lundi 31 août 2015

Temps compté



Nouvelle campagne électorale grecque, placée sous le signe du Coup d’État européiste et permanant. Dernière pleine lune de ce mois d’août... et de SYRIZA. En deux semaines depuis l’adoption (anticonstitutionnelle) du mémorandum Tsipras, les cadres et les membres du parti de l’ex-Gauche radicale le quittent alors par milliers et par sections locales, départementales, voire régionales... quasiment en bloc. Métamorphoses d’Ovide face au... vide.

Danse avec... les loups et presse mainstream. Août 2015

Plus de cinquante membres du comité central SYRIZA ont démissionné, dont Katerina Thanopoúlou, Vice-présidente de la Région d’Attique, responsable des affaires sociale que les lecteurs assidus de ce blog connaissent déjà. Alexis Tsipras recompose alors... (avec) les morceaux de SYRIZA en déconfiture, débâcle déjà morale et organisationnelle. “Tsipras mène la danse”... croit pourtant savoir une certaine presse mainstream, après avoir dansé avec les loups authentiques du totalitarisme européiste, la marionnette Tsipriote n’est que l’ombre de sa métamorphose ovidienne. L’hybris, en direct.

SYRIZA II, aux ordres de l’Empire de Bruxelles comme de Berlin abat alors sa dernière carte: “jouer” les élections législatives contre la Démocratie du référendum du 5 juillet et du ‘NON’ à 62%. Cette dernière pirouette n’est finalement qu’un chapitre au livre noir des mémoranda depuis 2010, et autant, au Coup d’État, répétons-le, permanant... pauvres escrocs. L’Assemblée nationale, d’abord parodiée dans son esprit comme dans sa lettre, en dépit de la résistance de Zoé Konstantopoúlou, ayant accouché du pire, c’est-à-dire, d’un mémorandum humiliant et néocolonialiste, d’où cet empressement des maîtres (provisoires) du jeu: en finir avec le ‘NON’, en organisant des élections anticipées pour ainsi réécrire l’histoire récente et surtout à venir.

Ces élections sont un élément de la solution et non pas du problème”, a déclaré Angela Merkel, tandis que pour Jean-Claude Junker, “il faut espérer que ce scrutin, renforcera le soutien des Grecs à l'accord déjà signé avec les créanciers”. Les tenants visibles de l’absolutisme européiste n’ignorent pas que le temps leur est finalement compté, ils agissent alors dans la précipitation. La dictature ainsi imposée à la Grèce doit porter au plus vite la tunique de la légalité, comme celle de la... gauche. Sale temps, plus incertain que jamais.

Retours serrés. Ferry entre l'île d'Égine et le Pirée. Fin août 2015

Débat entre Tsipras et Meimarakis. Presse de saison. Fin août 2015

Derrière les masques... la réalité. “Quotidien des Rédacteurs” du 26 août

Au-delà même des résultats du scrutin du 20 septembre, l’hybris Tsipras, tout comme l’hybride de SYRIZA européiste, nous conduisent inexorablement vers la phase la plus critique de la tragédie grecque du moment. Rien ne sera plus comme avant et tout sera plus dramatique qu’auparavant: Les situations, les réalités, les mentalités, les humeurs... voire les rumeurs.

Cette pente alors très glissante de la “crise grecque”, après avoir été... suffisamment savonnée par SYRIZA d’en haut, finira ainsi par avaler le gouvernement précédent... autant que le gouvernement suivant, en attendant la rupture du choc frontal, sous les effets par exemple de la mobilisation probable et... physique du grand nombre (suffisant) des citoyens, dépassant peut-être les schémas politiques issus des partis, anciens ou même nouveaux. D’ailleurs, très probablement le parti ANEL des Grecs indépendants ne réussira pas son entée au Parlement, avalé comme il risque d’être par le mémorandum III, à l’exact image du LAOS (extrême-droite) et de DIMAR (gauche issue de SYRIZA), petits partis mémorandistes ayant gouverné sous l’ombre des grands partis... assujettis à la Troïka.

Les Tsipriotes interprètent de la sorte leur dernière comédie, leurs apparitions télévisuelles deviennent de plus en plus pathétiques (surtout vis-à-vis de leurs ex-camarades de la Plateforme de Gauche devenue le nouveau parti de l’Unité populaire), leur cynisme alors déborde, piètre théâtre et triste spectacle... sauf pour les sondeurs dits de l’opinion.

