dimanche 21 février 2016

Tempêtes



Une tempête a balayé la Grèce dans la nuit Samedi à Dimanche. Près de l’Attique, au large de l’îlot inhabité de Saint George, la première Cyclade paraît-il, et d’ailleurs inconnue des touristes, la puissance des vents a dépassé les neuf beauforts. Aux dires de tous, le pays est secoué en ce moment. Dans l’air du temps, plus improbable que jamais, l’embrouille bordé de la colère la plus noire, balaye alors les discernements. Je n’ai jamais observé un tel rejet d’un gouvernement, si largement partagé, comme en ce moment, en tout cas dans les paroles de ceux qui s’expriment. Tempête.

Près du Pirée, petits vieux et petits métiers. Février 2016

Au Pirée, les habitants du quartier marchandent de plus en plus âprement... le prix du poisson auprès des pêchers qui vendent directement depuis leurs caïques. Derniers pêcheurs, petits vieux comme petits métiers dans les ports de plaisance chics, où cependant les embarcations des pêcheurs y trouvent encore place.

À leur manière, les journaux accrochés devant les kiosques, étalent de leurs titres ce même air du temps. Pour “Rizospástis” le quotidien historique du PC grec (KKE), “L'inquiétude est grande devant l'intervention de l'OTAN en mer Égée tandis que le gouvernement ne fait que pavoiser”, et à côté, le journal “La Bourse”, se satisfait comme il peut de l’insignifiance... puisque “Greylock Capital rachète en ce moment des bons du Trésor grec”, ce n’est certainement pas du prix du poisson qu’il en question.

Dans les quartiers qui entourent ces grandes marinas du Pirée, de nombreux commercent sont déjà définitivement fermés, trop souvent même, les réouvertures après reprise du bail ou sinon avec changement d’activité, ne dureront guère que quelques mois à peine. Certains bistrots et cafés proposent leurs salades comme leurs breuvages moins cher que d’accoutumée dans ce pays, il était grand temps.

C’est vrai que lorsque les prix baissent c’est alors de manière sélective. Tel est d’ailleurs tout le sens de cette affiche... à la tête de Thodorís Drítsas, député SYRIZA de la circonscription et alors ministre, affiche ainsi plaquée ces derniers jours sur certaines surfaces du Pirée par ceux du mouvement de gauche et du “Plan-B”: “Drítsas, tu as bradé déjà le port du Pirée, iras-tu en plus brader le retraites?” C’est... aussi dans l’air du temps.

Les journaux accrochés devant les kiosques. Le Pirée, février 2016

Certains bistrots et cafés. Le Pirée, février 2016

De nombreux commercent définitivement fermés. Le Pirée, février 2016

Affiche:“Drítsas, tu as bradé déjà le port du Pirée, iras-tu en plus brader le retraites?”. Le Pirée, février 2016

Ailleurs en ville, habitants... de souche comme migrants, plongent de plus en plus souvent dans les bennes à ordures... L’avenir du pays s’y découvrirait déjà recyclé à jamais, si l’on croit le sens très visiblement commun des Grecs, exception faite, du gouvernement et de Tsipras en personne car de façade en tout cas, ceux de la coalition SYRIZA/ANEL se disent alors optimistes !

C’est vrai, les agriculteurs distribuent gratuitement de temps à autre une part de leurs produits directement sur les places d’Athènes comme des autres centres urbains du pays, sauf qu’ils ont désormais quitté la capitale après la belle osmose entre eux et les citadins à Sýntagma (Place de la Constitution), c’était durant leur grands rassemblement du 12 février.

Depuis, ils ont rejoint les leurs à travers les nombreux blocus établis sur les routes et autoroutes du pays, blocus et blocages il faut dire à... géométrie variable, sauf dans certains cas, comme pour ce qui est du blocage des axes routiers à la frontière avec la Bulgarie. Il faut dire aussi que la jacquerie du monde paysan ne relève pas d’un type de mouvement effectivement coordonné, ses fissures, ainsi savamment... cultivés par le gouvernement et autant par les autres partis politiques (sans trop le crier haut et fort), amèneront déjà certaines coordinations paysannes à se rendre à Athènes lundi 22 février, à la rencontre d’Alexis Tsipras.

Plongeant dans les bennes à ordures. Athènes, février 2016

La belle osmose entre agriculteurs et citadins à Sýntagma. Athènes, le 12 février

Agriculteur manifestant à Sýntagma. Athènes, le 12 février

La vérité, lorsqu’elle n’est pas triste, elle demeure cependant fort intelligible. Les partis politiques (PC grec compris), deviennent aporiques, voire aphoniques, pour ne pas dire qu’ils pratiquent systématiquement l’anathème, lorsqu’ils se trouvent confrontés à ces situations de révolte à travers des jacqueries qui leur échappent complètement. Or, c’est exactement ce qui se passe en Grèce en ce moment (permanences SYRIZA attaqués, élus malmenés, agences bancaires et centres des Impôts bloqués par les manifestants), et même si ce n’est pour l’instant qu’à bas voltage.

