lundi 22 juin 2015

Anker freie



Été grec, période qui rime avec les voyages et les périples. À mi-saison cependant entre le dénouement et le miracle, qui n’arrivent jamais en l’absence des hommes. La pression sur la Grèce atteint alors son point culminant, ou sinon, c’est de la théâtralité réussie ou plutôt de la dramaturgie. Lundi 22 juin, la radio “Rouge 105,5” (SYRIZA) prédit à sa manière le préaccord présumé et attendu entre la Grèce Tsipriote et les... institutions.

Manifestation contre la Troïka à Athènes, le 21 juin

Optimiste... également, Yórgos Katroúgalos, ministre de la refondation de la Fonction publique, déclare à la presse que “l'accord se concrétiserait enfin cette semaine”. À Bruxelles, à Paris, à Londres et évidemment à Athènes on manifeste contre l’austérité, quasi-euphémisme déjà pour ne pas dénoncer parfois ouvertement le Moyen Age du capitalisme hyperbolique.

Pour le quotidien “Avgí” (SYRIZA) du 22 juin, “c'est par un massage alors très ferme, le peuple rejette les mesures d'austérité et autant, les chantages des créanciers”. Et ensuite ? Les medias rapportent la multiplication des rencontres à Bruxelles, entre la partie grecque et les... institutionnistes, en amont du sommet de l’Eurogroupe ce soir.

Sur internet, les militants du mouvement du Plan-B (initié par l’ancien chef de SYRIZA, Alékos Alavános, décrivent la soirée du rassemblement d’hier Place de la Constitution, non sans cet humour grinçant, parfois de gauche.

Et là où les heures, un peu ennuyeuses, passaient alors mollement, la petite escorte de Son Excellence la Présidente du Parlement et de toutes les tendances SYRIZA, Zoé Konstantopoúlou, a fait son apparition derrière le péristyle du bâtiment. Ce fut alors la panique, les gens se sont aussitôt rassemblés autour d'elle, beaucoup ont scandé des slogans en sa faveur, les reporteurs des télévisons se sont basculé dans le but d’obtenir une déclaration alors plus... exclusive. Beaucoup de nos compatriotes malades, ont approché Zoé, ils désiraient la toucher pour ainsi guérir”.

Athènes, juin 2015

Ils n’ont pas été déçus. Un paralysé a pu marcher, un aveugle a retrouvé sa vue, un éternel étudiant a enfin eu son diplôme. Peu de temps après cependant, Zoé regagnait l’hémicycle et le climat tout est redevenu normal. La foule a donc retrouvé son... état d'origine détendue. Les gens ont recommencé à réaliser leurs... selfies, égoportraits forcement en face de l'entrée de la Chambre, tandis que nombreux ont été ceux qui estimaient alors... combien il est important que le gouvernement n’accepte pas l’augmentation de la TVA à Mykonos afin que SYRIZA puisse enfin demeurer cet ultime espoir pour l'humanité”.

Les moments sont pourtant graves et quand à l’espoir pour l’humanité, SYRIZA ou pas d’ailleurs, c’est plutôt mal parti ! Néanmoins, les medias de ce lundi encore, nous expliquent... complaisamment, “combien et comment les dernières propositions grecques apparaîtraient comme de bon sens aux yeux de la Troïka, excepté peut-être du FMI”, donc forcement “on avance”.

L'ancien chef de SYRIZA, initiateur du “Plan-B” Alékos Alavános. Athènes, le 21 juin

À Athènes, les pro-troïkans organisent leur propre manifestation ce même lundi 22 juin tandis que l’anti-troïkanisme du parti communiste, manifestera comme toujours dans la solitude de son splendide isolement, mardi 23 juin.

Vendredi, a été une journée... bien chargée devant les guichets automatiques helladiques. Des milliers de comptes ont été vidés en attendant les suites dans l’historicité immédiate. Des reportages télévisés... très ciblés, ont cru rapporté que dans certaines contrées du pays, la région de Serres au Nord du pays par exemple et aux dires des employés des banques, les épargnants... relativement épargnés de la crise ont retiré toutes leurs billes. C’était prévisible.

