vendredi 29 mars 2013

Rues d'Athènes



La pluie fine qui tombait hier matin sur Athènes a rapidement laissé sa place au soleil, ainsi qu’à nos manifestants du jour, très nombreux: les étudiants, ayant répondu à l’appel des organisations de la gauche étudiante de la capitale et du reste du pays, politiquement situées entre Syriza et le parti communiste. Ces jeunes, s’opposent à la refonte mémorandaire des universités et de leurs filières courtes, devenues même trop courtes en ce moment et pour cause. Des générations entières en Grèce, à Chypre ou en Espagne seraient ainsi “perdues”, nous dit-on, tous ces analystes de la plus mauvaise presse depuis si longtemps en Europe. Une récente enquête universitaire, précise et documentée citée par le quotidien économique Imerisa du 28 mars, indique que plus de 150.000 diplômés ont quitté la Grèce depuis le début de la crise, et ceci, à destination de 74 pays et de 528 villes du très vaste monde... et de la très vaste crise alors !

mercredi 27 mars 2013

Euroguerre



Ce n'est pas une crise mais une guerre. On se le dit ici sans cesse dans la rue athénienne, sous le manteau déchiré des stéréotypes d'avant-hier soir. La garde-robe illusoire de l'européisme ne cache plus grand-chose des attentions de l'élite allemande, déjà en méditerranée européenne entre Chypre et le Portugal. “Über alles” et “Aux armes” sont des titres de la presse grecque d'hier, 26 mars et non pas du 29 octobre 1940.

lundi 25 mars 2013

Les portes de l’enfer



Les peuples de l’Europe ont assisté la nuit dernière à l’invasion de Chypre par d’autres moyens que les divisions blindées. Ils doivent désormais tenir compte de ce paradigme et obéir”, assure le journaliste Trangas sur Real-FM ce matin du 25 mars. Des manifestations quasi-spontanées et non médiatisées ont eu lieu dans toute la Grèce ce lundi, jour de fête nationale, en marge des défilés officiels. Les citoyens sont tenus à l’écart des manifestations officielles, d’abord parce que les unités CRS empêchent tout “contact” entre la “zone interdite” et le peuple et ensuite, parce que seuls les personnes invitées, munies d’un laissez-passer seront admises. De toute manière pour ce qui est de la fête, elle a tourné tellement court, surtout depuis la nuit du dernier Eurogroupe.

Nos boîtes



Nous attendons les nouvelles sur Chypre sauf que nous comprenons que l’essentiel semble être déjà accompli. L’essentiel bien provisoire, mais ce provisoire historique peut durer finalement longtemps. Anastasiadis et son ministre Sarris, sont des hommes politiques et “athlètes” avérés de la même discipline que Papandréou, il n’y a pas grand chose à espérer d’eux. Il s’agit de la course de relais, une épreuve disputée dans les compétitions officielles, mais en conclave, en excluant les peuples, après avoir dit (presque) le contraire, quelques semaines ou mois peu avant, c'est-à-dire lors des élections. S’il y a une énorme responsabilité des citoyens dans le processus tyrannique en cours, elle serait à identifier par là. Nous pensons alors beaucoup au destin de Chypre et au nôtre en ce moment, c’est dans l’air du temps presque ensoleillé d’Athènes, qui comme toute la Grèce et Chypre, se préparent drapeau en berne en réalité, pour la fête nationale du lundi 25 mars.

vendredi 22 mars 2013

“Les gangsters de l’Eurogroupe”



Décidément, la dite Union Européenne finira comme (dans) certains westerns, vraisemblablement dans l’imbroglio d’un temps historique pas si lointain. Entre-temps et déjà, le paradigme chypriote montre la voie à suivre, indépendamment même du résultat immédiat, d’ici là une petite semaine ou durant les prochaines semaines. Notre temps historique s’est considérablement densifié, “l’axe paradigmatique” des pays du Sud devient une réalité sur le terrain, d’abord pour ce qui relève de la cristallisation des représentations, ensuite à travers la place des peuples du Sud dans ce processus accélérée de la fabrication de l’altérité vis-à-vis des mentalités et des stéréotypes renouvelés depuis les pays du Nord et enfin, grâce, ou à cause des réalités économiques quasi-communes asphyxiantes, dans lesquelles ces peuples sont plongés.

mercredi 20 mars 2013

Chypre et fin… de l’euro




Les postes de télévision tous allumés à bord du ferry entre Syros et le Pirée et réglés sur un magazine d’information exceptionnel par sa durée et aussi par les circonstances du drame... heureux à Chypre, ont fini par lâcher la grande nouvelle: “le Parlement chypriote a rejeté le plan de l’Eurogroupe”. De nombreux passagers ont laissé éclater leur immense joie: “C’est bien fait pour ces Allemands et leur 4ème Reich qui règne sur l’Europe finissante. Les Chypriotes se sont montrés plus patriotes que nous, en tout cas, plus patriotes que nos politiciens vendus et dociles”, a lâché une femme d’un certain âge, tandis que deux jeunes hommes poussaient des cris de joie à n’en plus finir.

"Les postes de télévision tous allumés", le 19 mars

C’est vrai que d’Eurogroupe en Eurogroupe depuis trois ans, nous Grecs et les autres peuples au Sud de l’Eurozone nous nous sommes transformés en êtres déboussolés, dociles et surtout tristes. Cette immense joie a alors gagné les deux tiers des passagers du navire comme une délivrance. Seuls les voyageurs sceptiques, d’ailleurs sceptiques et inquiets de tout âge il faut dire, n’ont pas prononcé un seul mot. Psychologiquement (et indéniablement), ils ont été les vaincus de la soirée.

Ce matin à Athènes même climat. Devant le “Parlement” place de la Constitution les passants commentent la nouvelle, formant... enfin les cercles des citoyens retrouvés. Dans un café du centre la géopolitique populaire est à l’honneur: “Les Allemands sont nés pour initier des guerres et ensuite les perdre par les Russes. (Nous préférerons) mille fois les Russes, voire les Américains que les Allemands, c’est clair”. Nos radios rediffusent en boucle les déclarations de la rue et de la doxa chypriote (grecque): “Il n’y a que le svastika qui manque (aux institutions) de Bruxelles”, “Nous disons non au nouveau nazisme allemand, nous disons non à leur nouveau colonialisme, après avoir dit non à celui des Anglais” (reportage depuis les rues de Nicosie, Real-FM, le 20 mars).

"Fermeture des banques chypriotes". Ermoúpolis, le 19 mars

Yorgos Trangas sur Real-FM, le 20 mars, boit du petit lait: “Résistez, ne collaborez pas avec les forces occupantes allemandes, celles qui contrôlent nos ministères (...) N’obéissez pas aux lois mémorandaires (...) Ne l’oubliez pas, Schäuble est le nouveau Gauleiter de l’Europe (...) Le directoire de l’Euroland a tout fait pour imposer aux parlementaires chypriotes son dictat, comme en Grèce, sauf que cette fois-ci, ils ont perdu la partie. Il n’y a pas eu un seul parlementaire sur l’île pour dire oui mais en Grèce c’est différent. La différence c’est que Siemens et les services secrets allemands tiennent bien nos politiciens corrompus par la barbichette, tellement ils les ont engraissés par des pots-de-vin depuis des années (...) Les listes des noms existent, elles sont prêtes (...)”.

C’est alors depuis Chypre que l’hégémonie des élites allemandes (et de leurs alliés) sur la défunte construction européenne entamera sa descente aux enfers, voilà en tout cas pour la partie visible de l’histoire immédiate, car évidemment dans un monde déjà “funderiste” et bancocrate les enjeux sont certainement plus complexes. Ce qui est certain c’est que les politiques nationales reviennent en force, après la dissipation du brouillage européiste, savamment entretenu par certaines élites, mais pas par toutes les élites désormais. Quant aux gauches (ou “gauches”) européennes, elles devraient urgemment retrouver le bon dosage entre le devoir patriotique et la défense des intérêts des peuples, leurs peuples, surtout lorsque la guerre économique actuelle se transforme déjà en guerre contre les sociétés (classes populaires et classes moyennes) avant de prendre les allures d'une guerre sociale tout court.

"Les passants commentent la nouvelle...". Athènes, le 20 mars

Je pense d’ailleurs que les gauches européennes (et non pas européistes) n’ont guère plus que cinq ans devant elles pour se réveiller au risque de disparaitre, (et) au profit prévisible de l’extrême droite, nazillons de type Aube dorée compris. Et quant aux élites politiques et “para médiatiques” de l’Euroland, le temps est proche où elles devront expliquer (dans l’urgence) à leurs peuples combien les (bonnes ou mauvaises) politiques nationales existent bel et bien, sous le manteau déchiré de la mythomanie européiste.

Et pour preuve, ces déclaration sans langue de bois d’un parlementaire chypriote interviewé ce matin, le 20 mars, sur Real-FM: “Nous avons rencontré les représentants de tous les partis politiques allemands. Tous, mais vraiment tous, (nous) ont fait signifier, certes poliment, la même chose: ils souhaitent notre esclavage sous un nouveau joug néocolonialiste”, donc à Chypre au moins on le comprend, l’Allemagne parlerait alors d’une seule voix, ce que les Italiens, les Espagnols ou les Portugais finissent par comprendre également. On comprend également que les dix plaies d'Égypte ne frapperont pas les Chypriotes, ce qui ne signifie en aucun cas que la situation soit bonne, non elle est plutôt mauvaise, sauf que pour s’en sortir, on peut ne pas emprunter le sens unique de l’Eurogroupe et d’Angela Merkel.

Elefterotypia 20/03

Ce qui est clair tient également du retour flagrant de la géopolitique, ce que le “bourrage de crâne” européiste tente encore à dissimuler. Déjà, d’après l’économiste grec Costas Lapavitsas, professeur d’économie à la School of Oriental and African Studies, University of London, joint mardi soir par téléphone (Real-FM), “(...) c’est déjà le début de la fin de l’euro et de ses illusions et peut-être bien de l’UE (...)”.

