mardi 31 décembre 2013

L'heure juste du crépuscule



Moments dits des vœux en tout genre. L’année 2013 enfin nous abandonne dans cette “futilité fleurie du monde”, d’après notre poète Tasos Livaditis et de son remarque qui appartient à un dernier recueil de textes, écrits seulement quelques mois avant sa disparition physique en 1988, publiés post mortem.

samedi 28 décembre 2013

Marionnettistes



Rue Hermès, deux marionnettistes attiraient les badauds. Un attroupement se forma autour d'eux, c’est vrai que leur pantin donnait l’impression de chanter avec tant d’exactitude, scène nécessairement furtive sous la synchronie d’un air de rebetiko et d’ailleurs, sous un ciel fort menaçant en cette fin décembre.

mardi 24 décembre 2013

Noël nouveau



Noël n’est pas traditionnellement la plus grande fête en Grèce. Il n’y a pas si longtemps et certainement avant la... grande transition européiste, les enfants que nous étions recevaient les cadeaux de St Basile au soir du 31 décembre ou parfois au matin du 1er janvier. Ensuite, nous avons connu un certain alignement sur la démesure, dont cette attitude rajoutée des cadeaux de Noël, devenue très coutumière surtout depuis les “années euro”.

samedi 21 décembre 2013

Sur la terrasse du café ethnique



Vendredi, la place de la Constitution était investie dès le matin par les agriculteurs venus de Crète et d’ailleurs. La furtivité habillée de l’avant-Noël s’est mêlée au mécontentement durable de la crise jusqu’à l’explosion, et cette dernière risque alors d’être très violente à moyen terme. En tout cas, les compagnies du maintient de l’ordre nouveau... ont eu assez de mal à contenir les paysans. “N'utilises pas ton lacrymogène bonhomme, sinon je t'écrabouille”, a lancé un Crétois devant le nez d’un policier. D’autres paysans... assez loquaces également, lançaient sur les policiers des oranges, des morceaux de bois et des bouteilles.

mardi 17 décembre 2013

Au pays de la dette odieuse



Le temps se croit festif. Je remarque que cette année, nombreux sont ceux qui... se réinventent, d’ailleurs non sans effort pour ce troisième Noël du temps de crise. Déjà, il y aurait davantage de décorations que les autres années, et quant aux commerçants rescapés, ils espèrent alors le miracle final durant les fêtes. Il y a sûrement grande foule au centre-ville ces dix derniers jours, sauf que souvent, ce n’est qu’une promenade... plus soutenue que d’habitude.

samedi 14 décembre 2013

Les lugubres



Cette semaine se termine comme tant d’autres. Les fêtes arrivent, c’est désormais certain car les rues du centre-ville sont bien animées, et... on y met de l’ambiance comme on peut. Le “gouvernement” y participe à sa manière nous prévenant que 1.676 lycées professionnels seront fermés ou fusionnés avec la nouvelle année, d’après les récents reportages. Notre aventure se poursuit et autant, certaines des dernières apparences ou alors survivances de l’ancien temps.

mardi 10 décembre 2013

La cuisine du futur



La Grèce depuis trois ans, c’est l’avant-garde au retour à l'éthique ascétique du premier capitalisme. Des rapports sociaux, des préoccupations et des liens ainsi brisés jusqu’au travail, et jusqu’aux salaires, tout a changé. Malgré nous, bien évidemment. Les sociétés modernes... péri-occidentales sont sûrement trop passives, c’est bien connu aussi. Et lorsque nous lisons par exemple un supposé grand quotidien comme “Eleftherotypia”, et qui tient encore la route coûte que coûte, nous nous disons alors que cela relève du miracle ou plutôt, du sacrifice (des salariés).

samedi 7 décembre 2013

Figurants de décembre



Sur l’île d’Égine, la plus proche du Pirée après Salamine, les habitants s’estiment déjà blasés des attitudes de la crise. L’autre jour, deux vieillards, anciens marins et retraités, faisaient en quelque sorte la triste somme de leurs engagements politiques respectifs et historique (Nouvelle démocratie et PASOK). “C'est trop tard. Nous nous sommes trompés. Sur ces menteurs, sur le reste et sur l'Europe. La CEE était un piège.” Un peu plus loin, une violente altercation éclata entre deux commerçants. Égine sortit alors son linge sale sur le port.

