dimanche 5 juillet 2015

Non



Sept jours qui ont ébranlé leur monde. La large victoire de notre NON, près de 60%, est déjà offerte aux autres peuples d’Europe et bien au-delà. À Athènes, les partis systémiques, forcement européistes, se cherchent et se perdent sur les plateaux de leurs télévisions... sauf qu’ils complotent comme ils le peuvent, avant comme après. Pour nous par contre, une grande bataille est gagnée, et la guerre sera longue. “Les générations futures n'auront pas honte de nous”, entend-on sur la radio SYRIZA.

Isoloir et urne du 5 juillet à Athènes.

Venceremos”, chantait ce soir sur la radio 105.5 (SYRIZA) le vice-ministre de la défense Kóstas Isichos (SYRIZA), né à Buenos Aires. Au centre-ville d’Athènes, c’est déjà la fête populaire. Allégresse, dignité et fierté. “C'est à la fois une victoire populaire, sociale et nationale, celle de la dignité et de la justice, la Grèce ne sera pas leur colonie”, a précisé Kóstas Isichos.

Pour Panagiótis Lafazánis, chef du Courant de gauche au sein de SYRIZA et ministre de la Restructuration de la production et de l’Énergie, “c’est un nouveau départ qui doit être initié, avec plus de radicalisation dans nos positions et dans notre action gouvernementale. Comme notre peuple le suggère, lequel devance même la Gauche, car il faut le dire, il faut redémarrer, même à partir de zéro. Et il faut aussi en finir avec l’écrasante et insultante place médiatique que s’offrent les partis de l’ancien système et surtout leurs médias. Il fa valoir corriger cela et ainsi renforcer l’espace public démocratique. Notre peuple s’est exprimé et c’est comme un détonateur”, radio 105.5, au soir du 5 juillet (cité de mémoire).

La marionnette Antonis Samaras vient de démissionner de son poste dimanche soir, sa Nouvelle Démocratie... avariée, doit trouver rapidement un autre chef. C’est autant, une bien cuisante défaite que subissent les médias mainstream, c’est à dire l’ensemble des télévisions et radios privées, échappant comme on sait à l’impôt, aux redevances et aux taxes... depuis toujours, et cela, sous le règne incontestable du népotisme du vieux bipartisme grec, que l’européisme et les fonds structurels de l’UE ont d’ailleurs prioritairement sustenté. Ces médias ce soir médusés, ont ainsi joué la carte de la propagande, du mensonge et de la terreur contre la population, contre toute déontologie et contre la démocratie en parfaite coordination avec les putschistes antidémocrates de Bruxelles, Martin Schulz en tête. Leur dernière carte ?

Café à Athènes, le 5 juillet

Samedi 4 juillet, j’avais remarqué une manifestation spontanée (non initiée par les partis), devant le siège de la chaîne de télévision MEGA, le temps de la tolérance... du mensonge aurait donc pris fin. Une partie déjà de la population n’entend plus se laisser faire. On sait qu’en Grèce, les journalistes... vedettes de la Troïka, ne sont plus très bien accueillis dans les lieux publics...

Dimanche 5 juillet dans la journée, je n’ai pas beaucoup vu se manifester les partisantes du ‘OUI’, autour et devant les bureaux de vote, contrairement à ceux du ‘NON’. Ce fut déjà un signe. En réalité, le vote silencieux et l’engagement si grave mais pas forcement exprimé, étaient du côté du ‘Non’ et de la dignité.

Viande en manque dans une enseigne. Athènes, le 4 juillet

Manifestation devant le siège de la chaîne MEGA, Athènes, le 4 juillet

Militants de gauche et du NON devant un bureau de vote. Athènes, le 5 juillet

Plus de cent mille très jeunes primo-électeurs, illégalement privés de l’exercice de leur droit de vote en janvier 2015 par le gouvernement Samaras, ont alors voté pour la première fois ce dimanche, et ils ont massivement sanctionné les forces du mémorandum et du OUI.

Tout reste à faire pourtant. C’est à dire résister et tenir. Alexis Tsípras, a insisté ce soir sur la victoire de la démocratie contre la peur. “Le chantage, ne peut pas s'exercer sur la Démocratie” a-t-il rappelé. Les banques grecques fermées par Bruxelles et par Francfort, certains produits alimentaires manquent déjà des gondoles des enseignes, et voilà que tout cela n’a pas modifié la réponse des Grecs.

