vendredi 6 mai 2016

Vitalisme... et animisme



Décidemment, nous allons de surprise en surprise. Au cours de ce week-end et par une procédure dite “express” au “Parlement”, le gouvernementales SYRIZA-ANEL tente d'enterrer la sécurité sociale. Vote... alors soudain, “car c’est pour disposer d'un argument supplémentaire lors de l'Eurogroupe du lundi 9 mai”, affirme le gouvernement. Les syndicats, l’autre Gauche, les collectifs comme on dit parfois, répliquent alors par une grève générale de quatre jours, les ferrys ne partent pas, et à Athènes déjà, tous les transports en commun sont à l’arrêt, ou le seront dans les prochaines heures. Baroud d’honneur ?

Le vacanciers de Pâques quittant Méthana. Mai 2016

Les vacanciers de Pâques à peine rentrés à Athènes, et voilà que “la clique Tsipras- Katroúgalos en... exploitant la coupure des vacances de Pâques, a décidé de faire voter d'un seul coup... et d'une seule et courte nuit, la réforme du système des retraites et en même temps, la nouvelle fiscalité exigée par la troïka”, peut-on lire sur le site du “Plan-B” d’Alékos Alavános.

C’est vrai qu’Alavános fut le chef de SYRIZA avant de propulser le jeune Alexis à la tête de cet ultime conglomérat de la gauche en Grèce... devant la fin de son histoire... celle de la Gauche comme probablement celle de la Grèce, la réponse sera connue dans bien peu de temps historique à mon avis. Et pour la petite légende, rappelons que par la suite à l’époque, Alavános avait dû quitter même SYRIZA: “Faire monter Tsipras a été la plus grande connerie politique que j'ai pu commettre” me disait-il Alékos il y a un peu plus d’un an. Trop... tard.

Ainsi, au menu du jour, les Tsipriotes... feront avaler aux Grecs entre autres mesures, les nouvelles réductions des retraites de base et complémentaires, l'augmentation des taxes et de la TVA sur les produits même de première nécessité, la suppression de la Prestation de solidarité sociale versée en (faible) complément aux petites retraités, l'augmentation des cotisations sociales et du dit “prélèvement spécial de solidarité” frappant les commerçants, les agriculteurs, les professions libérales restantes, tout comme les jeunes scientifiques qui tentent leur démarrage en indépendants faute d’autre choix puisque le salariat s’est déjà et définitivement paraît-il effondré.

Ces mesures supplémentaires requises par la troïka, 'obligent' le gouvernement à s'introduire comme un cambrioleur dans la maison du peuple et de le voler”, estiment encore les éditorialistes du site du Plan-B.

Athènes ayant traversé l'histoire récente. Mai 2016

Alexis Tsipras et Panos Kamménos sur un navire de la Marine nationale. Pâques 2016 (presse grecque)

Alexis Tsipras et Panos Kamménos sur un navire de la Marine nationale. Pâques 2016 (presse grecque)

Alexis Tsipras et Panos Kamménos n’ont pas osé se mêler au peuple pour ce dimanche de Pâques 2016. Après avoir... brièvement fêté à bord d’un navire de la Marine nationale, le “Premier ministre” a finalement déclaré que “Tout ira mieux par la suite”. C’est remplir son temps de parole par des inepties lorsqu’on incarne le vide politique, telle est la règle partout dans notre Occident de la démocratie finissante.

Depuis son lit d’hôpital, mon ami Panagiótis observe désormais à peine ce qui s’y passe. “SYRIZA, bonne blague, c'est de la... merde depuis longtemps, c'est une perte de temps que d’évoquer même ce foutoir. Moi en tout cas... je pourrais enfin m'en aller pour ne plus voir tout cela”. Soufrant d’un cancer... forcement lourd en plus des temps qui filent alors trop vite, mon ami avait déjà quitté les... laborantins Syrizistes en 2012, pour ensuite manifester et lutter face aux mémoranda ; à présent, il mène sa lutte pour la vie dans un hôpital de plus en plus dépourvu de moyens. “Ces gens... nous achèveront avant l'heure, salopards”, me dit-il.

L'hôpital spécialisé en cancérologie. Athènes, avril 2016

L'hôpital spécialisé en cancérologie. Athènes, avril 2016

Le Centre médical Solidaire à Ellinikón, Athènes, mai 2016

C’est un avis (pratiquement) partagé par ceux du Centre médical Solidaire à Ellinikón (Sud d’Athènes) et par son initiateur, le cardiologue Yórgos Vichas.Nous soignons plus de mille patients par mois, nos listes de rendez-vous sont pleines, nous ne pouvons pas aller au-delà de ce que nous pouvons faire avec nos moyens humains, nous sommes tous des bénévoles ici, il ne faut pas oublier” nous expliquait une responsable sur place.

Car lutter, c’est aussi œuvrer si possible... d’en bas. C’est ainsi et avec émotion que j’ai accompagné des amis et lecteurs de Greek Crisis représentant deux collectifs de la région de Marseille (et notamment du collectif 'Marseille avec les Grecs'), lorsqu’ils ont livré au Centre médical Solidaire à Ellinikón, une importante quantité de médicaments et de matériel médical en provenance de leur région. Nous nous sommes rendus aussi à la pharmacie du coin pour acheter d’autres médicaments d’après une liste établie par les médecins du Centre, car ceux d’Ellinikón ne reçoivent jamais de dons sous forme de numéraire.

Leurs besoins sont accrus, le Centre accueille autant les migrants et réfugiés du campement voisin situé dans les locaux de l’ancien aéroport, j’ai également contribué par mes maigres moyens conformément à l’engagement moral et concret de Greece Terra Incognita, à ce don de médicaments. Belle matinée, sous un si grand soleil masquant un peu les réalités grecques et autant, un moment émouvant.