jeudi 5 décembre 2013

Aux cimetières de la démocratie



Les clémentines sont de grand retour sur les marchés avec la première neige qui recouvre les hauteurs de Parnitha, cette chaîne de montagnes dite fondatrice de l’Attique. À Athènes, la population souffre du froid et le bois se vend alors mieux que les petits pains. N’échappant pas à la méta-modernité des temps et des lieux, j’ai vendu 72 livres de mon ancienne vie, aussitôt... transformés en bois de chauffage, offert à mon ami D. qui n’a plus les moyens... de dépasser les 12° C chez lui. Un enfant de cinq ans a été sauvé de encore de justesse jeudi matin à Thessalonique de l’incendie qui a ravagé la maison familiale éclairée et chauffée à la bougie. Devant la foule des curieux et des journalistes, le père de l’enfant a brandi un couteau mais il fut rapidement... désarmé.

lundi 2 décembre 2013

La guerre qui arrive



Le pays s’enfonce dans l’hiver et ceci sans répit. Les nouvelles épouvantables s’accumulent et se répètent au point d’épuiser et de tétaniser le plus grand nombre. Ainsi, on vient de lire dans la presse qu’en septembre dernier, une employée de la Troïka aurait convoqué dans son bureau trois juges pour les menacer. Ces derniers instruisent justement ces dossiers socialement brûlants relatifs aux saisies des résidences principales pour dettes et leurs décisions devraient d’après les Troïkans s’avérer systématiquement défavorables aux citoyens appauvris. Ce reportage de “Kontranews”, repris par Real-FM lundi 2 décembre n’a pas été démenti, en tout cas pas pour l’instant.

vendredi 29 novembre 2013

La nouvelle boucherie



Devant le ministère de la Santé, médecins et de personnel hospitalier du secteur public manifestaient encore vendredi 29 novembre. Après tant de “disponibilités” annoncées, voilà que plus de 1000 médecins protestataires se voient privés de convention, “tel est mon Plan-B à leur égard, ils ne peuvent pas faire grève le matin et le même soir poursuivre les consultations dans leurs cabinets privés”, rétorque le ministre Adonis Georgiadis, mélangeant les genres ainsi que nos douleurs. L’essentiel, c’est que dans ce pays plus d’un tiers des habitants n’est plus affilié au Régime général devenu... régime d’exception, comme pour le reste de notre “démocratie”.

jeudi 28 novembre 2013

Décorations de Noël



Au Pirée comme à Athènes c’est bientôt Noël semble-t-il. Les municipalités installent les décorations comme si de rien n’était tandis que les premières sucreries de saison ont déjà fait leurs premières apparitions derrière les vitrines. “Je n'aurais jamais imaginé qu'on en arriverait là pour certains d’entre-nous... contempler et seulement contempler ces gâteux alors bredouilles et impuissant car pauvres sur ces trottoirs sans pouvoir s’en offrir un seul, exactement comme durant les années de notre enfance de l’après-guerre”. Dialogue récent entre deux femmes âgées devant une telle vitrine au Pirée.

mardi 26 novembre 2013

L'effondrement



L’effondrement est dans l’air du temps sauf que ce dernier s’éternise. Les voisins qui sont au chômage l’expriment ainsi à leur manière: “Nous faisons tout pour préserver notre dignité. Nous arrivons toutefois à une situation limite. Nos enfants trouvent parfois que le réfrigérateur est bien vide... et c'est insupportable. Pour le reste, nous n’avons plus peur de rien. Nous devons dix mille euros aux impôts et autant à la Sécurité Sociale depuis deux ans, après la faillite de notre petit commerce. Nous regardons à la télévision des reportages tous les soirs sur ces foyers, ces familles privées d’électricité parce qu’elles n’arrivent plus à payer”. Effectivement. Ces foyers se comptent désormais par dizaines de milliers en Grèce. La zone euro... c’est l’Europe sans l’électricité !