Devant les urnes. “Quotidien des Rédacteurs” du 24 août

Mémoire et avenir. Pirée, août 2015

Aube dorée: “Ni avec les bolchéviques, ni avec les créanciers usuriers”. Port du Pirée, août 2015

Ainsi, et contrairement aux résultats “probants” issus des sondages, je n’ai jamais pu rencontrer sur le terrain du quotidien, de l’inspiration populaire... pour ce SYRIZA encore subsistant. J’entends souvent au contraire les Grecs ironiser sur SYRIZA, sur Alexis Tsipras et même sur la gauche en général, paraphrasant à souhait, non sans amertume, le slogan de l’ex-gauche radicale: “Première fois à gauche”. Une tendance alors générale ?

En cette fin août, le port du Pirée fut encombré dans le sens des retours. Des Grecs ont pu ainsi échapper momentanément au sort scellé, familles grecques et touristes voyageant entassées à bord des ferrys aux rotations irrégulières, au gré des besoins, au jour le jour et parfois même suivant les heures. À bord d’un tel ferry depuis les îles proches d’Athènes, à destination du Pirée, un poste de télévision diffusait les images d’un meeting d’Alexis Tsipras... dans l’indifférence totale. Personne ne s’y intéressait, contrairement aux apparitions et aux autres interventions de l’ex-Premier ministre au moment des négociations avec les “institutions”. Une tendance isolée ou alors sinon, une lame de fond à prévoir ? Difficile à dire.

J’ai encore remarqué le peu d’empressement général pour les discussions politiques préélectorales habituelles, si chères aux Grecs par temps normal. Sauf que le seul temps normal est désormais celui de la météo, des astres, des animaux adespotes (sans maître) ou desposés (ayant un maître), et notamment en ce moment, celui des célèbres vents étésiens qui soufflent de manière quasi-continue car bien de saison.

Locaux abandonnés appartenant à une administration publique. Athènes, août 2015

Idées... sur le futur. Athènes, août 2015

Dans les Cyclades, août 2015

Et quant aux vents de la société grecque, l’inconnu et l’amertume règnent en maîtres. De nombreux Grecs ne se déplaceront plus jusqu’aux urnes, mes deux voisons, mon cousin Kóstas, mon ami Théodoros... la liste est longue, le cœur est brisé et l’esprit n’est plus. Vent mauvais encore, et au port du Pirée, des autocollants estampillés Aube doré... accueillent les ultimes passagers de l’été grec, tandis qu’une certaine parole... nostalgique des temps des Colonels, s’exprime de plus en plus ouvertement, y compris à bord des ferrys.

Le nouveau parti de l’Unité Populaire de Panagiótis Lafazánis et des anciens de la Plateforme de gauche chez SYRIZA, bénéficie déjà de la collaboration d’Alékos Alavános (ancien chef de SYRIZA et mentor malheureux d’Alexis Tsípras en bien d’autres temps) et de son mouvement du Plan-B, tout comme, du ralliement de l’ancienne ministre Nadia Valaváni, et enfin il faut le signaler, du soutien de Zoé Konstantopoúlou, ex-Présidente de l’Assemblé nationale. “Il était temps... mais c'est peut-être trop tôt ou bien trop tard. Déjà Lafazánis aurait dû quitter SYRIZA aussitôt après les accords de février 2015” (entre le gouvernement Tsipras et la Troïka), estime Makis, ami connaisseur des... cuvées de la gauche grecque depuis plus de quarante ans.

Sachant que l’Unité Populaire de Lafazánis ressemble fortement à une copie de SYRIZA (la trahison en moins et la drachme en plus), la position du vieux PC grec (KKE) ne change guère: “C'est un SYRIZA bis, et il trahira au moment venu” martèle Dimítris Koutsoúmbas, chef du PC grec, à chaque meeting de son parti. Donc, pas d’union de Gauche en vue ; seulement, les conditions politiques sont bien exceptionnelles et pas toujours les personnes.