Marché au Puces. Athènes, le 5 juillet

Pour Alexis Tsípras et pour SYRIZA (visible), c’est la fin de l’austérité et enfin, la possibilité de gouverner, suite à un futur accord “équitable et qui n'étranglera plus la société grecque, dans l’euro certes, mais sans faire de ce dernier, la prison des peuples” (déclarations de Yanis Varoufákis, le 5 juillet).

L'UE après le passage d'une certaine classe politique Allemande. “Quotidien des Rédacteurs” le 4 juillet

Personnellement, je ne crois pas que la camarilla européiste va réellement changer. L’euro est une arme de destruction massive, contre les peuples, contre les souverainetés et contre la démocratie. Les scenarii de ce juillet sont donc ouverts... aux hostilités !

En attendant, notre si beau monde d’en bas, fête sa victoire pour ces sept jours, qui ont ébranlé l’autre monde. Europe de l’envers... et Europe de l’endroit. “Venceremos” !

Europe de l'envers, Europe de l'endroit !




* Photo de couverture: Votante du ‘NON’. Athènes, le 5 juillet 2015

14 commentaires

Michel Dilo a dit…

"Les scenarii de ce juillet sont donc ouverts... aux hostilités !"

Le ministre de l'économie qui vient de démissionner a dit hier dimanche que les imprimantes des anciens billets de banque grecs avaient été jetées. J'espère qu'il s'agissait d'une boutade pour dire que leur désir était de rester dans l'euro.
M. Tsipras dans ses discours et son attitude fait tout pour ne pas froisser les importants de Bruxelles en espérant là aussi qu'il n'est pas dupe de l'intention des libéraux et qu'il a donné déjà l'ordre de nettoyer les imprimantes.
Car, tout concours a précipiter la Grèce hors de l'europe, il en va de l'avenir de leur europe !
Ils veulent faire un exemple, car frappent à la porte les autres pays qui ont besoin d'une restructuration de leur dette : Espagne, Portugal, Irlande et pourquoi pas Italie, France plus tard.
Il faut casser, dans ces pays, toutes tentatives, même de toutes velléités de vouloir une autre politique, sinon Exit.

Alors M. Tsipras préparer les imprimantes, faites chauffer l'encre, vous allez en avoir besoin, car l'Allemagne nous fait la guerre autrement.

jean a dit…

Merci aux grecs, la vraie démocratie n'est (peut être) pas morte...

Cassandre a dit…

Douche froide ce matin. Varoufakis démissionne. Fin stratège, brillant, il me semblait indispensable pour les mois à venir. La presse française laisse présager des divergences concernant l'Europe et surtout qu'il ne serait pas le bienvenu pour les futures négociations ? Tsipras, Tsipras que fais tu ?

journalde lor a dit…

Intervention ce matin d'Olivier Berruyer du site (www.lescrises.fr) dans l'émission de BFM Business Les Experts, édition spéciale Grèce
Partie 1:
http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/les-experts-edition-speciale-grece-12-579282.html
Partie 2:
http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/les-experts-edition-speciale-grece-22-579283.html

"propos d'un patron de l’une des grandes sociétés d’assurance Allemandes « Nous torturons les Grecs pour que les Italiens entendent leurs cris» "

http://institutdeslibertes.org/grece-enfin-des-bonnes-nouvelles/

jean-michel Guiet a dit…

Une solution à tout nos problèmes : un Gerxit ! ...puisque cette politique merkelienne est rejetée par la majorité silencieuse de toute l' Europe .

Pascal Roussel a dit…

MERCI, MERCI,MERCI,MERCI,MERCI,MERCI,MERCI,MERCI,MERCI,MERCI,MERCI

Corruptio3 a dit…

Bon: la Grèce ne pourra jamais rembourser ces 300 milliards.

Même en vendant ses plages et ses vieilles pierres à des maffieux chinois ou autres, il n'y aura jamais assez de fric.

Il s'en suit donc que le gouvernement Grec devra vendre... des Grecs.
Si besoin en morceaux. On connaît de nombreux retraités qui ont besoin de remplacer une pièce ou deux: un foie, deux reins...
Et le Grec, c'est très bien. Surtout le Crétois - du moins celui qui suit ce régime si à la mode en nos contrées mal nourries...