Se croyant faire diversion, le gouvernement Tsipras se dit bien déterminé “à régler dans les semaines suivantes”, le dossier suffisamment pourri de l’attribution des fréquences aux chaines de télévision et de radio privées, un flou pas vraiment artistique laissé en l’état et pour cause, par les partis du népotisme historique en Grèce, à savoir, le PASOK et la Nouvelle Démocratie.

Ceux du gouvernent prétendent aussi que leur... nouvel ordre finira par déborder aussi la sphère de l’Internet. Au même moment... de nombreuses créations de postes aux intitulés de plus en plus fantaisistes, paraissent chaque jour au Journal Officiel, cette dernière semaine... la démiurgie de ce genre a concerné la Radiotélévision Publique ERT, ce qui fait enrager plus encore les Grecs dans les rues comme dans un tel grand chômage. Au pays des boutiques fermés... la société ne sera plus tellement ouverte, c’est un truisme que de le répéter.

Au pays des boutiques fermés. Athènes, février 2016

Au pays des boutiques fermés. Le Pirée, février 2016

Restaurant fermé car en faillite. Athènes, février 2016

Caïque de pêche à vendre. Le Pirée, février 2016

Les médias forcement privés d’ailleurs, et d’abord les chaînes de télévision, ne manquent plus une occasion pour reprocher au gouvernement Tsipras “son attention de museler la presse, d'en finir avec la liberté d'expression en Grèce, comme encore d'instaurer un paysage audiovisuel digne du Stalinisme...” et j’en passe des meilleures.

Peine paraît-il perdue. Tout le monde sait en Grèce combien et comment ces medias ont-ils soutenu les mémoranda, combien ont-ils participé à la mécanique sociale, chaque fois qu’il a été notamment nécessaire de rependre la peur et l’angoisse, afin entre autres, de tétaniser les réactions pour ne surtout pas arriver à la révolte, qui plus est, organisée et déterminé à mettre fin au régime germano-compatible de l’Occupation européiste que la Grèce connaît de manière si outrageusement flagrante depuis 2010.

Les syndicats, tout comme les partis politiques se sont... vaillamment occupés du grand reste. Par exemple, à chaque fois qu’il devenait alors d’entrouvrir la soupape de sécurité de l’indignation généralisée, en organisant ces manifestations et ces grèves, toujours courtes et intentionnellement partielles, pour ne jamais ainsi déboucher à rien... de bien révoltant. L’autre grand volet de la planification des Occupants européistes, a consisté comme on sait, à canaliser toutes les espoirs des Grecs vers la... surfabrication de l’avènement SYRIZA (avec la très aimable participation... me semble-t-il passablement intéressée de la part de sa direction élargie), histoire de repousser de deux à trois ans l’horizon, du dernier (faux) espoir.

Arrêtez-les enfin, Tsipras et les autres. Affiche, le Pirée, février 2016

Passé urbain... encore debout. Le Pirée, février 2016

C’est d’ailleurs pour cela que sur le terrain de la société depuis 2012, SYRIZA a d’abord fait saborder ses propres organisations de base à travers la Grèce, tout comme il a de fait saboter sans le dire, tous le mouvement d’en bas, susceptibles de créer des liens établis à partir de la sociabilité des luttes et des solidarités, susceptibles surtout de créer toutes les conditions préalables à un soulèvement alors général. Ce plan, a jusqu’alors fonctionné, on le sait.

Nouveau régime politique de la crise, implacable comme incertain. Un autocollant faisant la promotion du “Livre qui transforme la crise en littérature sous le titre 'L'argent se trouve en de bonnes mains', disponible dans la librairie d’en face” en rajoute à sa manière. C’est dans l’air du temps, tout comme ces autres autocollants... artisanaux, faisant ainsi la proportion des services proposés par les infirmières forcement libérales, auprès des patients hospitalisés dans les hôpitaux publics... et dans l’aporie.

La vie ici prend parfois des apparences paisibles, sauf que c’est faux. De la même manière, les supposés grands medias ont médiatisé à outrance la mort accidentelle d’un jeune chanteur aux origines modestes, relativement enrichi depuis qu’il avait fait carrière dans le genre dominant paramusical promu par les établissements du pire et piètre lifestyle, situés le plus souvent aux bords de mer près d’Athènes.

