mercredi 16 septembre 2015

Mensonge et barbarie



Temps gris ensoleillé. La campagne électorale bat son... vide. “À Athènes l'atmosphère est subtile, d'où vient la finesse d'esprit des Athéniens”, écrivait Posidonios d'Apamée, philosophe stoïcien grec, il y a si bien longtemps. Éternelle constante pourtant, la métadémocratie des mémoranda et des empires, ce penchant tragique du monde “gouverné” dicte sa loi.

Athènes, septembre 2015

Les Grecs ne sont pas dupes, seulement, ils sont résignés. Le piège s’est refermé sur eux et sur leur dernier espoir. En fabriquer un tout nouveau... prendra alors un peu de temps. À travers ces élections où les résultats se présentent comme acquis d’avance et où, face à la “victoire” probable d’Alexis Tsipras, la Commission européenne se dit alors “sereine” et appelle de manière à peine dissimulée, à voter SYRIZA. À l’instar de Pierre Laurent d’ailleurs, le secrétaire national du PCF.

Ce dernier, contrairement à notre philosophe d’Apamée, il n’aurait préféré trahir... sa secte des stoïciens plutôt que la vérité. Sixième gauche... du très Bas-Empire européiste, bientôt totalement balayée de l’histoire car inutile, son (second) rôle... très positif dans l’accoutumance à la barbarie (la social-démocratie ayant déjà incarné le tout premier rôle) prendra fin, temps gris. D’où sans doute ce (léger) repositionnement de Jean-Luc Mélenchon, lorsqu’il s’affiche tantôt en interlocuteur des Lafazanistes de l’Unité populaire, et tantôt lorsqu’il signe avec Stefano Fassina, Zoe Konstantopoúlou, Oskar Lafontaine et Yanis Varoufákis, leur fameux texte commun: “Pour un plan B en Europe”.

Sur le bitume athénien on y découvre pêle-mêle, des brochures SYRIZA déchirées, des tracts des Aubedoriens néonazis avérés, cette fois émanant des quartiers chics de la néocolonie européiste appelant à... “Dire NON au mémorandum de la Gauche” et des brochures publicitaires invitant les... électeurs à “enfin refaire la salle de bains pour seulement 2200€”. Au même moment, entre SYRIZA et l’Union populaire, la bataille est engagée, pour ainsi montrer que chacune de deux formations jadis réunies sous le toit Syriziste finalement trop ouvrant, bénéficie très ostensiblement du soutien de tel groupe ou de telle section du parti de la gauche à travers l’Europe.

Brochure SYRIZA déchirée. Athènes, septembre 2015

Tracts de l'Aube dorée: “Dire NON au mémorandum de la Gauche”, Athènes, Septembre 2015

Lieu de tractage Aube dorée... aussi les quartiers aisés d'Athènes. Septembre 2015

L’Unité populaire, bénéficie par exemple du soutien de l’économiste et député Andalous de Podemos, Jesús Rodríguez, ou encore, de la section de Die Linke de la Rhénanie-du-Nord - Westphalie. SYRIZA de son côté, annonce fièrement qu’il a l’appui de Gabi Zimmer de Die Linke, elle est à la tête du groupe confédéral de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE/NGL) au Parlement européen, tout comme de Ska Keller, membre de l'Alliance 90/Les Verts, députée européenne depuis 2009, elle a été - avec le Français José Bové - la candidate du Parti vert européen à la présidence de la Commission européenne en 2014. Voilà pour les... recommandations.

Ces soutiens... passent évidemment largement inaperçus, et ils ne concernent en réalité qu’une poignée de militants, et encore. L’époque... du moment devient en réalité si grave, que tous ces soutiens ne pèsent plus grand-chose aux yeux de l’opinion, non pas parce qu’ils ne sont pas sincères, mais surtout, car ils illustrent une manière de faire de la politique appartenant au temps révolu des démocraties à l’occidental, surtout maintenant... que le financierisme européiste et autre, n’a plus que faire de cette... hérésie, héritée des siècles et des luttes populaires d’antan.

Plus près parfois de notre laps de temps historique que nos... tortues et autres Chéloniens de la gauche en Europe, les responsables du Centre médical métropolitain et solidaire d’Ellinikón près d’Athènes, n’iront pas recevoir le Prix du “Premier Citoyen”, récemment décerné par le Parlement européen.

