samedi 21 février 2015

Traités des banlieues



Un accord a été conclu à l’Eurogroupe vendredi soir. Donc... satisfaction. Durant les premières minutes de sa conférence (en grec), Yanis Varoufákis perdait un peu ses... mots, “c'est de la fatigue”, a-t-il expliqué depuis Bruxelles. “La Grèce tourne la page”, affirme depuis, dans un communiqué officiel le gouvernement grec. La page est certes tournée, le chapitre est hésitant... et le livre ne change pas. Pour le moment paraît-il.

Réclame pour une cure... naturelle d'amaigrissement. Athènes, février 2015

Cet accord ne concerne qu'une période de quatre mois, tandis que notre législature s'étale sur quatre ans, ne l'oublions pas” a toutefois voulu préciser Yanis. Le mémorandum est mort... vive “la restructuration intelligente”, terme nouveau, apparu ce soir.

On comprendra que les négociations reprendront réellement dans quatre mois ; ou plutôt, les décisions deviendront alors urgentes. Et c’est alors ainsi que depuis l’Eurogroupe, les nouvelles mesures grecques... et bien modernes seront attendues pour validation. “Nous ne reprendrons plus de mesures imposées, concernant les retraites, la TVA, la Santé, par exemple, tout simplement, nos mesures n'affecteront pas l'équilibre budgétaire durant cette période. La Grèce sort ainsi de l'isolement causé par cinq années de mémorandum”, a encore déclaré par la suite notre Yanis... un peu moins hésitant.

Il a enfin estimé que “nous avons pu concilier le respect des règles de l'Eurogroupe avec celui de la Démocratie, et cela signifie qu'un grand pas a été accompli en Europe. La Grèce laisse le mémorandum derrière elle et devient coauteur des réformes et de sa destinée” pour ainsi finir... dans la très haute technicité: “Nous pensons réduire la dette par des swaps”, contrats d'échange de flux financiers entre deux parties, qui sont généralement des banques ou des institutions financières comme on sait.

Athènes, février 2015

Je retiens que les autres, Christine Lagarde, Jeroen Dijsselbloem et Pierre Moscovici ont été davantage souriants et décontractés que les nôtres. “Cette soirée était un moment important dans le processus de négociation avec Athènes. Ce fut un moment important pour regagner la confiance. L'issue est vraiment positive”, s'est félicité Jeroen Dijsselbloem... Grand Écuyer de l'Eurogroupe.

Cet accord met fin à la période d'incertitude pour la Grèce. Un accord était possible si tout le monde avait une approche raisonnable. Il fallait faire preuve de logique, pas d'idéologie. L'accord trouvé est équilibré”, a jugé Pierre Moscovici, commissaire (politique) européen à l'économie. Donc on a certainement fait preuve d’idéologie libérale mortifère et de logique européiste !

Quatre mois c’est bien court et toutefois si long. En réalité, la Grèce... Tsipriote a acheté cher un peu de temps. Le problème sera de mettre ce temps à... perte et surtout à profit pour réellement changer de cap. Le fera-t-elle ? Ensuite, tout sera mis en œuvre par les rapaces d’Athènes et par les... Proconsuls de l’européisme métropolitain pour affaiblir le gouvernement SYRIZA/ANEL et cela, jusqu’à sa chute... si besoin et si possible. Attendons donc juin peut-être, puisque “nous avons arraché enfin un accord qui ne nous oblige plus à pratiquer l'austérité”, dit le communiqué officiel du gouvernement grec.

Sauf que deux femmes sont mortes, l’une à Athènes et la deuxième en Grèce du nord vendredi 20 février, suite au fonctionnement... erratique de leurs moyens de chauffage et des émanations, comme on dit... depuis que le mémorandum de l’Eurogroupe 2010 et 2012 a fait disparaître le chauffage central pour un bon nombre de foyers en Grèce (journal radiophonique de 105,5, le 21 février). Elles ne connaîtront pas d’autre Eurogroupe et elles n’attendront pas juin prochain.

Athènes, février 2015

Mon ami Th., chômeur et dépité, voit les choses un peu autrement: “Depuis ce soir, nous avons un nouveau gouvernement. Une coalition SYRIZA/ANEL/Dijsselbloem ! Espérons qu’en juin... Dijsselbloem ne fera plus partie du gouvernement”. Et pour Pablo Iglesias de Podemos, “à défaut d'un accord avec la Grèce, peut-être dans quelques mois, ils auront à négocier avec Marine Le Pen”, interview accordée à la chaîne de télévision CNBC aux États-Unis. Une première grande fissure en tout cas, apparait désormais dans le mur européiste.

