mardi 10 mai 2016

Un monde fantastique



Le quasi-quatrième mémorandum vient d’être adopté par notre parodie parlementaire qui persiste et... signe, et la vie continue. Cette nouvelle ère finalisée et ainsi définitivement accomplie, mémorandum après mémorandum ne serait qu’à moins d’une décennie... à vol d’oiseau de son assemblage... souverain; malgré la courte distance historique la traversée semble alors bien longue.

Sur un mur près du port du Pirée: “Impasses”. Mai 2016

Sur un mur près du port du Pirée, le slogan en un seul mot résume alors la situation: “Impasses”. D’ailleurs, les marins étaient encore en grève lundi 9 mai et tous les ferrys restèrent amarrés... jusqu’au lendemain matin. Eurogroupe, suite... et fin, sont passés par là.

De nombreux Grecs, suivent à peine désormais les déclarations des politiciens, et encore moins, les diatribes théâtralisées devenues triviales enfin, celles des journalistes... et dramaturges. Costas, de la presqu’île de Méthana ne retient pourtant de l’actualité, que la nouvelle de l’annulation du match de finale de la Coupe de football en Grèce, suite à cette décision gouvernementale... au beau milieu des mesures mémorandaires imposées en ce moment même. Comme il l’a d’ailleurs précisé Jeroen Dijsselbloem, le président de l'Eurogroupe, “elles devront en effet être crédibles, votées à l'avance, automatiques et basées sur des facteurs objectifs”. Donc pas de football !

Costas, inlassablement plus terre-à-terre s’insurge donc devant cette privation dont il se considère être la victime la mieux représentative de la Grèce d’en bas: “Salopards, idiots, escrocs; en plus des mesures prises sans cesse par Tsipras et qui... enc... (sic) alors tout le monde dans ce pays, ces gens ne veulent plus nous laisser suivre notre match de foot. Sous la dictature des Colonels c’était finalement mieux ; j’étais gamin certes à l’époque mais je m’en souviens, à la télévision nous n’avions que du foot à volonté et en plus, personne n’avait faim en Grèce... Alors, où allons-nous ?”.

Manifestants à Athènes contre l'austérité. Avril 2016

Tsipras... menteur, au “Parlement” le 8 mai 2016 (presse grecque)

Tsipras et Kamménos... cyniques, au “Parlement” le 8 mai (presse grecque)

Manifestant et policiers devant le “Parlement” (Sýntagma), le 8 mai (presse grecque)

Vraiment, où allons-nous ? Les députés SYRIZA/ANEL ont... tout adopté en bloc, les syndicats ont joué la parodie ainsi que les partis de la Gauche, et cependant, ceux d’en bas ayant répondu à l’appel, c’était d’abord et surtout pour manifester dans la dignité et néanmoins dans la consternation. Et ils ont tenu.

À certains moments, on dirait même que ceux du pouvoir ont peur du peuple, à en juger par le degré de violence dont les manifestants ont été par exemple les victimes dimanche soir dernier. Devant un appel lancé sur internet (et de ce fait, pas forcement placé sous l’influence des syndicats, ou sous celle des partis... autorisés qui secondent hélas le totalitarisme des élites dirigeantes dans le maintien en l’état, de leur mécanique sociale), appel donc lancé dans le but de transformer le rassemblement de la soirée du 7 mai qu’a eu lieu Place de la Constitution (devant le “Parlement”) en une sorte de “Nuit Debout” à la grecque, et voilà que nous avons observé, l’exacte répétition du scenario sans cesse répété en Grèce et surtout à Athènes dans pareils cas.

Les pseudo-autonomes, en réalité des individus apparentant aux forces de l’ordre et/ou, au para-État grec (et Troïkan), apparus sur les lieux en... casseurs, ont aussitôt offert le prétexte fabriqué aux compagnies des MAT (CRS) pour intervenir. C’est alors ainsi que la manifestation avait été très violement réprimée, tandis que les preneurs d’images de la chaîne de télévision MEGA, ont immortalisé ce moment où un casseur a ôté sa cagoule devant un policier, pour se faire reconnaître et alors échapper... à la frappe ; le reportage a également été repris par le site du journal “To Pontíki” daté du 9 mai. Tsipras, et alors... ses cagoulards, nouvelle ère... finalisée !