On tourne alors une page en Europe. En géopolitique la seule morale existante (et jamais démentie par les faits historiques) c'est la loi du plus fort, “il n’y a de justice qu’entre égaux” écrivait déjà Thucydide. Et comme les Chypriotes sont petits, ils ont fait appel aux Russes, voilà pour les premières apparences en tout cas, car l’île possède des ressources naturelles immenses, ainsi qu’une place financière intéressante et jusque là juteuse. C’est justement ces deux richesses des Chypriotes que l’Eurogroupe sous l’impulsion des élites Allemandes et de leurs alliés a voulu hypothéquer à sa seule manière passant outre de la souveraineté des intéressés eux-mêmes. Sauf que les Chypriotes pensent qu’il devient préférable (pour leurs intérêts) que de ne pas ignorer la géopolitique et donc la Russie.

C’est ainsi que l’argumentaire que l’on découvre souvent en lisant la presse du vieux continent sur “l’immoralité de certains investissements russes” à Chypre et sur la “lessiveuse chypriote” perd toute sa pertinence si on se place du côté de l’analyse géopolitique qui elle, ne connait pas de morale autre que les intérêts et les alliances de circonstances, heureuses et parfois dramatiques. Ailleurs aussi on sait “lessiver”, Yorgos Trangas a même prétendu hier, le 19 mars, sur la chaîne Kontra-TV que “les banques allemandes sont les plus grandes lessiveuses d’argent salle en Europe, nous n’avons à recevoir aucune leçon de morale de leur part”, j’aimerais voir des journalistes si possible indépendants mener une telle enquête pour enfin comprendre, car Trangas ne cite pas toujours ses sources.

Place de la Constitution, le 20 mars

Ce qui ne veut pas dire que le modèle économique chypriote soit forcement durable et disons philosophiquement acceptable, sauf que ce n’est pas à Wolfgang Schäuble de décider à la place des Chypriotes, comme le faisait remarquer hier sur la chaîne Rik-1 (Chypre), un parlementaire. Joint aussi par téléphone, Yorgos Lillikas, candidat perdant aux récentes élections chypriotes (AKEL, gauche) a aussi rappelé l’évident (chaîne de télévisons Kontra-TV, le 19 mars):

“(...) Les Russes ont montré qu'ils sont concernés par notre problème et veulent y participer à sa solution. Non sans contreparties. Nous étudions la mise à la disposition de la Russie d'une partie de notre zone d’exploitation pour ce qui est du gaz naturel, (en liaison avec) la recapitalisation des banques chypriotes mais également (avec) l’aide des Russes pour ce qui est des infrastructures nécessaires à l’exploitation des gisements de gaz naturel. La partie russe pourrait également nous accorder un prêt de 5 à 10 milliards d’euros à 2,5%, tout cela est à l’étude (...) Tout un processus est en route pour que Chypre échappe à l’esprit et à la lettre du mémorandum, tout en restant fidèle à la défense de ses intérêts nationaux. D’ailleurs, les capitaux nécessaires sont plus petits que ceux prétendument annoncés et surévalués par les experts allemands et leurs alliés finlandais, il ne s’agit pas de 17 milliards (d'euros) mais de 5 à 7 milliards. Merkel (sic) ne doit pas ignorer la voix de Chypre, d’ailleurs ils ne peuvent pas nous faire expulser de l’Eurogroupe rien que par esprit de vengeance (sic).

"Non au chantage" - "Chypre a osé dire "non" à l'Allemagne". La presse du 20 mars

Cet esprit de vengeance des Allemands ne passe pas. Ainsi, nous comptons reprendre nos échanges et réunions (non officielles) entre responsables des pays du sud de l’Europe, il est grand temps. Nous devons revendiquer notre souveraineté, ce que Wolfgang Schäuble fait et dit, c’est du chantage, je note également que l’Allemagne devrait se montrer plus prudente car son comportement réveille en ce moment la mémoire tragique des autres peuples à son égard. Les Allemands doivent se rappeler que l’histoire ne s’écrit pas par un seul pays. L’Allemagne doit aussi savoir que la crise du Sud arrivera à sa porte et que son jeux géopolitique de la mise à l’écart de la Russie a échoué (...)”.

Chypre, un exemple à suivre”, écrit l’éditorialiste du quotidien Elefterotypia ce matin (20/03), c’est certain, la géopolitique et la politique sont de retour. D’où la panique chez les politiciens de la baronnie athénienne. Visiblement déstabilisés hier soir, les cameras les ont montrés sous le visage de la peur: “Nous avons dit que la position de l’Eurogroupe sur Chypre était intenable et injuste”, ont déclaré Venizélos (Pasok) et Kouvelis (“Gauche” démocratique), tandis que les députés Nouvelle démocratie dépêchés hier soir (19/03) sur les plateaux de télévision avaient le visage bien pâle, fin de règne ?

Entre-temps, la BCI a bien fait marche arrière et désormais, elle se dirait prête à “poursuivre le programme de financement de Chypre”... en attendant le “Plan B”. Des experts et émissaires chypriotes de haut rang sont dépêchés à Moscou (d’après les médias de Nicosie), tout comme le ministre d'économie, Mihalis Sarris, lequel en arrivant à Moscou, il a aussitôt démenti les rumeurs sur sa démission. Depuis Nicosie, des voix font connaitre les idées du moment et de l’instantané historique: “Mettre en place une sorte d’emprunt national non obligatoire, indexé sur la réalité des gains futurs de l’exploitation de notre gaz naturel, c’est une affaire de psychologie et de confiance entre nous, puis entre nous et nos autres pays partenaires. D’ailleurs, nous ne sommes pas fermés à d’autres participations mais sur la base des accords bilatéraux en non pas sur la logique de l’Eurogroupe. Des pays comme le Luxembourg pourraient participer tout en y trouvant leur intérêt... main certainement pas l’Allemagne je crois (...)” (télévision chypriote Rik-1, le 19 mars).

Café d'Athènes - 20/03

Nous avons l'impression que les experts de l’Eurogroupe ainsi que les conseillers de l’élite politique allemande (et de leurs alliés) ont largement sous-estimé le facteur psychologique, autrement-dit, ce... psychisme de masse réveillé par le choc provoqué par la déclaration de guerre de l’Eurogroupe fait à Chypre. Après l’autre choc des élections en Italie, la prochaine étape devient alors inéluctable. C’est une affaire de temps et de géopolitique et cela ne sera pas toujours “automatique” ni rapide.

Espérons au moins que le peuple chypriote sera... sauvé (comme tous les autres), et non pas seulement “leurs” banques. Même si ce n'est qu'une illusion, l’air (déjà doux) à Athènes est déjà plus léger, même si une certaine presse pensante, insiste toujours à comparer notre situation à celle de la République de Weimar. Je ne suis pas d’accord, je crois que c’est un court (?) XXIème siècle qui commence tout juste, et nous serions plutôt en 1914.

Les “certitudes” mémorandistes (“la seule voie possible c’est l’austérité”) sont mortes hier soir au profit... des incertitudes ouvrant enfin la porte au seul Chaos créateur et dramaturge. En somme, à l’histoire.

En mer Égée, le 19 mars




* Photo de couverture: Le “NON” chypriote (internet grec, le 19 mars)

mardi 19 mars 2013

“Salutations à Madame Merkel“




Le carnaval de Patras et de Syros, et comme ailleurs en Grèce et à Chypre, c’était dimanche soir (17/03). Surtout à Chypre paraît-il cette année, mais autrement. Le temps étant déjà anormalement frisquet dans l’archipel, les visages se sont montrés profondément crispés et la fête ainsi gâchée d’avance. Avant même la propagation de la grande nouvelle chypriote depuis le bal masqué de l’Eurogroupe. Dimanche soir, et comme de coutume, devant l’imposant hôtel municipal à Ermoúpolis, les habitants de Syros venus très nombreux, ses visiteurs ainsi que certains îliens fraichement arrivés des autres Cyclades pour participer au concours carnavalesque, voilà pour l’ambiance. Les costumes étaient certes de saison et le vent presque glacial, finalement bien agencé à notre temps “global”.

Carnaval. "Les visages des participants...". Ermoúpolis, le 17 mars




J’ai aussi remarqué que rarement les visages des participants n'ont été aussi tristes ou inexpressifs, un tel jour de fête. La fête grecque est alors terminée, même si les coutumes (ou plutôt leurs fantômes) semblent demeurer à l’honneur, en tout cas en théorie, tout simplement et pour ainsi signifier que l’on existe. Lundi (18/02, premier jour du carême), traditionnellement fêté en Grèce à la campagne ou dans les parcs aux abords des villes, et où les municipalités et les associations culturelles distribuent... historiquement aux panégyristes un premier repas de carême, hier, cette coutume s’est souvent transformée en soupe populaire, et pas qu’à Athènes.

Il y avait un peu de cela aussi hier à Syros, le chanteur en karaoké n’a pas convaincu grand monde, personne n’avait d'ailleurs envie de danser et entre les convives issus de la classe ex-laborieuse de Syros, l’esprit était plutôt collé à l’oreille du temps mauvais: “T’as vu à Chypre... Quelle saloperie... Et pour nous ici c’est déjà terminé, encore heureux d’être encore debout et vivant je dirais. Nous nous disons entre nous que tout va bien, comme ces malades condamnés qui ont tout compris... Souviens-tu toutes ces autres années, c’est un temps qui ne reviendra plus jamais, mon neveu Yannis, celui qui tient la taverne va mal également, encore heureux, on nous a distribué cette petite portion ce midi...”, (Lundi dit “propre” 17/03, aux abords d’Ermoúpolis à Syros).

