vendredi 22 juillet 2016

Soleil Égéen



Rotation prévue vers le Pirée. Cela fait une petite demi-heure que nous attendons sur le port de la presqu’île. L’employé de la petite agence, du seul comptoir délivrant les billets de la compagnie des îles du Golfe Saronique s’y trouve également, de même que les deux gardes-côtes, visiblement très fraîchement réveillés. On est à peu près une trentaine à attendre l’embarquement et une dizaine de voitures, de même que les incontournables bidons d’huile d’olive de Méthana... en partance également pour la capitale. Le soleil se lève et le bateau arrive à l’heure. Embarquement.

Les incontournables bidons d’huile d’olive de Méthana. Juillet 2016

Ce n’est certainement pas une croisière avec cette compagnie plus que régulière, le trajet jusqu’au Pirée est vécu comme très court car il dure deux heures. Les commentaires des passagers sont ainsi rarement très insolites, décrivant surtout l’île d’Égine, dernière escale avant le plus grand port grec. La buvette du bateau n’est pas très fréquentée par les temps qui courent, le café et les sandwichs servis sont corrects, sans plus. Fait nouveau, une petite affiche nous informe que le prix du café froid comme celui du capuccino, est “désormais ramené à seulement 2€60”... donc ce sera la fête du café à bord.

Le personnel est agréable mais semble un peu lassé, tout comme le bateau lui-même. Les touristes à bord, quelquefois endormis, semblent tout de même être satisfaits du voyage, ou plus exactement de leur séjour en Grèce car le débarquent final au Pirée est souvent synonyme du chemin de l’aéroport.

Toutefois, les réalités grecques du moment parmi les plus... invisibles aux yeux des visiteurs sont aussi du voyage. Les retraités (comme parfois les nombreux supposés retraités du futur), déballent soigneusement leurs morceaux de fromage et leurs tranches de pain, collations préparées pour les circonstances, ainsi que les thermos remplis de café pour les besoins... inhérents en ces moments si matinaux. Tel n’était pas le cas avant la crise, d’où ce presque calme qui règne autour de la buvette du bateau.

Le bateau arrive à l’heure. Port de Méthana, juillet 2016

Au large de l'île d'Égine. Juillet 2016

Les touristes à bord. Juillet 2016

Les téléviseurs à bord sont allumés, fort heureusement, pratiquement sans le son, les journalistes au service des émissions du matin supposées d’information, évoquent à répétition les débats au “Parlement”, et les déclarations des politiciens au sujet de la prochaine loi électorale... le tout, dans l’indifférence totale, les passagers naviguent visiblement au beau milieu d’autres eaux... territoriales que les “élus”.

C’est seulement lorsqu’on croise ce vétuste navire-citerne, encore en service, que je tente à exposer à deux touristes francophones... toute la gravité de l’insoluble problème de l’eau potable pour la population et pour les nombreux visiteurs de l’île d’Égine: “Voyez-vous, la Municipalité répercute le coût de l'utilisation des navires-citernes à ses administrés, plus de quatre millions d'euros par an, cependant, l'île sera bientôt liée au réseau d'Athènes, les travaux de la construction d’un aqueduc sous-marin reliant Égine à Athènes sont en cours”.

Les touristes se disent surpris, à bâbord on aperçoit déjà Salamine et sa rade, les Grecs... imperturbables, se rappellent quant à eux de la récente... (et) énième diminution du montant de leurs retraites, ou sinon, de la... “vente” de la Société nationale des chemins de fer grecs (OSE)... rien qu’au prix d’un (vieux) building à Athènes. En réalité, le train grec (infrastructures et voies ferrées comprises) vient d’âtre cédé par... l’Hyper-Caisse des privatisations (TAIPED) à l’Italien Ferrovie, pour 45 millions d’euros. Il y a à peine deux ans, lorsqu’il a été question de la privatisation déjà probable des chemins de fer grecs... pour “seulement 300 millions d'euros”, Alexis Tsipras et le Syrizistes à l’opposition, avaient suffisamment dénoncé “cette privatisation scandaleuse”. Le... vent souffle à bord de la Grèce et les vagues alors tournent et se retournent !