Folie capitaliste.

Magne deux a dit…

de quelque bord que l'on pense à la situation de la Grèce ...il n'y a pas de solution magique ...dans l'Euro ou en dehors rien ne sera simple et les sacrifices vont continuer , le chômage ne vas pas baisser du jour au lendemain , la balance des échanges est tres défavorable à la Grèce

Denis Monod-Broca a dit…

Le OXI grec est un cri. Il est le cri d'un peuple qui souffre et demande grâce. Mais ses tortionnaires, sûrs de leur bon droit, se surveillant l'un l'autre, auraient honte de céder. Ils n'oseront pas. Ils vont continuer à torturer leur victime. Et, pour se justifier, à lui jeter à la tête ses impardonnables turpitudes.

Dans notre monde de brutes, le fort frappe le faible, la meute isole et élimine l'esseulé.

La France aurait pu, aurait dû, comprendre cela, s'y opposer. Elle n'en a pas le cran. Honte sur elle ! Le cri de la Grèce risque fort de ne rien changer à rien.

Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font.

Michel Mazon a dit…

Ce matin j'ai lu l'entretien de Statis Kouvelakis, membre du comité central de SYRIZA sur le site suivant :
http://www.lagauche.com/spip.php?article3313
Cela permet d'avoir, me semble-il une bonne compréhension des discussions au sein de Syriza et que complète la lecture de votre blog.
Pourvu que Tsipras tienne le coup devant les requins de Bruxelles. Il faut savoir qu'à Bruxelles la Grèce n'a aucun ami, tous veulent la mort de l'expérience Syrisa. L'UE est une machine anti-démocratique, une machine à broyer les peuples au profit des nantis, des marchés.
Je vous envoie un peu d'argent et merci pour le travail accompli.

Michel Dilo a dit…

Le Grexit est entendu !
Il faut que la sortie vienne de la Grèce, pas de l'europe, ni de l'allemagne, ni de l'eurogroupe, ni de la BCE qui est en train d'étrangler les banques grecques.

Dans le cadre d'un Grexit, l'allemagne va perdre quelques milliards, mais elle pourra mettre la perte sur le dos de la Grèce.

Quant à Normal Ier, il va bien, toujours aussi rond !

A lire :
http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-pourquoi-angela-merkel-refuse-de-parler-de-la-dette-grecque-490094.html

julie a dit…

L'ancien Ministre des Affaires étrangères donne un éclairage tout à fait intéressant sur votre victoire et la replace dans uncontexte historique et geo politique. Sa vision serait précieuse autour de la Table.http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/dominique-de-villepin-face--jeanjacques-bourdin-en-direct-580313.html

ledif trocas a dit…

La démission de Varoufakis est un bel exemple de dignité et de noblesse politiques
il signifie : « puisqu’ils prétendent que je représente une gêne pour les négociations à venir, je me retire »
C’est une attitude exceptionnelle de la part d’un responsable politique.
Puissent tous les politiciens et politicards de tout poil entendre la leçon.
Merci et bravo pour tout, Yannis ! et peut-être « au revoir »…

eίναι η αρχή ο αγώνας aνεχίζειζειζειζειζει
ΑΓΩΝΙΖΟΜΑΙ ΑΡΑ ΥΠΑΡΧΩ !

contre-débat a dit…

Bonjour Panagiotis et merci pour cette analyse de la victoire du "non" au référendum du 5 Juillet.

Pensez-vous que l'appel à voter non ait pu résonner avec le célebre "non" du général Metaxas lancé à Galeazzo Ciano, ministre des affaires étrangères de Mussolini le 28 octobre 1940, venu lui présenter un ultimatum ?

Pensez-vous que Syriza ait pu profiter du rapprochement entre le "non" à l'ultimatum fasciste de 1940 et le non au mémorandum de 2015 ?

Il me semble en effet que le "non" du général Metaxas, bien que dictateur d'extrême droite, a soulevé une grande vague patriotique et populaire, qui a transcendé l'ensemble des partis et de la société grecs. Encore aujourd'hui, me semble-t-il, le 28 octobre est un jour férié en Grèce, en souvenir de ce "non".

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