Quotidien du KKE: “Seule la proposition du PC sert les intérêts populaires”. 29 août 2015

Le site internet de l'Unité populaire. Août 2015

Alékos Alavános et l'économiste Kóstas Lapavítsas lors d'un meeting de l'Unité populaire. Août 2015

Après-tout, pour de nombreux Grecs, “c'est toute la Gauche qu'a trahi”, suite à l’expérience SYRIZA, sans distinction, entre la caste dirigeante SYRIZA, les Lafazanistes ou les autres. C’est parfois ainsi et pas autrement sous le signe du Coup d’État européiste et permanant. Pour mon ami Makis: “C'est bien la dernière carte de la Gauche, avant sa... disparition, ou devant la sourde déferlante de l’Aube dorée”.

Tout le monde à gauche (et pas qu’à gauche) ne partage pas cette analyse, et nombreux sont ceux qui rappellent le caractère fort caricatural de l’Aube dorée, organisation ainsi jugée répugnante et “peu sérieuse en tant que Droite extrême”. Cependant, l’avenir est plus imprévisible que jamais.

D’où sans doute l’empressement du bloc mémorandiste et européiste face à la perceptive de gouverner... ensemble. Dora Bakoyánnis, de la Nouvelle démocratie et de la famille Mitsotakis, vient de déclarer que “finalement, il faut aussi envisager la collaboration possible entre la Nouvelle démocratie et SYRIZA”. On comprend, c’est clair... comme un mémorandum.

Allégresse des touristes, Athènes, août 2015

Grèce proposée. Athènes, août 2015

Refugiés de Syrie et d'ailleurs dans un parc. Athènes, août 2015

À Athènes, seule l’allégresse des touristes comme de certains (rares) Grecs, contraste avec le reste à venir qui nous englobe. Ensuite, la Grèce des îles de la mer Égée orientale est submergée comme jamais par une vague sans précédant d’immigrés et refugiés venus de Syrie comme d’ailleurs. La situation est pratiquement incontrôlable, plus de 12.000 personnes ont atteint ces derniers jours les côtes de l’île de Lesbos (Mytilène), peuplée de 85.000 habitants. Pour donner une certaine idée, c’est comme si la région parisienne recevait 1,8 millions de migrants... en quelques jours seulement.

Je remarque aussi combien et comment les faits et les images de cette autre triste réalité... encastrée dans la nôtre, frappe les esprits en Grèce, c’est bien compréhensible. Depuis la démission du gouvernement Tsipras, lequel a été aussitôt remplacé par un gouvernement technique dit “de transition et de service” jusqu’à la formation d’un nouveau gouvernement (supposé) politique, j’entends de plus en plus souvent cette autre critique de la rue et des cafés: “Tsipras a d’abord tout raté, son mémorandum nous assassinera, puis, il n'a rien géré, et encore moins le problème des migrants; puis et enfin, il a foutu le camp”...

Inutile de préciser que le gouvernement dit technique, a bien de la suite... dans les maroquins ministériels du mémorandum, Angela Merkel en a exprimé sa satisfaction publiquement ce lundi 31 août (Radio 105,5), donc la... Colonie est toujours sous contrôle. Et depuis Bruxelles, on rappelle que le mémorandum doit s’appliquer, gouvernement technique ou pas d’ailleurs. Pendant ce temps, les Tsipriotes en campagne électorale, prétendent être en mesure d’appliquer un programme... parallèle au mémorandum, pour ainsi “faire face à ses aspects les plus néfastes par une politique sociale”. Piètre mensonge.

Dans les cafés d’Athènes et dans ceux des îles personne ne lira cette interview assez étrange de Yanis Varoufákis accordée au “Monde Diplomatique”, où certes, “Leur seul objectif était de nous humilier”, sauf qu’en conclusion, volontairement inachevée, l’ancien ministre des Finances au gouvernement Tsipras, admettra que l’Europe... a toujours été son horizon et cela, depuis son enfance. Les... Mystères de Paris et l’épisode Varoufákis !

Lit des mariés. Musée d'Art populaire, île de Kythnos, août 2015

Lit des mariés. Musée d'Art populaire, île de Kythnos, août 2015

Drachmes oubliées dans une iconostase. Athènes, août 2015

Yanis Varoufákis a toujours été comme on sait défavorable au retour à la drachme, et il n’a sans doute pas visité le petit musée d’Art populaire de l’île de Kythnos, où, le lit des mariés est comme de tradition, orné d’offrandes, billets compris, mais de drachmes. C’est alors ainsi que nos drachmes... nous suivent-elles à la trace, coincées parfois dans les iconostases d’Athènes.

