vendredi 31 mars 2017

Hors cadre



Histoires de notre humanité alors hors cadre. Quotidien répété, crise régurgitée, le tout sous un soleil que l’on perçoit encore heureusement comme radieux. “La Grèce ne se relèvera plus jamais. Son économie ne sortira nullement de sa tombe, et quant au pays déjà colonie de Schäuble, il finira... par être dépecé”. Constants et craintes que l’on répète sans cesse... oraison funèbre bien d’ici, devenue permanente et ambiante, non pas celle de Périclès, mais l’autre, propagée autant par les ondes radio, à l’instar de cette complainte extraite de zone matinale du 31 mars 2017 (radio 90.1 FM).

Galerie marchande, boutiques en faillite et drapeaux. Athènes, mars 2017

Les médias répètent à souhait que “le prochain accord technique (‘staff level agreement’) entre le gouvernement et les institutions (Troïka élargie) n’est qu’une affaire de temps, d’ailleurs bien court. Et par conséquent, le gouvernement vient d’entreprendre dans l’urgence son habituel ‘massage’ préparatoire... des parlementaires de sa majorité pour ainsi faire avaler la énième pilule mémorandaire. D’autant plus, que parmi les mesures pressenties, figurent, l’abaissement du seuil d’imposition ramené à 5.900€ de revenus par an (au lieu de 8.636€ actuellement), autant que la nouvelle diminution du montant des retraites (plus de 900.000 retraités actuels seront concernés), une baisse d’ailleurs estimée à 30% en moyenne” (voir par exemple le quotidien “Kathimeriní” du 31 mars.

Accord qui ne peut être que “technique” et qu’il le demeurera à jamais... jusqu’à l’effondrement à venir que l’on pressent... fort chaotique sous l’Acropole. En tout cas, pour rendre nos affaires humaines décidément hors cadre plus claires, il faut préciser qu’en Grèce, l’employé moyen du secteur privé restant et qui gagnant pour un temps plein 400€/mois, ce qui devient de règle, deviendra ainsi imposable.

Les journées passent, le Printemps avance et nos touristes se demandent (et me questionnent) parfois au sujet de la crise grecque. Car de temps à autre ils ont du mal à distinguer cette crise décidément grecque du premier regard, sauf à se promener en Grèce de manière à peine plus approfondie et cela d’abord à Athènes. Maigre consolation pourtant (crise ou pas) pour les badauds d’où qu’ils viennent, sur les hauteurs du mont Hymette on y découvre encore quelques rares troupeaux. Puis, près du jardin botanique, des travaux de restauration ont pu reprendre sur le site des thermes romains, cette fois en plein centre-ville. Tout n’est pas sombre alors. La découverte de ces thermes avait d’ailleurs contraint dans les années 1990 le constructeur du métro à modifier ses plans. Autres temps ?

Troupeau du mont Hymette. Attique, mars 2017

Sur le site des thermes romains. Athènes, mars 2017

Sur le site des thermes romains. Athènes, mars 2017

Rappelons que les historiens et les archéologues retiennent que ces thermes romains ont été fondés après le raid des Hérules, ethnie comme on sait germanique ayant pillé Athènes vers l’an 267 de notre chronologie, mettant ainsi fin à la tradition sculpturale de la ville. Peut-être que les historiens et les archéologues du futur, de toute évidence les... paléo-informaticiens du temps d’après, retiendront qu’à la suite du... raid de la Troïka élargie sur Athènes en ce début du troisième millénaire, le pays ne s’est plus jamais relevé.

Histoires de notre humanité décidément hors cadre. L’Union syndicale des journalistes d’Athènes a déclenché jeudi 30 mars un mouvement de grève du personnel à la radio de SYRIZA 105,5, dénonçant très précisément, le licenciement abusif d’une journaliste. Le communiqué adopté de manière quasi-unanime par l’assemblée générale du personnel de la radio de SYRIZA 105,5 FM est clair:

“Nous condamnons fermement la décision de licenciement de notre collègue Katerina Kanaki. Il lui a été annoncé qu'elle ne pourra plus continuer à travailler à notre radio, à compter du 31 mars. Nous condamnons et nous dénonçons autant, la tentative entreprise de la part de la direction, consistant à présenter ce licenciement comme relevant plutôt d’une ‘non-embauche’. Notre collègue travaillait à la radio 105,5 FM, pour d’ailleurs de besoins confirmés et permanents depuis le 1er juin 2016. Pour ces dix mois de travail et jusqu'à présent, elle n’a reçu que deux versements de 400 euros chaque fois.”