Place d'Athènes, septembre 2015

Chélonien, Athènes, septembre 2015

Le NON l'emportera. Affiche de l'Unité populaire. Athènes, septembre 2015

Alexis Tsipras - Nous conquerrons le lendemain. Athènes, septembre 2015

Sauf que pour les médecins et pour les bénévoles du Centre Solidaire d’Ellinikón, le lendemain... c’est déjà la mort conjuguée au présent:

Le Parlement européen a décidé de nous attribuer le Prix du Citoyen européen pour 2015, en reconnaissance de la lutte que nous menons depuis près de 4 ans, au bénéfice des abandonnés de l'État officiel, des chômeurs, des patients non assurés, pour enfin bâtir une société meilleure. Cette lutte cependant, a été si nécessaire, justement parce que les politiques appliquées et qui continuent à s’appliquer dans notre pays, sont le résultat direct des pressions et des chantages exercés par le Fonds monétaire international (FMI), la Banque centrale européenne (BCE) et l'Union européenne (UE), ce qui conduit à exclure du système de la santé, plus de trois millions de citoyens, chômeurs, sans abri et démunis”.

L'Europe pour nous, comme pour la plupart des Grecs, pourrait être notre maison. Nous évoquons cette Europe des peuples, de la compréhension mutuelle et de la solidarité. Nous souhaitons même réaliser cette Europe que nous recherchons. Mais c’est avec tristesse et chagrin que nous voyons une Europe perdue dans les rouages de la bureaucratie, ceux des intérêts, financiers et des banques. C’est alors avec regret que nous constatons combien la priorité de cette Europe, c’est de trouver des milliards d'euros pour les banques privées, tandis qu’elle exerce des pressions pour que la réduction déjà de plus de 50% par rapport des budgets de 2009 du système national de santé en Grèce, soit encore plus importante prochainement”. “D’après les données de l'Institut ‘Prolepsis’, la paupérisation massive de la plus grande partie du peuple grec a déjà conduit à une tragédie: 6 élèves sur 10 dans 64 écoles d’Athènes se trouvent dans une situation d’insécurité alimentaire. 61% des élèves des mêmes écoles, ont déjà un parent sans emploi, tandis que pour 17% des familles, aucun parent ne travaille. 11% des enfants ne sont pas affiliés à la Sécurité Sociale, et 7% d’entre eux, ont vécu sans électricité pendant plus d'une semaine durant l'année 2014, enfin, pour 3% des enfants, ils vivent encore sans électricité. 406 écoles à travers toute la Grèce ont perçu une aide en 2014 pour les nourrir 61 876 élèves. 1 053 écoles ont sollicité cette année cette aide, afin de bénéficier du programme ‘Alimentation’, et ainsi pouvoir nourrir leurs 152 397 élèves. Aujourd'hui, seulement 15 520 élèves dans 150 écoles bénéficient de ce programme”.

Alexis Tsipras devant les effets de... son Mémorandum III. “Quotidien des Rédacteurs”, 12 septembre

42 727 questionnaires ont été renseignés par les parents dans 23 districts à travers le pays et il en découle que 54% des familles sont confrontées à l'insécurité alimentaire, 21% d’entre elles, carrément à la faim. Selon une étude de l’Office du Budget de l'État du Parlement, 3,8 millions de Grecs ont des revenus proches du seuil de pauvreté (432 euros par mois et par personne) tandis que 2,5 millions de Grecs vivent en dessous du seuil de pauvreté (233 euros par mois et par personne, ce qui signifie en effet... l'extrême pauvreté). En somme, 58% de la population grecque, soit 6,3 millions de personnes vivent à proximité ou au-dessous du seuil de pauvreté”.

Cette Europe alors qui veut nous récompenser, semble ne pas être embarrassée face à toutes ces vérités, ni face déjà aux milliers de morts de nos concitoyens exclus du système de santé. Ces décès feront alors bientôt... l’effet boule de neige, puisque le mémorandum III signé par le gouvernement, impose des réductions supplémentaires pour le Système de Santé, à hauteur de 933 millions d'euros dans un premier temps”.

