samedi 21 janvier 2017

République... des lèpres



Année déjà en cours. Les médias se sont surtout focalisés sur l’investiture de Donald Trump, et ensuite, sur l’interminable série des déclarations du ministre allemand des finances quant à la pérennité du dit “programme grec”, qui plus est, en rapport avec le FMI. Sur le toit du musée de l’art Cycladique, la bannière de la funeste UE reste comme accrochée, tirée on dirait vers le bas, par l’une des statues qui dominent les lieux. En effet, 2017 vient tout juste de commencer.

Dépasser l'Abysse. Athènes, janvier 2017

L’année 2017 vient tout juste d’attirer toute notre attention. “Dépasser l'Abysse”, suggère alors cette affiche annonçant un événement convenablement installée dans tout notre temps présent. La dystopie participe activement de cette constituante du siècle nouveau, tandis que la dite “mondialisation” est condamnée dans l’esprit de tous les peuples on dirait, les supposées élites larmoient alors de toutes leurs larmes de crocodiles, les dents en plus.

Nous vivons dans un monde imprévisible et sombre. Sauf que nous vivons autant une fin d’époque, la fin du monde tel que nous l’avions connu depuis la fin de seconde guerre mondiale. Le discours d’investiture de Donald Trump n’a laissé aucun doute à ce sujet”, écrit dans son éditorial du jour, le journaliste - directeur Alexis Papahelas (quotidien “Kathimeriní”), très bon journaliste... il est souvent l’invité du groupe Bilderberg, et il est acquis visiblement à la cause du camp Clinton.

Nous devrions sans doute comprendre (d’après ce journaliste) que le monde d’avant, comme celui incarné par le camp Clinton, qui demeure tout de même le nôtre en ce janvier 2017, serait alors... prévisible et lumineux ! De son côté, sur le site de l’hebdomadaire politique devenu suffisamment Syrizo-compatible “To Pontíki”, on peut y lire une analyse sous le titre: “Le choc à Berlin, après de discours d'investiture de Donald Trump”. On peut autant comprendre.

Mémoire de notre poète Kostís Palamas. Athènes, janvier 2017

Retraités commentant le sort actuel... de la statue de Palamas. Athènes, janvier 2017

Remise des diplômes. Faculté des lettres. Athènes, janvier 2017

Remise des diplômes et... starlettisation. Athènes, 2017

Par contre, on ne peut toujours pas comprendre et encore moins admettre cette manie qui consiste à systématiquement vandaliser monuments et statues à Athènes, avec une... prédilection on dirait pour celles, des poètes et héros nationaux. “Avec la haine de classe”, pourrait-on encore lire sur le socle de la statue de Kostís Palamas (1859-1943), poète, écrivain et dramaturge, et c’est pour la énième fois que sa mémoire est ainsi vandalisée de la sorte. Dans la plus grande indifférence (en tout cas apparente), il faut dire des passants, et pourtant.

Deux retraités s’y sont arrêtés pour commenter les faits et ainsi poursuivre leurs discussion tout en marchant: “Quelle honte, Palamas est notre poète national, surtout durant la première moitié du 20e siècle. Ce n’est pas de la haine de classe comme le prétendent ces idiots, c’est de la haine du pays et autant de sa culture qu’il s’agit. De la haine de toute culture je crois plutôt pour être exact”.

Car on est encore capable dans ce pays d’une certaine mémoire collective, surtout chez les moins jeunes, hélas. Pour la grande histoire, Kostís Palamas appartient à une importante famille d'érudits et de résistants, et le 27 février 1943 sous l’autre occupation allemande en Grèce, ses funérailles nationales ont donné lieu à un poignant appel à la résistance par le poète Ángelos Sikelianós, par l'archevêque d'Athènes, Damaskinós, et par la foule qui reprenait en chœur l'hymne national.

Cependant, 1943 c’est bien loin (mais d’une certaine manière suffisamment proche) et cependant toujours, chez les rares jeunes subsistant en Grèce, l’emballage d’un certain lifestyle... garanti à vie (?), même et surtout sous la paupérisation qui est autant et d’abord la leur, cet conditionnement semble alors prédominant.