Place de la Constitution, le 8 mai (presse grecque)

Militants et cadres de l'Unité Populaire... évacués. Place Sýntagma, le 8 mai

Manifestantes et femmes de ménage 2013. Documentaire de Sylvain L'Espérance (2016)

Enfin, tout le monde aura remarqué, presse comprise, que ceux de l’Unité Populaire (ex-Plateforme de Gauche au sein de SYRIZA, ayant quitté ce parti si lamentablement Tsiprosé en août 2015), militants et alors cadres du mouvement de Panagiótis Lafazánis, (ils) ont été particulièrement visés et ainsi frappés par les policiers assaillants... certains d’entre eux, ont été évacués par ambulance. Apparemment, les ordres et/ou les recommandations, officieusement formulés par ceux du gouvernement ont bien été en rapport avec ces agissements des forces de l’ordre. Honte !

Une certaine Grèce ainsi sociale saigne alors au cours sa mort (lente) et s’offre donc en spectacle, comme à travers ce beau résumé filmé que nous propose (2016) le réalisateur Canadien Sylvain L'Espérance ; j’ai eu la chance de rencontrer à Athènes durant les tournages.

Tourné sur une période de deux ans, ‘Combat au bout de la nuit’ se présente comme un long voyage au cœur de ce qui agite la Grèce, entraînée dans la tourmente par le pouvoir prédateur de l’Europe. Irrigué de désir de liberté, porté par les luttes contre la violence et la marginalisation, le film est propulsé par des énergies complémentaires et dissonantes, à l’image d’Athènes, ville de contrastes. La présence et les récits de tous ceux qu'on y rencontre - qu’ils soient Athéniens ou réfugiés afghans, soudanais, syriens, femmes de ménage ou travailleurs du port licenciés, médecin bénévole ou sans-abri - se répondent et tissent entre eux des filiations inattendues, qui racontent une appartenance commune au mouvement du monde. Dans sa durée (4h45) le film propose une véritable plongée dans le combat qui façonne la Grèce d’aujourd’hui”.

Les Grecs pourront peut-être encore... retourner leur terre. Thessalie, avril 2016

Les touristes sont de retour. En route vers l'île d'Égine, mai 2016

Le “SLOMAN THEMIS”, tanker allemand (pavillon de Malte) d'un TPL de 34611t à l'ancre. Salamine, mai 2016

Migrants faisant leurs courses au Pirée. Mai 2016

Notre nouvelle ère finalisée et supposée définitivement accomplie, mémorandum après mémorandum se met en place. Mais la vie continue. Les touristes sont de retour, les migrants font aussi leurs emplettes au Pirée, tandis que les Grecs pourront peut-être encore... retourner leur terre, et enfin, les navires seront toujours à l’encre près de l’île de Salamine.

Le quasi-quatrième mémorandum vient d’être adopté par la parodie parlementaire des Tsiprosés, seul le “gouvernement” croit à la victoire, à travers son lamentable communiqué, publié à l'issu des négociations de l'Eurogroupe du lundi 9 mai. D’ailleurs, comme la presse grecque diffuse en parallèle, à la fois le texte du communiqué officiel de l’Eurogroupe et celui produit par le “gouvernement grec”, tout le monde remarque comment et combien les deux textes n’expriment pas toujours la même vérité... qui fâche forcément.

Et pour ce qui est du fond bien sombre de l’affaire, l’analyse récente de Romaric Godin dans “La Tribune”, résume sinon l’essentiel: “L’Eurogroupe a clairement franchi un nouveau stade dans son traitement de la crise grecque. Il s'agit désormais d'introduire un mécanisme préventif qui échapperait aux gouvernements helléniques et déclencheraient immédiatement une série de mesures précises. Autrement dit, la demande de l'Eurogroupe est d'exclure à l'avenir ces mesures du champ politique. Une fois votée à l'avance, elles s'imposeraient aux Grecs quel que soit le gouvernement ou la situation économique. Avec cette demande, l'Eurogroupe et le FMI affirment leur défiance absolue vis-à-vis de la Grèce et réclame que le gouvernement grec aie le moins de maîtrise possible à l'avenir de sa politique budgétaire et économique, qui est pourtant déjà réduite. Ce que les créanciers veulent éviter, ce sont les discussions sur le détail des mesures qui ont trop ralenti à leur goût l'adoption des mesures depuis cet été”.