"Le chanteur en karaoké n’a pas convaincu grand monde"

Environs d'Ermoúpolis, le 18 mars

Ce mardi matin, le 19 mars, la normalité journalistique reprend son rythme. Sur Real-Fm et dès sa toute première zone on apprend que le “sauvetage” décidé de Chypre, “fera passer la dette chypriote de 35% à 150% de son PIB”, si c’est vrai, cela dit long sur le sens de tous les “sauvetages” en cours. Ce mardi, le ministre des Finances chypriote se rend à Moscou, ce qui selon les médias grecs et chypriotes préfigurerait la visite même du président Anastasiadis très prochainement. Comme dans toute guerre, l’information, la rumeur et la propagande sont plus mêlées que jamais. Ce qui est certain au moins, tient de la (petite) reculade de l’Eurogroupe d’urgence durant la nuit dernière, les dépôts de moins de cent mille euros ne seraient pas touchés par le pire holdup (pour ce qui est de son organisation au moins) des quarante dernières années dans la Far West “Eurozone”.

Ermoúpolis, le 18 mars

Madame Merkel, Madame selon le CSA grec (sic), et ses copains usuriers et autres rapaces internationaux ont rayé de la carte économique la place financière de Chypre en une nuit et d’un seul trait, Moscou a été complètement ignorée par Bruxelles (...) c’est désormais un devoir patriotique que de résister à l’occupation allemande et à celle des escrocs et usuriers internationaux (...) qui conduisent les peuples tout droit dans les crématoires économiques (...) la Resistance doit être unie et déterminée (...)”, estime Yorgos Trangas (Real-FM, matin du 19/03).Depuis samedi, les manifestants à Nicosie occupent les rues et ne décolèrent pas. “Le peuple ne doit rien, ne paiera rien et ne vendra rien”, “Dirigeants salopards d’avant et de maintenant, vos masques sont tombées”, “Referendum, la parole au peuple”, entend-on dans les rues de Nicosie en ce moment. En route vers le Palais présidentiel, certains d’entre eux, ont marqué une pause devant l’Ambassade de l’Allemagne pour faire descendre son drapeau, lequel a été finalement sauvé par un policier. Notons que la police était bien discrète, et elle n’a aucunement empêché cet acte de “justice populaire”. La vidéo aussitôt disponible sur youtube a motivé des commentaires enragés, c’est le moins qu’on puisse dire.

Un premier repas de carême. Syros, le 18 février

Entre temps, le Président Anastasiadis, auparavant désapprouvé par les manifestants devant le Parlement, n’a pas caché son amertume (en téléphonant) à Olli Rehn ainsi qu’à un député européen proche d’Angela Merkel pour leur dire ceci: “ Lorsque je vous prévenais qu’il n’y aura pas de majorité au Parlement pour avaliser un tel accord, vous ne vouliez rien entendre et en plus vous insistiez. Vous pouvez à présent transmettre mes salutations à Madame Merkel”, d’après les médias grecs et chypriotes, dont la chaîne Méga-Tv (mainstream) lors du journal du soir, le 17 mars. C’est vrai que des manifestants en colère avaient déjà encerclé “son” palais présidentiel durant un long moment.

Le temps, et surtout le peuple pressent. La radiotélévision (publique) chypriote RIK, s’efforce à faire avaler la propagande et ses pilules avec comme elle peut: “(...) c’est une voie à sens unique (...) Il n’y a guère d’autre proposition”. Et il n’y aura pas de vote au Parement de l’île, tant que le résultat ne sera pas "prévisible", depuis la salle des euromanettes entre Berlin et l’Eurogroupe. Georges de Syros, ingénieur-chômeur et jardinier des Cyclades est sorti tôt ce matin pour s’occuper de son potager mais aussi pour échanger avec nous: “Ah les salopards, cela leur prendra quatre à cinq ans, mais ils détruiront nos peuples, puis les autres dans cette UE diabolique, le jour de la révolte arrivera mais après l’anéantissement des gens comme nous, comme dans toute guerre... Ah vous partez ce soir, c’est dommage... Je me rends à Ermoúpolis ce matin, si vous avez besoin de quelque chose, cela vous évitera le déplacement. Elsa, ma compagne est partie hier car elle travaille ce mardi à Athènes, la crise a fait que nous vivons séparés en semaine ”.

"Taxes - fascistes - bas salaires, c'est le capitalisme". Syros mars 2012

Pendant que à l’Eurogroupe permanent “on” mijote le plat du jour, AKEL, le parti de gauche à Chypre, lance un appel pour “enfin sortir complètement du joug de la Troïka, en nous tournant vers la Russie” (reportage sur Real-FM 19/03), laquelle ne décolère pas évidement depuis samedi comme tout le monde sait. Les succursales des banques chypriotes resteront fermées en Grèce cette semaine jusqu’à mercredi ou même jeudi, comme “évidement” à Chypre. Le système méta-capitaliste mord visiblement sa queue, après nous avoir mordus derrière la nuque. Certains (petits) épargnants de l’hémisphère nord et potentiellement tous, y compris dans les pays métropolitains de l’UE, redécouvrent (et découvriront tôt ou tard) le cauchemar de leur spoliation, seuls les oligarques de toute sorte et de tout calibre trouveront sans doute d’échappatoire croit-on désormais ici, dans l’archipel grec bien agité.

La boite de Pandore est ouverte et avec elle le chaos que nous finirons par apprécier les premiers je crois. Les dirigeants allemands depuis hier font semblant de rejeter la responsabilité de la “bourde” sur l’Eurogroupe et sur les initiatives du gouvernement chypriotes, faux, rétorquent les ministres chypriotes, “ils nous ont mis le couteau sous la gorge, d’ailleurs les débats ont été enregistrés” (rejoints par Méga-TV, 18/03 zone matinale, je cite de mémoire).Georges quant à lui, estime que la crise à Syros a une année de retard, en comparaison avec la catastrophe d’Athènes ou de Thessalonique.

Le potager de Georges. Syros, le 18 mars

Se chauffer à Syros. Mars 2013)

Depuis l’été dernier (2012), je remarque que de nombreuses boutiques et commerces ont fait faillite ici aussi. Le marasme adouci de l’archipel c’est comme une... mort à Venise dans un sens. Paraphrasant Günter Anders, je dirais que notre corporéité sociale jadis si flottante, devient alors modelable et de force, ce qui lui “permet” précisément de s’adapter aux exigences des instruments, autrement-dit, des armes de guerre que constituent les “dettes” et autres monnaies fictives comme l’euro par exemple. Sauf que des nos jours la fiction tue également.

Yannis Stournaras, ministre des finances (non élu) assure (pour une troisième fois en deux jours) que les dépôts des Grecs seront garantis, et ceci en Grèce et ailleurs. Je crois alors deviner la prochaine étape en préparation: lors du défaut officialisé de la Grèce dans quelques mois, et après avoir orchestré la fuite des capitaux des épargnants et/ou profiteurs en tout genre (y compris moyens), leurs dépôts seront directement ponctionnés (déjà pour ce qui concerne les comptes détenus à l’intérieur de la zone euro), par les funds des “bailleurs” (dont les banques elles-mêmes), pour ensuite se servir sur les comptes détenus par les citoyens des autres pays et pas qu’au sud de la zone euro.

Le dauphin. Port d'Ermoúpolis, le 18 mars

Je ne cacherai pas que depuis la méditerranée nous attendons finalement ce moment avec une certaine prédilection pour enfin... croquer dans l’histoire et ceci bien à fond. Ce matin (19/03) les discussions animées dans les cafés d’Ermoúpolis et devant l’agence de la Banque de Chypre, devenue en une nuit... lieu de mémoire, n’ont pas cessé et pour cause.

Seul le chat de la boutique sur le port règne en maître dans “sa” vitrine, imperturbable. Entre-temps la vraie vie a connu hier (18/03) son heure de gloire: tout le monde scrutait le port à Ermoúpolis car un dauphin a fait une brève apparition... Miracle !



"Le chat de la boutique sur le port". Ermoúpolis, le 18 mars




* Photo de couverture: Serf volant, coutume du "Lundi pur". Sur une plage à Syros, le 18 mars

dimanche 17 mars 2013

L’écume de la mort



La légende voudrait que Vénus (Aphrodite), déesse de l'amour, soit née de l'écume de la mer, amenée par le vent d'ouest, le Zéphyr sur les rivages de Chypre. Sauf qu’hier, cet autre vent de l’ouest et du nord depuis Bruxelles du tout dernier Eurogroupe, amène sur l’île le désastre et la mort. La nouvelle était tombée samedi matin, comme dans un coup d’état, comme pour une déclaration de guerre.

Île de Syros, le 16 mars

La presse mainstream reproduit ce matin la nouvelle dans une “neutralité” de façade: “(...) Car si Nicosie qui devient ainsi le cinquième pays de la zone euro à bénéficier d'un programme d'aide internationale, a obtenu l'assurance d'un plan de sauvetage maximale de 10 milliards d'euros, en échange de cette aide, les Chypriotes devront mettre la main au portefeuille. Pour réduire leur participation, les bailleurs de fonds en effet demandé à Nicosie d'instaurer une taxe exceptionnelle de 6,75% sur les dépôts bancaires en-deçà de 100.000 euros et de 9,9% au-delà de ce seuil, ainsi qu'une retenue à la source sur les intérêts de ces dépôts. Ces prélèvements devraient rapporter au total 5,8 milliards d'euros, a indiqué samedi le chef de file de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem. A ces taxes, s'ajoutent des privatisations et une hausse de l'impôt sur les sociétés qui passera de 10 à 12,5% (...)” Les Échos, du 17 mars.

Déjà hier, le 16 mars, un épargnant chypriote s’est pointé devant “sa” banque fermée en bulldozer, peine perdue, les montants “à prélever” étaient déjà mis automatiquement sous séquestre, et les guichets décidément (si) automatiques, ne permettaient aucun retrait dépassant les 200 euros par carte. Sur l'île, les banques peuvent ne pas rouvrir leurs portes avant mercredi ou jeudi même. Par la même “occasion” et en une petite nuit seulement, toutes les banques chypriotes présentes sur le sol “grec”, seraient passées sous le contrôle de la Banque Postale grecque (sous le point également d’être offerte aux “investisseurs”), d’après les déclarations d'un banquier (de nationalité allemande) de la BCI (selon le reportage de la presse économique grecque ce dimanche, Imerisia du 17 mars).