Plus près de nous, au théâtre du moment on représente Ajax de Sophocle, relatant l'épisode de la folie d'Ajax, car le guerrier a massacré le bétail de l'armée... en croyant assassiner les chefs Atrides. Temps assassin. “Bonne chance”, peut-on encore lire sur certains murs d’Athènes, ou sinon, de manière plus explicite, “Sortons de l'UE”, slogan que l’on découvre d’ailleurs de plus en plus fréquemment.

Ajax de Sophocle. Affiche, Athènes, août 2015


Graffiti: “Bonne chance”. Athènes, août 2015

Graffiti: “Sortons de l'UE”. Athènes, août 2015

Au loin, dans le Péloponnèse... des descendants des Atrides, le temps se gâte déjà quelquefois et c’est comme un avertissement avant l’automne grec, en cette année 2015, décidément hors toute saison connue... et pratiquée.

Péloponnèse, août 2015

La dernière pleine lune de ce mois d’août est déjà derrière nous, au pays des métamorphoses d’Ovide, sauf pour nos êtres adespotes, cependant sans la folie d'Ajax !

Animaux adespotes. Athènes, août 2015




* Photo de couverture: Athènes, août 2015

16 commentaires

Un partageux a dit…

Bonjour Panagiotis,

Voici quelque temps j'ai mis deux musiciens de Grèce dans ma radio estivale.
Psarandonis : http://partageux.blogspot.fr/2015/08/radio-partageux8.html

Et puis Ross Daly, grec par choix si je puis dire : http://partageux.blogspot.fr/2015/07/radio-partageux3.html

Le tout est accompagné de commentaires pas plus respectueux que nécessaire qui ne conviennent sans doute guère à nos eurocrates. ;o)

"Lâchez pas la patate !" diraient nos amis Cajuns dans leur français coloré.

TEBOUL René a dit…

En France on ne se rend pas bien compte combien Tsipras a déçu. Beaucoup, notamment le PCF l'excuse en disant qu'il était seul face à une meute de loups. C'est vrai que les tergiversations de Varoufakis sont bizarre. L'Europe n'est pas un rêve, mais un cauchemar. J'ai pris les paris que Tsipras sera obligé de gouverner avec le PASOK et ND. Et puis une fois qu'il aura fait le travail pour l'Eurogroupe, il s'en ira sans doute sous les crachats. Entre temps il aura sûrement accumuler de quoi se payer une retraite pénarde sur une île. Je crois plus à la corruption de Tsipras qu'à son imbécillité.
http://in-girum-imus.blogg.org/tsipras-le-plan-b-de-l-eurogroupe-a118547894

MF a dit…

", la position du vieux PC grec (KKE) ne change guère: “C'est un SYRIZA bis, et il trahira au moment venu” martèle Dimítris Koutsoúmbas, chef du PC grec, à chaque meeting de son parti.Donc, pas d’union de Gauche en vue ; seulement, les conditions politiques sont bien exceptionnelles et pas toujours les personnes. "
Le PC Grec est le seul parti qui a vu juste et qui n'a pas trahi, donc on peut lui faire confiance. D'autre part "l'union de la gauche" on a vu ce que ça a donné en France en 1981. La politique consistant à démasquer les partis sociaux-traîtres est le seul moyen de défendre les intérêts du peuple. J'espère que "Unité Populaire" , co-responsable du désastre actuel, se fracassera comme Syriza et le PASOK.

Corruptio3 a dit…

Cette question de "l'Europe" est une affaire de langage.
"L'Europe" est pour beaucoup de gens une idée intéressante, voire indispensable.
"L'Europe" (même mot, autre contenu) est la structure technocratico-politique qui est présentée comme la seule possible. Pire: la seule a être le moyen d'atteindre cet idéal.

On peut être pour l'Europe, mais contre CETTE Europe, LEUR Europe, la structure politique qui prétend ETRE l'idéal lui-même.

