriote, consistera alors à inscrire les termes des mémoranda (politiques imposées par la Troïka) dans la Constitution (déjà violée par SYRIZA comme par tous les autres partis, acceptant à siéger au pseudo-Parlement).

Animal adespote, heure de la sieste. Athènes, juillet 2017

Péloponnèse. Juillet 2017

Sur une île. Golfe Saronique. Juillet 2017

De la même manière, toute intervention potentielle de la part de la Justice (déjà bien “boiteuse”), face, et surtout contre l’illégalité des politiques de prédation sur les richesses nationales, tout comme sur les droits notamment ceux des travailleurs... deviendra à son tour “illégale” et de toute manière impossible à entreprendre (reportages et analyses, médias grecs du 26/07, par exemple radio 90.1 FM, zone du soir).

Le but de la Troïka, avec toute l’aimable et bien intéressée participation des Tsipras, Mitsotakis et consort, c’est d’en finir franchement avec le cadre constitutionnel hérité de...l’avant-guerre (avant 2010 !). La Constitution, lettre déjà morte, elle sera ainsi enterrée, sous les applaudissements et avec toute l’hilarité nécessaire d’une classe politique de Quisling. Les mensonges de l’été séchés au soleil, peuvent parfois s’avérer bien fondamentaux.

Cela-dit, et pour ce qui tient des vérités incontournables, aux îles (même peu habitées) du Golfe Saronique, les habitants haïssent déjà les politiciens... et ils aiment toujours leurs bêtes. Les occupations... locales sont bien différentes il faut dire. On se préoccupera ainsi volontiers du drapeau grec de la petite chapelle de Saint Nikólaos, celui que le vent a fait tomber, plutôt que des obligations émises par la Grèce. Et le débat sera alors vif et fort argumenté pour ce qui tient de l’emplacement canonique (normal et de règle) du drapeau: à droite ou à gauche de la chapelle face à la mer.

Le drapeau placé à droite de la chapelle. Golfe Saronique, juillet 2017

Le drapeau placé à gauche de la chapelle. Golfe Saronique, juillet 2017

En positionnant... le drapeau. Golfe Saronique, juillet 2017

Petites aventures et grande histoire conjuguées au quotidien, à l’image des pêcheurs levant leurs filets dans les baies et des habitants des îlots.

“Avant 1940, plus de quarante familles habitaient sur l'île. Les Allemands, les ancêtres de Schäuble sont arrivés jusqu’ici. Ils ont volé le fromage et l’huile d’olive de mon grand-père. Il les a cachés par la suite dans les puits. Mais tout restait bien dur durant après-guerre également. Les familles sont parties vivre en face, au Péloponnèse, et le plus souvent elles ont carrément émigré. Ceux qui possédaient la terre d’en face, de l’autre côté de la baie, ils ont tout vendu dans les années 1950 pour une bouchée de pain. Et ils sont partis aux États-Unis sans jamais revenir, même pas pour voir. Temps noirs, pauvreté alors noire.”

Immanquablement, les discussions tourneront davantage autour des animaux, de leurs habitudes, de leurs états d’âme. “Tiens, ils ont quitté l'étable et ils vivent en liberté. C’est en hiver que nous nous occupons un peu davantage d'eux. Ce qui ne veut pas dire que nous ne les suivons pas. Une brebis a perdu son petit, nous ne savons pas comment. Du coup, elle n’a plus voulu allaiter son deuxième petit. Elle l’a abandonné. Nous l’avons alors récupéré. Il vit avec nous, nous lui donnons du lait, il dort avec le chien... en parfait amour. C’est... toute notre vérité.”

Les bêtes ont quitté l'étable. Golfe Saronique, juillet 2017

Le jeune mouton... domestiqué. Golfe Saronique, juillet 2017

“Il dort avec le chien”. Golfe Saronique, juillet 2017

Jolis moments. À force, le blog “Greek Crisis” devrait peut-être se transformer complémentent et avec toute la conviction... en chronique animalière. C’est toujours une option !

Les vérités estivales peuvent parfois s’avérer fondamentales. Estivants, pèlerins des îles et autant marins, préparant avec toute la minutie nécessaire les mouillages imminents. Animaux adespotes comme “desposés” compris. Loin si possible de la capitale, Mimi, le chat du blog se porte bien face aux humains, il faut dire parfois bien étonnants.

Mimi, le chat de Greek Crisis. Juillet 2017

Pèlerins des îles. Notre poète Yórgos Seféris avait écrit, que “dans un sens, nous sommes passés par Délos à la manière d'Ulysse, en route vers Troie” (Essaies, décembre 1965).

Mer et poésie. Loin si possible de capitale, les vérités seront fluides. Petites aventures et grande histoire conjuguées au quotidien. Événements, résolument délavés !

Vérités. Golfe Saronique. Juillet 2017

.



* Photo de couverture: Pêche. Golfe Saronique, juillet 2017

3 commentaires

Nicnac a dit…

Merci Panagiotis pour vos chroniques. Vous me remontez le moral, cette humanité qui imprègne vos chroniques devient si rare. C'est rafraîchissant de la rencontrer.
Le retour de la croissance en Grèce, tel que je l'ai entendu encore hier soir, me donne des boutons.

Serge Perrotin a dit…

Moscovici sur la Grèce à France Inter cette semaine. J'ai vu rouge dès la première phrase. J'ai arraché la prise.
Il faudra un jour juger ces "hommes". Pourquoi pas un tribunal Russel pour crimes économiques.

katzi a dit…

Panagiotis, ta parole nous touche de mieux en mieux...

Enregistrer un commentaire

L'équipe de "greek crisis" respecte toutes les opinions, mais se
réserve le droit de ne pas publier des commentaires offensifs...