Manifestation place de la Constitution. Athènes, mars 2017

Manifestation place de la Constitution. Athènes, mars 2017

Touristes à Athènes, mars 2017

“Ainsi, nous condamnons avec indignation la méthode utilisée par la direction, car après neuf mois d’obstruction, et alors prétendant ‘examiner les moyens, tout comme le cadre de son recrutement’ promis, elle lui fait signer en trompe l’œil un contrat d’apprentissage d’une durée de 15 jours seulement le 17 Mars, en réalité dans le but de faire valoir le cadre juridique qui en découle, et pour aussitôt y mettre fin.” “Nous considérons que le licenciement de notre collègue inaugure une période bien funeste pour les salariés de la radio SYRIZA 105,5 FM, menaçant directement les relations au travail, étant donné en outre des propos abominables ouvertement tenus par certains membres de la direction, du genre: ‘ceux qui ne tiennent pas le coup, ils peuvent partir’ etc.”, presse grecque, le 30 mars 2017, par exemple “IEfimerida”.


Vue... d'Athènes. Mars 2017

Et comme le ridicule tue rarement... hormis la gauche, le député et... intellectuel organique du parti ANEL (partenaire de SYRIZA au gouvernement), vient de déclarer (31/03): “Je ne suis pas d'accord avec toutes ces nouvelles mesures (d’austérité), d’autant plus que le pays est sous occupation. Il s’est transformé en une colonie de la dette, et certes, la politique du gouvernement, c’est bien une politique de gauche, sauf que sa mise en œuvre ne l'est pas”, journal “To Pontíki”.

Les Grecs n’ont plus l’air de prêter la moindre attention aux déclarations des Tsiprosaures, sur la place de la Constitution seul le soleil brille encore ou sinon, quelques rares manifestants héroïques et symboliques. Ceux dénonçant par exemple la mise en vente de l’importante compagnie d’assurance filiale de la dite Banque Nationale de Grèce, qui n’est plus une banque, et encore moins nationale, ni... de Grèce, car bradée à de funds étrangers (sous la... gouvernance Tsipras II en automne 2015) au 2% de sa valeur. Nos touristes, déjà assez nombreux à Athènes, observent la scène, “Athens, very beautiful sightseeing”, en effet !

“NON à l'euro”. Athènes, mars 2017

Un euro symbolique ? Athènes, mars 2017

Rencontre... au mont Hymette. Mars 2017

Devant le siège de l’Union syndicale des journalistes d’Athènes, une grande banderole déployée croit rappeler aux passants restés indifférents, les luttes menées depuis déjà un moment “Pour la liberté, comme pour la dignité” de notre société. Sauf que la Troïka est passée par là, et ensuite... SYRIZA. Ce n’est tout de même pas rien, sept ans d’histoires vécues et pratiquées depuis 2010, crise dite grecque.

Et pour rendre ce “futur” mieux compréhensible à nos amis Français (bien justement occupés et même préoccupés par le Printemps électoral qui est le leur), je dirais que l’affaire SYRIZA se résumerait alors tout simplement dans un certain cas tout à fait hypothétique et imaginaire: Jean-Luc Mélenchon est élu et aussitôt il se comporte comme un... François Hollande, pour ensuite ouvertement revendiquer et même imposer, le programme bancocrate et européiste d’Emmanuel Macron (on pourrait imaginer pareillement un cas équivalant à droite, avec Marine Le Pen). Inimaginable dirions-nous tout cela !

Athènes, tout de même sous un soleil radieux. La Garde Evzone (République)... gardera, particulièrement les apparences, les équipes sportives iront toujours se rencontrer dans les gymnases, et les touristes admireront comme il se le doit le stade antique d’Athènes, rénové pour les premières Jeux olympiques de l’ère moderne, en 1896. Notre existence, la plus élémentaire qu'elle soit parfois, elle ne demandera pas tant d'imagination pour... se loger volontiers dans une si petite boîte du temps présent.

“Pour la liberté, comme pour la dignité”. Athènes, mars 2017

La Garde Evzone. Athènes, mars 2017

Équipes sportives. Athènes, mars 2017

Le stade des Jeux olympiques de 1896. Athènes, mars 2017

Dans une petite boîte. Animal de Greek Crisis, Athènes, mars 2017

“Nous savons concilier le goût du beau avec la simplicité et le goût des études avec l'énergie. Nous usons de la richesse pour l’action et non pour une vaine parade en paroles. Chez nous, il n'est pas honteux d'avouer sa pauvreté ; il l'est bien davantage de ne pas chercher à l'éviter. Les mêmes hommes peuvent s'adonner à leurs affaires particulières et à celles de l'État ; les simples artisans peuvent entendre suffisamment les questions de politique. Seuls nous considérons l'homme qui n 'y participe pas comme un mutilé et non comme un oisif.”, c’était l’autre oraison funèbre, d’après Thucydide celle de Périclès... décidément aujourd'hui totalement hors cadre.

“Athens, very beautiful sightseeing”. Vraiment !

“Athens, very beautiful sightseeing”. Athènes, mars 2017




* Photo de couverture: Hors cadre ? Athènes, mars 2017

7 commentaires

christian yon a dit…

je vous plaint de tout mon cœur !!

