vendredi 16 juin 2017

Neuropa



Sixième été de ce blog. Paragraphes écrits à la manière d’un testament... à durée indéterminée. Les médias répètent et se répètent au sujet de l’Eurogroupe “réussi” du jeudi soir (15 juin). Les Grecs ne s’y intéressent plus tellement, la vraie vie n’y est guère, et cela contrairement à la mort lente. Donc passons. Heureusement, le Troisième Programme de la radio publique (ERT) a consacré bon nombre des émissions de sa journée au grand compositeur qui fut un temps son directeur, Mános Hadjidákis. Son existence physique s’est éteinte très précisément le 15 juin 1994. Œuvre alors à durée indéterminée !

Mános Hadjidákis (à droite), Míkis Theodorakis (à gauche) et Makis Matsas en 1967.

Le sens de l’été finalement c’est... de réécouter ainsi Georges Moustaki et Catherine Le Forestier chanter “Le facteur” de Mános Hadjidákis, ou encore, l’orchestre d’Edmundo Ros interpréter la “Fille aux œillets”, du très bon plaisir.

En dépit des cacophonies dominantes, le bon plaisir tient autant du grand concert organisé en ce mois de juin, à l’honneur à Míkis Theodorakis et à son œuvre. Décidément, la Grèce subsistante aura in extremis célébré les siens... et finalement, elle-même. Notre siècle nouveau montre déjà ses dents ; tout entracte porteur de joie aide à tenir. “Entracte de joie” ainsi en petit slogan, que l’on découvre parfois signé, tout simplement sur une façade de la ville.

“Toute la Grèce pour Míkis”. Concert dédié à Míkis Theodorakis. Athènes, juin 2017

Du côté toujours de la vraie vie, les organisations et fédérations des retraités du vieux pays appellent les leurs à manifester à Thessalonique, à Athènes et à Heráklion (Crète), car “Nous poursuivons la lutte et parce que nous pouvons les stopper”.

Les retraités savent très précisément à quoi s'attendre, lorsque la presse... autorisée (par exemple française), note au sujet de la réunion ‘spéciale Grèce’ (15 juin) des ministres des finances de la zone euro, qu’elle a été “bouclée en deux heures, avec des participants satisfaits à la sortie, ayant - en partie - réussi à surmonter leurs divisions et capables d'annoncer quelques bonnes nouvelles pour Athènes, même si à court terme la vie des Grecs n'en sera pas bouleversée ?”. (...)

“Entracte de joie”, Athènes, juin 2017

“Nous poursuivons la lutte”. Athènes, juin 2017

“Rendez-nous ce que vous nous avez volé”. Retraités manifestant à Athènes, le 15 juin

Retraités manifestant à Athènes, le 15 juin

“Les Européens ont donc annoncé qu’Athènes, pour avoir ces derniers mois largement rempli sa part du contrat, bénéficiera dans les semaines qui viennent d’un prêt conséquent: 8,5 milliards d’euros, prélevés sur l’enveloppe d’un troisième plan d’aide agréé en août 2015 et d’un montant total de 86 milliards d’euros.” (...)

“Le gouvernement Tsipras a accepté une quatorzième réforme des retraites et une énième révision de l’impôt sur le revenu, des mesures d’austérité supplémentaires de presque 5 milliards d’euros exigées par le FMI et devant s’appliquer après la fin du plan d’aide, à partir de 2019.” (“Le Monde” daté du 15 juin) .

Les 8,5 milliards d’euros “accordés à la Grèce” lui permettront de rembourser plus de sept milliards d'euros de créances arrivant à échéance en juillet... et alors ainsi, nos retraités ont été bien nombreux à manifester une fois de plus dans Athènes en ce 15 juin... sous le regard un peu étonné des touristes.

Place de la Constitution. Une certaine vie... Athènes, juin 2017

Place de la Constitution toujours, nos chiens adespotes (sans maître) ainsi que certaines “personnalités” marquantes des lieux comme de notre temps, accueilleront à leur manière... les “bonnes nouvelles pour Athènes, même si à court terme leur vie n'en sera pas bouleversée”. Pauvres journalistes !

