lundi 23 février 2015

Carême



Carnaval sous la pluie en bord de mer. La bourgade et sa municipalité avaient fait preuve d’inventivité et de courage pour parachever ce moment de dérision. Temps supposé festif sous une actualité... dérisoire. Toute cette Grèce du moment et d’en bas étant alors présente, au-delà des illusions, de plein pied dans le sarcasme. La “pendaison” de la troïka a ainsi clos le défilé carnavalesque, cette dernière étant représentée par une figure portant un masque intentionnellement anonyme, mais renvoyant vaguement... au visage d’Angela Merkel.

Angela Merkel dehors. Carnaval, Méthana, février 2015

Le gouvernement n’a pas été pour autant oublié. Sous la forme de... palais du fakir et magicien, la demeure... officielle du Premier ministre était ornée de trucages alors magiques, s’agissant par exemple, “des 1.999.990 chômeurs qui seront embauchés. De la retraite minimum passée à 1.990 euros” et de la société chinoise “COSCO, laquelle n'aura plus à craindre son départ” du port du Pirée.

De manière significative, cette... autre demeure carnavalesque du Premier ministre était également décorée... de l’adage formulé sous une forme alors interrogative: “?? Adieu Troïka ??”. Le maire de la bourgade de son côté a insisté sur la “volonté de mieux faire connaître sa presqu’ile thermale et volcanique pour ainsi attirer les visiteurs”, l’animateur, un jeune auteur connu venu depuis Athènes et embauché pour les circonstances, a autant fait de son mieux. Il a donc répété à plus de dix reprises que “l'espoir est pourtant là, comme la dignité”.

Le... palais du fakir et magicien. Carnaval à Méthana, le 22 février

?? Adieu Troïka ??”. Carnaval à Méthana, le 22 février

Carnaval à Méthana, le 22 février

La taverne carnavalesque a distribué de la viande, des saucisses grillées et du petit vin résiné, spécialité typique du pays et ensuite, les cafés et les bistrots ont été rapidement tous remplis, carnaval alors sous la pluie et en bord de mer.

La veille, l’allocution du Premier ministre Alexis Tsípras, sa tentative à (se) persuader “de la nouvelle orientation sociale de son gouvernement” à la télévision, était à peine suivie dans un café, sauf que personne dans la salle n’a ironisé ni critiqué ces propos, comme c’était alors de coutume du temps des discours du lugubre Antonis Samarás. Les Grecs attristés... demeurent attentistes pour l’instant.

Dans une taverne du coin quelques heures plus tard, c’est dans un ton alors très grave que frères et cousins retrouvés pour l’occasion, étaient d’accord pour dire que “la situation est certes grave et triste depuis l'Eurogroupe du vendredi” (20 février), mais enfin, “rien n’est définitif, durant ces quatre mois tout peut arriver, et d’ailleurs, nous connaissons désormais le vrai visage de cette saloperie nommée Union européenne. De toute manière, personne n’osera dire que le gouvernement SYRIZA/ANEL n’a pas livré bataille”.

Carnaval à Méthana, le 22 février

Carnaval à Méthana, le 22 février

Carnaval à Méthana, le 22 février

Étranges moments furtifs d’une historicité accablante et galopante. Les Grecs observent aussi que pour la première fois après tant de décennies, leurs élus... très fraichement élus, ont du mal à mentir, la tonalité, le timbre de leurs voix, le langage des corps, tout trahit ce dépit, le même finalement que le leur. Le contraste est si évident, lorsqu’on se souvient de l’agressivité et des fanfaronnades si bien assumées par les Samarás - Venizélos, à chaque fois que l’échine était courbée devant les maîtres de l’absolutisme européiste.

Ainsi l’Alexis Tsípras du 21 février avait du mal à convaincre, sans pour autant se ridiculiser. Cependant le temps freiné... presse, tandis que mes échos depuis le SYRIZA très interne, trahissent cette énorme colère... à canaliser ou à transformer en tournant politique, c’est selon. Moins emblématique et cela publiquement, Manólis Glézos, résistant par tout temps, a très vivement critiqué la... pliure de la Gauche radicale. “Nous avons un immense respect pour Manólis Glézos, sauf qu'il n'avait pas à s'exprimer de la sorte en ce moment”, telle fut la réponse de SYRIZA... d’en haut (23 février).

