mardi 21 juillet 2015

Kaos



Nouveau spectacle. Comme dans un cinéma, dit d’été en Grèce. La “gouvernance” du mémorandum III impose son pilote automatique à l’aérostier Tsipras, cependant, l’appareil risque de ne plus répondre aux commandes. La presse du népotisme historique et des mémoranda adulés boit du petit lait... caillé: “Le divorce est là. Tsipras prépare les listes électorales, les membres de la Plateforme de Gauche en seront exclus”, quotidien “Ta Néa” du 21 juillet. “Kaos”.

Cinéma d'été. Athènes, juillet 2015

Nouveau spectacle et cinéma d’été à Athènes. Les habitants de la Colonie ont cruellement besoin de sortir et de respirer. De très nombreux employés rescapés de la guerre économique que nous subissons ne disposent plus de leurs congés d’été. Les entreprises avaient mis leur personnel en congés et cela massivement, durant les deux à trois semaines qui se sont déroulés depuis l’instauration des contrôles des capitaux, faisant suite à l’annonce du référendum en juin dernier.

Souvent même, le personnel n’a pas été payé, par exemple dans la presse la règle du moment se résume à trois salaires en... attente. Été brisé, vacances martyrisées. Ainsi, nombreux sont ceux qu’ont obligatoirement opté pour... la fuite vers les plages ou parfois la campagne, chez la famille ou chez leurs amis, en congés sans (trop) de solde. “Cet été, nous avons été coincés puis grillés vifs. Une perte de plus et de trop.” ironise Státhis, employé dans une maison d’édition.

Les cafés d’Athènes sont fréquentés, d’ailleurs nos touristes n’ont pas l’air de bouder la Colonie, mais entre Grecs, les discussions sont bien animées entre deux gorgées amères. La doxa... d’en bas, commente et analyse ce “Waterloo de SYRIZA”, qui est d’abord celui de la Grèce, Tsipriote ou pas d’ailleurs. Une revue littéraire et politique, organise dès lors un débat sous ce même thème: “Le Waterloo de SYRIZA - L’Europe allemande et la reconstruction de la Grèce”. La défaite n’est pas encore digérée et elle ne le sera peut-être jamais... sauf peut-être chez SYRIZA d’en haut.

Le Waterloo de SYRIZA - L’Europe allemande et la reconstruction de la Grèce. Athènes, juillet 2015

Euro fondant. Athènes, juillet 2015

La radicalisation... investigatrice plane dans l’air du temps. “Il faut redevenir sérieux les gars. La rigolade a pris fin avec SYRIZA. Il va falloir sortir d'abord de l'Euro et ensuite ou en même temps, de l'UE, sauf que la préparation doit être sérieuse. Je ne sais plus quel personnel politique en Grèce incarnera désormais cette voie. Il y a urgence. Ces gens finiront par vendre l’Acropole” Discussion entre jeunes gens, un matin de juillet dans un café sous l’Acropole.

L’équipe Tsipriote comprend aussi l’urgence. Le temps historique est dense, l’ex-Gauche ex-Radicale avait été propulsée au pouvoir depuis son pré-carré du 4% en si peu de temps, le déclin peut être autant rapide sous certaines conditions. C’est le scenario que cherche à éviter l’équipe de Tsipras, dès maintenant, une lutte sans merci... et sans pardon est engagée ayant comme objet le contrôle du parti.

Theano Fotiou, ministre déléguée à la Solidarité Sociale, interrogé par Costas Arvanítis, Radio 105,5 - SYRIZA (?) mardi 21 juillet, a exprimé non sans précision l’argumentaire de SYRIZA de la “gouvernance” automatique et de son gouvernement II.

Une certaine presse. Athènes, juillet 2015

Nous n’avons pas besoin de l’ensemble du parti en ce moment. Par contre, nous avons besoin du soutien de la société, si possible du plus grand nombre, et autant, de celui de l’État, de l’Armée et de la Police. Nous nous battrons pour ainsi accomplir un maximum d’actions face à la crise humanitaire, si nous arrivons évident à négocier avec l’Union européenne.

Nous voulons mettre en place ou plutôt faciliter la création de structures lesquelles faciliteront la jonction directe, entre producteurs et consommateurs (de type AMAP). Il y a urgence. C’est une façon de neutraliser les effets de la hausse de la TVA, et ce n’est qu’un exemple. Puis, il faut que nous soyons clairs. Le Programme de Thessalonique (sur lequel SYRIZA a emporté les élections de janvier dernier) s’est complètement effondré. Il n’y a pas d’autre programme alternatif, ni pour nous, ni pour l’autre partie, autrement-dit, les adeptes du ‘NON’. Il faut donc travailler sur cet autre programme.