En d’autres temps aussi hésitants, les accords de Locarno, en 1925, avaient suscité un immense espoir. D’après un article de l’époque paru dans le “Times”: “Austen Chamberlain, le ministre des Affaires étrangères britannique, tremblait et pleurait de joie, de même que le ministre des Affaires Étrangères français, Aristide Briand. Benito Mussolini baisa la main de Mme Chamberlain. La fanfare jouait. Toute la foule assemblée sur la place dansait”.

Pour Aristide Briand, ces accords devaient apporter à l’Europe d’après-guerre une nouvelle ère: “Si les accords de Locarno ne correspondent pas à un esprit nouveau, s'ils ne marquent pas le début d'une ère de confiance et de collaboration, ils ne produiront pas ce grand effet que nous en attendons. Il faut que de Locarno, une Europe nouvelle se lève. L’accord de Locarno que nous consacrons par nos signatures a ceci d’encourageant: il procède d’un autre esprit ; à l’esprit de précaution, de soupçon, se substitue l’esprit de solidarité. ”.

La suite est connue mais l’histoire ne se répète pas. Donc... satisfaction.

Greek Crisis s’accorde (enfin) trois jours de repos. Le lundi pur (23 février cette année), marque le début du grand carême orthodoxe. Quarante jours... comme quatre mois !

Athènes, 2015




* Photo de couverture: Athènes, février 2015

16 commentaires

Anonyme a dit…

le gouvernement TSIPRAS s'est soumis! et son ministre des finances utilise déjà la langue de bois européiste pour l'expliquer.je crains qu'il n'y ait eu" beaucoup de bruit pour rien"

Anonyme a dit…

Malheureusement le seul choix de la Grèce etait la sortie de l'Euro. Syriza apportera la déception aux espoirs d'un peuple trahi une fois de plus...Aube Dorée vous attend dans l'impasse des désillusions

Anonyme a dit…

Quelle est l'opinion général des grecs et en particulier des voteurs de Syriza?
Ils sont contents ou deçus?

poupi a dit…

La messe est dite. Tsipras a déjà menti en faisant croire au peuple grec (enfin aux 36% de Syriza) qu'il ferait mordre la poussière aux européens. Mais bon, il sait depuis le début que c'est Maman Merkel qui tient le porte-monnaie, et de l'argent y'en a pas dans les caisses grecques, pour rembourser, pour investir ou simplement financer les promesses de Tsipras. On a encore eu droit à une tragédie grecque pour en arriver à juste reporter le problème dans 4 mois, le temps de recevoir l'aumône des européens.
Evidemment, la Grèce a retrouvé sa dignité puisqu'on ne pourra plus dire Troïka, mais les institutions (les saigneurs) qui resteront les mêmes.
Depuis le début, Tsipras n'a jamais dit comment il comptait financer ses généreuses promesses sociales qui ne créeront d'ailleurs aucune richesse puisque ne créant aucune valeur ajoutée.
La seule chose viable est de faire défaut, ce n'est pas 320 milliards qui vont ruiner l'Europe, de quitter la zone euro et de faire en sorte d'attirer les investisseurs par des mesures fiscales fortes.
Quant à Yanis, j'ai dit qu'il ne resterait pas 6 mois, tellement il est incapable, bien qu'il soit un excellent professeur et pédagogue, je lui donne encore quelques semaines.
Les marxistes sont toujours des poètes...
En attendant, Athènes est toujours aussi sale....

Georges Lagarde a dit…

La Grèce est en prison pour dettes. Ses geôliers semblent avoir réussi à la persuader d'y rester au moins encore quelques mois en prétextant que sinon elle serait réduite à l'état peu enviable de mendiant.

C'est aux grecs de décider, j'espère qu'ils pouront le faire de façon démocratique et en toute connaissance de cause.

Jacoti a dit…

http://www.pauljorion.com/blog/2015/02/21/la-grece-a-quatre-mois-pour-envisager-une-sortie-de-leuro-par-jean-michel-naulot/

edgell oliver a dit…

Les pays sont dirigés par des mafieux :

Allemagne-Grèce : la paille et la poutre...