C'est LEUR victoire que de rejeter les deux dans le même élan: ils peuvent ainsi se présenter comme les seuls à défendre l'idéal...

minsk666 a dit…

Votre blog est toujours très intéressant et je vous trouve assez sévère avec Tsipras. Mais comme je ne suis pas grec, j'ai sans doutes du mal à me rendre compte... C'est pourquoi j'aimerais comprendre.

Ne pensez-vous pas que le problème en Grèce, c'est que chacun a projeté dans le fameux non du référendum ce qu'il voulait ?

Les "Tsiprasistes" y ont vu un mandat pour résister mais pas au prix d'une sortie de l'Euro (ce qui les a amenés à la quadrature du cercle dans laquelle ils sont coincés, à faire le contraire de ce pourquoi ils ont été élus).

La gauche de Syriza y a vu un mandat pour sortir de l'euro et repartir à zéro. Et reproche donc les concessions du gouvernement (certains utilisent le terme trahison : bonjour la solidarité), qui se retrouve à faire la même politique en pire que le PASOK et la droite.

Tsipras reste conséquent en appelant à des élections pour trancher ce débat. Le peuple grec veut-il sortir de l'euro avec l'incertitude qui y est attaché, ou préfère-t-il souffrir dans l'euro et espérer que les Allemands vont finir par être atteints par la raison et arrêter le massacre ?

De même Varoufakis reste assez mesuré (il n'utilise pas à ma connaissance les termes de trahison) : il pense qu'une sortie la plus ordonnée possible de l'euro est la meilleure solution pour la Grèce et que Tsipras se fourvoie.

Les conseilleurs ne sont pas les payeurs et je serais bien en peine de dire aux Grecs ce qui est le mieux pour eux : continuer dans des accords qui leur garantissent d'empirer la situation ou arrêter les frais et souffrir horriblement quelques années avant un probable redressement ? N'oubliez pas que la Grèce n'a que son industrie touristique à mettre dans la balance exportatrice : pas d'industrie, peu d'agriculture... Comment la Grèce importera son carburant, ses médicaments, sa nourriture lorsqu'elle sera sortie de l'Euro ? Ca sera très très dur ! Les Grecs veulent-ils vraiment payer leur liberté à ce prix ?

Ne pensez-vous pas que ces législatives donneront une forme de réponse à ces questions ? (Un autre référendum aurait été préférable et plus clair, mais baste).

Georges Lagarde a dit…

Il ne serait ni surprenant ni choquant qu'au lieu de choisir entre l'application du mémorandum III (pire que celui qu'ils ont refusé) et la sortie de la Grèce de l'Euro (dont il me semble que personne ne sait très bien à quoi elle aboutirait pour les Grecs qui n'ont pas de l'argent à l'abri à l'étranger) beaucoup décident de s'abstenir.

L'argument "moi ou le chaos" que Tsipras n'aura même pas besoin d'exprimer fait que, sans le délai nécessaire pour que le choix ait un sens, ces élections ressemblent beaucoup trop un second tour du précédent référendum et n'ont pas grand chose à voir avec la démocratie réelle.

Même si je note bien que Panagiotis, qui est sur place, ne semble vraiment surpris de la manière dont les choses se sont déroulées, le reproche que je ferais à Tsipras est d'avoir proposé un référendum, de l'avoir "gagné" puis de n'en avoir pas tenu compte. La réponse de Bruxelles de bloquer le fonctionnement des banques de la Grèce qui refusait de se soumettre - c'est l'équivalent moderne des canonnières de l'ancien temps - l'a peut-être pris par surprise mais son comportement ne vaut pas mieux que celui de Pétain en juin 1940 prétendant continuer à gouverner la France malgré l'invasion allemande...

Amartia a dit…

A part une sortie de la zone euro (alors qu'une majorité de Grecs ne la veut pas) quelle solution vraiment concrète propose Lafazani ? J'ai bien peur que le purisme idéologique ne soit contreproductif et ne permette à la droite de revenir, même si ce n'est pas en grande force.

Elie Arié a dit…

Ne croyez-vous pas que le référendum était faussé par la question posée ( qui est enthousiasmé par une politique d'austérité?), que la question posée aurait dû être: " Êtes-vous favorable à une sortie de l' UE et de l'Euro? "...et que le NON l'aurait emporté ?

