lundi 28 mars 2016

Patries de l'enfance !



Hiver météorologique finissant. Entre deux accalmies dans les nouvelles du pays et dans celles du bas monde, les Grecs iront à la pêche. En plus, le voisin Chrístos a enfin trouvé un peu de ce travail... inéluctablement exceptionnel et cela lui a “rempli toute la semaine”, comme il dit. Enlever le carrelage, puis refaire le sol dans hôtel sur une île en vue de la saison touristique, voilà pour l’essentiel de... l’affaire. Depuis qu’il a été contraint de déposer le bilan de sa micro-entreprise en 2011, il ne travaille que très occasionnellement, “et tout cela n'a plus à être déclaré, nous survivons au jour le jour et c'est tout”.

Pêcheurs, Méthana, Péloponnèse, mars 2016.

Les voiliers de la saison prochaine et même proche, saison en tout cas... espérée, prennent la mer pour des essais, leur spectacle est déjà beau. Sur la presqu’île de Méthana, nous avons aussi aperçu les premiers voiliers de location. “Pâques des Occidentaux” enfin (comme on dit parfois en Grèce), et nous avons aidé un groupe de jeunes Allemands arrivés la nuit bien tombée à Vathy, petit port... et ses tavernes sur la côte Ouest de la presqu’île.

Durant ce long week-end pour les Grecs, pour cause de fête nationale du 25 mars, les Méthaniotes ont toutefois remarqué que les Athéniens n’ont pas vraiment fait le déplacement. “Évidemment, la crise... mais en plus il y a eu la météo annoncée comme plus mauvaise que de vrai, voilà le problème”, raconte un petit restaurateur du coin. Et durant les longues accalmies, habitants comme visiteurs s’adonnent à la pêche, sport très favori des Grecs (comme des vieux immigrés au pays) en ce moment. “Ce poisson assure notre principale protéine sur l’année, et en été, on arrive à vendre nos plus belles prises aux restaurateurs qui en demandent... ce qui ne résoudra pas facilement... l'énigme des factures d'électricité, car il va falloir et pouvoir travailler occasionnellement pour gagner un peu de liquide”, expliquent deux chômeurs venus pêcher depuis une bourgade de l’Attique bien proche.

En réalité, dans les campagnes, surtout dans les terroirs côtiers, une certaine figure de la vie... distincte de... l’au-delà des dénuements systématiquement urbains de la crise grecque, est assurée par la poly-activité, par le troc (même relatif), ainsi que dans certains cas seulement, par une thésaurisation intelligente mais héritée des années d’un passé mémorable aux dires de tous. Cependant, nombreux sont ceux... qui s’adonnent ainsi à la pêche quotidiennement, puisque tous les jours deviennent alors fériés.

Méthana, mars 2016

Symbolisme entre les ordures et la télévision. Méthana, mars 2016

Poisson grec sur le marché. Athènes, mars 2016

Revenu de... son île tout fier, le voisin Chrístos qui est un pêcher amateur et aguerri, il a naturellement partagé avant tout, les... selfies de ses prises avec tout le voisinage. Il a également apporté trois grands sacs remplis de vêtements en très bon état que l’hôtelier de l’île lui a offert, en provenance de sa... collection Printemps et été forcement passés. Dans notre immeuble ce fut enfin la vraie... fête nationale !

C’est alors autant de la sorte que nous avons célébré... la nation révoltée pour la liberté mais c’était en 1821. Par la même occasion, nous croyons aussi célébrer de la sorte... son économie renaissante toujours dans un temps futur, d’après aussi les inepties que racontent nos funestes marionnettes des politiciens. La palme d’or du moment en la matière, revient il faut dire à Dimítris Mardas, ministre adjoint des Finances dans le premier gouvernement SYRIZA/ANEL entre janvier et août 2015, puis, de septembre 2015, nommé secrétaire d'État aux Affaires étrangères dans le deuxième gouvernement Tsípras. Mardas vient alors de déclarer que “finalement, les réfugiés Syriens seraient des investisseurs en Grèce, ce qui pourrait contribuer à faire renaître l'économie grecque” (cité de mémoire).