Il ne faudrait quand même pas oublier que le donneur de leçon en chef, Wolfgang Schaüble, avait dû démissionner en 2000, il y a tout juste 15 ans, de la présidence de la CDU et de celle de son groupe parlementaire parce qu'il était en première ligne dans le scandale des "caisses noires" de ce parti qui était notoirement financé à grande échelle de manière illégale par de grands industriels en échange d'avantages en termes de marché publics depuis des décennies.
En 2012 c'était au tour du président chrétien démocrate du pays, Christian Wulff, de devoir démissionner parce qu'il s'avère qu'il se faisait payer à grande échelle voyages, vacances, logement... par des patrons allemands en échange là aussi d'avantages lors de décisions politiques.
En 2014 c'est le grand patron allemand Thomas Middelhof qui est condamné à trois ans de prison pour prise illégale d'intérêt.Il est l'ancien dirigeant du grand groupe d'édition et de média (et accessoirement grand pourvoyeur d'idéologie austéritaire ultralibérale via sa fondation) Bertelsmann. il a mené ensuite à la ruine le groupe de distribution Arcandor tout en se servant généreusement dans la caisse pour son compte personnel.
La même année Uli Hoeness, le patron du Bayern de Münich, est condamné lui aussi à 3,5 ans de prison pour avoir fraudé le fisc allemand pendant des années. Son cas est évidemment très loin d'être isolé : les riches allemands (qui soutiennent en général très activement la position dure d'Angela Merkel vis à vis de la grèce) figurent parmi les principaux clients des paradis fiscaux, Luxembourg, Suisse, Liechtenstein...,
Sans oublier que l'Allemagne devait doter sa nouvelle capitale Berlin d'un aéroport tout neuf qui devait être mis en service en 2010. L'affaire a été tellement mal gérée que 5 ans plus tard cet aéroport ne fonctionne toujours pas et que le projet qui devait initialement coûter 2 milliards d'euros en a déjà coûté 5,7 milliards...
Bref sur le plan de la gabegie dans la gestion des deniers publics, comme de la fraude fiscale ou encore de la corruption du personnel politique, il y a indéniablement beaucoup de choses à changer en Grèce. Mais sur ces plans là le gouvernement Tsipras est à coup sûr le gouvernement grec à la fois le plus décidé et le mieux placé depuis 40 ans pour s'y attaquer sérieusement. Tandis que ses détracteurs de la droite allemande feraient bien de balayer un peu plus devant leur porte avant de continuer à prendre les Grecs (et les autres européens) d'aussi haut....

https://www.facebook.com/pages/Guillaume-Duval-Alternatives-Economiques/310883216984?fref=nf

Denis Monod-Broca a dit…

Miracle grec, juif…

« Depuis longtemps je ne croyais plus au miracle, dans le sens propre du mot, cependant la destinée unique du peuple juif, aboutissant à Jésus et au christianisme, m'apparaissait comme quelque chose de tout à fait à part. Or voici qu'à côté du miracle juif venait se placer pour moi le miracle grec, une chose qui n'a existé qu'une fois, qui ne s'était jamais vue, qui ne se reverra plus, mais dont l'effet durera éternellement, je veux dire un type de beauté éternelle, sans nulle tâche locale ou nationale. » Ernest Renan, Souvenirs d'enfance et de jeunesse.
Et si nous assistions à un nouveau miracle grec ?
Cette nation, petite, pauvre, asservie, trouve la force de dire « non ! »
Du fond du gouffre, elle nous crie « halte ! »
Croulant sous les dettes, soumise depuis six ans à un régime d’austérité inhumain, elle a la lucidité de ceux qui souffrent. Elle nous demande d’ouvrir les yeux, d’avoir la même lucidité qu’elle.
Ce serait un miracle que nous l’entendions.
Mais, pour tous les peuples européens, pour tous les peuples du monde, que ce serait beau !
Ceux qui frappent ne se rendent pas compte des souffrances qu’ils infligent ou, s’ils s’en rendent compte, ils les trouvent légitimes, justifiées.
« Fraudeurs ! menteurs ! paresseux !…, vous n’avez que ce que vous méritez… ».
Plus ils frappent, plus leur victime crie, plus ils ont besoin de se rassurer par leurs propres accusations, et moins ils osent se voir tels qu’ils sont, des bourreaux.
Justiciers, ils sont convaincus de rendre la justice.
Pour la survie d’une monnaie, nous sacrifions un peuple !
Aurons-nous le courage de changer de point de vue, de retourner notre regard, de voir la vérité en face ? et, en accord avec nos principes, de sacrifier une monnaie pour sauver un peuple ?
A lire la presse, on en est loin, infiniment loin.
Ce serait un nouveau miracle grec, puisque issu d’une élection grecque ! et ce serait un nouveau miracle juif, puisque effet de la voix de la victime.