Abilio Ferreira a dit…

Bonjour,

Je vous remercie tout d'abord pour ce blog passionnant que je lis depuis le tout debut.

Je laisse pour la premiere fois un commentaire car vous abordez les elections et je crois que vous (et vos lecteurs) devriez sérieusement vous renseigner sur Francois Asselineau de l'UPR, caché des médias depuis 10 ans, europhobe convaincu des le debut et avec le parti en plus forte progression en France actuellement.
Il ne gagnera probablement pas l'élection mais ses dizaines de conférence et analyses politiques ultra pointue qui démontent le système de manière irréfutable vous raviront à coup sur! La conférence de 4h de ce monsieur "qui gouverne la France et l'Europe" est une incroyablement bonne analyse.

kate charmant a dit…

courage nos amis! quelle tristesse dans ce billet;-(
votre impuissance (souffrance) sera sans doute la nôtre bientôt...on est encore gâtés par rapport à vous mais plus pour très longtemps je pense....je vous embrasse...

Bernard Hervé a dit…

Je suis consterné par les souffrances que cette Europe vous fait subir.
Pour quelle raison, pour quelles raisons, le peuple grec ne se révolte-a-t-il pas ?
Comment pouvez vous subir une telle maltraitance de la part de ces escrocs de Bruxelles ? Ont ils réussi à fracturer la population pour qu'un grand mouvement d'ensemble ne puisse plus se produire ?

Panagiotis Grigoriou a dit…

Commentaire de Lionel Petithory

La marge de manoeuvre sera pour le vainqueur de cette élection la même que celle du commandant d'un navire de croisière tracté par le remorqueur « Schuld » dans le canal de Corinthe. Depuis le pont les touristes s'extasient. Peut-être certains d'entre eux convoitent ce qu'ils voient depuis le début de la croisière. Une expérimentation inouïe est appliquée à un pays, paupérisation et dépeçage. Votre attente d'éclatement ne viendra pas, parce que nos dirigeants et leurs amis ont beaucoup trop à perdre, une partie de la population fera tout pour éviter le saut libérateur et une autre ne prend pas la mesure du danger encouru. Vous, dans le rôle de Cassandre, alors que la nuit tombe sur la cité et que le cheval de bois est dans les murs. Son ventre va libérer la vengeance des créanciers, prêts à toutes les violences pour se faire payer, nourrie d'une haine inconsciente du métèque, de l'étranger, de l'Oriental, au nom des réformes et de la bonne gestion.
Lionel

http://www.dailymotion.com/video/x3xyazr_l-euro_creation

zozefine a dit…

que dire après ton article et le commentaire de lionel ? je ne suis même pas certaine que la haine et le mépris des métèques soit si inconscient que ça, cf la sortie de dijsselbloem à propos de solidarité des (je copie :) "pays du nord de la zone euro" avec les "pays en crise". Avant d'ajouter : "Mais celui qui la réclame a aussi des devoirs. Je ne peux pas dépenser tout mon argent pour le schnaps et les femmes et ensuite réclamer leur soutien". le coup des pays fourmi et des pays cigale, depuis le début du massacre en dit long. quand je pense que de nombreux gens de gauche datent leurs propres doutes concernant l'UE de 2015, que certains interprètent comme le "début" de-la-crise-grecque (pour les gauches, oui, pas pour le peuple grec) oubliant de fait que le sociocide a commencé dès 2009.

Antares- Mopha a dit…

Désormais l'UPR est mon seul espoir de sortir de cette impasse anti-démocratique... La charte adoptée par ce parti censuré est sans ambiguité : il faut sortir de manière ordonnée et unilatérale de l'UE, de l'Euro, et de l'OTAN. Aucune renégociation ambitieuse de l'UE en faveur du social n'est réalisable, 40 ans le prouvent.

Pour vous renseigner sur Asselineau :
2 vidéos de 3 minutes explicatives sur la seule décision réaliste qu'il est possible de prendre vis à vis de l'UE :
https://www.youtube.com/watch?v=UPpXKtSJcRI
https://www.youtube.com/watch?v=8Y8EUaFmTyY

La charte de l'UPR écrite et déposée en préfecture le 25 Mars 2007, et dont les analyses ne cessent de se confirmer : https://www.upr.fr/charte-fondatrice

La première conférence de presse de F. Asselineau (il a un peu de mal à trouver la bonne tonalité au début, mais il y a un véritable contenu, et son programme est porteur d'espoir pour la démocratie) :
https://www.youtube.com/watch?v=7Sor-BAf2bE

A vous de vous faire votre opinion ^_^

En tout cas, merci au journaliste qui tient à jour ce blog, j'espère de tout mon coeur que la Grèce réussira à sortir par le haut de cette crise multiforme (gageons que cette sortie par le haut ne se fera pas avec la Troika...).

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