Déclarations ayant fait bien rire tant de monde enfin, à travers la blogosphère grecque et jusqu’à la grande presse: “Enfin voilà la vérité, les hotspot des migrants et des réfugiés sont en effet des... startups”, ou: “Lorsqu’on est des investisseurs à hauteur de 250.000€ dans la poche, on aime risquer sa vie à bord des embarcations de fortune en traversant la mer Égée”, et “Nous sommes le premier pays au monde à attendre les inviteurs... arriver à la nage”, voilà que parfois nos drames provoqués, tout comme ceux des autres (autant provoqués), nous autorisent à un peu de dérision, anthologie publiée sur le site de l’hebdomadaire satyrique et politique “To Pontíki”.

Fermetures. Athènes, mars 2016

“Patries parties en feu”. Concert, Athènes, mars 2016

“Notre seule patrie, les années de notre enfance”. Méthana, mars 2016

Pendant qu’à Athènes nos musiciens et chanteurs parmi les plus connus se produiront en concert pour les... “Patries parties en feu”, et pour ainsi contribuer à financer les besoins urgents des centres d’accueil pour les migrants et les refugiés, à Méthana, une version alors locale des mentalités actuelles, repérée sur un muret, prétendra que “Notre seule patrie, est celle des années de notre enfance”, monde très actuel !

Plus gravement, et à part tout le respect que nous nous devrions enfin... à l’enfance de la Patrie, à Veria, ville du nord de la Grèce, la protestation violente de certains habitants devant les autocars transportant deux cent migrants et réfugiés du camp d’Idomeni vers leur ville, ont obligé le député SYRIZA de la circonscription, Yórgos Oursounidis... à se refugier à l’intérieur d’un car de MAT (CRS en Grèce), pour ne pas être... lynché par les manifestants aux cris... de: “Salopard, je vais te briser la tête”. Monde encore très... actuel.

Cependant, il est vrai que la situation dans les... campements, à Idomeni notamment, se dégradent très dangereusement. Les tentions, celles du désespoir comme de l’abandon... s’exacerbent comme prévu. Ces gens se sentant ainsi piégés... pour une énième fois. En plus, ces derniers jours (d’après tous les reportages), certains... agents appartenant à des ONG, plus suspectes que jamais à vrai dire, propagent parmi les refugiés tant de rumeurs sur la prétendue prochaine ouverture de la frontière, les incitant surtout à tenter leur passage... en force sur la frontière, sachant pertinemment qu’elle restera fermée et que toute action de ce type ne peut qu’empirer la situation, la leur surtout.

La protestation à Veria, le 26 mars (presse grecque)

Le député SYRIZA dans le car de MAT. Veria le 26 mars (presse grecque)

Kostís Palamas, le poète pensif. Monument athénien, mars 2016

Il y a de quoi être... pensif en ce moment, à l’image de cette représentation du poète Kostís Palamas (1859-1943), issu comme on sait d’une grande importante famille d'érudits et de résistants.

Actualité de la sorte largement commentée sur les marchés d’Athènes, autant que celle des fermetures... en accéléré, des entreprises grecques, en hausse de 78% durant ce premier trimestre de l’année apocalyptique 2016 en cours, d’après la presse. Et cela, dans un pays où la règle de la surimposition est synonyme de... laisser plus de 50% des revenus encore disponibles (et encire déclarés) à l’État, synonyme à son tour de structure... ennemie.

D’après la presse et surtout d’après les calculs basés sur les mesures annoncées et/ou étudiées par le gouvernement SYRIZA/ANEL, “Parmi les travailleurs indépendants (en libéral), même ceux qui déclarent des revenus très faibles, de l’ordre de 5.000-10.000 € par an, la part cumulée des impôts et des cotisations les concernant, variera entre 62% et 74% de leurs revenus, ce qui rend en réalité impossible tout simplement leur survie économique (...) à moins de tricher”, pages économie du quotidien “Kathimeriní” du 27 mars.