J’admire d’ailleurs la détermination et le méthodisme de Georges Katroúgalos, notre ministre du Travail. Son programme doit être appliqué par nous tous. ‘Trouver précisément ces mesures de contrepoids, face aux mesures imposées par le programme (mémorandum)’. De mon côté, je proposerai comme mesure urgente et afin de pouvoir rétablir les collations dans les écoles dès la réentrée, l’ouverture d’un compte spécifique à la Banque Nationale. Tout le monde pourra ainsi y contribuer, et surtout les Grecs qui vivent à l’étranger.”, (citée de mémoire).

Illusions de gauche. Athènes, juillet 2015

Tsipras, Quisling... Athènes, juillet 2015

À la fin de son interview, Theano Fotiou a précisé... que “les illusions quant à cette autre Europe ont pris fin”. Pas tout à fait. Un autocollant issu du Parti de Gauche français aperçu dans une rue d’Athènes, s’agite toujours dans le vide: “Si la Grèce était une banque, elle serait sauvée”. Pauvres gens. Si la Gauche n’était pas européiste, elle serait certainement sauvée ! Trop tard.

Le pari des Tsipriotes et donc risqué. Sa période au gouvernement est déjà une parenthèse ; elle se fermera dans quelques semaines, dans quelques mois. SYRIZA pourrait toutefois maintenir une certaine base électorale, déjà à cause de ce grand vide politique, pour l’instant non-comblé, ensuite, aussi grâce... à l’aimable participation des médias systémiques et peut-être bien avec celle de la métropole. Pas si certain...

Les nouveaux slogans ornent désormais notre si belle Place de la “Constitution”. “Tsipras Quisling, tu peux crever”, le sens politique est hélas suffisamment précis. Cependant, personne ne peut prédire quelle sera la capacité de rebondir de l’équipe au pouvoir, et encore moins, son aptitude à convaincre quant à sa volonté de “travailler sur la base de cet autre programme”.

Place de la Constitution, juillet 2015

Petit bistrot en faillite. Athènes, juillet 2015

Vie pesante et vie paisible place de la Constitution. Bistrots qui ferment, d’autres qui ont été récemment ouverts, vents supposés prometteurs. Confabulations et mutismes en mélange. À bord d’un train thessalien, les passagers resteront autant à moitié silencieux. Une étudiante lisant religieusement “l'Ascétique” de Nikos Kazantzakis, grand écrivain mais du siècle très précédant. De 1925 aux années 1940, il voyagea en URSS en compagnie de l'écrivain roumain francophone Panait Istrati, puis en Palestine, en Espagne, en Italie, à Chypre, en Égypte et au Soudan. Il rencontra Gorki. Penseur influencé par Nietzsche et Bergson, dont il suivit l'enseignement à Paris, il fut également tenté par le marxisme et s'intéressa au bouddhisme. Bien que son œuvre soit marquée d’un réel anticléricalisme, il n’en reste pas moins que son rapport à la religion chrétienne laissa des traces fortes dans sa pensée: goût prononcé de l’ascétisme, dualisme puissant entre corps et esprit, idée du caractère rédempteur de la souffrance...

Nous y sommes, y compris dans ce train. Ceux qui s’expriment, le font forcement pour évoquer notre situation actuelle. Un retraité s’adressant à une autre étudiante s’interroge sur l’avenir de la Grèce.

Nous manquons de moyens essentiels dans l'Éducation. Tout a été fait, avant et surtout après la Troïka, pour en arriver là: démanteler notre culture et notre identité. Il y a eu d’abord cette quasi-suppression des humanités, de l’enseignement du grec ancien comme celle du latin dans le secondaire, en passant par la marginalisation de l’enseignement de l’histoire” s’insurge alors l’étudiante.

Alors que faire ? Et surtout, avec quel parti ?”, se lance-t-il le retraité. “Il n'y a que l'Aube dorée. Ces gens sont des patriotes et ils luttent même depuis la prison. Le plan était connu. Le système a fabriqué la 'solution' Tsipras. À présent, tout le monde s'en rend compte”, voilà pour l’argumentaire lapidaire de l’étudiante. L’autre étudiante, celle de Kazantzakis, interrompt pour un bref instant sa lecture en levant ses yeux. Mine gênée, désapprobation et dégoût. Aucune autre réaction visible dans le wagon. L’instant passe, enfin... espérons-le.

Athènes, juillet 2015

Don Schäuble. Athènes, juillet 2015

Cependant, nos exclus déjà sombrés, passerait inaperçus des vivants qui le demeurent encore. Une certaine presse de gauche, proche de SYRIZA, dénonce autant le “despotisme mafieux de Don Schäuble” (“Hot Doc”), ou encore, elle nous informe du dernier “pari de la survie” et de la Grèce (“Epíkaira”). Et après ?

