mardi 13 octobre 2015

Saints Sans Corps



Notre vie a déjà changé. Peu d’apparences dignement... héritées demeurent encore plausibles et cependant, le quotidien tourne comme on aime dire. Les touristes se rendent en Grèce bien nombreux cette année, certains professionnels se frottent les mains, tandis que nos visiteurs aiment souvent photographier nos animaux adespotes (sans maître). La vie serait bien belle.

Nos visiteurs photographient les animaux adespotes. Athènes, octobre 2015

D’autres visiteurs, ceux des institutions troïkannes se trouvent déjà à Athènes, histoire de contrôler la mise en application du mémorandum III... chez les êtres... desposés (ayant un maître), telle est en réalité l’impression que les Grecs se fond de leur réalité recluse. Univers disparate comme disparu. Échanges difficiles, solidarités affaissées et privatisations glorieuses.

Puis, des rencontres au fil du temps, des retrouvailles sur le fil du rasoir social, de l’espoir à replacer si possible hors contexte, tout un art mort entre humains, une mort néanmoins jamais complète. Les conditions dites de travail se détériorent davantage, le cardiologue du coin n’est plus conventionné car il n’était plus remboursé en réalité, le physiothérapeute de la rue haute s’installera certainement au Luxembourg.

Sauf que les Cariatides de la rue des Saints Sans Corps (Assomates) et de la maison néoclassique du numéro 45, immortalisées durant le siècle bien dernier, entre autres, par le peintre Yannis Tsaroúchis et par le photographe Henri Cartier-Bresson, ont aussi conservé la place qui est la leur.

Touristes. Athènes, octobre 2015

Touristes. Athènes, octobre 2015

Ventes... près des touristes. Athènes, octobre 2015

Lors d’une démolition d’une vieille maison près du temple de Thésée, comme d’ailleurs à chaque démolition entreprise au centre-ville, les très rares promoteurs tombent sur les antiquités trop fréquentes. Les archéologues dont les travaux sont si peu rémunérés par la modernité courante des algorithmes financiers, sans quoi, ils bénéficient du mécénat des armateurs, arrivent alors au dernier secours d’un passé résolument... déshistorisé, temps modernes.

Nos gauches endurent d’ailleurs autant, leur dernier secours d’un passé résolument... déshistorisé, temps certainement modernes. Lors d’une réunion récente dans un amphithéâtre décadent et sali de la vieille École Polytechnique, ceux de l’Unité populaire (ayant quitté SYRIZA en août), se livrent comme ils le peuvent à un piètre exercice d’auto-psychanalyse.

Ces braves gens, habitués des rouages, des luttes, comme des méthodes des partis de la gauche, ne réalisent pas tout à fait qu’ils n’appartiennent plus à un quelconque corps politique, devenant ainsi les nouveau... Assomates politiques, un peu à l’image des Saints Sans Corps et pourtant parfois bien souriants.

Lors d’une démolition près du temple de Thésée. Athènes, octobre 2015

Lors d’une réunion récente dans un amphithéâtre décadent. Athènes, octobre 2015

Film ‘Adespotes’ et affiche sur l'aide à destination des réfugiés. Athènes, octobre 2015

Les chiens adespotes sont aussi à l’affiche dans un cinéma, s’agissant du film “Straw dogs” de Tsai Ming Liang, accompagnés d’une affichette annonçant l’aide aux refugiés organisée par acertaines associations d’Athènes. Comme une allégorie alors.

Ailleurs, les dernières séances avant l’hiver forcement imminent dans les cinémas de plein air, dits ici cinémas d’été, sont consacrées à d’autres œuvres classiques du cinéma du 20ème siècle, si bien éloigné il faut dire déjà de nous tous.

Ailleurs toujours, des amis... restés amis et restés Syrizistes bien accrochés, subissent autant les apories du temps d’automne, “nous ne pouvions plus faire autrement, l'histoire est toujours suffisamment longue et plutôt tordue... qui osera-t-il dire que tel ou tel membre du gouvernement n’aurait-il pas derrière, et très probablement devant lui, tout une existence de... gauche.”, argument pourtant bien fragile remarque-t-on.

Pour mieux saisir l’aporie... de gauche et des temps modernes, la presse (même) très systémique (Kathimeriní), rapporte qu’en cette rentrée scolaire 2015, 2032 écoles en Grèce, viennent de déposer une demande d’aide alimentaire d’urgence à distribuer aux élèves scolarisés au sein de leurs établissements, étant donné que près d’un demi-million d’enfants en Grèce vivent dans la pauvreté. Mémorandum III.

Les dernières séances dans les cinémas de plein air. Athènes, octobre 2015

Le Parthénon, octobre 2015

Des restes. Athènes, octobre 2015

Nos vies changent. Le kiosque où jadis, c’est à dire en 2012, nous achetions déjà glaces et journaux a fait faillite, mais même en faillite, il a été cambriolé, temps modernes.

Canapés abandonnés en ville, travail en perte... libre, petites histoires modernes, tel est le sens de la compostions grecque du moment. La presse croit s’occuper de l’élection en cours du nouveau chef au parti de la Nouvelle démocratie, les gens s’en moquent et les journalistes comme ils savent bien le faire parfois, ils brassent de l’insignifiant. “Fermez les télés et ignorez les journaux”, s'exclamait récemment un vieillard dans un café. Décidément, peu d’apparences dignement... héritées demeurent encore plausibles.

Le kiosque où jadis nous achetions déjà glaces et journaux. Octobre 2015

Même en faillite, il a été cambriolé. Octobre 2015

Canapé. Athènes, octobre 2015

Dans un quartier près de la mer, on y découvre un monument honorant Simon Bolivar, surnommé le Libertador, mais c’était lors d’un siècle bien lointain. Coïncidence sans doute, une pancarte posée par la Municipalité d’Athènes, commémore la Résistance des années 1940, en montrant une photographie de la rue Merlin où se trouvait alors le siège de la Gestapo.

Les touristes se rendent alors en Grèce bien nombreux cette année, alors qui sait ?

Pour touristes. Athènes, octobre 2015

Rue Merlin où se trouvait alors le siège de la Gestapo. Athènes, octobre 2015

Fermeture. Athènes, octobre 2015

Peu d’apparences dignement... héritées demeurent encore plausibles et cependant, le quotidien tourne toujours comme on aime parfois le dire. Adespotes ou sinon, l’image des Saints Sans Corps.

Adespote. Athènes, octobre 2015




* Photo de couverture: Les Cariatides de la rue des Saints Sans Corps. Athènes, octobre 2015

1 commentaire

Jacoti a dit…

Nikos Xilouris - Mpikan Stin Poli oi oxtroi

https://www.youtube.com/watch?v=9MgNRt-1w4Q#t=195

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