dimanche 24 novembre 2013

D'une Histoire à l'autre



Il est intéressant de noter que l'histoire humaine affiche parfois un synchronisme remarquable et que les événements tombent à point nommé. Comme entre deux parutions. C’est en discutant avec mon ami Olivier Delorme que nous avons alors “découvert” cette évidence... d’historien: en Europe de la zone euro (et en Europe tout court), nous changeons... enfin de siècle, un peu à la manière de ce qui fut la transformation inaugurée peu avant 1914 pour le “court XXe siècle”. En effet sa trilogie: “Histoire de la Grèce et des Balkans - Du Vème siècle à nos jours”, parue en France en octobre 2013, quelques jours seulement avant mon essai: “La Grèce Fantôme” suggère en somme cette continuité entre ces deux œuvres.

vendredi 22 novembre 2013

La liste de la Troïka



Cette année l’hiver grec s’annonce encore plus rude qu’avant. Il est vrai que nous comptons déjà nos morts et nos mourants au cœur même du corps social car ils ne sont plus, et ceci longtemps, ces êtres habituellement déclassés vers les marges des lieux communs. La cadence du choc alors s’accélère. Pour certains la fin est brutale. Tel Tassos Doupis alors âgé de 28 ans, il était monté à Athènes depuis son village du Péloponnèse pour rendre visite à son beau père hospitalisé.

lundi 18 novembre 2013

La mémoire du futur



Entre deux moments de paroxysme décisif, l’histoire ne tient parfois qu’à un fil. Et en ces temps, nous y sommes Grèce... bien en équilibristes. Il y a tout juste quarante ans, la dite “génération de l'École Polytechnique” se révoltait contre la junte des colonels. La révolte a été d’abord écrasée dans le sang au soir du vendredi 17 novembre et aussitôt, autant (que possible) instrumentalisée par ceux de la junte qui comme Ioannidis... s’y préparaient à prendre la relève après avoir renversé l’homme fort du régime, le colonel Georgios Papadopoulos.

mercredi 13 novembre 2013

Le régime de l'insignifiant



L’insignifiant règne, il imposerait même sa loi au pays. La motion de censure déposée par SYRIZA à l’encontre du gouvernement Samaras a été et comme prévu rejetée, il faut le dire, dans l’indifférence quasi-générale. Du côté du parti de la Gauche radicale on se félicite certes “de la fragilisation du gouvernement, suite à la défection d'une élue Pasokienne”, et quant aux coalisés du côté obscur de la force et de la Troïka, tel Antonis Samaras en personne, ils estiment alors que “le gouvernement accomplira sa mission jusqu'au terme de la législature, autrement-dit jusqu’en 2016”. En Thessalie et après la récolte, le maïs a été très mal vendu cette année, la crise règne, et elle impose certainement son prix.

samedi 9 novembre 2013

Du non-droit mal payé



Le journal télévisé de l’ERT est désormais diffusé depuis le côté extérieur du grillage qui entoure le bâtiment, lui-même entouré du cordon des MAT, les célèbres CRS grecs. Jeudi 7 novembre déjà, de l’après-midi au soir, le vaste monde de la gauche grecque était sur place. Ces gens venus presque... nombreux, veillent alors devant le siège de la radiotélévision publique autogérée et cependant expulsée. L’ambiance était comme on dit bonne et chaleureuse, l’émotion et l’amertume en plus. C’est vrai aussi qu’en Grèce, on prend encore le temps de veiller les morts ou de préparer les résurrections, c’est selon.

jeudi 7 novembre 2013

ERT la deuxième mort



Nous ne nous attendons plus qu’au pire. Résignés, nous assistons depuis ce matin tôt à l’envahissement par les forces de l’ordre des locaux de la radiotélévision publique autogérée ERT. L’arbitraire de la dictature Samaras et de la Troïka n’aurait pas de fin. Le quartier a été bouclé, les policiers ne laissent entrer plus personne à l’intérieur du bâtiment, même pas, les députés de l’opposition. Et ceux qui en sortent ont les yeux bien rouges. Lors des dernières minutes d’émission de la radio ERA-ERT, on a entendu en direct la voix du policier s’adressant au journaliste: “Ce sont vos affaires ici ? Oui, le sac de couchage et le reste... Prenez-les et partez”. Surtout le reste. Temps alors si redoutables.

