vendredi 11 décembre 2015

Moments de poésie



Nous finirons peut-être un jour par élucider le monde où nous sommes, exception faite à l’hiver de la météo du moment car pour une fois, il n’y a plus rien à expliquer. Notre si drôle d’atmosphère hibernale en Grèce s’annonce autant brumeuse que d’habitude. Autour d’Athènes, les premières neiges sont tombées et c’est ainsi que le retour obligé à l’âge du bois... de chauffage, se fait déjà sentir dans le ciel de la Grèce nocturne.

Vision de l'irrespirable durant l'hiver à Athènes, 2015

À l’irrespirable des résidus politiques s’ajoute ainsi celui des cheminées, où “il faut bien faire attention à ne pas y brûler tout et n'importe quoi pour se chauffer, car ce sera finalement au détriment de notre santé”, d’après les messages forcement bienveillants, véhiculés par les médias.

Cette année d’ailleurs, le prix du bois est moins intéressant que par le passé, dans les magasins... “en fête”, les Grecs se sont une année de plus rués sur les appareils dit producteurs de chaleur. Très en vogue par les temps qui stagnent sont ces radiateurs à gaz, et les enseignes multiplient les... promotions car l’argumentaire des acheteurs semble alors irréfutable: “En achetant des bonbonnes de gaz, nous maîtriserons compétemment les dépenses consacrées au chauffage”.

Certainement, “los deseos no pueden ser pasivos”, d’après un slogan oublié depuis les temps des luttes sur une surface proche... ce qui serait décidément aussi bien valable pour les bonbonnes de gaz ! Une certaine Grèce vit déjà dans ses cartons, sans parler des migrants et refugiés qui arrivent par milliers depuis les îles ou “rapatriés” depuis les frontières du Nord ; ils sont placés dans de gymnases et autres stades fermés sans aucune planification, ces gens errent par la suite tout simplement en ville... et rien n’est si simple au pays ayant été amputé du 30% de son PIB en six ans.

Radiateurs à gaz, les enseignes multiplient les promotions. Athènes, décembre 2015

Slogans oubliés. Athènes, décembre 2015

La Grèce dans ses cartons. Athènes, décembre 2015

La vie continue et la gauche se meurt... parfois en faisant semblant de l’ignorer. Notre amie Katerina Thanopoúlou, Vice-présidente de la Région d’Attique chargée de sa Politique sociale et récente... ancienne du comité central SYRIZA et de son Plateforme de gauche ayant quitté le parti... des Tsipradistes durant le terrible été 2015, vient de publier son premier recueil de poèmes, intitulé “Labyrinthe - Mémoire”, présenté au public il y a quelques jours à Athènes.

La séance des signatures avait été sensiblement politique, tout comme le public, Syrizistes, anciens comme actuels, et surtout, nouveaux éclairés proches de l’Unité Populaire, Zoé Konstantopoúlou (ancienne Présidente du “Parlement”) et Nadia Valaváni, (vice-ministre des Finances... SYRIZA-I, elle démissionne de son poste en juillet 2015), Kóstas Arvanítis, journaliste et directeur de la radio SYRIZA 105,5, et bien d’autres.

Nadia Valaváni a très précisément participé du panel des orateurs, ceux qui ont présenté le recueil de Katerina, “en ces temps durs où l'art et la poésie arrivent toujours à nous soulager” d’après le propos de l’ancienne ministre... traductrice, et autant poétesse, universitaire et gérante de son hôtel familial en Crète. Je me dois rappeler toutes ces activités de Nadia Valaváni, car très précisément ceux de l’auditoire qui n’ont plus que leur chômage (sans indemnités) pour pleurer... avant comme après le... soulagement poétique, se... le faisaient mutuellement remarquer d’après ce que j’ai pu entendre... entre les lignes, certains d’entre eux ont même quitté la salle avant la fin de l’événement.

Car, et cela de plus en plus radicalement, la société grecque devient alors une société déchirée et... cannibale, entre déjà deux classes sociales lesquelles ont fini par se haïr, en dépit et parfois même contre, les étiquettes politiques: ceux qui s’en sortent... contre ceux qui... en sortent.

