dimanche 4 octobre 2015

Hominidés



Automne déjà. Retour à la normale, surtout manière de parler. Tout s’y mêle, ferrailleurs ambulants, chiffonniers politiques, mesures du mémorandum III annoncées... en cascade. Le dernier montant garanti de retraite dite nationale, 360 euros par mois... n’est plus: “Cette nouvelle peut désormais se traduire dans la pratique sur le terrain par des retraites... à 100 euros par mois”, assurent les... spécialistes, derrière les hublots de la télévision. Traduction... simultanée.

Vêtements suspendus. Athènes, octobre 2015

Le supposé grand peuple rétréci et recoquillé, se maintient coûte que coûte... dans les cafés, notamment les plus jeunes. Et dans les parcs, des sans-abri s’endorment parfois enveloppés d’un mince tissu protecteur. Symbole et alors linceul de toute une (autre) vie.

Les Grecs plutôt âgés quant à eux, évoquent sans cesse le cauchemar pratiquement accompli de la fin de la retraite par répartition, voire, de la retraite tout court. Pour certaines catégories... d’anciens combattants du travail la portion est très amère. “J'ai choisi le métier de marin et j’ai parfois travaillé durant 36 mois sans période de repos en terre ferme. Et à cette époque, tout le monde nous expliquait que notre service alors sans répit, compterait davantage que le travail sur terre. Sans les voler à personne, nous avions accumulé suffisamment de trimestres... salés et agités pour prendre notre retraite avant nos soixante ans et ainsi ensuite, pouvoir monter une petite affaire bien à nous u pays et vivre jusqu’à la fin de notre existence”.

Ensuite, la caisse des marins, au demeurant la moins problématique de toutes, a été fusionnée avec les organismes... des terriens, je ne toucherai donc pas ma retraite de marin avant bien longtemps, et elle sera de toute manière diminuée. Au même moment, mes cotisations de petit commerçant ne me permettent pas non plus d’envisager une quelconque pension avant bien longtemps. En réalité, j’ai travaillé au-delà d’une vie active normale déjà, mes 27 années en mer m’ont usé... et je ne vois pas ce que je dois encore faire. Si je savais à l’époque que mes droits à la retraite auraient été spoliés de la sorte, je n’aurais pas choisi d’être marin. Les dirigeants politiques sont des escrocs...

Si tu veux aller loin, alors prends le train. Mur d'Athènes, octobre 2015

Appartement 32m2 à vendre 35.000 euros. Athènes, octobre 2015

Deux studios à vendre, 35.000 euros. Athènes, octobre 2015

Paroles d’Andreas, rencontré à bord du ferry entre le Pirée et l’île d’Égine. Ancien marin, il tient depuis des années un petit commerce sur son île. Une autre passagère est à peu près dans la même situation... la maritimité en moins. Elle s’insurge contre cette situation et autant contre... sa belle-sœur.

Oui, c'est bien connu. Maria ma belle-sœur qui travaillait dans la fonction publique a pris sa retraite dès l'âge de la petite cinquantaine. Elle touche 900 euros de retraite par mois mais elle a à peine travaillé 20 ans. Pour la première fois, sa retraite pourrait être diminuée et elle se dit alors catastrophée. Ces gens de la fonction publique ne comprennent toujours rien. Ce n’était pas le cas avant, mais désormais je ne la consolerai plus. Au fond de moi-même, je me dis aussi que quelque part, ils doivent enfin en payer le prix. Nous, du secteur privé nous avons été les premières et les plus grandes victimes de la crise. Basta...

La société n’est plus, le ressentiment domine. Heureux qui comme touriste à la saison finissante débarque la nuit tombante à Égine ou à Póros. D’autres passagers, des Grecs souvent aisés se souviennent, forcement à voix haute, de la fois d’avant et de la traversé de la semaine dernière, au moment où ils étaient tombés sur le couple Varoufákis, propriétaires comme on sait d’une demeure sur l’île d’Égine.

Égine, la nuit tombante. Octobre 2015

Le café à un euro. Athènes, octobre 2015

Bourse aux livres. Athènes, octobre 2015

Étrange pays bradé... à la vie pourtant bien chère et en définitive insignifiante. À Athènes, les livres sont profitablement échangés entre les habitants, ils passeront ainsi l’hiver... entre les lignes, faute de mieux, le café se vend parfois un euro, la coupe forcement pleine, et les appartements situés dans les quartiers dévalorisés, s’acquièrent entre 500 et 1000 euros le mètre carré, et encore, lorsqu’ils trouvent preneur.

Les habitudes de crise s’y installent depuis six ans déjà que tout cela dure, il serait plus exact de parler de coutumes et des traditions... de crise. Les réfugiés-migrants, s’y installent aussi, néanmoins ils sont sans cesse balancés entre les parcs et les stades de la région d’Athènes. Chance et malchance.

Une personne se présentant comme medium et cartomancienne, propose ses services pour 15 euros, d’après l’affichette artisanale, tandis qu’au même moment, une publicité pour une école d’apprentissage privée, prétend pouvoir offrir un mois d’apprentissage de la langue de Shakespeare pour seulement 19 euros, c’est moins couteux que la séance chez la cartomancienne et c’est autant... une ruée vers le futur.