Art et Resistance. Exposition, Athènes, janvier 2017

Après la remise des diplômes. Faculté des Lettres. Athènes, janvier 2017

Bénévoles pour laver les couchages des sans-abri. Athènes, janvier 2017

Vendeur ambulant et... informel. Athènes, janvier 2017

Non loin de la statue du poète, et devant le prestigieux accès à la Faculté historique des Lettres à Athènes, on pouvait assister ce même jour à la sortie des étudiant(e)s, après remise de leurs diplômes. Pose photo, ambiance de... concours de beauté, plus une certaine légèreté. Je dirais que la codification en cours des micro-événements vécus comme des comportements quels que soient ces derniers d’ailleurs, renvoie finalement à une certaine car “inévitable” starlettisation des faits et des gestes.

Notre poète ainsi souillé, le... grand chômage devenu patent pour ces diplômés des ultimes Lumières pour ainsi dire éteintes, le mondialisme est aussi passé par là. Comme l’écrit mon ami Olivier Delorme à sa manière: “Déconsidérer la nation (...) Le tout assaisonné de mépris de classe: salauds de pauvres, qui refusent de croire au conte de fées de l'euro-mondialisation heureuse” (“30 bonnes raisons pour sortir de l'Europe”) . Sauf que décidément, il y a aussi le... lifestyle. Ainsi Faculté... des Lettres.

Et à proximité de la statue du poète Palamas et autant près de la Faculté des lettres, l’affichage municipal informe toujours de l’exposition en cours en ce janvier 2017: “Arts plastiques et Resistance, 1950-1974”. Au même moment et à peine deux cent mètres plus loin, sur le trottoir de gauche, puis de droite, les bénévoles des associations alors résistantes à leur manière, chargent leurs véhicules des couchages et autres couvertures des sans-abri pour les laver, les sécher et les restituer plus tard dans la journée, et cela impérativement avant la tombée de la nuit.

Place de la Constitution... la normalité. Athènes, janvier 2017

Place de la Constitution, chiens adespotes. Athènes, janvier 2017

Place de la Constitution, restes antiques. Athènes, janvier 2017

Animal adespote catalogué. Athènes, janvier 2017

Vendredi 20 janvier, ces mêmes bénévoles ont lancé un appel en téléphonant à une radio privée de grande écoute de la capitale: “Dans cette rue des quartiers Ouest, nous venons de constater que le couchage appartenant à la personne sans-abri... demeurant sur place avait été entièrement volé. Nous adresserons ce message surtout aux concitoyens du voisinage immédiat, pour y apporter le nécessaire... Les nuits sont fraiches, les temps sont obscures”. D’après les journalistes, quelque temps seulement après l’appel, le message avait bien été entendu et surtout suivi.

Samedi matin (21 janvier) un autre éditeur passait en direct sur l’antenne de la radio Realfm: “Je voudrais lancer alors cet appel urgent. Il faut que tout le mode puisse le comprendre. À Athènes en ce moment il n’y a plus un seul lit disponible en soins intensifs et réanimation. En réalité, plus de la moitié des services de ce type sont fermés par manque de moyens. Donc on peut en mourir... facilement. Soyez tous conscients des réalités. Avant-hier, j’ai emmené ma belle mère à l’hôpital, elle a subi une attaque ; tournée en embolie, elle régurgitait du sang”.

Elle est restée durant des heures aux urgences, les médecins ont expliqué qu’ils avaient fait ce qu’ils ont pu, sauf qu’elle devait être transférée au service de réanimation (soins intensifs) et cela devenait impossible, il n’y a aucune place et en plus ils opèrent un tri, tout comme lorsqu’ils envoient des ambulances car moins de la moitié des véhicules sont encore roulants. Le tri exige que tous ceux qui ont plus de 50 ans en soient exclus... et ils peuvent alors mourir. Et ma belle mère... est ainsi décédée, nous l’avons enterrée hier”.

On ramasse les drapeaux. Athènes, janvier 2017

Écoliers en visite éducative au... 'Parlement'. Athènes, janvier 2017

Pompiers et manifestants devant le 'Parlement'. Athènes, janvier 2017

Pompiers et manifestants devant le 'Parlement'. Athènes, janvier 2017

Un autre auditeur est aussitôt intervenu en envoyant un message au journaliste: “Il va falloir mener l’enquête car à ma connaissance, le tri opéré dans les hôpitaux entre ceux qui peuvent être admis aux soins intensifs et les autres, ceux qui peuvent mourir sauf si par chance ils s’en sortent, est fixé à 55ans et non pas à 50 ans. C’est important de le dire me semble-t-il”. Sérieux débat certes.