Sur le marché d'Athènes. Mars 2016

Le film “Taxi de Téhéran”... à Athènes, mars 2016

Irakiens dans les années 1950. Film “Iraqi Odyssey”, “Kathimeriní”, mars 2016

Loin des inepties que racontent les ministrions Syrizistes (et ANEL), et bien ailleurs de l’angélisme de pacotille que parfois les medias dominants tentent (en vain) de faire admettre au sujet des migrations actuelles, je remarque toutefois un certain intérêt et alors curiosité réels de la part du public grec, pour ce qui est du passé raconté tout comme des réalités de certains pays et peuples, dont font partie (ou qui traversent durant leur longue route) les migrants actuels.

À Athènes surtout, ceux (assez nombreux) qui ont vu le film du... “Taxi Téhéran”, ils ont d’abord remarqué combien (la partie en tout cas visible à travers les séquences proposées par Jafar Panahi) de la capitale Perse (comme on dit en Grèce), ils ont remarqué à haute voix, ce contraste, entre une capitale propre et régénérée dans son architecture (Téhéran), et le triste spectacle des abandons que l’on connait au sujet de notre capitale... anciennement de Thémistocle et non pas de Xerxès ! Autres temps.

Enfin, c’est seulement maintenant que les pages des journaux consacrés à la culture, découvrent le passé (visiblement occidentalisé) de la modernité de la jeunesse en Irak comme ailleurs, à travers l’Orient, voisin tout de même direct des Grecs. Par exemple, au moyen d’un article consacré au film “Iraqi Odyssey”.En comparaison, les images des années 1950 et 1960 forment un contraste étonnant: des films à la musique frivole, des étudiantes tête nue; des hommes élégamment vêtus dans les rues de Bagdad, une ville moderne”, et du quotidien “Kathimeriní”, mars 2016.

Nuit tombante à Vathy de Méthana. Mars 2016

Loin de Téhéran, loin de Bagdad et loin même d’Idomeni ; loin alors de l’altérité forcement reculée (ou refoulée) ; dans les café de Méthana, c’est plutôt la triste histoire du jour qui a provoqué tant de commentaires, effaçant ainsi les migrants, les politiciens, la crise, et SYRIZA avec.

Entre le 26 et le 27 mars, un jeune père de deux enfants a quitté le petit port quasi-voisin d’Épidaure, à bord de sa petite embarcation en plastique pour se rendre dans une zone de pêche rocheuse, connue de tous, au nord-ouest de la presqu’île de Méthana. Son embarcation a sombré, il a eu tout juste le temps d’en alerter ses proches faisant usage de son... mobile ultime, puis... fatalement, le seul silence de la mer.

Il aurait pu être mieux équipé... il a certainement touché les rochers, le niveau de la mer à cet endroit n'est pas toujours identique, il faut s'en souvenir... Pas de cadavre pour l’instant... il gonflera au bout de deux jours et la mer l’emportera loin... comme pour cette femme bien de chez nous, souvenez-vous d’elle ?” Silence, puis: “Mais elle n'a jamais été retrouvée... Foutue pêche des Grecs comme du besoin”.

Nuit tombante à Vathy de Méthana, et les animaux adespotes attendent immanquablement le retour des pêcheurs. Ou peut-être, celui aussi de la patrie de l’enfance. Entre deux accalmies, dans les nouvelles du pays et dans celles du bas monde. Odyssées humaines.

Animal adespote attendant le retour des pêcheurs, Méthana, Péloponnèse, mars 2016.




* Photo de couverture: Voilier touristique au large de Méthana, Péloponnèse, mars 2016

2 commentaires

vagelis montreal a dit…

Merci pour votre blog...le dernier photo n'est pas Methana, mais le village de Vathi...

Panagiotis Grigoriou a dit…

@ Vagelis Merci de votre message, et pour ce qui est de la dernière photo, oui c'est également à Vathi sur la presqu'île de Méthana.

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