Il serait hypocrite de notre part, que de recevoir ce prix lorsque cette Europe ferme les yeux sur les nourrissons souffrant de malnutrition, sur les patients atteints de cancer déjà morts, devant le regard rempli de désespoir des patients qui souffrent, des mères qui nous racontent leurs histoires terribles quant à l’abandon dont leurs familles sont victimes, vivant sans électricité, sans eau courante et avec un minimum de nourriture pour une année de plus”.

Campagne électorale. “Quotidien des Rédacteurs”, 15 septembre

Le mot de notre médecin qui nous représente, Yórgos Vichas est clair: ‘les milliers de morts parmi nos patients non assurés, ou alors de ceux qui respirent autour de nous, ils nous regardent tous droit dans les yeux et de ce fait, (ils) ne nous permettent pas d'accepter ce prix’. Nous ne tournons pas le dos à l'Europe, ni aux peuples européens qui nous sont solidaires de manière impressionnante!

Nous nous devons par contre tourner le dos aux politiciens et aux institutions, telles que le Parlement, lesquelles depuis longtemps ne considèrent les vies humaines que comme étant de simples unités comptables. Cette façon de voir et d’agir constitue depuis plus de cinq ans, une honte pour la culture européenne. La vérité est que cette barbarie doit être arrêtée immédiatement, et si ce prix signifiait quelque chose allant dans ce sens, nous serions heureux de recevoir”. J’avais... invité Yórgos Vichas à Marseille en 2014, lorsque j’avais co-organisé avec le MuCEM, la semaine consacrée à la crise grecque. En janvier 2015, Yórgos avait été candidat à la députation sur les listes SYRIZA, et il n’a pas été élu. En août 2015, déçu et toujours debout sur le terrain de sa lutte, il ne veut plus... entendre parler de SYRIZA, me semble-t-il.

Dans son récent communiqué du mercredi 16 septembre, le Centre médical solidaire d’Ellinikón, vient de dénoncer les nouvelles coupes sur le budget de la santé que le gouvernement Tsipras vient de signer. Il dénonce d’ailleurs sous un titre alors bien parlant: “la barbarie et les mensonges continuent”, l’inaction... active du gouvernement SYRIZA/ANEL et autant, l’usage du mensonge (par SYRIZA) lorsque cette formation politique prétend (en cas de réélection)... alléger les Grecs des méfais du mémorandum III, lorsqu’on sait que “la voie à suivre est déterminée, et seulement déterminée par ce troisième mémorandum, signé par le gouvernement précédent, cette politique sera mise en œuvre, quelle qu'il soit le nouveau gouvernement”.

Schäuble et Tsipras, assis sur le... fauteuil du pouvoir. “Quotidien des Rédacteurs” du 31 août

Nos politiciens. “Quotidien des Rédacteurs” du 14 septembre

En Grèce, la saison d’été se termine sur les places d’Athènes, où les nouveaux venus de Syrie comme de l’autre ailleurs, se mêlent parfois aux touristes et aux autochtones, plus... provisoires que jamais dans ce pays depuis le vieux temps... de la piètre guerre des années 1940.

Les suicides se multiplient une fois de plus et les médias n’en parlent guère, les Grecs sont agités, tout le monde a le sentiment que le pire serait devant nous. C’est en cela que le dialecte de notre gauche parait parfois un peu... suranné devant l’énormité de l’exactitude qui nous assomme. La parole de l’Unité populaire ne fait pas toujours exception à cette règle, cependant, ses réunions publiques peuvent encore créer de l’émotion partagée. Pour faire vraiment renaître l’espoir c’est bien plus difficile... après la mutation SYRIZA. Cela prendra du temps, des luttes... et des larmes.

Lundi 14 septembre, dans le quartier populaire de Sepólia à Athènes, l’Unité populaire a tenu une réunion publique, co-organisée par mon amie Katerina Thanopoúlou, ex-Comité central SYRIZA et Vice-présidente de la région d’Attique, chargée des affaires sociales. Devant une foule, ni trop nombreuse, ni absente ; les orateurs ont analysé, rappelé, dénoncé et enfin proposé. Zoé Konstantopoúlou, arrivée en retard à cause de sa participation dans une émission télévisée a été très attendue.