Guichet automatique et... cusine grecque. Athènes, juin 2015

Athènes... reposante. Juin 2015

Tout d’un coup par contre, la météo du pays, la vraie et décidément la seule authentique, devient agitée, quoique passagère. Des orages et de la grêle au Nord, petite pluie à Athènes, et même dans les Cyclades sous le vent bien remonté, le ciel est couvert.

Dans les Cyclades, les mariés de l’instant, embarquent sur un caïque à destination de la chapelle dans une baie certainement pittoresque, où la cérémonie aura lieu. Sur le port, c’est la préoccupation principale du jour. On oublie ainsi la saison touristique, pas très bien entamée, par exemple celle de certains restaurants pas encore ouverts.

Mariage dans les Cyclades, le 20 juin

Mariage dans les Cyclades, le 20 juin

Mariage dans les Cyclades, le 20 juin

Dans les Cyclades toujours, les employés des cafés et des restaurants se passent le mot dans l’urgence et par téléphone, s’agissant des visites théoriquement... surprise, des agents du Ministère du Travail, “ils contrôlent le respect des horaires et la validité, voire l'existence des contrats d'embauche. Mais par le temps qui court et avec si peu de clients cette semaine, tu vois Maria, je suis embauchée à mi-temps mais si mon patron me demande de rester davantage, je ne peux pas dire non. De toute manière c’est clair, nos patrons ne peuvent plus nous embaucher sans nous déclarer. C’est enfin un peu d’ordre et surtout l’obligation qui leur est faite de verser des cotisations et cela de manière concrète, car les amendes sont bien élevées”. Paroles du temps (nouveau ?) et d’un été déjà bien grec.

Manólis et son épouse Anna, à bord de leur petit voilier, sont de passage. Ils pensent appartenir à cette sociologie des rescapés de la crise. Ancien plombier, Manólis avait fait faillite au bout de deux ans d’austérité. Sauf que le coup a été rattrapé par Anna et surtout par sa famille d’une île de l’Égée orientale. De père en fils... et de fils en fille par les temps qui courent ; ils se transmettent alors trois gros chalutiers, et les prises pélagiques qui les accompagnent.

C’est grâce don aux capitaux égéens de sa belle famille que Manólis a pu ouvrir une petite poissonnerie dans un quartier aisé de la capitale. Notre affaire marche assez bien, rien d’extraordinaire, sauf que nous restons ainsi dans la vraie vie. Par contre, nous avons décidé de ne pas avoir d’enfants. Notre embellie pourrait s’avérer bien trompeuse, les changements dans les affaires du monde ne sont pas rassurantes”. À vrai dire... la Grèce du moment part souvent à la pêche à la ligne !

La Grèce du moment, juin 2015

Restaurants pas encore très fréquentés dans les Cyclades. Juin 2015

Avant la pêche. Cyclades, juin 2015

Nous avons aidé à accoster des visiteurs venus d’Allemagne. Nous avons aussi échangé avec eux, dans cet autre et eternel esprit du temps des cultures et des beautés de l’Europe palpable. Leur voilier navigue déjà à destination de Paros. “Anker freie”, bon vent !

Été grec, période qui rime forcement avec les voyages, les périples et les sommets Européens, d’autant plus “de la dernière chance”.

Dans les Cyclades, juin 2015




* Photo de couverture: Levée du soleil. Egée, juin 2015

12 commentaires

Michel Dilo a dit…

Les commentaires dans la presse française sont fixés sur la capitulation d'Alexis Tsipras.
Les commentaires dans la presse française sont fixés sur la capitulation d'Alexis Tsipras.