Ermoupolis - Syros - 16/03

Nous comprenons (presque) où nous allons, et surtout qui est le maître à bord de l’UE. Nous comprenons également tout ce bruit ainsi que l’insistance du FMI lors de l’Eurogroupe de vendredi, à vouloir imposer initialement une taxe de 40% sur les comptes bancaires. Selon le reportage d’hier (16/05), “le ministre des Finances chypriote Mihalis Sarris a déclaré que c'était une décision difficile, ajoutant que le FMI et d'autres organisations ont exigé un prélèvement de 40% direct sur les comptes” (Méga-TV, le 16 mars).Depuis Bruxelles, on met alors le feu en s’amusant, comme dans un jeu. La police sur l’île d’Aphrodite est déjà en état d’alerte depuis hier, car on craint les réactions populaires. Chez les politiques aussi l’idée d’un “Plan B” fait déjà son chemin, le ministre des Finances se rendra à Moscou mercredi, et certaines formations politiques avancent l’idée d’un référendum sur l’appartenance de Chypre à la zone euro.

D’autres, se disent outrés de cette décision piétinant les droits les plus élémentaires en vigueur au sein de l’UE, pour ce qui serait des droits et du respect de la propriété privée, se préparant ainsi à saisir les instances juridiques européennes compétentes en la matière siégeant au Luxembourg: “ La décision de l'Eurogroupe de prélever directement sur dépôts est totalement illégale et viole les principes européens des droits de l'homme et de la propriété”, a fait valoir l'avocat et ancien représentant parlementaire du Parti démocrate (DIKO), Andreas Angelides. M. Angelides estime que cette décision est en contradiction avec les principes de la notion de droits de l'homme, l'acquis et les principes de l'UE. “En ce moment”, a-t-il ajouté, "nous parlons d'une décision forcée, par laquelle une partie du patrimoine de tout un chacun est spoliée (...) Aucune institution de l'UE, ne peut décider une telle ponction, entrant en conflit avec ses conceptions (européennes), d’ailleurs universelles et fondamentales de la construction européenne” a déclaré M. Angelides. Le droit à la propriété sur les biens et donc sur les capitaux déposés dans une banque ne peut pas être aboli ainsi par de telles décisions, a ajouté M. Angelides, notant que nulle part n’a eu lieu, la mise en place d’une mesure similaire, tout simplement parce qu'elle ne peut pas être appliquée. C'est une question désormais relevant de la volonté de chacun d’entre nous, afin de recourir à la Cour suprême de Chypre et demander de renvoyer cette question pour avis à la Cour européenne siégeant au Luxembourg”, a indiqué M. Angelides” (reportage de Politis à Chypre et de Kathimerini en Grèce, le 17 mars).

L’homme politique Angelides, certains Chypriotes, Grecs, Italiens, Espagnols... n’admettent pas encore toute la réalité du front de l’Est et du Sud européen. Le bourrage des cerveaux comme on disait jadis, brouille les pistes, mais alors si mal. L’U.E. n’est plus. Et nous autres... jardiniers de Salonique, d’Athènes, de Nicosie ou de Brindisi, nous n’admettrons plus si longtemps les “salades” du discours mainstream. Sur le bateau, le seul effectuant désormais la traversée depuis le Pirée hier, certains passagers lisaient attentivement la presse anti-mémorandum laquelle a énormément médiatisé les récentes déclarations de Beppe Grillo: “L’Italie est déjà sortie de la zone euro”.

Rhénée et sa nécropole. En face (à droite) Délos et Mykonos. Photos de 2010

D’autres, se rendaient à Mykonos pour chercher du travail en vue de l’été prochain: “Les “Mykoniates” sont toujours assez riches et le tourisme n’est pas mort. Cette année nous attendons aussi le retour des Allemands. Ils doivent revenir en masse”. Effectivement, une Mykoniate en rajouta: “Eh... oui, les Allemands ont ce projet de nous prendre l’île de Rhénée en face de Délos et d’en faire une base pour leur bateaux de croisière, en plus de la gestion d’une partie du port de Mykonos. Sur l’affaire Rhénée il n’y a pas eu de réactions hostiles chez les Mykoniates, seulement sur la marina et le vieux port certains ont protesté, et ceci parce qu’ils y trouvent leur intérêt privé dans la situation actuelle, Mykonos c’est aussi cela...”.

Rhénée, en grec Rinia, la grande Délos de l’antiquité, immédiatement à l'ouest de l'île de Délos, dans l'antiquité, dédiée au culte de l'Apollon Délien. On pensera aux tombes hellénistiques de Rhénée, au lieu-dit Kato Generale, (dont l’étude) “apporte et analyse une documentation limitée en nombre, puisqu’elle ne porte que sur les squelettes exhumés dans une fouille de courte durée (1975-1977). Mais il y a un intérêt considérable, tant sont encore peu nombreuses dans l’Orient méditerranéen les études d’anthropologie physique (...) On sait que Délos a été purifiée deux fois (vers 540 et en 426) et que Rhénée est ainsi devenue sa nécropole. Mais on est dans le secteur en question à une date beaucoup plus basse, que l’on peut fixer à la seconde moitié du 2e siècle et au 1er avant J.C. (...)” (d’après les travaux des archéologues français qui ont effectué ces fouilles à Rhénée: “Tombes et squelettes de Rhénée: Jacques Clère et Marie-Thérèse Le Dinahet, Les tombes hellénistiques de Kato Generale à Rhénée” ; n°1 ; vol.20, pg 353-354.

Les premières manifestations spontanées devant le Palais présidentiel à Nicosie - Mega TV 17/03

Loin de Rhénée et de sa nécropole, la télévision du régime d’Athènes minimise (sans convaincre) les réactions populaires à Chypre, dont les premières manifestations spontanées devant le Palais présidentiel à Nicosie, et se focalise sur “les risques de contagion en Grèce et en Espagne” (Méga-TV, 17/03). Déjà, le gouvernement espagnol, reproduisant dès hier fidèlement les déclarations de la classe politique allemande, tente à rassurer les Espagnols: “Non, Chypre est un cas isolé, rien de tel n’aura lieu en Espagne... ”.

Mais c’est à Chypre que le chantage mafieux de l’Eurogroupe atteint le sommet de la dramaturgie du moment. Au risque de voir invalider “l’accord” par le Parlement de l’île, les politiques Allemands ainsi que Bruxelles, exercent des pressions pour que le fait accompli soit adopté, si possible sans attendre le vote des parlementaires chypriotes lundi, d’autant plus que dès lundi, les places boursières de l’Eurozone risquent bien de dévisser. Preuve supplémentaire que le “marché” est désormais seul aux commandes, même l'ultime simulacre de démocratie et de souveraineté acquises est sur le point de s’effondrer, les citoyens des autres pays de l’Union devraient alors comprendre que chez eux, ce n’est guère trop différent, sauf que “leurs” banques garantissent encore leurs dépôts et la “démocratie” avec.

"Certains passagers lisaient attentivement la presse anti-mémorandum...", le 16 mars

Au moins, l’histoire se précipite enfin. Comme le note à juste titre Jacques Sapir ce dimanche sur son blog , évoquant les “Les veines ouvertes de la Grèce”, “(...) Dans ce contexte survient le samedi 16 mars l’annonce de l’accord sur Chypre, et de ses conséquences. Le gouvernement de Nicosie, pour obtenir le soutien de l’Union Européenne, a dû mettre en œuvre une mesure extrêmement dangereuse: un prélèvement direct sur les comptes bancaires. Les effets de cette mesure ne se feront probablement pas attendre dans les autres pays. En effet, à Chypre même, des queues se formaient devant les banques pour retirer l’argent des comptes, mais sans effets car le gouvernement avait gelé la veille les montants. Mais ce qui est arrivé aux Chypriotes va servir de leçon pour les autres pays. Une telle mesure est parfaitement envisageable en Grèce, en raison de l’effondrement des recettes fiscales. La logique de la situation serait que l’on assiste à un “Bank Run”, une panique bancaire en Grèce, puis probablement en Espagne et en Italie (...)”.

Nous, c’est depuis la mer Égée que nous scrutons l’horizon. Nos amis de l’île de Syros et leurs animaux “adespotes”, nous ont offert l’hospitalité de leur petite maison, à défaut des retrouvailles devenues hélas impossibles car ils ont déjà émigré en Belgique: “De toute manière nous ne pouvons plus profiter de notre maison, allez-y de temps à autre si cela vous est encore possible, vous penserez à nous... mais prenez des photos et envoyez les nous par mèl, nous voulons voir la maison, les géraniums... la mer”. Derrière Paros en face, puis derrière les autres îles et bien au-delà de l’archipel, surtout depuis hier je ne vois que l’île de Chypre.

Panikos (ce n’est pas un jeu de mots), rencontré dans un café de Nicosie il y a presque deux ans, me disait déjà que “Chypre suivra le chemin de la Grèce et de la Troïka, tôt ou tard, lorsque tous les atouts économiques, les spécificités de Chypre seront démantelés, comme si on nous arrachait les dents, une par une...”.

Ermoúpolis. Syros, le 16 mars

Georges de Syros apprenant la nouvelle ce matin a aussitôt téléphoné à sa mère pour la convaincre de la gravité de la situation: “N’y vas pas mardi pour déposer de l’argent, c’est plutôt le contraire qu’il faut faire maman ”. Georges nous a apporté une salade de son jardin, nous lui avons offert en échange nos pois chiches cuisinés. Ingénieur au chômage, il a quitté Athènes voilà dix mois pour se construire une nouvelle existence sur Syros dont il est originaire. “Cela ne sert plus à grand-chose d’émigrer, toute l’Europe coulera et en Australie ce n’est pas la terre tant promise par les répétiteurs du système. Mais au pire c’est vrai, je pourrais partir en Angleterre où j’ai fait mes études... pour survivre, mais je préfère survivre et mourir ici face à la mer, c’est plus poétique non ?”.