Et c’est dans la quasi-indifférence que le vieil interprète connu de la chanson grecque, finit sa carrière... en karaoké touristique, ou que d’autres vieux (et moins vieux) interprètes... des métiers de jadis, mendient, ou qu’ils expriment en public certains de leurs messages et autres avertissements qualifiés souvent d’apocalyptiques: “Mon Jésus, pitié, sauve-nous”, à l’image de cette pancarte alors brandie avec persévérance par un retraité en ce mois de juin à Athènes (photo de couverture).

Chiens adespotes. Place de la Constitution, Athènes juin 2017

Karaoké touristique. Place de la Constitution, Athènes juin 2017

Message... apocalyptique. Place de la Constitution, Athènes juin 2017

Touriste. Place de la Constitution, Athènes juin 2017

Mendiant. Athènes juin 2017

Les marketistes eternels iront prétendre jusqu’au bout que la “collection de l'été 2017 est arrivée”, pendant que le lien social se disloque, et au moment où les intérêts des uns et surtout des autres, deviendront alors... de plus en plus privés. Les accidents même d’une certaine circulation, tout comme les faits supposés divers, participent de cette ambiance, à travers cette guerre contre ce pays et contre sa société. Notre réalité première ressemble alors à une... “Gueule cassée”, suffisamment dissimulée au demeurant du regard furtif des visiteurs du pays.

La semaine dernière, à Menidi, localité dite populaire de l’Ouest d’Athènes, un enfant âgé de 11 ans s’est écroulé lors d’une fête scolaire, en pleine cour de recréation. Décédé à l’hôpital, l’épisode avait d’abord été assimilé à un malaise grave, l’autopsie a toutefois révélé que la mort avait été causée par une balle “perdue”, tirée en l’air depuis le quartier de Gitans du coin, un coin déjà réputé pour ses divers trafics et où, en temps ordinaire, bien peu se risquent à mettre les pieds.

Les autres habitants se sont... naturellement révoltés, les Gitans de leur côté ont tiré en l'air plusieurs salves de fusils (même) mitrailleurs pour ainsi marquer le territoire de leur anomie institutionnalisée... et quant à la Police, elle n’a pu que maintenir in extremis un semblant de paix civile... dans ces quartiers.

Il y a un mois, (le 13 mai 2017), un train de voyageurs a déraillé près de Thessalonique, la rame a aussitôt percuté un vieux bâtiment avant de s’arrêter. Matthéos Kalopoulos 50 ans, le conducteur du train, Aristidis Kalabalikis, contrôleur de la Régie ferroviaire grecque (OSE), et Dimítris Mikropoulos 44 ans, médecin et passager du train ont trouvé la mort, onze autres passagers avaient été blessés.

Déraillement près de Thessalonique, le 13 mai 2017 (photo presse grecque)

Mánthos Kalopoulos 50 ans, le conducteur du train (photo presse grecque)

Aristidis Kalabalikis contrôleur de la Régie ferroviaire grecque (photo presse grecque)

Dimítris Mikropoulos 44 ans, médecin (photo presse grecque)

La Régie OSE (récemment privatisée au profit du consortium italien “Ferrovie Dello Stato” pour près de 45 millions d’euros), dans un premier communiqué a estimé que “la responsabilité de l'accident incombe au conducteur du train” Mánthos Kalopoulos (“vitesse excessive”), ce que les machinistes contestent à travers plusieurs communiqués dénonçant les manquements... austéritaires en termes de moyens techniques et de personnel, dont le non-fonctionnement des systèmes d’alerte et de freinage automatisés (Rel-FM, le 15 mai) .

Depuis, en gare centrale d’Athènes, une banderole signée: “Les conducteurs de train”, rappelle aussi certaines évidences: “Eux, ils parlent des profits et des pertes. Nous, nous parlons des vies humaines”. Les marketistes eternels en tout genre, iront prétendre et cela jusqu’au bout, que la “collection de l'été 2017 est arrivée”. Question de vitrine, comme avec l’Eurogroupe.

“Eux, ils parlent des profits et des pertes...”. Gare d'Athènes, juin 2017

“La collection de l'été 2017 est arrivée”. Athènes, juin 2017

Car de l’autre côté du miroir décidément déformant, le “Futur parfait” se compte en fermetures de boutiques, en “Traces du commerce”, ou sinon en “Zéro euros”. Réalités économiques et sociales palpables, tel un testament... à durée indéterminée.

