vendredi 29 novembre 2013

La nouvelle boucherie



Devant le ministère de la Santé, médecins et de personnel hospitalier du secteur public manifestaient encore vendredi 29 novembre. Après tant de “disponibilités” annoncées, voilà que plus de 1000 médecins protestataires se voient privés de convention, “tel est mon Plan-B à leur égard, ils ne peuvent pas faire grève le matin et le même soir poursuivre les consultations dans leurs cabinets privés”, rétorque le ministre Adonis Georgiadis, mélangeant les genres ainsi que nos douleurs. L’essentiel, c’est que dans ce pays plus d’un tiers des habitants n’est plus affilié au Régime général devenu... régime d’exception, comme pour le reste de notre “démocratie”.

jeudi 28 novembre 2013

Décorations de Noël



Au Pirée comme à Athènes c’est bientôt Noël semble-t-il. Les municipalités installent les décorations comme si de rien n’était tandis que les premières sucreries de saison ont déjà fait leurs premières apparitions derrière les vitrines. “Je n'aurais jamais imaginé qu'on en arriverait là pour certains d’entre-nous... contempler et seulement contempler ces gâteux alors bredouilles et impuissant car pauvres sur ces trottoirs sans pouvoir s’en offrir un seul, exactement comme durant les années de notre enfance de l’après-guerre”. Dialogue récent entre deux femmes âgées devant une telle vitrine au Pirée.

mardi 26 novembre 2013

L'effondrement



L’effondrement est dans l’air du temps sauf que ce dernier s’éternise. Les voisins qui sont au chômage l’expriment ainsi à leur manière: “Nous faisons tout pour préserver notre dignité. Nous arrivons toutefois à une situation limite. Nos enfants trouvent parfois que le réfrigérateur est bien vide... et c'est insupportable. Pour le reste, nous n’avons plus peur de rien. Nous devons dix mille euros aux impôts et autant à la Sécurité Sociale depuis deux ans, après la faillite de notre petit commerce. Nous regardons à la télévision des reportages tous les soirs sur ces foyers, ces familles privées d’électricité parce qu’elles n’arrivent plus à payer”. Effectivement. Ces foyers se comptent désormais par dizaines de milliers en Grèce. La zone euro... c’est l’Europe sans l’électricité !

dimanche 24 novembre 2013

D'une Histoire à l'autre



Il est intéressant de noter que l'histoire humaine affiche parfois un synchronisme remarquable et que les événements tombent à point nommé. Comme entre deux parutions. C’est en discutant avec mon ami Olivier Delorme que nous avons alors “découvert” cette évidence... d’historien: en Europe de la zone euro (et en Europe tout court), nous changeons... enfin de siècle, un peu à la manière de ce qui fut la transformation inaugurée peu avant 1914 pour le “court XXe siècle”. En effet sa trilogie: “Histoire de la Grèce et des Balkans - Du Vème siècle à nos jours”, parue en France en octobre 2013, quelques jours seulement avant mon essai: “La Grèce Fantôme” suggère en somme cette continuité entre ces deux œuvres.

vendredi 22 novembre 2013

La liste de la Troïka



Cette année l’hiver grec s’annonce encore plus rude qu’avant. Il est vrai que nous comptons déjà nos morts et nos mourants au cœur même du corps social car ils ne sont plus, et ceci longtemps, ces êtres habituellement déclassés vers les marges des lieux communs. La cadence du choc alors s’accélère. Pour certains la fin est brutale. Tel Tassos Doupis alors âgé de 28 ans, il était monté à Athènes depuis son village du Péloponnèse pour rendre visite à son beau père hospitalisé.

lundi 18 novembre 2013

La mémoire du futur



Entre deux moments de paroxysme décisif, l’histoire ne tient parfois qu’à un fil. Et en ces temps, nous y sommes Grèce... bien en équilibristes. Il y a tout juste quarante ans, la dite “génération de l'École Polytechnique” se révoltait contre la junte des colonels. La révolte a été d’abord écrasée dans le sang au soir du vendredi 17 novembre et aussitôt, autant (que possible) instrumentalisée par ceux de la junte qui comme Ioannidis... s’y préparaient à prendre la relève après avoir renversé l’homme fort du régime, le colonel Georgios Papadopoulos.