Les nécropoles de Rhénée juste en face, et Chypre au loin au-delà de l’Égée, pourtant si près, c'est l'Europe qui se termine d'après les conventions des géographes.

Adespote. Syros, le 17 mars




* Photo de couverture: Banque de Chypre, Agence d'Ermoúpolis, 16 mars

vendredi 15 mars 2013

“Le fantôme du monde“



La Molussie est un pays imaginé par (le philosophe atypique Günther) Anders dans Die molussische Katakombe (“La Catacombe molussienne”), livre “antifasciste” “achevé avant la prise du pouvoir par Hitler” mais qu’il n’a paru qu’en 1938 (...) Ce livre écrit, de l’aveu même de l’auteur, dans l’esprit des fables de Brecht, “se composait de nombreuses histoires - il y en a bien une centaine - qui s’imbriquaient les unes dans les autres, comme celles des Mille et Une Nuits. Le sujet du livre, c’était le mécanisme du fascisme. Les histoires étaient racontées par des prisonniers, retenus par la Gestapo “molussienne” dans une cave servant de prison. Les fables, histoires, maximes étaient transmises par les prisonniers de l’ancienne génération à ceux de la plus jeune, puis par ceux-ci, à leur tour, à ceux de la génération d’après...”, (note Christophe David, traducteur de Günther Anders (2001): “L’obsolescence de l’homme - Sur l’âme de l’époque de la deuxième révolution industrielle”, Éditions Ivrea, p. 18).

Place de la Constitution, le 15 mars

La Molussie de Greek-Crisis, c’est bien évidemment la Grèce, elle-même issue d’un phénomène époqual total, voire totalitaire: l’avènement de la méta-démocratie de type occidental. Ce blog prend pour objet la “situation sur le terrain”, autrement-dit, des fragments caractéristiques de nos dernières mutations en date, fragments d’ailleurs dont le caractère demeure assez opaque et autant inquiétant, d’autant plus, (qu’en paraphrasant Anders), je dirais que l’a-synchronicité chaque jour croissante entre le fantôme de la vie de chacun d’entre nous et “l’encadrement” politique (en réalité technocratique), relève bel et bien du “décalage prométhéen”.C’est ainsi que dans un monde humain devenu le fantôme de lui-même, le territoire de la Grèce (et qui ne détient pas l’exclusivité hélas), incarnerait en quelque sorte le... fantôme du fantôme.

Ce qui m’a conduit à opter pour un titre définitif de mon livre en préparation, (en partie issu de ce blog): “La Grèce fantôme - Voyage au bout de la crise 2010-2013” (à paraître courant 2013 en France). La préparation de ce livre, ainsi qu’une pause devenue plus que nécessaire, m’ont obligé ces dernières jours à marquer une pause dans la poursuite des écritures du blog, au même titre qu’un éloignement bref d’Athènes, mais pas forcement de son “mundus sensibilis”.Retrouver la capitale... de l’obsolescence humaine et de celle de l’UE par la même occasion, permet de prendre une fois de plus (et de trop), toute la mesure de la densité historique que l’on ne trouve (pas encore) forcement ailleurs. En quelques jours d'absence seulement, j’ai l’impression d’avoir “raté” un épisode entier de la Guerre des étoiles (comme celles figurant sur l’étendard achronique de l’UE, et de son euro). Je remarque qu'à Athènes alors, les limites du conte troïkan sont visiblement dépassées, tout le laisse croire en tout cas, et surtout, les manifestations des derniers jours, les actes spontanés (ou pas) de défiance, d’hostilité, de violence des Grecs vis-à-vis de “leur” pouvoir.

"On" cherche dans les poubelles. Place de la Constitution, le 15 mars

Même face aux “gouvernants”, la Troïka en "visite d’affaires" en Grèce n’a pas trouvé la même docilité qu’avant (dans les apparences en tout cas), au point d’énerver Samaras, lequel aurait (selon la presse grecque) réclamé la médiation politique de Bruxelles, c'est-à-dire de Berlin. Nous arriverons au bout de l’histoire, pas de celle de Fukuyama mais de la nôtre paraît-il, et certainement de celle de l’UE d’une façon ou d’une autre. La dite U.E. est désormais un empire dont ses rapports aux algorithmes financiers et aux lobbys de toute envergure bien qu’opaques, ne sont plus à prouver. La tendance prédatrice des “créanciers” du monde et le ressentiment grandissant des peuples soumis, seraient en train de “provoquer cette transition rapide et inévitable (déjà observée en d’autres temps historiques): le système de gouvernement basé sur la domination indirecte mute vers l’établissement d’un contrôle direct des territoires de plus en plus nombreux et transformés en provinces (...)”, (David Engels, “Le Déclin - La crise de l’Union Européenne et la chute de la République romaine - Analogies historiques”, 2012)

Des écoliers en visite. "Parlement" grec, le 15 mars

Le cauchemar politique, économique et social de nôtre présente période ne faisant plus de doute, car au sein même de ce nouvel (?) empire, la provincialisation de type néocolonial imposée déjà au pays du sud de la zone euro n’est qu’un début, Beppe Grillo, n’a pas dit autre à sa manière lorsqu’il a déclaré dans un quotidien allemand que l’Italie est déjà sortie de la zone euro. “L’Italie peut déjà être considérée comme étant sortie de la zone euro”, a affirmé Beppe Grillo, le leader du Mouvement 5 Etoiles (M5S), dans un entretien publié mercredi en Allemagne. “L'Italie est de facto déjà sortie de la zone euro", a déclaré M. Grillo au quotidien économique allemand Handelsblatt. "Le pays est K.-O. debout", poursuit-il. Dans le même entretien, il prédit que "l'Italie ne va pas connaître de croissance dans les cinq à dix ans à venir" Le nouvelle figure politique italienne, qui a cristallisé le vote contestataire aux législatives, se défend d'être anti-européen. "J'ai simplement dit que je voulais un plan B pour l'Europe, dit-il. Nous devons nous demander: qu'est-il advenu de l'Europe ? Pourquoi n'avons-nous pas de politique d'information commune ? Pas de politique fiscale commune ? Pas de politique commune d'immigration ? Pourquoi seule l'Allemagne s'est enrichie ?" Il indique également vouloir incorporer davantage les citoyens européens dans le processus de décision sur l'Europe: "Je ferais un référendum en ligne sur l'euro, sur la directive Bolkenstein, sur le traité de Lisbonne - tous ces sujets où notre Constitution a été laissée de côté." Beppe Grillo se dit convaincu que l'Europe du Nord soutiendrait l'Italie le temps qu'il faudrait "pour récupérer les investissements de leurs banques dans les obligations italiennes". "Après, ils vont nous laisser tomber", prédit-il”, rapporte le quotidien Le Monde .

”Prêts accordés...”. Place de la Constitution, le 15 mars

Il n’y a que les élites et les journalistes mainstream qui font semblant d’ignorer cette réalité (ou plutôt de la “préparer” médiatiquement). Tel me semble-t-il est le sens de cet article de El Pais, révélateur à sa manière de l’Ère “molussienne” de la... nouvelle Europe: “Les derniers chiffres de l’Eurobaromètre illustrent ce que les résultats électoraux disent les uns après les autres: frappés par la crise, les Européens n’ont plus confiance en l’UE. Après avoir sauvé l’euro, il faut sauver la légitimité de l’UE et si possible, avant les élections de 2014 (...) Les conséquences très limitées du chaos postélectoral en Italie en disent long sur cette nouvelle solidité de l'euro, pour le moment en tout cas. Rappelons-nous, en octobre 2011, le choc suscité par la décision de Georges Papandréou de convoquer un référendum sur les politiques de rigueur dictées par la troïka: l'annonce avait porté les indices d'incertitude avec lesquels jouent les analystes financiers à des niveaux plus élevés que ceux qu’ils atteignaient au lendemain des attentats du 11 septembre. L'Italie a beau être plongée dans un indubitable chaos, l'euro résiste. Il n'en reste pas moins que le résultat italien, couplé à la solidité de l'euro, vient aussi illustrer la faiblesse politique de l'Europe, et mettre en lumière une crise de légitimité qui se creuse dangereusement, élection après élection. (...)

Animal "adespote". Athènes, le 15 janvier

Les chiffres de l'Eurobaromètre, ce sondage d'opinion réalisé tous les semestres par la Commission, ne laissent aucun doute sur l'ampleur de la chute de confiance des citoyens européens envers l'Union (...)La dégringolade est spectaculaire et oblige à une réflexion en profondeur, en particulier dans le cas d’un pays à la tradition europhile aussi ancrée que l'Espagne. En Grèce, en Irlande, au Portugal, à Chypre, l'UE est considérée avec une défiance aussi écrasante qu'en Espagne. Cependant, il est significatif que cette flambée de méfiance ne se limite pas aux seuls pays fortement endettés, mais concerne aussi les pays en meilleure situation financière, voire les pays créanciers: en Allemagne, en Autriche, en France, aux Pays-Bas ou en Finlande, la population n'a pas confiance en l'Union non plus. Force est de constater que la défiance ne concerne pas seulement l'UE mais s'exerce aussi à l’encontre de certains pays et de certains citoyens. Dans cette situation, tout le monde y perd. Nous voilà donc face à un grave problème de légitimité. Dans la sphère européenne, où l'identité collective, les valeurs communes et les processus démocratiques restent balbutiants, la légitimité était surtout venue des performances économiques: plus la croissance était forte, plus la population soutenait l'intégration européenne, et vice-versa. Ce qui signifie que la réserve de légitimité du système, puisqu'elle est presque exclusivement fonction de la croissance économique, se révèle très limitée, et tend à s'épuiser à vitesse V dans un contexte de crise. (...) En juin 2014, l'Europe appellera ses électeurs aux urnes. Si d'ici là, la confiance des citoyens dans l'UE n'est pas restaurée, la surprise risque d'être assez désagréable. Sauver l'euro était un impératif, mais l'euro n'est pas une fin, simplement un moyen. La fin, ce sont les citoyens: un euro sans eux n'a pas tellement de sens. ”, (José Ignacio Torreblanca: “L’Europe a perdu ses citoyens”, El Pais du 11 mars, traduction: Julie Marcot).