Carnaval à Méthana, le 22 février

Nos vieux sont si absorbés à Méthana comme partout ailleurs, au moment où le gouvernement prépare sa liste contenant les mesures à faire examiner et approuver... par Bruxelles et par Berlin. “Lutte contre la fraude fiscale, ainsi les revenus très élevés seront enfin mieux concernés par l’impôt tandis que les contrebandiers... spécialisés dans les hydrocarbures et les cigarettes seront arrêtés et punis”, nous en informe sans trop d’enthousiasme dans la voix, notre radio 105,5.

De retour du Péloponnèse et de la presqu’ile de Méthana, nous avons emprunté la vieille nationale, histoire d’éviter les péages... et éventuellement les néonazis. Dans l’autre sens il y a deux jours, les adeptes de l’Aube dorée avaient... pacifiquement investi les premiers postes de péage en sortant d’Athènes. Ni cris, ni slogans, ni agressivité. Drapeaux néonazis, tractage et sourires... figés que les automobilistes avaient vraiment du mal à rendre. Une première opération... de terrain, “pour faire apparaître la seule vérité grecque, maintenant que les masques tombent”, voilà en somme pour l’argumentaire et... pour les péages.

Les néonazis de l'Aube dorée aux postes de péage. Vers Corinthe, le 21 février

Lundi dit pur, c’est à dire inaugural du carême orthodoxe ce 23 février, il est de tradition chez les Grecs, de remplir tavernes et restaurants pour déguster les plats de la mer, comme on aime les nommer. Dans une telle taverne de la ville d'Éleusis des bords de mer, établissement très populaire où il est possible de déjeuner pour dix euros par personne au beau milieu de ce paysage quasi-lunaire des friches industrielles, c’est alors sans trop de mystère que nous y avons aperçu une équipe très nombreuse du ministère des Finances... en train de contrôler la bonne tenue fiscale de l’établissement.

Ils ont finalement salué le propriétaire, un homme très marqué par le temps du travail réellement existant, et ils n’ont rien trouvé de répréhensible, le bon compte y était, facturettes comprises.

Préparation pour la cuisine du lundi pur. Méthana, février 2015

Carnaval sous la pluie aux bords de mer... et en pays réel. Le tenant de la taverne s’est alors tourné vers un habitué des lieux: “Pauvres gens. Tu vois Yannis, ils ne récolteront jamais ces sept milliards annoncés par le gouvernement et exigés par l’Europe... en si peu de temps. Ce n'est pas ainsi qu’il faut commencer. Ils sont à plaindre. Et surtout, aucune mesure parmi celles annoncées ne fera baisser le chômage”.

L’argumentaire du gouvernement insiste sur le rejet des mesures annoncées par... le gouvernement précédent. “La TVA n'augmentera pas, ni les autres taxes etc.”. Sauf que les reformes de gauche, c’est à dire de bon sens, semblent être stoppées par la même occasion durant ces quatre mois en tout cas. “Un mémorandum délavé... sous la pluie. Pourtant, le carnaval vient de se terminer” répondit alors Yannis. “Mais passons à l'essentiel ! Tarama, salade verte et du calamar frit avec deux verres d'ouzo. C'est tout”. Fin du carnaval. Lundi... pur et ensuite, carême.

Presqu’ile de Méthana, février 2015




* Photo de couverture: Carnaval. Méthana, le 22 février

14 commentaires

Michel Dilo a dit…

Bonjour,
Nous restons tous silencieux devant la tournure des évènements. Toutefois, les médias sont, une fois de plus, dangereux. Ainsi une mise au point contre le journal "Le Monde" (et les autres) s'avère très efficace pour remettre les pendules à l'heure et entendre une autre musique :
http://blogs.mediapart.fr/blog/eliasduparc/240215/les-mensonges-du-monde-sur-syriza

Magne deux a dit…

ce qui me sidère c'est qu'il y a des gens qui croient encore aux promesses des politiques ...