Autocollant pour la promotion d'un livre. Athènes, février 2016

Autocollant pour la promotion des services d'une infermière. Athènes, février 2016

La vie aux apparences paisibles. Marinas du Pirée, février 2016

La vie aux apparences paisibles. Marinas du Pirée, février 2016

Le pauvre homme a trouvé la mort au volant d’un gros 4X4 Mercedes qu’un autre... artiste du même style lui avait alors prêté. Roulant trop vite, et n’étant pas attaché, tout comme ses deux amies et jeunes filles... “poupées” à bord du véhicule au moment du drame grièvement blessées, il a alors raté un virage. Tous, mais alors tous les ingrédients étaient présents pour en faire un plat, et surtout pour faire retourner l’attention des Grecs de leur propre drame, comme de la dangereuse géopolitique du monde actuel.

La vie ici prend parfois des apparences paisibles. La saison touristique des gros navires de croisière a déjà commencé, puis, les petits ferrys qui assurent la liaison avec les îles du Golfe Saronique (dont Égine), se font encore assez rares. C’est ainsi qu’un d’entre eux, à destination d’Égine, de Méthana et de Póros avait été fort bien rempli récemment, car sur les routes il faut aussi... composer avec les blocus des agriculteurs (Méthana et même Póros étant accessibles par la route depuis Athènes).

Contrairement à certaines attentes, à bord du ferry, plus personne ne prêtait d’attention aux téléviseurs allumés, même les bulletins d’information ne suscitent guère d’intérêt. Plongés dans leurs livres, plongés dans leurs gazettes des sports, les passagers de la crise qui n’a jamais été passagère, plongent autant et volontiers dans leurs discussions politiques, plus amères que jamais.

Vie prétendument paisible. Le Pirée, février 2016

Petits ferries du Golfe Saronique. Février 2016

Navire de croisière et remorqueur. Le Pirée, février 2016

Entre “ces politiciens qu'il va falloir exécuter” et “les jeunes qui ne sont plus aptes à se révolter pour cause de leur univers numérique dominant”, tout y est, sans oublier... “la catastrophe de la vague de migrants, trois à sept mille arrivent en ce moment et par jour, sur un an, nous nous retrouverons avec un millions de gens sans savoir que faire et cela contre notre volonté et capacité même d'accueil”.

Tandis qu’au Pirée, les habitants du quartier marchandent de plus en plus âprement... le prix du poisson auprès des pêchers, nombreux sont ceux qu’en Grèce, pensent constituer (ou reconstituer) leurs stocks alimentaires... d’urgence.

La vie ici prend parfois des apparences paisibles, sauf que l’effondrement total n’est plus à exclure comme... perspective une fois de plus. Sauf qu’elle sera peut-être la bonne en 2016... la géopolitique ambiante de plus et de bien près.

Seule finalement la tempête, ayant balayé le Golfe Saronique dans la nuit Samedi à Dimanche appartient comme on sait au passé. Météorologie ambiante.

Constituer les stocks alimentaires... d’urgence. Athènes, février 2016




* Photo de couverture: Au Pirée, les habitants marchandent le prix du poisson. Février 2016

5 commentaires

katzi a dit…

Espérons que l'état d'esprit de cohésion, pas seulement chez les agriculteurs, reprenne malgré ces conditions,si l'ambiance majoritaire est comme du le dis. Ici, ayant plus, et faisant moins, nous ne sommes pas un exemple...
Les colonisateurs, avec ou sans OTAN, perdent toute justification s'ils laissent encore se dégrader le problème des migrants.
Bonne suite quand même, bien amicalement,

katzi

Unknown a dit…

pourquoi les agriculteurs manifestent-ils? N'est-ce pas parce que le gouvernement veut changer leur règle d'imposition, plus légère que pour les autres grecs?
D'ailleurs il semblent que c'est aussi à cause de ces règles qu'il y a tellement d'agriculteurs déclarés en Grèce.

Hubert Hartmann a dit…

Pourquoi les agriculteurs manifestent-ils? N'est-ce pas parce que l'état grec veut changer leurs règles d'imposition, particulièrement avantageuses et les mettre au même niveau que les autres grecs. C'est d'ailleurs pour bénéficier de ces règles qu'il y a tellement d'agriculteurs déclarés en Grèce.

Gael Blanc a dit…

Les agriculteurs grecs paient bien plus d'impôts que les agriculteurs français! Je le sais je suis paysan! L'UE à deja saccagé l'indépendance alimentaire grecque, là ce sera le coup de grâce pour la petite paysannerie, mais bon on s'en fout ça augmentera juste les effectifs des crève la dalle et rendra une future indépendance de la Grece plus difficile puisqu'il faudra reconstruire de zéro un modèle agricole et donc importer pendant un temps non négligeable la bouffe nécessaire à la population...
Merci pour le travail que vous réalisez avec ce blog
Gael

korruptio a dit…

Mikis Théodorakis: l'HEURE ZERO http://www.mikis-theodorakis.net/index.php/fr/37-2015fr/251-l-heure-zero

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