dimanche 28 avril 2013

Prisons budgétaires



Souvent en Grèce, ce sont certains moments paisibles qui nous rappellent un passé encore trop récent. Comme ce vendredi matin du 26 avril, cet unique client sur la terrasse d’un bistrot du vieux centre d’Athènes. La météo déjà clémente, nous apprécions enfin l’appréciable pendant que les syndicats s’apprêtent à manifester Place de la Constitution pour le premier mai. Le gouvernement avait pris “soin” de transférer ce “jour férié” après Pâques, le dimanche 5 mai, mais en vain. Déjà en ce dimanche soir du 28 avril, les centrales syndicales, ainsi qu’une bonne partie de la gauche grecque, dont Syriza et le syndicat PAME -ce dernier étant proche du KKE, le parti communiste-, ont manifesté sur cette même place contre l’adoption, pourtant inéluctable, de la “grande loi coup de balai”, invariablement, mémorandaire et anticonstitutionnelle. Sans surprise, le “Parlement” a “décidé” autrement, rejetant la requête des députés Syrizistes. Le Mémorandum IV est en vue, comportant les “licenciements immédiats” tant attendus dans la fonction publique et bien d’autres... merveilles, et encore une fois, en un seul article digne d’un roman fleuve, et en une seule et unique “loi”. Le pouvoir législatif n’est que sa propre caricature en cette fin de régime.

mercredi 24 avril 2013

Nulle part



Nous sommes bien loin des “sociétés d'abondance originelle”, d’après Marshall Sahlins et s’agissant des chasseurs cueilleurs de jadis. À travers son essai relativement récent: “La découverte du vrai sauvage. Et autres essais”(2007), le grand anthropologue américain suggère aussi, que la vraie pensée et pratiques sauvages seraient peut-être celles du capitalisme occidental. Et ce temps de mémorandum (et du mémorandum 4) en Grèce et en Europe du Sud, serait indéniablement et tragiquement proche de la civilisation d’Erewhon, imaginée par Samuel Butler vers la fin du 19ème siècle. S’agissant évidement d’une anagramme de nowhere, c’est-à-dire, “nulle part”.

lundi 22 avril 2013

Plans travelling



Nous avons maintenant acquis la certitude que nous changeons définitivement de modèle politique et social. Ce sera ou presque, une émanation d’un certain passé remodelé dans sa variante la moins enviable, comme le pensent alors certains. Déjà, chaque fois que l’histoire se répète, le prix humain augmente, on peut donc s'attendre aisément au pire. Sauf que l’histoire ne se répète pas et que le pire est en gestation. Vendredi midi, le 19 avril, des retraités venus de toute la Grèce et répondant à l’appel de leurs organisations syndicales, ont défilé au centre-ville d’Athènes pour dénoncer la politique d’austérité et pour dire stop à la mise à mort économique qui concerne désormais toutes les générations du pays. “Nous, nous finirons bientôt... d'avoir mangé notre dernier pain. Malheur à vous autres, malheur à nos enfants et à nos petits-enfants, c'est surtout pour eux que nous sommes venus manifester”.

jeudi 18 avril 2013

Fraises de saison




Notre société émiettée, et sur la voie étroite de l’anthropophagie structurelle et structurante, remplira bientôt tous les critères de l’âge nouveau. C’est ainsi qu’à Manolada dans le Péloponnèse, des immigrés travaillant dans la production de la fraise... décidément de saison, qui ont osé réclamer leurs salaires impayés depuis six moins à leur patron néo-esclavagiste, ont été blessés, dont quatre grièvement. Les faits se sont déroulés mercredi 17 avril au soir, lorsque des hommes armés et chargés de superviser le travail des immigrés, ont ouvert le feu sur ces derniers. Les surveillants, ont utilisé des carabines pour disperser les travailleurs immigrés, deux cent personnes environ ainsi rassemblés réclamant leurs soldes. Temps de crise, aussi vécu et pratiqué via ses... authentiques rapports entre le capital et le travail, en passant par le racisme récurent, ce dernier, notons-le, n’aura pas attendu la crise pour agir... comme un grand.