mercredi 13 novembre 2013

Le régime de l'insignifiant



L’insignifiant règne, il imposerait même sa loi au pays. La motion de censure déposée par SYRIZA à l’encontre du gouvernement Samaras a été et comme prévu rejetée, il faut le dire, dans l’indifférence quasi-générale. Du côté du parti de la Gauche radicale on se félicite certes “de la fragilisation du gouvernement, suite à la défection d'une élue Pasokienne”, et quant aux coalisés du côté obscur de la force et de la Troïka, tel Antonis Samaras en personne, ils estiment alors que “le gouvernement accomplira sa mission jusqu'au terme de la législature, autrement-dit jusqu’en 2016”. En Thessalie et après la récolte, le maïs a été très mal vendu cette année, la crise règne, et elle impose certainement son prix.

samedi 9 novembre 2013

Du non-droit mal payé



Le journal télévisé de l’ERT est désormais diffusé depuis le côté extérieur du grillage qui entoure le bâtiment, lui-même entouré du cordon des MAT, les célèbres CRS grecs. Jeudi 7 novembre déjà, de l’après-midi au soir, le vaste monde de la gauche grecque était sur place. Ces gens venus presque... nombreux, veillent alors devant le siège de la radiotélévision publique autogérée et cependant expulsée. L’ambiance était comme on dit bonne et chaleureuse, l’émotion et l’amertume en plus. C’est vrai aussi qu’en Grèce, on prend encore le temps de veiller les morts ou de préparer les résurrections, c’est selon.

jeudi 7 novembre 2013

ERT la deuxième mort



Nous ne nous attendons plus qu’au pire. Résignés, nous assistons depuis ce matin tôt à l’envahissement par les forces de l’ordre des locaux de la radiotélévision publique autogérée ERT. L’arbitraire de la dictature Samaras et de la Troïka n’aurait pas de fin. Le quartier a été bouclé, les policiers ne laissent entrer plus personne à l’intérieur du bâtiment, même pas, les députés de l’opposition. Et ceux qui en sortent ont les yeux bien rouges. Lors des dernières minutes d’émission de la radio ERA-ERT, on a entendu en direct la voix du policier s’adressant au journaliste: “Ce sont vos affaires ici ? Oui, le sac de couchage et le reste... Prenez-les et partez”. Surtout le reste. Temps alors si redoutables.

mercredi 6 novembre 2013

Petites fournitures en grève



À Athènes on manifestait assez massivement ce mercredi sous la pluie, journée de grève générale... symbolique oblige. Hier, les représentants de la Troïka conspués par les manifestants ainsi que par certains passants du jour, avaient été évacués par une autre issue, c’était pour quitter les locaux du ministère des Finances, nécessairement escortés par des policiers.

samedi 2 novembre 2013

L'article 458A et le sang



Sous le régime de la Troïka les jours se suivent et elles ressemblent fort à des nuits. Manolis Kapelonis 22 ans et Yorgos Foundoulis 26 ans sont les deux membres de l’Aube dorée assassinés ce soir à Néo Héraklion, quartier situé au nord d’Athènes. Des inconnus (au matin du 2 novembre) ont alors ouvert le feu devant les locaux du parti néonazi abattant de plein sang froid le deux jeunes. Un autre blessé est hospitalisé dans un état très critique. D’après les premiers reportages, les assassins auraient même porté le coup de grâce en vidant leurs chargeurs sur les victimes. Le vent athénien est fort mauvais en ce moment.

vendredi 1 novembre 2013

Europe



Aux informations ultimes du jour final d’octobre, on annonce la prochaine baisse des salaires pour un demi-million d’employés-rescapés dans le commerce. La convention collective de la branche pénètre alors la constellation des dispositions mémorandaires, ces salariés perdront ainsi entre 13% et 55% de leurs rémunérations. Et quant au petit garçon de Serres, ville du nord de la Grèce, mort dans l’ambulance qui le conduisait à Athènes la semaine dernière, pour lui déjà, la Troïka c’est... du passé impénétrable. À l’âge de deux ans et demi et souffrant du cœur, son opération a été repoussée depuis plusieurs mois. Les “restrictions” imposées au seul hôpital pour enfants pratiquant ce type d’opérations... n’autorisent que la pratique d’une seule journée de chirurgie par semaine. Ce n’est pas un accident mais alors la règle. Le ministre de la Santé et de la Mort, Adonis Georgiadis a même déclaré récemment: “Le système de santé ne peut plus accepter l'ensemble des citoyens”.