Les amis et lecteurs de Greek Crisis au Centre médical solidaire. Ellinikón, mai 2016

Les amis et lecteurs de Greek Crisis au Centre médical solidaire. Ellinikón, mai 2016

Au Centre médical solidaire. Ellinikón, mai 2016

Au Centre médical solidaire. Ellinikón, mai 2016

Au Centre médical solidaire. Ellinikón, mai 2016

.“Nous soignons plus de mille patients par mois”. Centre médical solidaire. Ellinikón, mai 2016

C’est ainsi que le mélange des réalités grecques se prolongera... jusqu’au bout de la nuit, ou du prochain jour. Sur le port du Pirée une migrante solitaire meuble tout le temps de son nouvel exil en pêchant devant le quasi-naufrage du ferry Panagía Tinou, tandis qu’à bord d’un ferry à destination d’Égine, de Méthana et de l’île de Póros, quatre migrants Pakistanais d’ancienne date sympathisent avec deux touristes venus d’Allemagne. Les Grecs quant à eux, ils ruminent toujours et encore... sur les nouvelles mesures d’austérité et ne sympathisent même plus entre eux déjà !

On remarquera qu’un certain tourisme religieux a toujours la côte à Égine (à cause des monastères), puis à Méthana, on évoque volontiers dans les cafés l’acquisition... groupée de biens immobiliers faite par ceux qui viennent d’Allemagne ou d’Autriche. “Puisque les Grecs ne peuvent plus vivre ici, eh bien voilà... nos villages seront repeuplés de cette façon”.

Tout n’est pas... négatif donc dans toute notre affaire. Le large port de la presqu’île volcanique est souvent occupé par les flottilles en ce moment, tous ces voiliers sont loués par de touristes venus de l’espace russe et ukrainien, c’est aussi d’époque, comme on sait.

Sur le port du Pirée une migrante solitaire. Mai 2016

Sur le port du Pirée, les migrants. Mai 2016

Sur le port du Pirée, touristes Japonais. Mai 2016

Sur le port du Pirée, les migrants. Mai 2016

Migrants Pakistanais sympathisent avec les touristes. En route vers Égine, mai 2016

Un certain tourisme religieux à Égine, mai 2016

Le capitaine, manœuvres d'approche à Égine, mai 2016

Voiliers loués par de touristes de l’espace russe. Méthana, mai 2016

Décidemment, nous allons de surprise en surprise. Les ferrys n’iront pas appareiller ce week-end, les marins, les employés, les indépendants et les fonctionnaires manifesteront massivement Place de la Constitution. Peut-être, pour faire rappeler à Alexis Tsipras toute l’énormité de son mensonge datant de janvier 2015: “Nous incarnerons chaque mot de la Constitution”.

Un Putsch de plus est ainsi en cours en Grèce ; Papandréou, Papadémos, Samaras et Tsipras... la liste est longue. La... petite affaire grecque n’est en réalité qu’un paragraphe fort parlant du... Grand livre du nouveau monde totalitaire, celui du Traité Transatlantique entre autres.

Le Traité Transatlantique, presse grecque, mai 2016

Le Traité Transatlantique, presse grecque, mai 2016

La liberté... journalistique, presse grecque, mai 2016

Certains en Grèce se mettent ainsi à rêver... de notre prochaine nouvelle drachme, et sur les supposés futurs billets, on y découvrirait même la figure de Míkis Theodorakis.

Rêve alors probable ? La nouvelle programmation quant à elle du “gouvernement”, laquelle vient de briser les règles de la Chambre une fois de plus, prévoit de lancer le débat en séance plénière samedi à 10 heures ainsi que la deuxième réunion dimanche, en vue d'un vote juste avant minuit, parodie en répétition.

Off-the-record, d’après leurs propres déclarations, de nombreux députés SYRIZA “se résigneront” à faire adopter en bloc le... mémorandum-4 de Tsipras, car en cas d’élections anticipés, ils se seront pas réélus: “Par cette crise et dans ce contexte d'austérité... nous ne pouvons pas revenir aussi rapidement à nos retraites de misère en comparaison avec notre solde actuelle” (6.000 € par mois), aurait-il déclaré un élu SYRIZA.

Les supposés futurs billets, presse grecque, mais 2016

Mes amis, Panagiótis et Katerina... lors des manifestations des années précédentes.

Instants vides et instincts remplis. Les seuls besoins vitaux peuvent souvent ainsi dicter les conduites des humains, députés et chefs compris.

Devant les exigences du FMI, le “gouvernement” admettra enfin l’abaissement du seuil de la non-imposition, rapporte alors la presse mainstream ce vendredi.

Entre “vitalisme”... et “animisme” supposées, décidément, la vie c’est toujours une lutte !

Décidément, la vie c’est la lutte ! Athènes, avril 2016




* Photo de couverture: Manifestation su syndicat PAME. Athènes, mars 2016

2 commentaires

William Proust a dit…

Heureusement que vous êtes-là, que vous nous donnez des nouvelles de la Grèce, car ici en France, nous n'en avons plus depuis que Stipras s'est fait réélire, même dans la presse indépendante et en ligne. C'est vous dire. Merci encore de nous tenir au courant de ce qui se passe dans votre pays que j'aime beaucoup.

William Proust a dit…

Merci de nous donner des nouvelles de la Grèce, car ici en France, depuis la réélection de Stipras, la presse, même indépendante et en ligne, ne nous en fournies pas.

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