La dame aux stylos... Place de la Constitution, le 15 mars

Parallèlement, et depuis un moment à Varsovie, on estime que “(...) La génération Erasmus, (serait le) dernier espoir de l’Europe (...) Ne comptez pas sur les dirigeants de l’UE pour sortir de la crise. L’avenir sera construit par la jeunesse que ceux-ci ont oubliée, écrit le philosophe polonais Jarosław Makowski, alors que Bruxelles cherche des financements pour permettre au programme d’échange d’étudiants de survivre aux coupes budgétaires. (...) Jusqu'à présent, les sociologues ont mis l’accent sur la soi-disant "génération perdue". Les politiciens étaient réticents à l’idée d’utiliser cette formule, jusqu’à ce que Mario Monti, le Premier ministre italien, brise le silence. Ainsi, il a simplement déclaré à ses jeunes compatriotes: "Vous êtes la génération perdue". Et plus précisément: "La triste vérité est que le message d'espoir -- en termes de transformation et d'amélioration du système dans son ensemble -- ne pourra être adressé à des jeunes gens que dans quelques années”. Les mêmes phrases pourraient tout autant être prononcées par la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre britannique David Cameron. Monti a ouvert la voie. Ainsi, d'ici peu, nos dirigeants vont allègrement proclamer la "bonne nouvelle", appelant les jeunes à oublier la vie dont ont pu jouir leurs parents. Disons les choses clairement: la responsabilité de la crise que traverse l'Europe incombe aux élites politiques et intellectuelles actuelles, à cette génération de dirigeants qui a grandi dans un "palais de cristal” (...)”, (Jarosław Makowski: “Débat: La génération Erasmus, dernier espoir de l’Europe”, Gazeta Wyborcza Varsovie, 24/10/2012, traduction: Jean-Baptiste Bor).

Café en faillite. Près de la Place de la Constitution, le 15 mars

Ce vendredi matin, le 15 mars, à Athènes, le temps était assez instable, la mer Égée déchainée, et le printemps déjà si avancé... en attendant bien entendu celui des peuples. Retrouver notre capitale des Catacombes molussiennes c’est retrouver également cette tristesse joyeuse du fantôme du monde dans un "état de nature" sans doute plus avancé qu’ailleurs. Et la fin de certaines désillusions sans doute: “Tu n’étais pas à Athènes pour quelques jours seulement et voilà, regarde bien dans quel état tu nous trouves. Le temps événementiel va trop vite ici, nous ne pouvons plus suivre, nous en sommes épuisés, vidés et incapables de formuler la moindre réflexion, potentiellement réalisatrice du nouveau monde bien à nous”, assurent mes amis. Certes, mais au moins, nos représentations elles aussi, “elles avancent” trop vite. “(...) Le conte pour enfant qui consistait à dire que “c’est par sa faute que la troïka ne nous comprend pas” finit-il en ce moment. Tel est d’ailleurs le constat que font au quotidien les députés et les ministres du gouvernement tripartite, lorsque le hasard les oblige à se mêler au bas peuple, à l’occasion d’un discours, dans un avion ou encore dans une taverne...

Athènes centre, le 15 mars

Le temps où le gouvernement “livrait bataille” pour sauver les salaires et les pensions”, pour “ne pas laisser sortir le pays de l'euro”, ou afin de “mettre l'économie sur une trajectoire de croissance” est définitivement révolu. Tout le monde (et de bonne foi), voit maintenant les résultats de la politique du gouvernement tripartite, et ne se sent aucunement concerné par ces présumées “nobles” intentions (du gouvernement). Les gens savent désormais que ni les salaires ni pensions n’ont été sauvés. Le chômage, la flexibilité au travail, la réduction forcée des revenus déjà maigres et la persistance de la “vie chère”, ont fait disparaître de la circulation l’essentiel de la masse monétaire. Il est maintenant évident - et les gens le constatent dans leur vie quotidienne - que sans liquidités, il n'y a aucune perspective de croissance. Et sans croissance, il n'y aura pas non plus de... Grèce dans la zone euro. Disons qu’en termes plus simples, la société grecque comprend désormais que le couteau qui tourne dans sa plaie, touche déjà l’os, et ceci, non pas pour enfin éradiquer la corruption ou réparer les torts causés, mais tout simplement pour couper la chair sociale. Malgré la puissance de la propagande, la réalité demeure imbattable. Et la réalité vécue par les travailleurs, les chômeurs, les retraités dans le pays est si douloureux (...)”, (hebdomadaire satyrique et politique To Pontiki du 13 mars).

"La rue d'Athènes", le 15 mars

La rue d’Athènes, et probablement celle de Rome, de Madrid et de Lisbonne réalise à présent certains tenants et aboutissants du “Plan D”, élaboré par la Commission de Bruxelles. “La Commission est comme un chaudron bouillant en ce moment. Les élections en Italie ont fait apparaître ce que les technocrates de Bruxelles avaient soigneusement caché et obscurci, les leaders des pays de la zone euro faisaient les sourds, tandis que la planète entière était bien au parfum: la zone euro est essentiellement divisée en deux parties, le sud pauvre et les pays riches du nord, sauf que le Nord aussi est menacé par la crise renaissante et par des troubles sociaux (...) (Le régime de) la nouvelle “Xénocratie” (sic) (se met en place).Alors que le gouvernement tripartite grec est accroché derrière le char allemand, incapable de faire face au destin du pays, se réfugiant à tour de communication mensongère, comme sur les prétendus investissements, la croissance ou la reprise, objectifs en somme inatteignables. Les Allemands, véritables souverains de la zone euro, restent réticents à remettre la main dans leurs poches, et préfèrent appliquer des méthodes coloniales classiques: se précipiter pour ainsi s’assurer la mainmise sur toutes les richesses grecques, afin d'obtenir par le même coup, toutes les garanties possibles pour ce qui est des emprunts en cours. La Grèce, après une chute de 25% de son PIB, et de si sombres perspectives d'avenir, voit ses richesses nationales (actuelles et futures), ainsi compromises. Pourtant, ses ressources futures - étaient la seule garantie d’une croissance réelle - sont en train de passer entre les mains des créanciers. Les temps décomplexé du retour à la subordination “xénocrate” (sic) la plus évidente, revient, après l’entracte historique des dernières décennies, d’ailleurs sous le rideau des apparences européennes. Voilà un pays du tiers monde qui devenir une colonie, tout en restant officiellement dans le premier (monde). Cette contradiction n'est pas durable...”, (hebdomadaire satyrique et politique To Pontiki du 13 mars)

Athènes, le 15 mars

Le fantôme du monde et (du premier monde) c’est aussi cela Athènes. Ce matin pourtant, vent et douceur de vie, place de la Constitution on respirait encore... ou presque. Des écoliers visitaient encore le “Parlement” comme si de rien n’était, pourtant, une flèche bien explicite dessinée sur le kiosque fermé d’en face semble indiquer... prosaïquement le chemin vers l’Assemblée: “porcs”. Les mendiants anciens et nouveau sont à leur place, comme cette vieille femme qui “vend” des stylos, y compris les bombons sur le trottoir, oui, tout était à sa place ce matin, comme nous tous d’ailleurs.

PORCS”. Le chemin vers l’Assemblée, . Athènes, le 15 mars

J’ai remarqué cette atmosphère pesante et triste, l’insécurité en plus, déjà dans les regards. Athènes est aussi un fantôme dans ce sens, en plus de son propre fantôme. Et tout change. J’ai ainsi remarqué une nouveauté sur un mur: “Prêts destinés aux entrepreneurs, aux fonctionnaires, aux particuliers et aux entreprises sans tenir compte de la liste officielle des surendettés et insolvables. Prêts depuis l’étranger: Bulgarie - Roumanie - Conditions requises...” Au moins la Grèce fantôme retrouvera désormais toutes ses (co)existences balkaniques.

"Un restaurant proche de la Place de la Constitution", le 15 mars

Un restaurant proche de la Place de la Constitution était bien vide à l’heure du déjeuner: “Depuis un an demi c’est comme cela, comme ce midi. Nous mourons. Nous sommes procédés par une telle colère, sauf que nous ne savons pas comment et contre qui la cracher concrètement. Ou peut-être que si... Cela ne durera plus trop longtemps monsieur... ”.

J’ai acheté des haricots blancs à emporter pour quatre euros, pain et citron compris. “La monnaie nationale n’est pas faite pour les soumis”, pouvait-on lire sur le trottoir d’en face. Drôle de temps, époque fantôme, temps peut-être finissant et brouillé.

La monnaie nationale n’est pas faite pour les soumis”. Athènes, le 15 mars




* Photo de couverture: Mendiant, place de la Constitution,15 mars

jeudi 7 mars 2013

Le premier blogueur



Ces derniers jours, la protestation retrouve ses marques et ses griffes. Au pays dégriffé d’Antonis Samaras, même ce dernier n’échappe plus, paraît-il, aux “agissements” de la rue, comme hier soir (06/03) par exemple devant le Palais de la Musique, où il aurait été agressé par deux femmes en colère. Selon certaines sources, une soixantaine de manifestants l’ont accueilli aux cris “d'assassin”, nouvelle qui n’a pas été reprise par la “grande” presse. La soirée organisée au Palais de la Musique, commémorative et politique rendait hommage à Constantin Caramanlis (1907-1998), pour les quinze ans après son décès. La mémoire de cet homme politique considéré entre autres, comme le principal artisan de l'adhésion de la Grèce à la Communauté économique européenne et restaurateur de la démocratie en 1974, “grand homme d’État”, était alors célébrée... et ainsi de suite !