Zoé Konstantopoúlou et Katerína Thanopoúlou, Athènes, Sepólia, 14 septembre

Sepólia, rassemblement de l'Unité Populaire, 14 septembre 2015

Zoé Konstantopoúlou et les citoyens. Sepólia, 14 septembre 2015

Zoé Konstantopoúlou a évoqué publiquement son déplacement du 2 septembre au siège de l’ONU, où elle a évoqué l’abolition de la Démocratie en Grèce, avant de prendre position en faveur d’un audit financier et judiciaire (procédurier) de la dette grecque. Depuis, le ministre Houliarakis (nommé par Alexis Tsipras, c’est à dire par les... institutions) en a décidé... de l’abstention de la Grèce lors du vote récent sur le sujet des dettes des pays et des fonds rapaces à l’ONU.

Zoé Konstantopoúlou a aussi rajouté en aparté... mais publiquement: “Je ne sais pas vraiment ce qui s'est réellement produit durant cette longue nuit de Tsipras à Bruxelles, j'ai essayé d'en savoir plus, impossible, un jour nous le saurons”.

Présent sur les lieux, seulement avant le début du meeting, un homme se présentant comme étant un Syriziste... incorrigible, tentât en vain de convaincre les participants, du bien fondé de son analyse: “Konstantopoúlou et Varoufákis sont des pions participant au plan du financier George Soros... dans le but de faire tomber Alexis Tsipras, le seul qu’a résisté pour finalement connaître le blocage dans l’impasse qui est la sienne aujourd’hui, mais qui peut alors changer lorsque la situation interne et externe changeront aussi dans le futur”. C’est en résumé la thèse officielle de SYRIZA, le financier Soros en moins. L’homme a quitté les lieux comme il était arrivé. Pas d’animosité, à part une certaine tension entre lui et les athéniens... pré-acquis à la cause de l’Unité populaire. Temps qui passe.

Un des orateurs a estimé que Keynes est bien mort et que le capitalisme actuel l’a définitivement enterré, donc “il va falloir nous en sortir autrement”. Il a toutefois laissé la porte ouverte aux “camarades restés à SYRIZA, ils vont peut-être nous rejoindre un jour et d'ailleurs, dans pas trop longtemps, une fois que le mémorandum SYRIZA sera appliqué”. Vœu pieux ?

Voiture et haut-parleurs du PC grec, KKE, Athènes, septembre 2015

Publicité et... haut- lieu d'un sans-abri. Athènes, septembre 2015

Un immigré africain jouant de la guitare. Athènes, septembre 2015

Images et sonorités disparates en pays disparu. Les haut-parleurs motorisés du KKE (PC grec) invitent “à ne plus se tromper, une nouvelle fois et une fois de trop”.

Les plages se vident et l’espoir ne déborde pas les rues comme du temps des élections de janvier dernier. L’été c’était alors en janvier et l’hiver en... août. Seul un guitariste dans un petit carrefour près de l’Acropole, un immigré venu d’Afrique se montre immanquablement souriant, à défaut d’être rassuré peut-être, les badauds en tout cas apprécient très bien son grand sourire par les temps qui courent... à notre perte. Quelques rues plus loin, des touristes photographient nos monuments dédiés aux luttes pour la Démocratie datant des années 1960. Histoires... définitivement (?) décousues.

Les plages se vident. Attique, septembre 2015

Des touristes photographient nos monuments dédiés aux luttes des années 1960. Athènes, septembre 2015

Cérémonie dédiée à la mémoire de notre ami Pávlos Gondikákis. Athènes, septembre 2015

Temps gris et pourtant parfois ensoleillé. La campagne électorale bat son... vide, plus pour très longtemps. “À Athènes l'atmosphère est subtile, d'où vient la finesse d'esprit des Athéniens”, écrivait Posidonios d'Apamée, philosophe stoïcien grec d’Apamée, une ville et un site archéologique pillés... car en Syrie.

Mi-septembre, 2015 déjà, car nous avons évoqué la mémoire de notre ami et philosophe à sa grande manière, Pávlos Gondikákis (1940-2013). Les Français d’Athènes, ceux notamment du Lycée Franco-Hellénique se souviennent de Pávlos. Retrouvailles et discussions alors nourries, autour d’un esprit qui prend toujours ainsi corps, au-delà de l’absence. Nous pensions que Pávlos n’aurait sans doute pas trop apprécié ces dernières élections, les plus éloignées de toutes, de la démocratie comme de la liberté, pourtant encore formelles.

Métadémocratie des mémoranda et des empires... sauf à l’heure de la sieste et pour certains êtres seulement. Mensonge et barbarie.