Toute proportion gardée, le plus "objectif" reste R Godin de la tribune.
"La tâche désormais du gouvernement grec d'ici à jeudi est d'arracher un accord sur la dette afin de maintenir dans la majorité le plus de députés de Syriza possible et éviter que les créanciers ne réussissent à obtenir ce qu'ils cherchaient depuis le début : la destruction de la majorité du premier ministre. Reste à savoir ce qu'Alexis Tsipras fera s'il n'y parvient pas..."
En l'état la gauche de Syrisa ne votera pas. Par contre la droite le votera histoire de mettre en porte à faux Alexis Tsipra. Ce qui va ravir les journaleux du monde et de libération ainsi que l'europe qui sera arrivée à ses fins !

http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-pourquoi-la-question-de-la-dette-est-desormais-centrale-486327.html

panprank a dit…

Un article de Jacques Sapir:
http://russeurope.hypotheses.org/3978

Commençant ainsi:
"Quel que soit le résultat de l’Eurogroupe qui doit se réunir le 22 juin, lundi prochain, il est désormais clair que le gouvernement grec, abusivement appelé « gouvernement de la gauche radicale » ou « gouvernement de SYRIZA », mais en réalité gouvernement d’union (et le fait que cette union ait été faite avec le parti souverainiste ANEL est significatif), a remporté des succès spectaculaire. Ces succès concernent tant la Grèce, où le peuple a retrouvé sa dignité, que les pays européen, ou l’exemple donné par ce gouvernement montre désormais la marche à suivre. Mais, et c’est le plus important, ce gouvernement – dans la lutte sans merci qu’il a mené contre ce que l’on appelle par euphémisme les « institutions », c’est à dire pour l’essentiel l’appareil politico-économique de l’Union européenne, l’Eurogroupe, la Commission européenne et la Banque Centrale Européenne – a démontré que le « roi est nu ». L’ensemble de la structure, complexe et peu transparente de cet appareil politico-économique a été mis au défi de répondre à une demande politique, et c’est avéré incapable de le faire. L’image de l’Union européenne en a été fondamentalement altérée. Quoi qu’il sorte de la réunion de lundi prochain, qu’elle se solde par un constat d’échec ou par une capitulation de l’Allemagne et du courant « austéritaire », ou même, ce que l’on ne peut exclure, par une défaite du gouvernement grec, l’appareil politico-économique de l’UE aura fait au grand jour la preuve de sa nocivité, de son incompétence et de sa rapacité. Les peuples des pays européens savent désormais où se trouve leur pire ennemi."

Denis Monod-Broca a dit…

Quand la saignée est le seul traitement connu

De nos jours les médecins disposent d’une très remarquable palette de traitements aussi variés qu’efficaces. Il n’en a pas toujours été ainsi. Il n’y a pas si longtemps encore les médecins recouraient volontiers, faute de mieux, à la saignée. Ils étaient persuadés, certains d’entre eux au moins, que la saignée avait la vertu d’évacuer les « mauvaises humeurs ». Aussi, quand ils avaient prescrit une saignée, et si l’état du malade ne montrait aucun signe d’amélioration, ils en concluaient que… la saignée avait été insuffisante. Et donc ils recommençaient. Et ainsi de suite. Certains malades à la constitution particulièrement robuste survivaient à de tels soins…
Force est de se dire, après chaque « sauvetage » de la Grèce, que les dirigeants européens ressemblent fort à ces Diafoirus de naguère.
La Grèce est, économiquement parlant, gravement malade. Ils prétendent la sauver. Ne connaissant qu’un seul traitement, l’austérité, équivalent économique de la saignée, ils l’appliquent. Et, devant l’aggravation de l’état du malade, ils ne se disent pas du tout que leur traitement l’affaiblit et qu’il faudrait en changer, non !, convaincus d’avoir raison quant aux bienfaits du traitement, ils se disent tout au contraire que la dose était insuffisante. Alors, ils recommencent. Evidemment. A chaque constat d’une aggravation, ils agissent de même, ils en rajoutent une dose, tout fiers de leur décision. Cela fait quatre ans que ça dure. Combien de temps la Grèce va-t-elle encore tenir ?
Leur réputation compte à leurs yeux, et aussi la foi en leurs certitudes, et aussi le respect du dogme de la concurrence, pas les souffrances du peuple grec, cadet de leurs soucis, variable d’ajustement.
Et dire que cela se fait en notre nom. J’ai honte !...