”Photoshop au Premier ministre. La politique doit être reconnaissable”. Couverture Unfollow, mars 2013"

Et cette suite fut interminable hier soir, tous les chefs politiques de la baronnie d’Athènes y étaient présents, à l’exception de Panos Kammenos (parti des Grecs Indépendants, droite anti-mémorandum), d’Aleka Papariga (KKE, PC grec) qui ont décliné l’invitation, ainsi que de Nikos Michaliolakos, (chef de l’Aube dorée) lequel n’a pas été convié. Nos figures politiques d’hier (c'est-à-dire du mercredi !), dont Alexis Tsipras, ont toutes, à leur manière, “rendu hommage à l’homme politique Caramanlis (...) fidèle partisan du conservatisme, à savoir de la conservation et de la consolidation du système social auquel il croyait et qui est pour nous, un régime de l'injustice sociale, sauf que Caramanlis, avait fait preuve également d’hypersensibilité et d’écoute, face aux nouveaux équilibres politiques et sociaux. (...) Personne ne peut nier le rôle particulier joué par des personnalités éminentes de l'histoire (...) car par sa contribution, Constantin Caramanlis était l'homme politique qui a réussi cette transcendance politique et personnelle rare, surmontant en même temps les limites étouffantes qui ont été imposées au pays et jusqu’à son propre camp politique, la guerre civile, ainsi que les puissances étrangères” (propos d'Alexis Tsipras - quotidien Ta Nea du 7 mars ).
L’homme de la rue, coincé entre les anachronismes et les mythes fondateurs de la récente période post-dictatoriale (1974-2010) et pré-dictatoriale (2010-...), ne sait plus à quel saint se vouer, et je dirais même qu’il n’a plus envie de le savoir. J'estime, et je ne suis pas le seul) que toute cette hagiographie "Caramanlesque" est ridicule et pour tout dire, historiquement et littéralement... “hystérique” (manquant de sens), d’autant plus, que célébrer ainsi ces “héritages” devant une société désormais pillée, relève, pour le moins du burlesque. Hier encore, la Troïka paraissait intraitable quant aux licenciements prochains dans la fonction publique ou encore, sur le nombre des prélèvements à définir pour ce qui est de la mensualisation des impôts et cotisations impayés, (plus de 50 milliards au total dont une dizaine “créés” rien qu’en 2012).

Manifestants Crétois en route vers Athènes, le 4 mars - Source: cretaplus.gr

Selon la presse, “nous serions tout près d’un blocage”, information démentie par Yannis Stournaras (ministre des Finances), au point même d’agacer le “gouvernement” qui insiste sur “ses” 60 à 72... prochaines mensualités à visage humain en lieu et place des 36 échéances alors admises par la Troïka. On comprendra dans un sens, qu’au-delà des 36 mois, toute visibilité troïkane deviendrait nulle, devant “l’effondrement total qui nous conduirait tout droit vers le chaos” (d’après l’hebdomadaire politique Ta Epikaira, du 6 mars).Les Troïkans insistent pourtant. Ils exigent du “gouvernement” qu’il leur “fournisse la liste contenant les 12.500 noms des premiers fonctionnaires à licencier rapidement, et ceci, dans un délai d’une semainee”, (quotidien Dimokratia du 6 mars). On vient aussi d’apprendre lors d’un récent colloque sur le vieillissement de la population, “que plus de 350.000 de chômeurs s'ajoureront à la liste des... Troïkans en 2013, dans la mesure où l'on prévoit la fermeture de plus de 200.000 petites entreprises cette année contre seulement 100.000 nouvelles créations de petites entreprises” (Yorgos Trangas Real-FM, le 7 mars).

Et au pays au régime dictatorial de la dette astronomique, “l’administrateur dépêché par Angela Merkel, Horst Reichenbach, (officiellement, chef de la "Task Force" en Grèce, mandaté par la Commission européenne) vient de fêter son anniversaire (05/03) dans le quartier chic du centre à Kolonaki, en présence de nombreux ministres et sous des mesures de sécurité draconiennes” (Trangas - Real-FM, 07/03). Eh oui, car le pays étriqué manifeste. Les paysans crétois ont manifesté à Athènes, les étudiants sont dans la rue depuis une semaine, samedi prochain les militaires actifs ou retraités organisent un grand rassemblement à Athènes, tandis qu’à proximité de Skouries (au Nord du pays), les habitants d’Ierissos se sont massivement mobilisés, après l’interpellation d’une collégienne de 15 ans, (suite à la guerre qui oppose les gérants de l’exploitation minière (or) et la population locale). Notre régime se durcit et il se nomme “terreur”.

Manifestation paysanne à Athènes 05/03 - Source: dromografos.gr

La crise devient alors ce contexte étriqué de l’enfermement dans le présent et de la peur (et potentiellement de la révolte). Nous ne voyons plus autre chose ni autrement, si ce n’est qu’à travers les yeux myopes de l’instantané achronique. C’est dire combien et jusqu'à quel point la force de la monochromie financière s’impose à presque toutes nos expressions, faits et gestes. Nous avons basculé, ce qui nous animait avant, cet “autre temps regretté”, ne reviendra plus certes, sauf que le futur, le nôtre, sent... trop le renfermé et l’enfermement. D’où sans doute une première réussite... neurologique du régime méta-démocratique, relevant de sa tautologie combinée à l’absurde. Une stratégie qui s’avère payante, dans un certain premier temps en tout cas.

Puis, lorsqu’ils ne manifestent pas, de nombreux “sujets” choisissent alors le silence, d’autres par contre, insistent et s’adonnent à la création si possible hors cadre. Comme pour beaucoup d’entre nous, blogueurs ou non !On peut ainsi tenir un blog, comme on tient la barre d’un voilier “révélant” une mer bien chaotique, et en plus, penser qu’on n’est pas à la dernière vague de la saison des algorithmes financiers.

Athènes mars 2013

Sauf que bien avant nous, certains précurseurs ont ouvert la voie, en d’autres temps, moins chaotiques sans doute. Je pense notamment à ce premier blogueur (grec en tout cas), qui fut à mes yeux l’écrivain et poète Yorgos Ioannou. Plus qu’à la mémoire de Constantin Caramanlis, c’est sur celle de Ioannou que je voudrais m’arrêter un instant. Nous évoquons d’ailleurs parfois sa mémoire, surtout en ce moment, déjà parce que son œuvre est comme un palais de la découverte de notre temps présent (dans une acception historique contemporaine), et ensuite, parce que comme pour chaque mois de février (et déjà nous sommes en mars !), nous nous rappelons qu’il était parti le 16 février 1985 à l’âge de 57 ans.

Mon ami Th., journaliste qui a connu le chômage entre 2010 et 2012, avait même eu la chance de pouvoir discuter deux à trois fois avec l’écrivain du “Seul Héritage” (paru en France en 05/2007 aux éditions de la Différence )... et du... premier blog sur papier. Surtout lorsqu’on sait à quel point Ioannou détestait les relations à l’épiderme nécrosé, on peut considérer que mon ami mérite alors incontestablement, cette mémoire, la sienne, celle de l’écrivain... et la nôtre.

Yorgos Ioannou. Place Omonia 1980

Même prise de vue à Omonia 2013

Car Yorgos Ioannou entreprit en 1978, la rédaction d’une brochure littéraire, justement intitulée “La Brochure” (To Phylladio), à mi-chemin entre la chronique et l’auto-anthologie sélective et variée, certains de ses textes qui selon l’avis de l’auteur ne pouvaient pas être publiés par les journaux et les revues de l’époque, trouvèrent alors refuge ainsi que toute leur place dans cette Brochure à la périodicité incertaine mais assumée comme telle par son fondateur.

Et à part ses propres (courts) récits et poèmes, cette brochure a été l’occasion pour Ioannou d’offrir à ses lecteurs, une partie déjà de sa traduction (restée inachevée) de l'Anthologie palatine, et surtout ces “Touffes” (“Thyssanoi”), textes alors courts et en continuité, véritable recueil de “micro nouvelles” en chroniques, pamphlets, nécrologies, polémiques, réflexions politiques ou épisodes brièvement relatés sur son enfance durant la guerre et la guerre civile (1940-1940).

Le premier blog sans doute.

“La Brochure” (To Phylladio) de Yorgos Ioannou




* Photo de couverture: Manifestation étudiante. Athènes, le 4 mars (source: dimocratianews.gr )

lundi 4 mars 2013

Monoxyde d’euro



Nikos et Savas, les deux étudiants intoxiqués au monoxyde de carbone à Larissa, ont été emportés par l’austérité, ainsi que par une certaine méconnaissance du danger encouru. La Grèce et ses bûches, finiront alors tôt ou tard dans un autodafé social forcement lumineux et probablement même, final. Trois autres étudiants restent hospitalisés à Larissa (03/03), dont un, dans un état critique. “Leurs assassins portent un nom: Yannis Stournaras (ministre des Finances), Antonis Samaras (premier Ministre), Evangelos Venizélos (chef du Pasok) et Fotis Kouvelis (chef du parti gouvernemental de la “Gauche démocratique”), ainsi que tous ceux, qui soutiennent leur politique d’austérité”, a déclaré depuis la blogosphère un “père anonyme”, nouvelle, qui a aussitôt fait le tour d’internet et des autres médias.