Place de la Constitution toujours, les limousines et ces rares journalistes attentent les officiels devant l’entrée du ministère des Finances, déjà que “les Européens ont donc annoncé qu'Athènes, pour avoir ces derniers mois largement rempli sa part du contrat”.

Le cynisme SYRIZA restera je dirais, dans les annales des lieux de mémoire de la (supposée) démocratie à l’occidentale, autant que dans celles de la destruction méthodique des droit sociaux, des droits liés du travail, comme du travail lui-même. Non loin du Ministère des Finances à Athènes, et sur la façade arrière de l’enseigne Public (sorte de “Fnac” athénienne), une affiche du syndicat de la branche librairie, papier et édition, informe les passants et potentiels clients de certaines pratiques alors immondes... et d’arrière boutique précisément chez Public.

'Erreurs de caisse' chez Public. Athènes, juin 2017



“Futur parfait”. Athènes, juin 2017

“Traces du commerce”. Athènes, juin 2017

“Zéro euros”. Athènes, juin 2017

D’après les syndicats, “les sommes que communément on dénomme 'erreurs de caisse', sont chez Public retenues sur les salaires des employés, cela sans leur autorisation ni même le moindre reçu, et/ou, autre document écrit, laissant subséquemment trace de cette pratique de l'entreprise. Cette pratique est non seulement abusive, mais elle est également illégale, et il faut l’arrêter”. Sauf que ce n’est que “d'erreur en erreur” que le mémorandum s’y est installé depuis déjà sept ans.

Cependant... c’est l’été, et sur une autre façade athénienne, une... composition murale croit célébrer la Dioné, déesse archaïque et la cosmogonie, mère d'Aphrodite, d’après certaines versions du mythe. C’est aussi le moment où elles apparaissent les premières figues non comestibles, dites “masculines ou stériles”, tandis que dans les marinas d’Athènes, les premiers clients et/ou affréteurs de voiliers embarqueront alors pour quelques jours de rêve, le plus souvent cycladique.

Non sans une certaine ironie ontologique, un miroir placé devant un antiquaire du centre-ville d’Athènes... est très franchement étiqueté... “Neurope”, lorsque les médias répètent et se répètent au sujet de l’Eurogroupe “réussi” du jeudi soir, comme de chaque Eurogroupe. Europe... alors névrose collective ?

Limousine devant le ministère des Finances. Athènes, juin 2017

Dioné déesse archaïque et la cosmogonie. Athènes, juin 2017

Figues non comestibles, dites “masculines ou stériles”. Athènes, juin 2017

Pour quelques jours de rêve cycladique. Athènes-Sud, juin 2017

“Neurope”. Athènes, juin 2017

Sixième été de ce blog. “Neuropa” certes, mais heureusement aussi des entractes de joie à ces paragraphes écrits à la manière d’un testament... à durée indéterminée. Troisième Programme de la radio publique (ERT), Mános Hadjidákis, Georges Moustaki, leur existence décidément éternelle, et éventuellement un peu de la nôtre.

Pauvres marketistes, et pauvres politiciens de l’abime. “Nous avons notre fierté, et nous ne laisserons pas ces gens la piétiner. Nous croyons en l'amitié et nous emmènerons... jusqu'au bout notre copain Manólis à la pêche avec nous. Nous lui offrons donc notre meilleur sourire”, me disait Pétros, petit garagiste de Thessalonique. Manólis... son ami et associé souffre de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ), affection comme on sait très rare mais fatale.

Sixième été de ce blog et toujours ce besoin... survivaliste quant à son soutien. Appel de l’été 2017 déjà lancé...

Près des gares comme près des parkings, même nos animaux adespotes ont parfois droit à un peu de crème glacée. Œuvres... à durée indéterminée !

Animal adespote et... sa crème glacée. Athènes, juin 2017




* Photo de couverture: “Mon Jésus, pitié, sauve-nous”. Athènes, juin 2017

1 commentaire

Jacques Foschia a dit…

Merci pour votre blog, que je ne manque pas de partager...

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