Pour le quotidien “Ta Néa” (21 juillet), “les prétextes sont tombés au sein de SYRIZA et entre rivaux. Les deux parties, Plateforme de Gauche et cadres progouvernementaux, font état d’une situation qui n’est plus réversible. La direction du parti est en position d’attente, elle attend le feu vert d’Alexis Tsipras pour... proclamer SYRIZA en état de Congrès permanent et ainsi risquer la grande épuration.”

Cependant, Alexis Tsipras attend l'issu du vote du mercredi 22 juillet au Parlement, un deuxième train de mesures devrait passer pour ainsi officialiser la rupture vis-à-vis de l'aile gauche, c’est à dire, Lafazánis et ses amis”. Le ministre Nikos Pappás a déclaré de son côté au “Quotidien des Rédacteurs” (20 juillet), que “voter au Parlement, systématiquement contre les mesures du gouvernement, une telle attitude n'est guère compatible avec un parcours supposé commun.” Logique.

Outils du cinéma passé. Athènes, juillet 2015

Musée Archéologique d'Athènes, juillet 2015

Cette pauvre gauche grecque s’épuiserait dans un combat entre... outils du cinéma passé et de son spectacle du monde. Ultime combat ?

Comme dans ce cinéma, dit d’été en Grèce, où nous avons récemment redécouvert “Kaos” toponyme déjà il faut le préciser, des frères Taviani, de Luigi Pirandello et des histoires revisitées d’il y a un siècle déjà. Prochain film à l’affiche: “La Guerre des boutons” d’Yves Robert. La survie à Athènes, peut ainsi s’avérer agréable, voire instructive. Jusqu’aux prochaines élections !

La Guerre des boutons. Athènes, juillet 2015

En attendant, les marins-ouvriers des ferrys à destination de Salamine se répètent comme toujours, geste après geste. Classe ouvrière devenue rarissime, surnageant dans cette mer des déclassés paupérisés. Pas trop loin du port principal du Pirée, par un endroit où les passagers et autres touristes ne voyageront jamais, les marins déclassés et leurs familles, campent à bord de leurs anciens ferrys, liquidés comme eux.

La compagnie maritime n’a jamais versé les derniers salaires et les indemnités et cela sur plusieurs mois. Leur banderole s’adresse directement au ministre (supposé) de... tutelle Drítsas, élu SYRIZA du Pirée: “Non à la Troïka, NON à l'euro-fascisme. Oui à nos salaires dûs, Drítsas réveille-toi”. Comme dans un cinéma du réel !

Presqu’en face, à proximité du monument érigé à la mémoire de la bataille navale à Salamine, des habitants récupèrent... de la bourbe, dans cette même baie et à l’emplacement exact du port ancien. D’autres en Grèce ne récupérant plus rien, une nouvelle grande vague d’émigration est sur le point de croître... cela, en dépit des contrôles des capitaux. Près d’un demi-million de Grecs, vaillants et jeunes avaient quitté le pays suite aux piètres résultats des élections de 2012. C’est palpable et c’est dans l’air du temps en 2015, suite au mémorandum III.

Ouvriers-marins. Salamine, juillet 2015

La bourbe récupérée. Salamine, juillet 2015

Non à la Troïka, NON aux euro-fascistes. Près du Pirée, juillet 2015

C’est ainsi, qu’à force de laisser l’histoire galoper, le Plan-B grec, risque de se transformer... en celui des retraités, présents et estimés futurs, autrement-dit... la morgue tout simplement. Et ces autres gens... finiront alors par vendre l’Acropole. C’est probable et c’est à la fois totalement inconcevable pour une très large partie de la société grecque, celle du ‘NON’ au référendum, émigration ou pas. Le sort du prochain film, se jouera peut-être durant l’entracte.

Le quotidien mémorandiste (“Ta Néa”, 21 juillet) s’insurgerait contre les contrôles des capitaux. C’est vrai que les entreprises grecques sont exsangues, ensuite, les particuliers ne peuvent plus faire usage de leurs cartes de crédit grecques sur internet, pour acheter des abonnements, des livres ou des gadgets électroniques. Ce même journal, rapporte le même jour, certains déclarations d’Alain Badiou, en lien avec à son spectacle, basé sur la Politeía de Platon et présenté dans le cadre du Festival d’Avignon cette année.