Deux étudiants morts, vous nous tuez, partez" - Athènes 03/2013 - Source: enet.gr

La presse gouvernementale rétorque “qu’il s’agit plutôt d’une affaire relevant de la plus grande imprudence humaine aux conséquences dramatiques”, tandis que le député Nouvelle démocratie Adonis Georgiadis (transfuge depuis le parti LAOS de l’extrême-droite), s'est efforcé de minimiser (Real-FM, 01/03), le mauvais sort... en matière de politique de chauffage:Est-ce le résultat d’une quelconque politique que de mettre le braséro en plein salon ?”Une fois de plus, la cinétique d’un fait divers, interpelle le cinéma du réel troïkan et l’entracte avec. L’entracte, c'est-à-dire les manifestations étudiantes quasi spontanées, puis organisées par les syndicats étudiants à Larissa, à Athènes et ailleurs, pour dénoncer et surtout pour crier une colère de plus en plus... criante:

La plus grande violence c’est la pauvreté - Deux étudiants morts, vous nous tuez, partez”, pouvait-on lire sur deux banderoles déployées par des étudiants, place de la Constitution samedi (02/03). Le lendemain, c'est-à-dire ce dimanche (03/03), les troïkans imperturbables, se sont rendus au ministère des Finances tout proche, et dans l’indifférence générale, visiblement à la grande surprise de certains de nos “adespotes”, habitués des lieux. Sur un mur tout proche on pouvait encore lire (et) depuis un moment déjà: “Ils veulent faire de nous, des esclaves”, j’y ajouterai, de surcroît “desposés” ! C’est sans doute pour cette raison que certains magistrats à la Cour des comptes se refusent à rencontrer la délégation troïkane, au motif que cette dernière est “exo-institutionnelle”, donc certains visiteurs du pays ne sont pas forcément attendus les bras ouverts chez nous, c’est le moins qu’on puisse dire (Kathimerini par exemple, du 3 mars).

Ne l'oublie pas. Ils veulent faire de nous, des esclaves” - Athènes 03/2013

Il paraitrait à ce propos, que depuis la salle des manettes du troïkanisme intégral, on appréhende alors le chaos grec, non sans un certain effroi. Le journal (mémorandiste) To Vima a ainsi prétendu samedi que la Commission de Bruxelles aurait fait circuler par courrier électronique, un avertissement officieux, une note destinée à ses employés et cadres qui s’apprêteraient à séjourner en Grèce, leur fournissant les informations nécessaires à l'exercice de leur mission:“(...) Éloignez-vous des protestations et des manifestations. Dans un contexte politiquement sensible, même la moindre réaction de votre part, peut être mal interprété par les manifestants. Évitez de vous approcher des manifestations ou de les traverser, afin d'accéder à l'immeuble où a lieu votre réunion, si besoin, annulez votre rencontre.

Soyez informés et évitez les endroits où des manifestations ont lieu habituellement, comme Syntagma, Omonia et Klafthmonos, ainsi que la zone d'Exarchia ou de l’École Polytechnique. Si vous vous trouvez au milieu d'une manifestation, évitez d'attirer l'attention sur vous-même, et rendez-vous au commerce le plus proche. Si une manifestation vous empêche de quitter les locaux où se tient votre réunion, attendez. Ne restez pas derrière les fenêtres ou dans le hall de l'immeuble regardant le cortège passer, votre présence pourrait provoquer une réaction agressive chez les manifestants.

Les Troïkans à Athènes à la grande surprise des nos “adespotes”" - Source: ethnos.gr

Fermez les fenêtres de la pièce où vous êtes, afin de ne pas être affectés par l'utilisation éventuelle de gaz lacrymogène par la police. Pour un départ en toute sécurité, attendez la dispersion de la manifestation, ou suivez les instructions formulées par le personnel de sécurité. Ne portez pas de façon visible, les indicateurs de votre activité professionnelle. Méfiez-vous des documents, badges d'identification ou autres objets bien en vue qui démontrent votre affiliation aux institutions européennes. Par exemple, ne portez pas votre badge de la Commission à l’extérieur des bâtiments de la Commission, et ne lisez pas les journaux de la Commission dans les lieux publics. Méfiez-vous de l'écoute. Évitez de discuter de vos sujets professionnels (salles de réunion, heures, nom d'hôtel, ainsi que de toutes autres informations personnelles liées à votre mission) en public, dans la rue, dans le métro, ou par téléphone. Soyez conscient que vous pourriez être surpris.

Si possible, évitez de réserver des hôtels et des taxis au nom de la Commission. Prenez soin de vos biens sensibles professionnels. Si vous envisagez d'aller boire un verre, déjeuner ou dîner après votre réunion, ne portez pas vos documents sensibles avec vous dans ces lieux de haute fréquentation (bars, restaurants, etc.) Inventez un “petit récit de vie” à usage courant. Le chauffeur de taxi qui vous conduit à votre hôtel ou l’épicier du coin, n'ont pas à savoir que vous travaillez pour les institutions européennes. Lorsqu'on vous le demande, parlez de votre profession antérieure ou de celle de votre meilleur ami comme si c’était la vôtre.” (texte original en anglais, To Vima du 2 mars).

Sur un mur d'Athènes:. Mars 2013

Maria Damanaki, membre de la Commission a aussitôt protesté auprès de José Manuel Barroso, puisque l’affaire a été si médiatisée en Grèce. “La Commission européenne contribue au redressement de l’image de la Grèce, c’est néanmoins la médiatisation du règlement à usage interne pour ce qui est de la sécurité de ses agents, qui peut alors nuire à l’image du pays”, a indiqué le chef de la Représentation de la Commission européenne en Grèce, Panos Karvounis, (To Vima du 3 mars).

Ce matin, le 4 mars, Yorgos Trangas sur Real-FM, a remarqué que cette note interne de la Commission, “ prouve que cette dernière est désormais troublée (sic), et que l’on s’attend à la révolte ou en tout cas à des émeutes en Grèce, et peut-être bien dans les autres pays du Sud de l’Europe. De fait, ce code de... bonne conduite, indique aux agents de la Commission, la meilleure manière de se cacher. Donc aux yeux de Bruxelles, Athènes, c’est presque Kaboul ! De quelle Europe unie nous parle-t-on alors ? Déjà plus d’un million de Portugais ont manifesté ces derniers jours contre la Troïka, contre l’U.E. et contre le FMI, car ils considèrent que le régime de la Troïka est une forme de dictature, c’est pour cette raison que les Portugais se souviennent alors de leurs chants datant de la révolution des Œillets”.

Je remarque que la presse mainstream en Grèce (et même en France), semble vouloir “durablement ignorer” les récentes manifestations portugaises, espagnoles, italiennes, grecques ou bulgares. C’est sans doute aussi “trop ignorer” cette junte économique (et politique) insolite, alors instaurée par l’Union européenne dans certains pays. On comprendra aussi depuis Athènes ou depuis Lisbonne, le sens complet... de “la fin” de l’histoire: Mardi dernier (26/02), lors d’une rencontre entre le ministre du Développent (!) Kostis Hadjidakis, et des représentants de onze multinationales, il a été question des “engagements et rigidités qui régissent encore l’encadrement du salaire minimum en Grèce, on s’achemine visiblement vers les 200 euros de salaire mensuel net pour un temps plein, une de mes amies, vendeuse au Pirée au sein d’une chaîne internationale de boutiques, me disait récemment que déjà, son salaire mensuel net n’excède pas depuis peu la somme des 300 euros”, remarquait Trangas ce matin dans son émission (Real-FM, le 4 mars, voir également le reportage de la presse de ces derniers jours).

Le Fado à Athènes, mars 2013

Ceci expliquerait cela, dont les résultats des élections italiennes de la semaine dernière. “Nous comprenons la haine ressentie par le candidat social-démocrate allemand (candidat du SPD, Peer Steinbrück) à l’encontre de Grillo et de Berlusconi, qui ont mobilisé de façon cumulative 55% des Italiens, lesquels ont voté, à droite comme à gauche en passant par le centre-gauche, sous la bannière de l’anti-germanisme. Qu'ils le veuillent ou non les politiciens allemands et nous, savons bien combien ils n’apprécient pas cette situation, l’anti-germanisme ainsi exprimée par le vote, est désormais l'idéologie la mieux partagée par la majorité des Italiens, un pays qui constitue la troisième plus grande économie de la zone euro, membre fondateur de la CEE à 6, à plus d'un demi-siècle d’écart. Cet anti-germanisme sans précédent en Europe sous sa forme la plus évidente se manifestant en Italie, ne fera objectivement qu’alimenter ce même courant à travers tous les États de la zone euro et de l'UE.

C’est cela qui gêne davantage le président de la social-démocratie allemande, et non pas les "clowns" Berlusconi et Grillo. Je comprends aussi l'amertume de Steinbrück face à la réalité: les valets aux ordres des Allemands, Pierre Luigi Bersani et Mario Monti (sic), se sont avérés incapables de contrôler le Sénat pour ainsi (lui) imposer la politique dictée par le Berlin, et ceci, malgré une loi électorale usurpatrice de la volonté populaire”, écrit l’éditorialiste Yorgos Delastik à travers les colonnes du quotidien Ethnos (pourtant pro-mémorandumdu 1 mars ).

En Grèce, en Italie, en Espagne, au Portugal, on ne mâche plus ses mots. Alekos Alavanos, ancien chef de Synaspismos, courant essentiel au sein de Syriza (Alavanos a depuis pris ses distances) et mentor politique d’Alexis Tsipras, vient d’annoncer son intention de créer un nouveau parti à gauche, lequel participera aux élections futures et dont l’axe central sera la sortie la Grèce de la zone euro. “Politiquement, ce nouveau parti est déjà présent (dans les mentalités). Mais il sera de plus en plus présent aussi chez les électeurs et votants aux scrutins suivants”.

"Croissance veut dire plus de nuit sombre". Athènes, février 2013

"Campagne pour le retour à la monnaie nationale et la souveraineté nationale".
Mouvement Epam. Athènes, février 2013

Alekos Alavanos s’exprimant mercredi dernier, le 27 mars à Patras, a présenté une partie de la plate-forme du nouveau parti, en insistant sur la mise en place d’un “Plan B”: interruption de tout paiement destiné à satisfaire les “créanciers” du pays, sortie de l'euro et réintroduction d’une monnaie nationale, autrement-dit des liquidités massivement injectées sur le marché intérieur lui permettant déjà une certaine reprise du marché intérieur, et le renforcement des capacités d'exportation.

On dirait que le monoxyde d’euro n’est plus si incolore, ni si inodore que par le passé. En Europe du Sud en tout cas.

Place de la Constitution. Athènes, février 2013




* Photo de couverture: “La plus grande violence c'est la pauvreté”. Athènes mars 2013 (source: enet.gr )