TEBOUL René a dit…

Tant que les politiques obéiront aux bureaucrates européens on ne s'en sortira pas. La seule question qui vaille est de savoir à quoi serviront les 4 mois que Tsipras et Varoufakis ont gagnés. Sapir dit que c'est le bon moment pour la Grèce de sortir de l'euro, VGE aussi !! Mais il est clair que si Tsipras continue sur cette voie il sera carbonisé.

http://www.blogg.org/blog-108630-billet-l%C2%92echec_programme_de_syriza_est_il_s%C3%BBr__-1535638.html

Wouter Koelman a dit…

« nous connaissons désormais le vrai visage de cette saloperie nommée Union européenne »

« la Grèce reste largement soutenue par les fonds européens. En vingt ans de fonds structurels (1989-2008), la Grèce a bénéficié de 80 milliards de crédits communautaires (en € actualisés), soit 4 milliards par an.

En dix ans, depuis la création de l’euro, les dépenses communautaires totales en Grèce ont atteint 69 milliards, soit, déduction faite de la contribution du pays au budget communautaire, un solde net de 50 milliards d’euros.

La Grèce a été le premier bénéficiaire des fonds communautaires. »

Craché sur la main qui vous soutien n’est pas le meilleur moyen d’attiré sa sympathie.
Mais bon, peut-être en effet que la Grèce voudrait rompre avec cette saloperie et navigué de ses propres ailes. Serait-elle alors prête à perdre ces milliards de subvention?

Vouloir Le beurre et l’argent du beurre finit par lassé la crémière…

Corruptio3 a dit…

@Wouter Koelman : où est allée *réellement* cette masse d'euros ? A acheter des voitures allemandes pour permettre à ce pays de payer sa réunification ? A acheter du matériel militaire à la France et à l'Allemagne ? A remplir les poches des très riches parasites professionnels, autant Grecs que d'ailleurs ?... Et une poignée de plus pour financer les jeux olympiques débiles.
Le problème est nettement plus complexe que cette image caricaturale de l'épicerie.
Il y a tant d'argent "gâché" dans ce vaste système... mais pas gâché pour tout le monde.

Frenchmilanese a dit…

Oui... on n'a pas exactement le sentiment que les dernières discussions à l'Eurogroupe ont tourné à l'avantage de la Grèce... on pouvait s'y attendre.
Est-ce une reculade ou un gain de temps ? Il faut patienter pour le savoir.

Peut-etre qu'une sortie de l'euro ne serait pas la pire des solutions. On peut espérer que cela produira une onde de choc qui libèrera d'autres pays de leur fascination mortifère pour l'Allemagne. L'Espagne, l'Italie, la France aussi. S'il y a quelques années on pouvait adhérer au projet européen, fédérateur de peuples, il est difficile aujourd'hui de ne pas voir que notre maison commune est devenue un lupanar : l'Allemagne paie et les autres pays font les putes pour assouvir ses vices séniles. Cette soit disant "Union" est profondément perverse et répugnante.

RED a dit…

Bonsoir,

J' ai beaucoup lu quant à ce qui a lieu chez vous. La plupart du temps je lis sur le web, j' évite la presse mainstream en général. Donc ça doit faire quatre ans que je vous vois manifester, jusqu' à ces derniers temps, puis enfin les élections et la victoire de Syriza.
Je lis, je pense, ça fait partie de ces nombreux métiers que je n' exercerai jamais, soit ...
Je sais qu' on n' a pas laissé le choix à vos ministres ; sans doute A.Tsipras s' est-il fait autant d' illusions que ses électeurs. Pas assez vieux, pas assez roué, pas assez "réaliste". Quant à Y.Varoufakis, je le crois plutôt honnête également.
Lire ceci à son sujet, écrit par lui.
http://www.docdroid.net/shpv/varoufakis-erraticmarxist-vf.pdf.html
Aussi j' ai envie de les soutenir plutôt que les critiquer ; les désavouer rendrait leurs adversaires (vos adversaires) trop heureux, définitevement.
Quelque chose de bien s' est passé en Grèce avec ces élections, vu de Grèce mais aussi, pour d' autres, des pays du nord de l' Europe.
Il n' y a plus de temps pour le pessimisme.

edgell oliver a dit…

Possible que Tsipras attende les élections en Espagne qui pourrait par effet domino influencer en Irlande et ailleurs pour former une coalition de pays qui pèsera plus lourd que la Grèce isolée actuelle dans les négociations, ça me paraitrait être une approche tactique efficace. L'Allemagne sera alors obligée de plier ou de sortir de l'Euro. Donc, je pense qu'il faut être patient quelques mois.

