samedi 13 février 2016

La fin des Tsiprosaures ?



Temps de colère et de révolte. Vendredi matin (12 février), le pouvoir supposé politique pris de panique, avait tenté à bloquer les portes d’Athènes, dans une tentative désespérée d’empêcher l’arrivée motorisée des paysans, venus manifester depuis les quatre coins du pays. À plusieurs reprises, les... forces de la Police ont été d’abord violement repoussées par les agriculteurs, ailleurs des... négociations ont pu apaiser le ciel athénien. Monde... ambiant.

Agriculteurs du Péloponnèse... débloquant l'accès vers Athènes. Le 12 février

Les agriculteurs ont fait finalement leur entrée dans Athènes... d’où par la suite une petite bataille rangée devant le Ministère de l’Agriculture. Les rebelles de la version 2016, comme de l’histoire de la longue vie quotidienne sous l’Occupation du Mémorandum, ont installé leur campement à Sýntagma, nous n’avions pas vu cela depuis l’autre grand moment de notre... infortune, c’était durant le mouvement des Indignés Place de la Constitution (Sýntagma), en 2011.

Les paysans Crétois ont été les premiers à débarquer au Pirée, très tôt dans la matinée de vendredi ; ils ont aussitôt... investi la ville, mais c’est devant le Ministère de l’Agriculture que toute leur colère a éclaté lorsque leur camionnette remplie d’un échantillon de leurs productions avait été saisie par la Police... avant d’être libérée suite à un assaut réussi.

Devant le Ministère, devant l’absence du Ministre, surtout, devant le refus ministériel de recevoir une délégation Crétoise porteuse d’un texte récapitulant les décisions de leurs collectifs, à savoir le retrait du projet de loi sur les retraites et sur la fiscalité des exploitants agricoles, une nouvelle... attaque a été (spontanément ?) lancée contre les gardes... prétoriens du gouvernement mémorandaire SYRIZA/ANEL.

Au portes d'Athènes. Le 12 février 2016 (Photo presse grecque)

Crétois et paysans... au débarquement du 12 février. Le Pirée, (presse grecque)

Au portes d'Athènes. Le 12 février 2016 (photo presse grecque)

Au portes d'Athènes. Le 12 février 2016

Devant le ministère de l'Agriculture. Le 12 février

D’autres épisodes très violents aux portes d’Athènes se déroulèrent en même temps, lors du... contact entre les paysans du Péloponnèse et les forces de l’ordre. Bilan: dix policiers blessés et quelques interpellations. “Nous n'avons pas peur de la Police... venez voir...”, tel fut le message et le... geste charnel clairement affiché par certains agriculteurs et éleveurs du pays, immortalisé par un photographe. Inutile de dire que cette photo a aussitôt fait le tour des medias et surtout de l’internet grec.

Nous nous attendions à cette expression fort violente (pour l’instant certes contenue) de cette phrase au bout de toutes les lèvres car sans cesse répétée au pays réel de la mise à mort économique (impossibilité de travailler et d’entreprendre), sociale (droits sociaux des travailleurs) et nationale (souveraineté, agissements de type... FRONTEX, UE et OTAN dans les eaux territoriales de la Grèce après une nouvelle capitulation du gouvernement Tsipras), et tout cela en... accéléré, depuis la terrible trahison du ‘NON’ par les Tsiprosaures: “Cela ne peut plus durer” entend-on dire de manière unanime.

Ainsi, l’idée deviendrait désormais majoritaire en Grèce (indépendamment des piètres... familles politiques), à concevoir (à tord ou à raison) que cette violence devrait prendre un caractère ciblé et précis, autrement-dit, apte à faire chuter le gouvernement SYRIZA/ANEL, mieux encore, le système politique dans son ensemble.

Animaux innocents repeints... SYRIZA. Athènes, février 2016 (presse grecque)

L'esprit de la FRONTEX d'après une certaine idée grecque (Internet)

Le... geste clairement affiché des agriculteurs. Le 12 février

Animal innocent, “Notre patience a pris fin”. Athènes, février 2016 (presse grecque)

Cette semaine, j’ai participé à une émission radiophonique depuis le Pirée (90,1 FM), au thème de la situation grecque et de la géopolitique... bouillonnante actuelle autour de nous, au studio et joints par téléphone, on endentait des analystes de toutes les sensibilités politiques et aussi, deux militaires à la retraite ayant participé à de structures de commandement de l’OTAN.

Joint par téléphone, Leonidas Chryssanthopoulos (du mouvement EPAM), a livré sa version... alors eschatologique à très brève échéance quant à la situation: “Le gouvernement SYRIZA/ANEL va tomber sous la pression populaire, par la mobilisation conjointe de l’ensemble des secteurs économiques comme de l’immense majorité de ce qui reste de la société grecque. Sauf que cet effondrement concernera de toute évidence l’ensemble système politique, nous vivrons alors un événement analogue à la chute de la dictature des Colonels en 1974. Les ministères seront aussitôt occupés par des insurgés appuyés par l’Armée grecque et une Constituante démocratique sera organisée pour très bientôt”.