Michel Dilo a dit…

B. Perez se pose la question
http://www.lecourrier.ch/130925/tsipras_temps_gagne_ou_pari_perdu
Et la restructuration de la dette?
C’est un point crucial: toutes ces concessions ne seront valides, affirme Athènes, que si les créanciers acceptent de négocier une restructuration de sa dette. Berlin demeurera-t-il inflexible sur ce point, au risque de passer pour le fossoyeur de l’accord? Une chose est sûre: si l’Europe refuse cette victoire à Tsipras, on voit mal les parlementaires de Syriza adouber le reste de l’accord.

Une hypothèse osée: que le camp Tsipras soit en train de jouer un coup de poker magistral, misant sur un veto allemand (sur la restructuration de sa dette) pour mettre le feu au camp des créanciers et camper définitivement dans le rôle de la victime...

Magne deux a dit…

c'est drole que personne ne parle des responsabilités des gouvernements Grecs successifs Simitis qui a fait entrer la Grèce dans l'euro comme on sait , Papandréou I qui a continué suivi de Caramanlis qui a embauché et augmenté à fond les salaires de la fonction publique et pour finir Papandréou II qui disait dans sa campagne éléctorale de 2009 il y de l'argent on connait la suite ......

Michel Dilo a dit…

Magne deux a dit… Oui en effet.
Et il y a à dire. Notamment sur les discours d'aujourd'hui reprochant au gouvernement grec de ne pas prendre des mesures qui n'ont jamais été prises pendant les 5 ans de gouvernement de droite.

Denis Monod-Broca a dit…

@ Magne Deux

Vraiment ?! Vous trouvez qu'on ne dit pas assez de mal des Grecs et de leurs gouvernements ?! Moi, je n'entends à peu près que des reproches à leur égard : ils ne payent pas leurs impôts, ils ne travaillent pas, ils fraudent, ils sont corrompus, ils pratiquent le clientélisme à grande échelle, ils vont de révolutions en coups d'états, de dictatures en juntes militaires, de défauts en faillites depuis qu'ils sont indépendants... N'en jetez plus !!!
La question n'est pas ce que les autres font de mal, c'est ce que nous, nous faisons de mal. En l'occurrence nous imposons depuis 4 ans à la Grèce un régime aussi inhumain qu'inefficace. C'est purement et simplement une honte, quels que soient les torts, réels ou supposés, de notre victime.

Michel Dilo a dit…

M. Tsipras annonce un référendum. Ce genre de processus que n'aiment pas du tout les financiers et autres bonshommes de droite.
M. Tsipras doit se protéger, car ils vont être comme des fous furieux, déjà, il y a quelques jours, la droite appelait à prendre la rue «y compris par la violence si nécessaire»...

Denis Monod-Broca a dit…

Soutien à la Grèce !

Tsipras a décidé d'un référendum.

Manifestons-lui notre soutien.

Rassemblons-nous partout en France, demain à 12h.

Pour la survie de la Grèce. Pour la fin des politiques qui l'asphyxie. Contre nos dirigeants qui ont fait d'elle le bouc émissaire de leurs erreurs et, en notre nom, la font mourir à petit feu.

Sur toutes les grandes places de toutes les villes de France, demain dimanche 28 juin, à midi, sortons avec des pancartes disant "que vive la Grèce !"

Magne deux a dit…

@Denis Monod Broca c'est triste à dire mais tout ce qui arrive en Grèce est toujours de la faute des autres , jamais des politiciens qui ont gouverné la Grèce depuis 35 ans ......

Corruptio3 a dit…

Ils sont dans tous les camps, ceux qui ont coulé la Grèce, mais peut-être sont-ils principalement du côté de ceux qui disposent du plus de pouvoirs, et qui sont censé être un peu plus responsables de la situation de la société que ceux qui en ont le moins (de pouvoirs) et qui, au moment du Grand Choix Démocratique, se retrouvent à choisir entre Bonnet Blanc et Blanc Bonnet.

Denis Monod-Broca a dit…

@ Magne deux

Les dirigeants grecs ont des torts, mais nul pays, dans nulle circonstance, ne mérite d'être traité comme l'est la Grèce depuis 4 ans maintenant !...

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