L'Italie et la France auraient pu faire une telle alliance, mais ce seront d'autres qui devront la faire.

Corruptio3 a dit…

http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2015/02/27/preter-a-la-grece-augmenter-sa-dette-ok-mais-sous-reserve-qu’elle-nous-achete-massivement-des-armes-austerite-contre-ventes-d’armes/

et

http://www.pauljorion.com/blog/2015/02/27/troika-il-va-peut-etre-falloir-sen-occuper-nous-memes/

Agan a dit…

Il n'y a qu'une solution pour les grecs: la sortie de l'euro. Avec l'abandon de cette monnaie contre-nature vous vous en sortiriez bien. Il faut que vous le fassiez, la crainte vous retient, la peur est mauvaise conseillère. C'est la seule alternative viable.

Magne deux a dit…

@ Agan les conseilleurs ne sont pas les payeurs ...la sortie de l'euro c'est une dévaluation importante donc 1
un renchérissement des importations énergétiques ,on n'est pas encore à l'exploitation du Gaz de Méditerranée , de toutes façons la Grèce n'a pas d'industrie
d'extraction .
2 la Grèce n'exporte pas de produits manufacturés , pas de gains à attendre de ce coté la
3 au niveau du tourisme je ne suis pas sur que cela le dope beaucoup
4 sortie de l'euro égal double monnaie dans le pays et différence notable entre ceux qui auront accès à l'euro et les autres
5 d'ou obligation d'un controle des changes sérieux et tout ce qui va avec ....

edgell oliver a dit…

Agan

Malgré la baisse des salaires, la Grèce n'a pas beaucoup plus exporté, elle a surtout moins importé, donc on peut penser qu'une dévaluation monétaire ne produirait probablement pas plus d'effets, le seul intérêt serait de faire défaut sur sa dette.

La politique de Tsipras pour le moment n'est pas la sortie, mais de s'appuyer sur les partis émergents des autres pays du sud et de l'Irlande. Galbraith donne une version de la situation :

Ils ont ouvert une petite brèche pour des négociations plus approfondies sur la politique économique en Europe. Une brèche qui pourra être agrandie grâce aux renforts qui vont arriver, peut-être plus tard cette année, en Espagne, et l'an prochain en Irlande, peut-être au Portugal aussi… et ensuite même – est-ce possible ? – en France.

http://www.alterecoplus.fr/europe/james-k.-galbraith/que-sest-il-passe-en-grece-201502281239-00000899.html

Wouter Koelman a dit…

@coruptio3 : Êtes sur que toutes voitures de l'état Grec soient allemande? Vivant souvent à Athènes j'en doute. Les bus et trolley de la ville ont été largement sponsorisés par les subventions européennes, tout comme le métro et quasiment la totalité des infrastructures du pays. Je ne suis pas sûr que les Grecs aimeraient a devoir payer pour tout cela eux-mêmes. Adieu l'air conditionné dans les transports en commun ;-)
Concernant l'armée, cet argument ommet systématiquement de souligner que le plus bénéficiaires des budgets militaires sont les Etats-Unis pour 40% de ce même budget...
Je suis en effet pour une économie d'épicierie, et prend votre critique pour un compliment. Les épiciers et épicières ont toujours montrer un grand sens de l'équilibre entre commerce et proximité. Leur bon sens sociétal a été un grand atout de nos développement et il me semble regrettable de ne pas mettre plus de bon sens dans nos relations à l'argent.

Yoda a dit…

Si Tsipras avait fait campagne sur la sortie de l'euro, il aurait probablement perdu. De plus, là il a montré sa volonté de négocier, de faire des compromis, donc si les discussions échouent dans 4 mois, ce ne sera pas la faute des grecs mais de l'intransigeance de Bruxelles (c'est à dire de Merkel). Je pense que Tsipras et Varoufakis vont mettre à profit ces 4 mois pour préparer un "friendly grexit" comme l'a dit VGE.

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