mardi 16 avril 2013

Temps étriqué



La politique du mémorandum appliqué s’approfondie chaque jour davantage, d’où cette série d’extinctions en tout genre. Certes, la Troïka, “a trouvé une fois de plus un terrain d'entente avec le gouvernement”, et nous voilà alors rassurés... dans notre plus grande proximité avec le précipice individuel et collectif depuis bien longtemps dans ce pays. Les meurtres et les suicides se multiplient ces derniers jours, et ceci, malgré le beau temps comme diraient certains. Ce printemps 2013 est déjà si amère, évidement davantage que celui, électoral mais finalement trompeur de l’année dernière. Samedi matin, un cinquantenaire, chômeur depuis trois ans s’est immolé par le feu au beau milieu d’un carrefour fréquenté des quartiers nord de l’agglomération. Il est mort, hier, lundi midi 15 avril à l’hôpital.

vendredi 12 avril 2013

Glissements et glissades



Les glissements et les glissades de toute sorte s’installent peu à peu dans notre quotidien sous le régime de la Troïka. Ce qu’il reste des droits liés au travail est balayé, tout comme le travail, lui-même. Maria, 36 ans, journaliste au chômage rencontrée au centre d’Athènes cette semaine, s’apprête à quitter la Grèce pour le Qatar, son frère y est déjà depuis un mois: “Je n'en peux plus. Je vis actuellement en vendant mes biens, meubles, bijoux ou livres. Cette situation ne peut plus durer. Je n'ai plus envie de rien, ni lutter, ni manifester, ce ne sont pourtant pas les raisons qui manquent, mais avant tout, je dois m'assurer de ma propre survie, précise et concrète, c'est-à-dire, pouvoir me nourrir chaque lendemain. J’ai vu dans un reportage qu’à Thessalonique on embauchait pour un travail de bureau à mi-temps et le salaire proposé c’était 180 euros par mois. Il y a eu pléthore de candidats et le poste a été aussitôt attribué. Celui qui l’a décroché finalement, il s’est proposé pour 120 euros par mois. C’est ainsi que je réalise alors combien nous sommes déjà pulvérisés et réduits à néant, je vais partir”.

mardi 9 avril 2013

Les terrorismes de la crise



Nos nouvelles ne s’améliorent pas en ce moment. La météo athénienne redevient clémente mais c’est à peu près tout ce que l’on peut tirer du temps présent. Ce n’est décidément pas en ce mois d’avril qu’on osera enfin envisager sérieusement notre destinée. Et à notre place, “nos” visiteurs de la Troïka, œuvrent sans relâche pour nous préparer un avenir à la juste mesure du méta-capitalisme mutant, autrement-dit de l’aberration. Dimanche soir assez tard, c’était le 7 avril, les délégués troïkas n’étaient pas encore sortis du ministère des Finances, situé sur la dite “partie basse” de la place de la Constitution. Les caméras et les rares reporteurs attendaient paisiblement cette sortie pour en finir, de même que les policiers et autres hommes des MAT, les CRS grecs. Il n’y avait que les limousines blindées, garées devant le ministère qui interpelèrent finalement les regards des passants et encore. Au même moment, sur la “partie haute” de la place, des comités citoyens anti-mémorandum avaient organisé un rassemblement, et en même temps, “concert de résistance dans l'adversité” selon les organisateurs. Il n’y avait pas grand monde, sauf que les participants avaient le sourire, sous le nez des troïkas c’est peut-être un signe.