mercredi 6 novembre 2013

Petites fournitures en grève



À Athènes on manifestait assez massivement ce mercredi sous la pluie, journée de grève générale... symbolique oblige. Hier, les représentants de la Troïka conspués par les manifestants ainsi que par certains passants du jour, avaient été évacués par une autre issue, c’était pour quitter les locaux du ministère des Finances, nécessairement escortés par des policiers.

samedi 2 novembre 2013

L'article 458A et le sang



Sous le régime de la Troïka les jours se suivent et elles ressemblent fort à des nuits. Manolis Kapelonis 22 ans et Yorgos Foundoulis 26 ans sont les deux membres de l’Aube dorée assassinés ce soir à Néo Héraklion, quartier situé au nord d’Athènes. Des inconnus (au matin du 2 novembre) ont alors ouvert le feu devant les locaux du parti néonazi abattant de plein sang froid le deux jeunes. Un autre blessé est hospitalisé dans un état très critique. D’après les premiers reportages, les assassins auraient même porté le coup de grâce en vidant leurs chargeurs sur les victimes. Le vent athénien est fort mauvais en ce moment.

vendredi 1 novembre 2013

Europe



Aux informations ultimes du jour final d’octobre, on annonce la prochaine baisse des salaires pour un demi-million d’employés-rescapés dans le commerce. La convention collective de la branche pénètre alors la constellation des dispositions mémorandaires, ces salariés perdront ainsi entre 13% et 55% de leurs rémunérations. Et quant au petit garçon de Serres, ville du nord de la Grèce, mort dans l’ambulance qui le conduisait à Athènes la semaine dernière, pour lui déjà, la Troïka c’est... du passé impénétrable. À l’âge de deux ans et demi et souffrant du cœur, son opération a été repoussée depuis plusieurs mois. Les “restrictions” imposées au seul hôpital pour enfants pratiquant ce type d’opérations... n’autorisent que la pratique d’une seule journée de chirurgie par semaine. Ce n’est pas un accident mais alors la règle. Le ministre de la Santé et de la Mort, Adonis Georgiadis a même déclaré récemment: “Le système de santé ne peut plus accepter l'ensemble des citoyens”.

samedi 26 octobre 2013

Esprits ordinaires



Nos univers se décomposent chaque jour davantage. Les liens sociaux ne tiennent parfois plus qu’à un fil dans un pays tant transformé, où tout semble alors bancal et trébuchant. Stamatis rencontré par hasard au centre-ville et que je n’avais pas vu depuis plusieurs mois, a désormais les yeux qui brillent trop... au soleil de l’effondrement. Il venait alors de menacer un employer de “sa” banque.

mercredi 23 octobre 2013

La Grèce Fantôme



Pour l’auteur, la parution de son œuvre serait déjà un aboutissement. C’est autant un moment de bilan alors nécessaire, voire un temps de la juste pause. Je dirais donc que la parution de mon essai cette semaine en France, relève d’un cas... presque conforme.

mardi 22 octobre 2013

La dignité en marche



J’ai rencontré ces marcheurs mardi 22 octobre au matin et au premier étage du bâtiment de la radiotélévision publique ERT. Autogérée comme tout le monde sait et avec succès depuis juin dernier. Manolis Stathopoulos de Thessalonique et les siens, sont ces gardiens des écoles... ainsi “supprimés” d’une seule rature du mémorandum, il y a quelques semaines. Manolis et ses camarades étaient partis à pied de Thessalonique pour rejoindre Athènes. Arrivés lundi 21 octobre au soir, après 24 jours de marche, ils ont été accueillis en héros par le personnel... combattant de l’ERT, où ils ont pu passé la nuit.