En même temps, toute cette pseudo-législation des mémoranda sera annulée, le Gouvernement Provisoire saisira l’ONU au motif que les procédures légales en vigueur n’ont pas été respectées, la dette implique comme on sait une faute grave de la part du créancier (cf. recours à la corruption, à la menace ou à l’abus d’influence) ; en violation du droit national ou international aux conditions contraires au droit international et à l’intérêt général”, (cité de mémoire).

Vue... d'Athènes le 12 février

Crétois et paysan. Sýntagma, le 12 février

La Liberté ou l'Euro. Sýntagma, le 12 février

Agriculteur et citadin. Sýntagma, le 12 février

Crétois et manifestants. Sýntagma, le 12 février

Réunion ouverte entre mouvements patriotes de gauche. Athènes, le 11 février 2016. Source Plan-B

Rêve, ou alors réalité naissante ? J’ai publiquement exprimé des réserves, non pas quant à l’idée exprimée mais pour ce qui concerne la faisabilité d’un tel projet, sans au préalable un minimum de concertation entre les mouvements, le terrain, voire, certaines institutions (syndicats, collectifs, Armée, Église...). Or, cette concertation n’a pas l’air de se concrétiser, à ma connaissance en tout cas, une idée publiquement aussi partagée par les autres invités présents en studio.

La réponse a été brève, et pour ainsi dire sibyllique: “Attendez voir !” Je rappelle que Leonidas Chryssanthopoulos, est un ancien diplomate, il fut entre autres, le premier ambassadeur de Grèce en Arménie en 1993, comme il a également servi à la Mission permanente de la Grèce auprès de l'ONU et l'Union européenne. Il a été nommé aussi directeur général des Affaires européennes au Ministère des Affaires étrangères et en tant que jeune diplomate déjà, il avait participé aux négociations d'adhésion de la Grèce à la... funeste CEE.

Je ne suis pas (toujours) au secret... des préparations grecques, je sais par contre qu’en ce moment, l’effervescence reprend ; par exemple, mes amis politiques issus du mouvement souverainiste de gauche, ceux du Plan-B d’Alékos Alavános, m’informent de la tenue de tant de réunions ouvertes qu’ont lieu à Athènes et ailleurs, dans le but de coordonner justement les actions sur le terrain. Attendons... voir et surtout agissons.

Place Sýntagma, l’ambiance... redevient ainsi enfin humaine. J’y ai rencontré d’ailleurs mon ami Yórgos Avgerópoulos, en train de filmer pour les besoins de son prochain documentaire sur les péripéties historiques de la Grèce post-mémorandaire, son film, ‘Agora II’, sortira dans deux à trois ans.

Yórgos Avgerópoulos en train de filmer. Sýntagma, le 12 février

Yórgos Avgerópoulos en train de filmer. Sýntagma, le 12 février

Manifestants à Sýntagma, le 12 février

Manifestants à Sýntagma, Tsipras-Juncker dehors, le 12 février

La presse mainstream note non sans effroi, cette rencontre fatale dans la rue, entre la sociologie du ‘NON’ entre celle du ‘OUI à l’Europe’, autrement-dit, entre les couches de la population aux intérêts supposés divergents, par exemple, les agriculteurs, les classes populaires, les cadres, les avocats, les ingénieurs ou les médecins.

C’est exactement ce que j’ai observé durant toute la journée du 12 février à Athènes, une manifestation des avocats (et concert de leur chorale), des médecins, et évidemment du monde paysan.

Type... anthropologique d'un paysan manifestant Crétois. Sýntagma, le 12 février (presse grecque)

Type... anthropologique d'un ministrion Syrizosaure. 'Parlement', le 12 février (presse grecque)

Ce qui ne veut pas dire que cette jonction soit complète et surtout opérationnelle, en vue évidemment de renverser ce régime de la junte qui nous gouverne... sous les habits maintenant déchirés de la pseudo-gauche radicale Syrisophorme.

Il y a tout de même certains signes qui démontrent combien ce pouvoir prétendument aux mains des anthropoïdes et ministrions actuels, agit sous l’emprise de la panique. Sur l’île de Kos (toujours cette semaine), des manifestants opposés à la création du hot spot local (censé accueillir les migrants, autre grand thème du moment terrible dans lequel nous avons été plongés par les élites de la mondialisation), ont attaqué les locaux de SYRIZA aux cris: “Salopards, l'heure est arrivée où on va vous faire la peau”. Sans commentaire!

Avocats et manifestants. Athènes, le 12 février

Avocats, choristes et manifestants. Athènes, le 12 février

Médecins et manifestants. Athènes, le 12 février

Ensuite, les animateurs des radios mainstream, à l’instar d’Alpha FM (soirée du 12 février), lacèrent des appels destinés aux auditeurs et plus particulièrement aux jeunes gens, “pour surtout éviter le centre d’Athènes, où le chaos des manifestants est en train de régner, et à préférer une promenade du côté des quartiers Sud près de la mer, pour par exemple boire son café”.