Le recueil de poèmes, de Katerina Thanopoúlou “Labyrinthe - Mémoire”, Athènes, décembre 2015

Nadia Valaváni au panel des conférenciers. Athènes, décembre 2015

“Labyrinthe - Mémoire” séance de signatures, Athènes, décembre 2015

Au-delà des déchirements, deux constats s’imposent. D’abord, tous les ponts ne sont pas coupés entre les Syrizistes actuels et anciens, en ensuite, une certaine culture de gauche... insistera toujours (mais en vain ?) sur l’intenable virtualité d’améliorer l’homme, tout comme ses comportements.

Nous savons qu’en ce moment, cette immense... minorité des financiocrates impose aux autres habitants de la planète, l’abime et la destruction. C’est une guerre entre nous et eux. Mais nous allons un jour l’emporter cette guerre, et je peux vous expliquer pourquoi: Eh bien, les financiocrates lorsqu’ils regardent les étoiles, ils regrettent de ne pas pouvoir aussi en tirer profit immédiatement, tandis que nous autres, nous contemplerions plutôt nos amours à travers la galaxie”. Interprétation publique de la poésie de Katerina, formulée par l’ancien maire de Kaisarianí, bastion historique de la gauche athénienne.

En attendant... le ciel nous tombe sur la tête et toute sa galaxie avec ! Yórgos Siozos, ami de Katerina Thanopoúlou et d’abord de Panagiótis Papadákis (le mari de Katerina), ne pouvait pas manquer cette... première poétique. Assis l'un à côté de l'autre dans la salle, je les ai retrouvés dans un recoin de la salle avant le début de la soirée... en train de constater pour une énième fois, l’inconstatable, à savoir, la “toxicité finale de la... lutte de SYRIZA” entre autres réflexions plutôt amères.

Il faut préciser que Panagiótis Papadákis tout comme Yórgos Siozos ont quitté SYRIZA entre 2012 et 2013, suite à son premier grand virage à droite (bien perceptible). Yórgos Siozos avait participé en décembre 2012 à l’une des dernières réunions SYRIZA avant son départ définitif, pour déjà vivement critiquer le programme économique de SYRIZA par ce constat évident: “l'UE ne se reforme pas”.

Plus personne ne doit rester seul, nulle part et plus jamais. Tract, Athènes, décembre 2015

Le... cadres des réalités. Athènes, décembre 2015

“Labyrinthe - Mémoire” présenté au public, Athènes, décembre 2015

Suite un à certain hasard (?), Yórgos Siozos vient de publier sur le site du mouvement du Plan-B (11 décembre), un article... fort récapitulatif des affaires de la gauche en Grèce. Son pamphlet s’intitulé très exactement: “Mme Valaváni, la dette, l'Union européenne et les métastases de 'tumeur' politique de SYRIZA au sein de l'Unité Populaire”.

Pour Siozos, et en résumant sa réflexion, l’Unité populaire sans trop le dire ouvertement, renferme déjà au fond de sa cause, ce germe achevé de la politique dite “du possible”, si chère à SYRIZA, d’où d’ailleurs ce flou artistique si savamment entretenu sur les questions de l’euro, de l’UE, en dépit de quelques constatations saupoudrées, au demeurant fort justes. C’est d’ailleurs tout l’art de Nadia Valaváni... que d’être une courroie de transmission de ce germe, cependant hélas, pratiquement autant que les autres chefs de l’Unité Populaire.

Art vendue. Athènes, décembre 2015

Notre polémiste poursuit en constatant que pour son essentiel déjà, toute l’action gouvernementale de Valaváni (et par équivalent des autres chefs actuels de l’Unité Populaire ayant été des ministres SYRIZA), avait été d’emblée et cela dès janvier 2015, une politique du mémorandum et non pas de la rupture. “C'est pour cette raison par exemple, que Nadia Valaváni, dissimule soigneusement (publiquement) le fait que durant son ministère, la propriété des plus grande part des biens de l'État grec a été transférée au TAIPED”, cette Treuhandanstalt imposée par la Troïka et par Berlin à la Grèce alors soumise.

Voici comment cette petite bande de copains autour de Nadia Valaváni, pratiquant ‘l’imprécision créative’ (l’expression est de Yanis Varoufákis) rend finalement ses attentions, si bien claires. Et l’on peut donc discuter impunément avec M. Mélenchon comme avec tant d’autres personnages prétendument ‘de gauche’, des monnaies parallèles, de la généralisation du paiement par cartes bancaires, comme d’une UE de la démocratie à la sensibilité sociale. C’est alors ainsi que le système qui nous gouverne croit alors élaborer ses prochaines réserves politiques”.