Entre-temps, des animaux se perdent aussi, comme ce chien demeurant au dépôt central des trolleybus de la capitale, depuis... il est désespérément recherché par les machinistes. Rien ne serait alors définitivement perdu, hormis hélas ce sympathique chien.

La ville, nos villes tout comme nos campagnes, sont autant de territoires parfois investis par la toute dernière génération de chatons, ils passeront l’hiver et ensuite tout ira mieux avec la saison prochaine, à l’instar de nombreux Grecs d’ailleurs.

Animaux parfois nourris par les passants et par les habitants des quartiers, l’œil exercé du flâneur, remarquera aussi ces biscottes et autres croquants solidaires, déposés discrètement sur les bancs publics, au... bénéfice des sans-abri.

Pour les animaux de la ville. Athènes, octobre 2015

Chien perdu de l'entrepôt. Athènes, octobre 2015

Réfugiés et migrants place Victoria. Athènes, octobre 2015

Medium et cartomancienne, services à 15 euros. Athènes, octobre 2015

Nos visiteurs à l’œil exercé et singulièrement ouvert, remarquent parfois ces contrastes de la vie quotidienne grecque, derrière la vitrine ou bien sous l’épiderme des circuits touristiques.

Immeubles délabrés depuis longtemps, graffitis débordants, expressions ainsi extrêmes d’un nouveau siècle qui l’est autant. Place Victoria, les réfugiés et migrants venus de Syrie et d’ailleurs ont été délogés pour... regagner d’autres places et parfois gymnases de l’agglomération, “Il y a une mauvaise odeur partout, c’est de l'urine...”, remarquèrent deux touristes francophones. Le déracinement aura constamment une odeur, siècle après siècle.

Les hominidés qui fabriquaient de rudimentaires outils de pierres ont depuis fabriqué tant d’armes et tant d’outils dits financiers. “Il se peut fort bien que nous descendions d’humains qui ont exterminé à répétition leurs rivaux, pratique qui a culminé dans la disparition de nos cousins néandertaliens il y a trente mille ans”, note le philosophe et anthropologue Ronald Wright (“La fin du progrès ?” (2004).

Immeuble athénien, octobre 2015

Expression. Athènes, octobre 2015

Mélange de styles et de messages. Athènes, octobre 2015

Les hominidés pourtant assoiffés de culture, attendent patiemment pour se procurer un billet bradé et pour une place au Théâtre national. Il y aurait donc un certain espoir... l’économie, le moral, le travail, les retraites et la Gauche en moins !

Les Grecs murmurent à propos des dernières évolutions sur le front des... retraites, entre deux autres sujets, supposés apolitiques et... inexistentiels. Sauve-qui-peut.

Athènes, octobre 2015

Les hominidés pourtant assoiffés de culture, attendent patiemment. Athènes, octobre 2015, quotidien “Kathimeriní”

Quotidien des Rédacteurs, octobre 2015

La presse du moment ironise largement sur le dernier scandale germanocapitaliste, en réalité, l’affaire de... la voiture (polluante) du peuple, relève d’une forme de guerre entre puissances, faite par d’autres moyens. Cependant, certains éditorialistes athéniens prétendent que “la Grèce aurait à tirer bénéfice de ce bras-de-fer entre les États-Unis et l'Allemagne, car déjà, le récent voyage d'Alexis Tsipras aux États-Unis est un succès diplomatique”. Retour à la normale, et surtout manière de parler.

Et quant à nos gauches... largement éconduites du foyer de l’histoire, entre, la capitulation SYRIZA et l’effondrement électoral (et psychique) des... schismatiques de l’Unité populaire, l’heure est au temps mort. Entre les protagonistes de l’Unité populaire... c’est la désunion, certains quittent la scène publique discrètement, d’autres, agissent ou plutôt, ils rallongent les allures de leur amertume, article après article publié forcement sur internet.

Au large de l'île d'Égine. Octobre 2015

Au large de l'île d'Égine le soleil se couche à son habitude, comme du temps où les hominidés fabriquaient encore de rudimentaires outils de pierres, bien avant les armes modernes et fort antérieurement aux outils dits financiers.

La toute dernière génération des adespotes attitrés vient de faire son apparition dans les espaces ouverts en attendant non sans crainte, le rude passage de l’hiver prochain. Comme nos retraités et comme tout le monde.

La toute dernière génération des adespotes attitrés. Athènes, octobre 2015




* Photo de couverture: Des sans-abri enveloppés d’un mince tissu protecteur. Athènes, octobre 2015

2 commentaires

Unknown a dit…

Comme le bruit du ressac qui monte aux oreilles, le bruit de ces vagues que regarde, sans les voir, celui qui semble n'avoir même plus la force de penser...
Mon sang se glace à vous lire. Qu'en sera-t-il après avoir lu votre livre que je viens d'acheter - la chronologie de la crise en fin de volume m'a déjà presque assommé.
Une seule question, lancinante. Mais quel crime aurait donc commis la Grèce pour que lui soit infligé un tel supplice?

Michel a dit…

Bonjour,
Peu de commentaires en ce moment. Il faut dire que le dernier choix des Grecs ne permet pas d'en faire...

Sinon, eux ils continuent :
https://www.youtube.com/watch?v=xPYxYjyzN0I&feature=youtu.be

A partir de 11', sur le fonds qui gère les banques grecques où l'Etat est majoritaire sans droit de vote. Par contre pour renflouer l'Etat doit verser...

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