Tout comme ces étranges annonces sous la forme d’alerte météo pluies et vents, diffusées au même moment, et démenties par les faits pour ne pas évoquer l’évacuation... des députés SYRIZA, lesquels ont tous quitté le “Parlement” par une issue de secours donnant sur le Jardin botanique d’Athènes, resté fermé jusqu’à nouvel ordre par la Police, une pratique déjà utilisée lors du gouvernement Papandréou, au moment le plus paroxysmique du mouvement des Indignés en 2011.

Les engins agricoles (une vingtaine au total), ont en effet fait leur entrée dans Athènes, y compris Place de la Constitution (Sýntagma) dans la soirée. Certes, il y a eu un... arrangement entre la coordination paysanne de Thessalie (proche du PC grec - KKE) et le gouvernement avec à la clef leur retraite aussitôt quelques heures après. J’en sais directement quelque chose, puisque ces tracteurs proviennent tous de la bourgade Thessalienne de Palamas (département de Karditsa), d’où une partie de ma famille y vit toujours. N’empêche, cette entrée fut triomphante, les citadins ont accueilli les paysans en... libérateurs, tel fut en tout cas de l’instantané de la soirée du 12 février à Sýntagma.

Engins agricoles dans Athènes, le 12 février (presse grecque)

Les citadins ont accueilli les paysans en... libérateurs. Sýntagma, le 12 février (presse grecque)

Les citadins ont accueilli les paysans en... libérateurs. Sýntagma, le 12 février (presse grecque)

Les citadins ont accueilli les paysans en... libérateurs. Sýntagma, le 12 février (presse grecque)

Sýntagma, le 12 février (presse grecque)

Temps de colère et de révolte. Instantanés grecs du 12 février 2016.

Au passage des forces de l’ordre... nos animaux, tout comme nous autres êtres adespotes (sans maître), sortons enfin nos griffes. Attendons voir ?

Nos animaux adespotes... sortent leurs griffes. Sýntagma, le 12 février




* Photo de couverture: Athènes, le 12 février, paysans contre policiers

9 commentaires

Obli a dit…

Cher ami,
Lùlu e Gògo - my friends she-cats - and I think that there's no extra fat for cats..."non c'è trippa per gatti". Our minds and our souls are with you!

(Alessandra/Cassandra da Firenze)

Erwan Lagadec a dit…

Courage, il ne faut pas désespérer... Vous étiez tellement démoralisé ces derniers temps, il faut beaucoup pour que les peuples se soulèvent, chacun essaie d'abord de s'en sortir. Quand il devient évident que seule la révolte (même violente) est la solution, alors...Je crois que la Grèce y arrive, ici en France il faudra encore du temps pour que notre peuple comprenne que sa survie passe par la révolution! Vous les grecs seraient comme dans le passé ceux qui montreront le chemin.

Mirabelle 74 a dit…

Votre blog est passionnant et d'utilité publique,un grand Merci!! Je suis très attentivement depuis le début votre blog,guettant vos publications,partageant vos espoirs et désespoirs.
Je vous encourage à continuer à nous raconter l'Histoire qu'on nous cache.
Sans jamais avoir mis le pied en Grèce, je me sens tellement proche de vous, concernée et consternée!!!

Unknown a dit…

Ce blog est en effet passionnant et d'utilité publique.
N'y a t-il pas un lapsus à la fin :
"Temps de colère et de révolte. Instantanés grecs du 12 février 2012.
12 février 2012... ou 2016, non ?

Panagiotis Grigoriou a dit…

Oui, effectivement il s’agit de 2016 ! Merci à vous.

katzi a dit…

Magnifique, vous montrez encore la voie, si difficile soit-elle! Comment dit-on bravo en grec ? Merci de tout coeur de briser le silence.

Youpla a dit…

Enfin, ça bouge.
Mais je serais tenté de dire: "trop tard !".
Pendant tous ces mois et ces années, le "système", qui n'existe pas selon la version officielle du "système", a eu le temps de mettre en place tout un arsenal répressif sans équivalent dans l'histoire et que nous découvrirons au fur et à mesure des événements.

Amicale Francophone des Amis de Syros a dit…

Bonjour,
Un ami, hèlas disparu, disait: "La Grèce est le berceau de la démocratie. Mais un berceau est fait pour dormir ..."
Il semblerait que la Grèce, (enfin), se réveille.
Amitiés de Syros, où cette situation semble très atténuée
comparée au continent.
AFASYR

korruptio a dit…

Chère "Amicale", un berceau est aussi un lieu d'apprentissage, et peut-être que notre "civilisation" tout entière n'est pas encore tout-à-fait prête à en sortir. Les indices d'infantilisme persistent, qui prennent bien des formes idéologiques, religieuses...

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