8005f4f4-51bc-11e5-aab4-ffe2ddb94941 a dit…

@minsk666
Vous dites : la Grèce, "pas d'industrie". Il s'agit d'un gros mensonge répété ad nauseam par tous les médias. Nos journalistes économistes glosant sur ce pays ne fréquentant que les hypermarchés de France, il ont une vision bien réduite de son économie...réduite à la féta en bocal (bien que Salakis soit bien français, car fabrique en Aveyron !), éventuellement les olives pour l'apero. L'industrie représente plus de 20% du PIB (Wikipedia, voir la page en anglais : Greek economy, plus exhaustive), soit environ 400 00 personnes !
D'abord, la Grèce produit de nombreux produits agroalimentaires, à peu près tout ce qui est possible, de la mayonnaise (Bravo) aux biscuits sans sucre (Papadopoulos), en passant par les chips (Elbisco). Pour donner quelques exemples, presque toutes les bières vendues en Grèce (grecques comme Mythos, Alpha ou Fix, mais aussi étrangères, comme Amstel, Stella ou Carlsberg) sont fabriquées localement, la Grèce exporte plus de pâtes qu'elle n'en importe et enfin elle est le deuxième producteur de riz en Europe derrière l'italie. Vous allez me dire, ouais de la bouffe, ça compte pour de la feta !
Alors, citons la plus grande cimenterie d'Europe à Volos (béton Heraklis), les chantiers navals (construction de frégates et réparation de navires), l'industrie aéronautique (Hellenic Aerospace Industry ou HAI), 500 employés, qui réparent les avions de l'OTAN, mais aussi fabriquent des pièces pour le dernier avion furtif de Dassault (programme Neuron), le fabricant d'électro-menager, Pitsos (frigos, cuisinieres, climatiseurs), les chaussures (Boxer), les constructeurs d'autocars, bus et trolleys (Sfakianakism le plus connu), de blindés ou camions militaires (Elbo) ou de camions de pompiers (Temax). Namco de Thessalonique, qui relance la production d'une voiture utilitaire (version moderne la célèbre Pony avec moteur Citroën des années 70).
La Grèce a intégré l'agence spatiale européenne en 2005 et sûrement pas pour y préparer les cafés ! Plutôt grâce à l'excellent niveau de ses astronomes.
Les ingénieurs grecs arrivent en 11e position mondiale, après Coréens, États-Uniens, etc. dans le choix des grands sociétés industrielles étrangères !
En Grèce même, il y a des tas de start-ups informatiques, qui fabriquent des logiciels très performants en sécurité, gestion hôtelière, touristique ou de projets.
Intracomm est une boîte grecque (10 000 employés dans une vingtaine de pays), leader dans les Balkans pour la fourniture de matériel informatique (télécoms, sécurité, défense).
Les exportations grecques ? 38% de pétrochimie, puis produits plastiques et aluminiums, médicaments. La Grèce fait plus de chiffre avec ses médicaments (beaucoup de génériques exportés en Inde, Brésil, etc...) qu'avec son agro-alimentaire. J'espère que ça vous en bouche un coin ! Autant dire que la feta et les olives comptent pour pas grand chose.
Pour clôre cet aperçu, toujours sur les médicaments, là aussi, grosse propagande à deux balles : un communiqué du syndicat des producteurs (environ 20 labos grecs) publié dans le journal TO VIMA precisait, il y a cela deux mois environ, que la Grèce pouvait fournir 70% de ses besoins en pharmacie et 50% en hôpital. Pas mal pour un pays de feignasses invéterées !
Car ne croyez pas que ces mensonges soient toujours le fait de méconaissance crasse, ils participent aussi du déferlement xénophobes contre les Grecs.
La prochaine fois, vous hésiterez un peu plus à vous défouler sur un peuple capable de produire des drones (HAI), des VTT dernier cri (Ideal Bikes) ou des ordinateurs (Turbo-X, regardez la video de la chaine de montage sur Youtube !).

minsk666 a dit…

D'accord, il me semble que je me sois fait enfumer par les médias en ce qui concerne la faiblesse du tissu industriel grec (et pourtant, je cherche mes infos hors des médias dominants).
Néanmoins, les matières premières nécessaires à tout cela, il faut les importer en grande partie, d'où des difficultés en cas de sortie de l'euro.