samedi 6 avril 2013

Au citoyen inconnu



Dimitris Christoulas s’est suicidé il y a un an, pratiquement jour pour jour, place de la Constitution. Il s’est tiré une balle sous un arbre anonyme, devenu depuis, un autre lieu de mémoire, à quelques mètres à peine du monument du soldat inconnu sur cette même place. Par un hasard de la micro histoire par ce gros temps anthropophage, je me trouvais place de la Constitution quelques minutes seulement après le suicide de Dimitris et ensuite, j’ai vécu directement cette traînée de poudre émotionnelle et symbolique, qu’a été la propagation de la nouvelle de bouche à oreille à Athènes et par les médias. Jeudi soir, ce 4 avril, à l’anniversaire de sa mort, des citoyens anonymes, pour certains d’entre eux issus du mouvement de Mikis Theodorakis, se sont recueillis devant ce même arbre, pas très nombreux il faut toutefois préciser, mais déterminés et entiers.

jeudi 4 avril 2013

Hestia



Nous nous enfonçons dans la crise à travers son développement décidément durable, nous tous, sauf cette composante du Démos plus aisée que jamais (?), celle des “beaux” quartiers de la capitale car en tout cas, elle devient trop visible aux yeux des autres. Et pour ce qui relèverait finalement de l’altérité observée, voilà que rue Voukourestiou récemment, deux députés (ou conseillers politiques) du gouvernement de la troïka de l’intérieur, très affairés et si énervés, n’arrivaient même plus à se retenir: “Il y en a vraiment marre de tous ces chômeurs mon vieux. Je ne veux plus perdre mon temps accroché au téléphone à vouloir joindre les ministres. Nous avons autre chose à faire que de nous occuper des chômeurs, pour soi-disant leur décrocher un job. Du n’importe quoi. Je vais tout laisser tomber à la fin de la législature pour partir à l’étranger, tu m’entends”. Voilà, c’est dit et c’est bien clair au moins.

mardi 2 avril 2013

greek crisis en .org & .fr



Annonce du nouveau site partenaire de greek crisis.

Traduit de l'anglais:

Depuis fin octobre 2011, l'ethnologue et historien Dr Panagiotis Grigoriou, fil conducteur du documentaire “KHAOS, les visages humains de la crise grecque”, a mis en place un blog, consacré à l'analyse sociopolitique et culturelle des effets de la crise économique en Grèce, par lequel, nous informe presque tous les jours depuis Athènes, sur les événements dramatiques qui s’y déroulent, et ceci en langue française.

Vu le grand intérêt suscité par son blog, greekcrisis.fr, et afin de pouvoir faire connaître la situation dramatique vécue par le peuple Grecs en ce moment à un plus large public anglophone, nous avons décidé de lui porter notre contribution par la création de ce nouveau site.
Ici, hormis les textes d'origine en français nous nous forcerons de traduire en anglais une partie ou si possible la totalité de ses articles.

Dans cet effort collectif hormis ma participation dans le domaine du conseil et du support technique concernant les deux sites, je me suis entouré d’un groupe d'amis et collaborateurs anglophones, principalement du département des études européennes de l'institut technologique de Tallaght à Dublin, Irlande.

D'avance, je tiens à les remercier, en espérant que leur participation ainsi que leur échange d'opinion, nous permettront peut-être un jour, de créer une meilleure Europe.

lundi 1 avril 2013

Liaisons stériles



De toute évidence (restante), nous serions encore un peuple de marins. Les poètes et les écrivains d’ici, ont trempé leurs mots plus d’une fois en mer Égée, avant de les restituer à nous, et aux autres lecteurs du vaste monde et de l’infaillible. Les îles de l’Égée ainsi que Chypre, ont ainsi inspiré, comme tant d’autres républicains des lettres, nos deux prix Nobel de littérature, Georges Séféris (1963) et Odysséas Elýtis (1979), et il serait absurde de penser que leur univers se soit fait par hasard. Parmi ces îles, de nombreuses destinations, y compris dans les Cyclades sont desservies par ces liaisons maritimes que depuis déjà longtemps, les marins, les armateurs, les autorités et d’abord les usagers, les surnomment alors “stériles”. Et ceci bien pour cause, s’agissant de lignes subventionnées et dont la fréquence ainsi que l’âge des bateaux ont souvent laissé à désirer comme on dit communément.