L’heure de la sieste pour certains êtres. Athènes, septembre 2015




* Photo de couverture: Une certaine vision actuelle. Athènes, septembre 2015

7 commentaires

Jean Deroubaix a dit…

L'attribution de prix à des volontaires qui pallient (courageusement et méritoirement) à la déliquescence de l'Etat social est très cohérente avec la politique européenne : libéralisme et charité. mépris (pour les travailleurs et les mauvais pauvres) et commisération (pour les bons pauvres). Nihil novi sub sole. Nous voilà de retour au 19e siècle.

valerie a dit…

Panagiotis, rien ou peu à voir avec le sujet, mais je viens de me brancher sur Sto Kokkino et horreur : deux spots publicitaires en allemand !
Ils sont tombés dans l´escarcelle du TAIPED ?

korruptio a dit…

L'Allemagne et la Grèce : tumultes et passions
http://www.franceculture.fr/emission-concordance-des-temps-l-allemagne-et-la-grece-tumultes-et-passions-2015-09-19

lénine a dit…

Aghapité Panyoti,

Je me suis plusieurs fois permis de solliciter ton avis un peu plus approfondi sur le KKE. Jusqu'ici en vain.
Pourtant je serai très intéressé d'avoir ton point de vue sur ce parti, les raisons de sa stratégie, les courants qui le traversent, les évolutions qu'il a connu.
Merci.

Philippe Hennebert a dit…

J'écris ces lignes dimanche 20 septembre vers 23h30, heure française. Les résultats des élections donnent Tsipras nettement vainqueur, l'Unité Populaire n'atteignant pas les 3%; le KKE, les fachos et le Pasok tous trois autour de 5-6%. Que valent ces chiffres? Sans doute plus rien après l'humiliation et le découragement de ces derniers mois.
Mais quand même on se demande pourquoi, après avoir vu bafoué leur fierté du OXI du 5 juillet, avoir revoté assez massivement pour le petit salaud. Je me demande aussi pourquoi le KKE n'a pas pu créer un large mouvement autour de ses analyses correctes et pertinentes. Je me souviens, lors de la première élection de Tsipras à Athènes fin janvier, être tombé d'accord avec les permanents du KKE près d'Omonia, que Syriza était un 2e Pasok... aucune différence, et les mémorandums seraient les mêmes.
L'analyse était juste, l'analyse historique imparable.
Et pourtant la mobilisation au-delà des niveaux habituels ne se fait pas pour le KKE. Un large mouvement anti-austérité, anti-Europe, ne se crée pas autour des positions communistes, malgré les multiples opportunités historiques de ces derniers mois.
Il ne suffit pas d'avoir raison, hélas.
Tsipras, peu avant le 5 juillet, avait la possibilité de mobiliser largement, sur des positions vraiment libératrices... Il en a eu peur.
Mais la question horrible que je me pose c'est de savoir s'il a pu mobiliser MALGRE le fait évident (pour nous communistes - évident depuis des années sans doute- mais tout à fait évident depuis février 2015 en tout cas) que c'était un petit salaud à la solde du capital et des eurocrates, ou PAR le fait qu'il était un brave social-démocrate, europhile et - disons-le - collabo Pétain en culottes courtes. Autrement dit, y a-t-il aujourd'hui une possibilité de mobiliser réellement sur des bases populaires, contre les tyrans. Je l'ignore et ma gorge se serre à chaque fois que je pense au 5 juillet, à la place Syntagma magnifiquement pleine d'un peuple que je croyais fier et la tête haute.
Que faire en Europe? Qu'y espérer encore?
Rien de l'Espagne et d'Iglesias, ce Tsipras en herbe en tout cas.

Toutatis a dit…

le résultat de ces élections parait incompréhensible vu de France. En particulier le parti ANEL qui va collaborer avec Tsipras est décrit chez nous comme "souverainiste", mais on a du mal à voir en quoi la politique de Tsipras est compatible avec le souverainisme...

Michel Dilo a dit…

Philippe Hennebert a dit… Que faire en Europe? Qu'y espérer encore?

On peut se le demander. Triomphe de l’imaginaire de droite, faiblesse de l’imaginaire de gauche. Les peuples rêvent contre eux-mêmes !

Lire ici http://www.peripheries.net/article311.html

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