Par ce referendum, SYRIZA a eu le mérite de vouloir rétablir la confiance, entre les Grecs et leur gouvernement. Cette décision de Tsipras a été une décision politique forte, ainsi il s’en sort renforcé, pour ce qui est de la confiance de la société. Sauf qu’il a renforcé par le même coup, la défiance des institutions européennes vis-à-vis de la Grèce. Pour qu’un climat de confiance puisse s’installer de nouveau entre ces deux parties, il va falloir annuler la dette grecque. L’Europe aurait pu dire: ‘Nous avons entendu la parole des Grecs. Nous annulons la dette du pays tout en améliorant les réformes’”. Argumentaire gentiment creux, prétendument de gauche, limon... hélas irrécupérable.

Ce même mardi 21 juillet, les avocats et les juristes du pays sont bien consternés. Le prochain texte lequel sera présenté au “Parlement” cette semaine, contient... justement des réformes... à améliorer, dont, cette modification fondamentale du cadre législatif imposée par la Troïka en faveur des banques et cela, de manière à ne plus pouvoir... entraver l’application des mémoranda, lorsque certains Tribunaux de la Colonie en décident parfois et encore autrement.

Ensuite, on... proposera comme mesure urgente, afin de pouvoir rétablir les collations dans les écoles et... dans les Tribunaux dès la réentrée l’ouverture d’un compte spécifique à la Banque Nationale. Tout le monde pourra ainsi y contribuer, et surtout, les Grecs qui vivent à l’étranger. Entracte et cinéma d’été. Nouveau spectacle ?

Entracte et cinéma d’été. Athènes, juillet 2015




* Photo de couverture: Kaos des frères Taviani. Athènes, juillet 2015

6 commentaires

Christian M. a dit…

À partir du moment où les grecs (enfin : le gouvernement grec) s'accrochèrent à l'€ comme des moules à leur rocher ils étaient morts !
À lire :
http://www.m-pep.org/Etude-sur-la-reddition-du-gouvernement-et-du-parlement-grecs-et-sur-la-maniere

Jack-F a dit…

Comme toujours est article est excellent !

Passage criant de vérité vu de France :
"Un autocollant issu du Parti de Gauche français aperçu dans une rue d’Athènes,
s’agite toujours dans le vide: “Si la Grèce était une banque, elle serait sauvée”.
Pauvres gens.
Si la Gauche n’était pas européiste, elle serait certainement sauvée ! Trop tard."

Passage qui fait merveilleusement écho à cet indispensable article de Frédéric Lordon :
http://blog.mondediplo.net/2015-07-18-La-gauche-et-l-euro-liquider-reconstruire

zozefine a dit…

la colonie. l'annexe. le supermarket, tout à vendre, sol, sous-sol, biens mobiliers et immobiliers, services. et aussi population. on les sort de la poubelle pour les vacances, déguisés en très gentils et siiiiiii hospitaliers manoli ou despina, et c'est si bon pour la santé le régime crétois. et puis de quoi on se plaint, on a les îles (à vendre), les plages (à vendre), le soleil (à... non ? pas encore ?). le pillage. l'apocalypse (au sens propre et figuré), ce qui est très grec. geia sou panaghiotis !

TEBOUL René a dit…

la seule chose qui fait peur à la canaille bruxelloise, c'est une sortie de l'UE. A ce titre la gauche - je ne parle pas de la droite molle représentée par le PS - le PCF le Parti de gauche se sont révélés être les complices de Schaüble et de Merkel.

Corruptio3 a dit…

Peut-on imaginer une Europe qui ne soit pas un supermarché ? - Oui! Côté imagination, il n'y a pas de problème...
Ce qui est ennuyeux, c'est qu'on en vient à confondre l'idée d'Europe avec celle de l'ultracapitalisme. Or, tout comme la gestion de l'Euro peut être différente de ce qu'elle est, l'Europe elle-même peut être autre chose que ce que nos badernes centristo-droitières ont construit depuis 60 ans.
L'Europe et l'Euro peuvent être différents, mais pour cela, il faut être au moins majoritaire dans une majorité de pays.
Leur Europe est à l'image d'une grande part du reste du monde, où l'idéologie du Saint Marché a corrompu toutes les autres idées. Cf tous ces traités "économiques" qui sont en fait des manière de détruire les productions législatives des Etats, certes imparfaites mais qui sont souvent le seul rempart entre l'individu et les monstres commerciaux.

Benedicte Gabrielli a dit…

je suis une lectrice régulière de votre site qui me permet de m'informer sur la situation dans votre pays ... merci pour votre travail d'information. Je suis atterrée par la tournure des événements et ne peux qu’espérer que malgré la trahison de Tsipras, vous trouverez (le peuple grec) l'énergie pour reprendre votre destinée et vos droits en main ... ce qui n'est j'en suis bien consciente d'aucun secours :(

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