Soupe de saison. Grèce en hiver

A la Une: “Le sang des retraites est en train de couler”. Décembre 2015

Représentations grecques du moment. Athènes, décembre 2015

Siozos, l'ami de mes amis, l'ami... de tous en somme, vide son sac en quelque sorte. Sauf que son analyse nous intéresse, premièrement parce qu’elle est d’abord fort partagée par de nombreux Grecs (politiquement de gauche ou pas) suite à la terrible tromperie SYRIZA, et ensuite, parce que la... cellule grecque incarnerait un certain futur pour ce qui sera du pénitencier européiste: ordolibéralisme, tromperie et cynisme triomphant, métadémocratie généralisée, sociétés... métesclavagistes de l’après travail, informatique sans libertés et j’en passe...

Notre alors si terrible avertissement depuis Athènes, comme depuis ses hivers à répétition devrait ainsi être finalement entendu ailleurs... mais peut-être que c’est déjà trop tard...

Un certain passé grec

C'est déjà trop tard, en tout cas pour nous, mais peut-être pas encore pour les Français ou pour les Belges”, me répète-t-il mon ami Th. journaliste au trop long chômage. Nous buvons toujours ensemble ce café amer de la crise grecque, sans doute à la mémoire glorieuse du temps où nous avions tous deux un vrai travail. Sauf que le vrai et le faux seraient autant des catégories relatives ; alors, ni lumière, ni harmonie mais erreur et illusion comme cependant, possibilité de vérité.

Mon ami Th. a déjà déserté la gauche, toute la gauche, la politique, toute la politique, les manifestations comme toutes les autres actions collectives. Il partage entièrement l’argumentaire de Yórgos Siozos et il n’abandonnera jamais le jardin des idées et de la poésie, car il est aussi poète à ses heures retrouvées. Seulement, comme il n’a pas les moyens de se rendre en Thessalie et comme je pense y être dans ma famille pour Noel, Th. mon ami de très longue date, m’a demandé de visiter comme de coutume... les tombes de ses parents à sa place. Temps de crise et d’un hiver alors trop long, y compris pour les trépassés de l’ère d’avant.

Nous avons bu notre café. Athènes, décembre 2015

Nous avons constaté que les chats adespotes sont toujours nourris par certains habitants. Athènes, décembre 2015

Légumes d'hiver. Athènes, décembre 2015

Sur les marchés d’Athènes et d’ailleurs les légumes sont donc bien de saison. Les poissons aussi. C’est toujours de la sorte dans un sens... que l’histoire serait alors en marche et pas autrement.

Nous avons bu notre café et nous avons à l’occasion d’une promenade, constaté que les chats adespotes sont toujours nourris par certains habitants de son quartier. Et pourtant, notre si drôle d’atmosphère hibernale en Grèce s’annonce autant brumeuse que d’habitude et cependant les Grecs ne seraient plus aussi dupes que par le passé très récent.

“L'interview de grande importance” qu’Alexis Tsipras vient d’accorder cette semaine aux journalistes de la télévision ERT a fait un flop comme on dit. Avec à peine 10% de taux d’audience, c’est cela la fin de règne, pour un roitelet... encore plus nu que tous les autres.

Sur les marchés d’Athènes, décembre 2015

Sur les marchés d’Athènes, décembre 2015

L’histoire... serait alors en marche. Athènes, décembre 2015

Nous venons d’apprendre ce vendredi soir que notre autre amie Salomé quitte la Grèce pour les États-Unis, son mari, Américain, vient de perdre son travail... en Irlande, l’entreprise qui l’employait à Dublin vient de mettre la clef sous sa porte... européenne.

Mon ami Th., me racontait que son cousin petit industriel chocolatier, enregistre depuis deux-trois mois une forte diminution des commandes depuis la France et depuis la Belgique. Comme le marché grec est moribond, il s’était tourné vers l’exportation depuis 2012, et heureusement que ses clients en Israël et dans les pays Arabes du Golfe se portent toujours aussi bien.

Animal adespote. Athènes, décembre 2015

La gauche... vient de mettre la clef sous sa porte... européenne. Dans un de ses poèmes, Katerina Thanopoúlou se remémore ses années passées rue Koumoundoúrou (siège de SYRIZA), évoquant “les rideaux enfumés et noircis de la politique”.