Mais attention, je ne suis ni pour, ni contre une sortie de l'euro pour la Grèce, je me contente de dire que je ne suis pas aussi persuadé que l'aile gauche de Syriza que les Grecs veulent en majorité quitter l'euro. Beaucoup de Grecs ont sans doute peur des conséquences et préfèrent l'infâme situation actuelle, qui, au moins, est connue.

Un référendum clair de type "Voulez-vous rester dans l'euro et appliquer les mémorandums ou sortir de l'euro avec les incertitudes que cela comporte ?" résoudrait une bonne fois pour toute la question de la légitimité des choix politiques uns et des autres.

Michel Dilo a dit…

Eric Toussaint analyse de manière critique l'attitude de Syriza. Ou on apprend que Tsipras et ses affidés ont depuis bien longtemps prévu leur attitude de l'année 2015 !

http://www.michelcollon.info/Grece-pourquoi-la-capitulation-une.html

8005f4f4-51bc-11e5-aab4-ffe2ddb94941 a dit…

Rectifications
Quelques erreurs dans mon message précédent sur l'industrie grecque :
Il faut lire 400 000 employés dans le secteur secondaire.
La marque de sauces mayo et ketchup est Brava et non Bravo !
La marque de bus/autocar est Sfakianakis. A noter qu'ELBO, le fabricant militaire, fabrique aussi des bus de ville.

Je rajoute dans le domaine des produits de soins :
Mega (Megadis Disposables, 420 employés, quand même !), qui fabrique du coton et des batonnets, des lingettes (BabyCare), des couches (BabyGo), serviettes hygieniques (EveryDay) ou a iincontinence (Sani).
Farcom - Puravita (gamme Familycare de savon-douche), soin des cheveux et shampoings, colorations, gels et laques, savon-liquide et douhce, crèmes pour le corps.
Papoutsanis (plus grande savonnerie d'Europe Orientale : savonnettes et savon-liquide, gamme impressionnante de savon-douche parfumés et de crèmes de soin à l'huile d'olive, liquide-douche pour bebes, bain-moussant)
Fleriana, (produits uniquement naturels : d'entretien, désodorisants, sprays anti-moustiques, anti-mites et lessive liquide),
Korres (le Yves Rocher grec : shampoings, crèmes solaires, de nuit, à raser, déodorants, maquillage, etc, seulement vendu en pharmacie, et dans le monde entier !)

J'aimerais bien savoir ce que la Grèce NE produit PAS dans les produits utilisés au quotidien ! Si quelqu'un pouvait me renseigner !? Merci...
Même le PQ de Carrefour-Marinopoulos est fabriqué en Grèce ! Arfff :)

Enfin, voici le lien pour la vidéo des ordinateurs Turbo-X (Sociéte Plaisio) :
https://www.youtube.com/watch?v=z7VxFmZkY04

Michel Mazon a dit…

Il faut lire l'admirable discours de ZOE KONSTANTOPOULOU, Présidente du Parlement Grec, membre de SYRIZA, contre le 3e MEMORANDUM et le Premier Ministre ALEXIS TSIPRAS, cela répondra aux amis qui se posent la question de savoir si on est pas trop sévère avec Tsipras. Pour le lire en Français c'est ici :
http://www.m-pep.org/Discours-de-Zoe-Konstantopoulou-presidente-du-parlement-grec-membre-de-Syriza

Corruptio3 a dit…

Le gouvernement allemand déclare vouloir accueillir un plus grand nombre de réfugiés Syriens et autres. "Sauf bien sûr ceux qui sont endettés" déclare le ministre de l'économie. "Nous les renverrons dans leur pays d'origine afin qu'ils remboursent d'abord leurs créditeurs" a-t-il précisé.

Magne deux a dit…

@ corruption votre humour est disons vaseux , sinon citez vos sources ....c'est sur que l'Allemagne qui accueille des réfugiés ne correspond pas pas à vos schémas binaires

Corruptio3 a dit…

@Magne deux C'est évidemment de l'humour. Noir.
Et je n'ai pas de schéma binaire. Je CONSTATE que pour le gvt Allemand, il est intolérable d'avoir des dettes, et qu'il peut même vous laisser crever à cause de ça. Mais ce n'est pas repris par Bild en première page.

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