Youpla a dit…

Je vous sens un peu désabusé. Il y a de quoi.
Les dirigeants grecs nouvellement élus n'ont pas démérité mais traverser le Pacifique à la nage et sans assistance, c'est un sacré défi dont ils n'avaient pas mesuré toute l'ampleur.
Warren Buffet nous l'avait dit: "la lutte des classes existe et nous l'avons gagné". Ses paroles, il les a prononcées seulement à partir du moment où il savait que c'était acquis (définitivement ?).
Les Grecs n'ont pas fini de manger de l'austérité. L'Aube dorée attend son tour.

des pas perdus a dit…

4 mois, le temps d'imprimer des billets de banque pour remplacer les euros?

Samson a dit…

Au vu de la satisfaction exprimée par les laquais €uropéens de la financratie et unanimement relayée par la presse système, ce compromis apparaît comme une capitulation en rase campagne qui ne semble que reporter les échéances.

Maigre consolation, grâce aux votes du peuple grec, agiter l'épouvantail du "populisme" semble de moins en moins efficace et il semble bien que la panique commence à gagner les rangs de cette prétendue "gauche traditionnelle" et autres très $ociali$tes vendus, empêtrés jusqu'au ridicule dans les contradictions de leur discours :
http://www.lalibre.be/actu/international/valls-l-austerite-pour-l-austerite-conduit-a-la-montee-des-populismes-54e8b69335701001a1db5132

Faute d'espoir d'une amélioration rapide et significative de la qualité de vie de vos concitoyens, souhaitons du moins que Syriza mette au moins terme à sa dégradation.

Nous sommes de tout cœur avec vous! Bon courage!

Samson

Samson a dit…

Au vu de la satisfaction exprimée par les laquais €uropéens de la financratie et unanimement relayée par la presse système, ce compromis apparaît comme une capitulation en rase campagne qui ne semble que reporter les échéances.

Maigre consolation, grâce aux votes du peuple grec, agiter l'épouvantail du "populisme" semble de moins en moins efficace et il semble bien que la panique commence à gagner les rangs de cette prétendue "gauche traditionnelle" et autres très $ociali$tes vendus, empêtrés jusqu'au ridicule dans les contradictions de leur discours :
http://www.lalibre.be/actu/international/valls-l-austerite-pour-l-austerite-conduit-a-la-montee-des-populismes-54e8b69335701001a1db5132

Faute d'espoir d'une amélioration rapide et significative de la qualité de vie de vos concitoyens, souhaitons du moins que Syriza mette au moins terme à sa dégradation.

Nous sommes de tout cœur avec vous! Bon courage!

ilros a dit…

tu le sais que ça va mal finir Panagiotis,tu sais l' imposture alors pourquoi autant de points de suspension dans les articles ! tiens le vieux Manolis Glezos il vient de comprendre lui : http://www.romandie.com/news/Grece-le-doyen-de-la-gauche-sen-prend-au-gouvernement-Tsipras_RP/568462.rom

TEBOUL René a dit…

A moins d'utiliser les 4 mois, achetés très cher effectivement, pour préparer une sortie de l'euro, c'est à une défaite en rase campagne de Tsipras et Varoufakis que nous assistons.


http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20150222trib582b866fb/le-heros-de-la-gauche-grecque-manolis-glezos-critique-le-compromis-de-l-eurogroupe.html

Michel Dilo a dit…

Bonjour,
Sur le blog de Coralie Delaume
http://l-arene-nue.blogspot.fr/2015/02/quel-que-soit-le-risque-les-grecs.html
éclairage...

Agan a dit…

Comment vos politiciens vous enfument:

http://www.eric-verhaeghe.fr/comment-tsipras-sest-mis-a-genoux-face-a-leurope/

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