L’ancien maire de Kaisarianí, avant d’interpréter si possible publiquement la poésie de notre amie, il s’est acharné au moyen d’une digression qui n’en était pas une, pour nous confirmer que “la grande aporie des Grecs en ce moment, plus que la paupérisation ou plus que les appartements non chauffés, tient davantage de cette impossibilité alors béante d'entrevoir l'avenir... autrement que dans un chaos, voire... sous un linceul”. Aporie des Grecs et peut-être aussi, des autres peuples... avant la délivrance (?).

Nous finirons peut-être un jour par élucider le monde où nous sommes, et avec lui, l’hiver de la météo du moment.

Athènes, décembre 2015




* Photo de couverture: Temps d'hiver. Athènes, décembre 2015

3 commentaires

jcd a dit…

Avec les mesures "de sécurité" et les meures anti-sociales de ces derniers mois, c'est à grand pas que la Belgique met le cap sur la situation de la Grèce. Et la Belgique est coupée en deux, les Flamands( ceux de la NVA, entre autres) qui se croient comme en 40 de bons alliés de l'Allemagne salivent devant la réussite de la colonisation de Bruxelles et de la Wallonie. Les Idiots ! Ils se feront bouffer comme tout le monde par l'ordo libéralisme.

Anonyme a dit…

Il est assez... disons étonnant... de voir comment l'Europe conçue comme un hypermarché fonctionne vraiment très mal. Est-ce que cette approche technocratico-boutiquière du monde serait une foutaise ?...

En tout cas, ce sont les populations qui payent pour les errements des "dirigeants."

Je lis les polars de Markaris, et je l'ai entendu dans les "documentaires de propagande" de Quatremer sur Arte. Il - Markaris - cible surtout l'incapacité des Grec(que)s à résister à l'emprunt pour tout et n'importe quoi (ses romans sont tout de même plus complexes, mais il sert bien, peut-être "à l'insu de son plein gré," la propagande européiste).

D'abord, le système "libéral" ne fonctionne pas sans dette, et tout est fait pour que vous passiez à votre banque: on a tellement "envie" de ce nouveau bidule un peu au-dessus de nos moyens...

Ensuite, reprocher aux gens de s'endetter, c'est comme reprocher aux "drogués" de prendre de la drogue. Cela ne sert à rien. Les questions à se poser: D'où vient le lavage de cerveau, et surtout comment y résister (mais cette résistance n'étant pas bonne, ni pour le "plaisir de l'achat" ni pour pour les affaires en général, elle n'est pas promue. BMW est/était bien content de vendre des bagnoles en Grèce, même à crédit... Et puis tout est fait pour qu'on aime bien avoir une super bagnole...)

C'est bien pratique de rendre l'individu seul et unique responsable, non seulement de sa situation, mais aussi de celle de "son" pays. Toutes ces "élites" peuvent ainsi venir donner des leçons de morale dans les médias - eux-même propagateurs de l'idéologie qui entretien la Dépendance Généralisée dans la Liberté...

Les Grec(que)s n'ont pas l'exclusivité de l'endettement excessif. La planète entière est endettée, les premiers de la classe étant évidemment les Etatsuniens...

Ce qui arrive à la Grèce va arriver partout en Europe, sauf bien entendu si le système s'écroule avant. Les fissures s'élargissent chaque jour un peu plus.

Exvil a dit…

La Grèce ne représente aucun intérêt pour la finance allemande. La France est bien plus malade que la Grèce. Mais si elle s'effondre,l'Allemagne meurt aussi.Car la France est un bon client de l'Allemagne. De plus,les Français sont drogués aux capitaux arabes qui ont en France des facilites fiscales. Les saoudiens et les Qataris voient la France comme une terre pour leur avenir. Ils prêtent à 0% à la France. C'est avec cet argent que la France paie ses retraités, sa police, sa gendarmerie, son administration. La dette de la France avec les retraites, les fonctionnaires n'est pas de 2000 milliards mais de 5000 milliards. La Grèce est trop petite pour les saoudiens et les qataris. Mais la France non. Il ne faut pas oublier que l'épargne des Français est de 8000 milliards. Ou est le problème pour la France ? On prendra l'argent du citoyen le moment voulu. Idem pour la Belgique et les autres. Il ne reste plus rien à manger sur le poulet grec. Il reste à tout privatiser et ce sera fini de la Grèce.

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