Athènes pourtant insolite. Mai 2016

“L’UE et l’OTAN... au fond du puits”. Slogan et bâtiment. Le Pirée, mai 2016

Migrant, campeur et pêcheur occasionnel. Le Pirée, mai 2016

Migrants et campeurs. Le Pirée, mai 2016

Quotidien athénien, mai 2016

La demande de l'Eurogroupe va également fort loin dans la mesure où, comme l'a précisé Jeroen Dijsselbloem, les ministres des Finances de la zone euro savent parfaitement que des ‘mesures contingentes’ sont inconstitutionnelles en Grèce. Il n'est pas possible de voter des décisions budgétaires ‘à l'avance’. Le président de l'Eurogroupe, comme le commissaire européen Pierre Moscovici, ont donc invité les Grecs à proposer un mécanisme permettant de contourner la loi fondamentale hellénique. Bref, tout se passe comme si l'intérêt des créanciers devait primer en Grèce sur tout le reste, y compris l'ordre démocratique et l'état de droit”, (Romaric Godin, le 3 mai).

Démesure ainsi... “contingente” et en réalité hybris d’une Union Européenne qu’il va falloir alors défaire au plus vite. Sauf que les partis politiques, de gauche comme de droite, tout comme les syndicats n'y voient certainement aucune urgence. Cependant, tout l’autre monde celui des travailleurs et des chômeurs surtout, et qui n’est plus celui des partis, sait désormais combien leurs diligentant tirent profit... et en conséquence leur très bon plaisir, des subsides officiels (ou non) de l’Union Européenne.

Ceci expliquera toujours cela. Le dit “Parti de la gauche européenne”, si cher à Pierre Laurent, ne serait qu’une création (2004), d’abord et surtout imaginée par les architectes de la para-démocratie européiste semble-t-il. Comme par hasard, cette formation critique volontiers le “cruel capitalisme” sauf qu’elle ne met jamais en cause les institutions européistes, aux mains de la mafia financieriste et politique que l’on connaît.

Naufrage. Ferry ‘Panagía Tinou’, le Pirée, mai 2016

Le “lion” (copie) du port du Pirée, mai 2016

Métiers du passé. Café d'Athènes, mai 2016

Le référendum de 2005 sur le projet de traité constitutionnel européen puis la bataille du gouvernement Tsipras contre les institutions européennes en 2015 ont mis en évidence le caractère antidémocratique de l’idée de gouvernement par les règles. Celle-ci cherche à évacuer le politique du gouvernement et fait écho à la notion de démocratie sans peuple. De ce point de vue, la période qui va du rejet du projet du TCE au traité de Lisbonne a été pour moi une période très instructive, car elle a confirmé mes pires craintes quant à l’évolution de nos sociétés.”, s’exprime de son côté, Jacques Sapir sur le blog de Bertrand Renouvin.

Notre nouvelle ère supposée finalisée et accomplie, mémorandum après mémorandum, n’est peut-être pas définitive. Tout dépend de notre capacité, volonté et autant esprit de coordination, pour alors en finir avec cette hybris. Je considère que nous aurions au mieux dix ans devant nous, pour réagir et surtout pour inventer.

Photo exposée de mon ami Jacques. 2016

Car au-delà d’un certain... survivalisme dans lequel nous sommes plongés, il nous arrive parfois de créer et même d’exposer ses œuvres, tel mon ami Jacques l’égéen, avec ses remarquables photos réalisées dans nos Cyclades qui sont d’abord les siennes.

Nous découvrons tant de temps à autre, ces photos représentant nos... anciens métiers, accrochées sur les murs des cafés, comme nous nous attardons parfois un bref instant devant certains hôtels...survenus du siècle passé, sur la belle presqu’île volcanique de Méthana ou même lorsque nous naviguons près du port antique de l’île d’Égine.

Hôtel d'époque à Méthana. Mai 2016

Vestiges du port antique à Égine. Mai 2016

En dépit de la parodie parlementaire qui persiste et... qui signe, la vie continue, les consciences (se) travaillent et enfin, l’été grec est ante portas.

“L'Été grec”, celui surtout de Jacques Lacarrière, s’agissant de sa somme poignante, rapportée de plusieurs voyages effectués entre 1947 et 1966, titre phare de la collection “Terre humaine” fondée par Jean Malaurie. “Un monde fantastique où tout prenait le contre-pied des règles quotidiennes” ; et si l’on veut bien, autant, le contre-pied de toute démesure... “contingente”.

Un monde fantastique... Méthana, mai 2016




* Photo de couverture: Un monde fantastique... Au large d'Egine, mai 2016

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