Le pays réel auquel Alexis Tsipras croit avoir échappé, la vraie vie, leur mort. Toute promenade athénienne du quotidien se décompose ainsi en... carottes glaciaires sociales, de plus en plus désolidarisées il faut le préciser, permettent aux... socioclimatologues de remonter le temps du pourrissement de la situation sociale et de connaître l'évolution du désastre qu’éprouvent les classes sociales les unes après les autres. Et cela, même si toutes ne sont pas touchées de la même manière.

Carottes glaciaires sociales, l’hiver en plus. Ceux qui ne sont pas encore des sans-abri, arrivent discrètement au centre-ville pour y exécrer à la sauvette l’incontournable métier du vendeur ambulant et informel. Apparente normalité, Place de la Constitution, les chiens adespotes des lieux sont encore répertoriés par le Service des Adespotes de la municipalité de la ville d’Athéna, tandis que les restes de l’Antiquité semblent rester ignorés de tous en ce lieu central.

Les écoliers sont toujours emmenés en visite du “Parlement”, en somme c’est une initiation à la prostitution politique en cette maison close... où, la Constitution comme la moindre éthique sont sans cesse violées par les souteneurs de la pègre totalitaire de la Troïka. SYRIZA comme les autres, votent ou discutent des textes souvent rédigés en anglais par les occupants, sans d’ailleurs les lire. “Démocratie représentative” et République... des lèpres. Pauvres enseignants, et cependant (parfois) co-responsables du crime, lorsqu’ils acceptent cette mise en scène à la limite de la sordidité intellectuelle.

Sous le regard des adespotes du 'Parlement'. Athènes, janvier 2017

Le Lycée d'Aristote... désert. Athènes, janvier 2017

Le Lycée d'Aristote... désert. Athènes, janvier 2017

Et c’est encore pire, lorsqu’ils incitent leurs élèvent à prendre part aux pseudo-concours qui consistent à les faire rédiger ces compositions élogieuses sur l’UE, pour ainsi “gagner” un voyage... initiatique au siège du pseudo Parlement Européen. Petits miroirs ainsi offerts aux indigènes avec l’aimable participation du système supposé éducatif. J’ai encouragé mes amis parents et concernés actuellement par cette affaire, à refuser net une telle participation, le tout après avoir expliqué à leurs enfants ce que certains “enseignants” auraient dû faire.

Sous le regard des adespotes du 'Parlement', ce même jour les Pompiers manifestaient... souriants s’opposant ainsi aux changements néfastes sur le système de leurs mutations, aucune tension palpable, les passants... alors y passaient bien ironiques, ou sinon indifférents. La vraie vie !

Carottes glaciaires sociales l’hiver en plus, les pompiers, les nouvelles mesures sans cesse annoncées ou préparées, par exemple en ce moment sur les... écrans la fin de toutes les “entraves” restantes aux licenciements, puis, le Lycée d’Aristote, ses vestiges, alors lieu sans visiteurs. Signes des temps ?

Autre signe des temps. Athènes, janvier 2017

Diplômées... comme starlettes. Athènes, janvier 2017

Resistance contre les licenciements. Athènes, janvier 2017

Pour nos animaux adespotes. Athènes, janvier 2017

Année déjà en cours. En effet... 2017 vient tout juste de commencer. Les médias se sont certes surtout focalisés sur l’investiture de Donald Trump. “Dépasser l'Abysse” d’après l’affiche, renverser la dystopie devenue constituante du siècle nouveau.

Athènes sous le soleil, résister aux licenciements, comprendre les signes du temps... s’occuper aussi des animaux adespotes (car sans maîtres). En finir ainsi avec l’emballage et briser notre conditionnement. Monde activement préparé par nous tous, monde prévisible, monde lumineux !

Animal adespote. Athènes, janvier 2017




* Photo de couverture: Trump, Dystopie, Mentalités, Europe

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