Ce vétuste navire-citerne. Golfe Saronique, juillet 2016

On croise un géant des mers. Au large du Pirée, juillet 2016

Les terminaux de la société COSCO, Le Pirée, juillet 2016

On croise aussi un... géant de la mer, ayant effectué le long voyage... de la mondialisation depuis la Chine, sa destination ici, c’est le port commercial du Pirée, acquis comme on sait par la société chinoise COSCO, celui que... le proto-gouvernement SYRIZA en janvier 2015 déclarait vouloir maintenir en tant que... “Patrimoine et autant richesse du pays”. Notre bateau ralentit, le gros navire chinois a d’ailleurs la priorité, les touristes sont à peine attirés par un tel spectacle, et les Grecs y sont visiblement habitués.

Personne ainsi n’aura remarqué cet autre port à proximité, servant de “dépotoir” pour les navires de la Compagnie maritime de l’île de Lesbos (NEL) en faillite depuis 2012-2013, ses marins avaient campé à bord durant plusieurs mois, réclamant en vain leurs salaires non versés. Sauf que l’actualité grecque... se modernise depuis irrémédiablement, et ces sujets ne feront plus les gros titres.

En ce moment par exemple, la presse nous informe que d’après les données récentes du Ministère du Travail (?), 126.956 Grecs perçoivent un salaire d’environ 100 euros par mois, et en moyenne, les salaires ont diminué de 25% depuis 2009. Enfin, seulement 40% des salariés (restants) sont “concernés” par les Conventions Collectives, ces dernières étant en voie d’extinction rapide, telle est d’ailleurs (entre autres) la politique imposée par la Troïka (UE, FMI, BCE), avec l’aimable participation des politiciens d’Athènes.

Les navires (mourants) de la Compagnie NEL. Le Pirée, juillet 2016

Friches industrielles. Le Pirée, juillet 2016

Le feu d’entrée en réparation. Le Pirée, juillet 2016

Maigre consolation, le feu (rouge) d’entrée du port du Pirée détruit... lors du passage du navire “MSC Magnifica”, gros paquebot de croisière... le 20 novembre 2013, est enfin en cours de réparation.

On aperçoit à peine le bateau-musée Hellas-Liberty, emblématique vestige du siècle dernier, bien flottant comme on sait. Le petit monde embarqué est impatient, la lune s’est déjà couchée sous la presqu’île de Méthana, et pour ceux qui se donnent un peu la peine d’y voir plus clair, dans les cafés du Pirée, certains habitués nous... regardent d’en bas ou peut-être finalement bien d’en haut.

Peu importe, l’insignifiant de la stupidité la plus grossière... peut toujours régner en maître, à Athènes par exemple, Place de la Constitution, les plus jeunes s’adonnent au nouveau “jeu” de “pokemon go”... déboussolés et futurs morts (économiques et pas seulement) de tous les pays... unissez-vous ! Peu importe autant des dernières statistiques grecques, nous informant de l’appauvrissement cette fois économique des Grecs, les ménages du pays ont perdu plus de 500 millions d’euros de leur revenu disponible, rien que durant le premier trimestre de cette... belle année 2016. Il y aurait de quoi... jouer à chercher des poux dans la tête, Place de la Constitution !

Le bateau-musée Hellas-Liberty. Le Pirée, juillet 2016

Ravitaillement. Le Pirée, juillet 2016

L’insignifiant de la stupidité. Athènes, Place de la Constitution, juillet 2016

Dans les cafés du Pirée... certains habitués. Juillet 2016

Plus au nord, en Thessalie Occidentale, bien loin du soleil Égéen tout comme des navires qui sillonnent le Golfe Saronique, Aris, travailleur du bâtiment devenu occasionnel, évoque non sans un certain... respect, la seule construction d’un immeuble d’habitation en ville de Trikala, depuis bientôt trois ans. La crise est passée par là... et surtout, elle y insiste.

Les gens s’y sont habitués, la poly-activité et le troc s’occupent du reste, la ville semble pourtant vivante, aux dires par exemple d’une famille de touristes venue de France afin de visiter les célèbres monastères des Météores. J’ai tout de même suggéré... qu’à Trikala même, il suffirait d’exécrer son regard pour y distinguer les dernières marques d’une architecture bourgeoise (selon les normes bien d’ici), datant de l’entre-deux guerres, du siècle précédant bien entendu.

Une période marquée par un bouleversement durable des rapports de force internationaux, après l'effondrement des anciens Empires en Europe, époque aussi des progrès techniques considérables et de grands changements culturels. Rien de très... archaïque en effet.

En Thessalie Occidentale. Juillet 2016

La seule construction d’un immeuble d’habitation depuis trois ans. Trikala, juillet 2016

Architecture bourgeoise datant de l’entre-deux guerres. Trikala, juillet 2016

Rotation prévue vers notre nouveau... siècle et vers son entre-deux guerres... brouillées et mélangées d’emblée, comme par hasard. Surprise, mon cousin Kóstas est de retour au village. Il a émigré en Allemagne à l’âge de... 62 ans, lui et son épouse, accompagnant leurs deux enfants ainés ainsi que leurs trois petits enfants. Leur fille cadette a également émigré, sauf qu’elle a préféré s’installer à Londres.

Kóstas décrit l’Allemagne comme étant un... “radeau de sauvetage savonné”, la fusillade (...attentat) du jour dans le centre commercial près du stade olympique de Munich, faisant plusieurs morts, le rendent encore plus perplexe... face à la décrépitude rapide des espoirs de toute sorte dans ce bas monde. “Il va falloir s'y mettre sérieusement pour tout reprendre, je le vois venir” dit-il.

Loin du soleil Égéen comme de ses navires... le monde tournera de sa piètre manière, déjà car l’insignifiant de la stupidité coure les rues et occupe bien tant de places et de pays sans... Constitution.

Soleil Égéen. Juillet 2016

Port de Méthana, juillet 2016

Au village Thessalien, dans un coin du café, les habitués de la chasse commentent cette dernière nouvelle de la semaine grecque: Le ministre de l’Environnement, prévoit de saisir plus d’un million de fusils de chasse en circulation en Grèce, car d’après ses déclarations, “il n’est pas sécurisant d'avoir dans son placard une arme quand on ne sait pas si le titulaire a bien les compétences pour le garder, car sur plus d'un million de fusils de chasse, beaucoup d'entre eux appartenant à ceux qui ne sont pas chasseurs”.

On en déduira que les politiques ne se sentent plus tellement en sécurité... effectivement, il n’est pas sécurisant d'avoir dans son placard... de “Parlement” tant de formations politiques... si éloignées de la Démocratie comme autant de l’intérêt publique, hélas !

À Trikala, le soleil se lève et se couche derrière les montagnes qui entourent la pleine de Thessalie. Malgré tout, la vie continue. Comme dans les îles et comme à Méthana, ceux qui ne sont certainement pas chasseurs feront tout, pour que nos animaux adespotes (sans maître) puissent boire de l’eau... par les temps qui courent. Été brûlant.

De l'eau, pour les animaux adespotes. Trikala, juillet 2016




* Photo de couverture: Sur le port de la presqu’île. Méthana, juillet 2016

3 commentaires

panprank a dit…

Plus d'un million de fusils face à votre situation... Voilà qui laisse songeur...
A nonante ans je sais que Theodorakis ne rendra pas le sien! (on lui a déjà fait le coup dans les années quarante, n'est ce pas...).
Puisse donc la population prendre exemple et vaincre cette dictature économique dans la dignité.
Mon coeur et mon sang avec vous.
Mmmm...Navré de mon propre message, je ne sais pourtant que dire d'autres comme beaucoup d'entre vous face au déni de citoyenneté que l'on vous inflige.

katzi a dit…

On ne peut qu'être dans le sens de ce commentaire, pour peu que le refus du "désarmement" soit quasi-général.
Encore une fois, votre "supériorité" est d'avoir plus que tous autres, identifié depuis longtemps les responsables du mal, alors qu'en France et ailleurs la confusion du chaos sévit plus que jamais...
Petites lueurs: le Traité TTIP semble enfin mis à mal (côté US), Lagarde est inculpée (enfin) pour corruptions annexes,
le rapprochement Poutine-Erdogan (cadeau empoisonné)vient de porter un coup à la plaque tournante otanesque...et au blocus du gazoduc russo-turc pouvant(enfin) bénéficier à la Grèce,si le "dirigeant" en cours saisissait l'opportunité...
Fractures de changement indéniables, à suivre...

Resistant Daniel a dit…

La saisie des fusils de chasse, ces armes populaires qui marquent la différence entre les citoyens d'un état libre et qui possèdent ces armes, souvent héritées des générations, et les citoyens d'un état qui s'achemine vers la confiscation des libertés premières...tout un symbole, et j'espère que les Grecs ne livrerons pas leurs armes. SPARTACUS.

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