lundi 21 octobre 2013

La musique de la lune



La petite musique de la Troïka ne passe plus. Vendredi dernier 18 octobre, les élèves ainsi que les enseignants des lycées musicaux comme on les appelle ici, manifestaient devant le ministère de l’Intérieur. De nombreux postes d’enseignants restent vacants et les ministères impliqués se refusent à tout déblocage des crédits nécessaires. D’autant plus que la prise en charge du coût des cantines scolaires ainsi que du transport pour ces élèves, fréquemment virtuoses et surtout généralement venus d’assez loin, fut portée vers les communes et ensuite vers les régions, lesquelles s’y déclarent d’emblée incompétentes car elles n’ont pas les ressources nécessaires.

vendredi 18 octobre 2013

La hauteur des symboles



Un homme âgé de 26 ans s’est jeté jeudi 17 octobre au matin du pont de Rion-Antirion, il relie le Péloponnèse à la Grèce continentale ? C’est le pont avec la deuxième plus grande longueur de tablier haubané au monde après celui du viaduc de Millau. C’est ainsi on dirait que nos suicides prennent ainsi... une certaine hauteur dans les symboles. Un autre homme “mais un immigré”, précise alors une certaine presse, menaçait de se suicider toujours jeudi, cette fois, depuis les hauteurs du RER athénien. Il a été sauvé et aussitôt mis en état d’arrestation... pour “entrave à la circulation”. Un troisième homme, qui menaçait de ce même acte ultime depuis le toit de l’hôpital KAT mercredi dans la matinée, a été également sauvé. Décidément tous ces symboles... seraient de saison.

lundi 14 octobre 2013

Les exilés du propos



Nos manifestants du vendredi 11 octobre avaient le pas lourd et le visage crispé de tristesse. Leur cortège amaigri et immobilisé durant un long moment devant le “Parlement”, fut ainsi “bien encadré” par les policiers du jour. Fin de parcours. Ces femmes et ces hommes ce sont des hospitaliers qui bientôt se retrouveront au chômage, c'est-à-dire “en disponibilité” d’après le langage administré par le gouvernement. Or désormais, manifester en Grèce de 2013 relève moins de la protestation revendicative des temps anciens que d’une presque... anthologie poétique sur la mort sociale.

vendredi 11 octobre 2013

Des extrémismes



À Athènes cette semaine il a plu. Devant le bâtiment de l’Académie la statue d’Adamantios Koraïs, mort à Paris en 1833, notre érudit et digne représentant de l'esprit des Lumières, certes en d’autres temps était en deuil. L’ultimatum du ministre éphémère prendra fin bientôt. Les recteurs des Universités devront fournir leurs “listes d'évaluation” de leur personnel administratif rapidement, car “de toute manière listes ou pas, les mises en disponibilité auront lieu quoi qu'il arrive”, précise-t-on du côté du para-pouvoir qui nous gouverne.

lundi 7 octobre 2013

Traversées



Il y a des moments où notre temps restant finit par s’emmurer pour de bon. C’est seulement dans ce sens, que certains se décident cependant d’y échapper... comme ils le peuvent, c'est-à-dire, en le brisant. Ultimes recours. Je me trouvais sur l’île de Chios pour un bref séjour parmi mes amis, lorsque la nouvelle venue avec la houle d’en face et de l’île de Lesbos, mit son terrible grain de sel dans nos débats déjà bien animés. Pavlos Fyssas venait d’ailleurs tout juste d’être assassiné par l’Aubedorien Yorgos Roupakias. Depuis Kardamyla sur l’extrémité nord de Chios, et au beau milieu de nos causeries, nous jetâmes alors un regard bien muet vers les montagnes de Lesbos.

samedi 5 octobre 2013

Cartons d'automne



Les jours passent, nos expressions se gavent immodérément du temps présent, et à l’aube, il fait déjà bien frais pour la saison. À peine plus que dix degrés Celsius à Athènes ce samedi 5 octobre au réveil, tout le monde commente l’événement alors davantage que la politique dite courante. Forcément, les athéniens se préoccupent d’emblée et d’un peu trop tôt de leur chauffage. Le calvaire c’est alors pour bientôt car tout le monde redoute le froid dans l’appauvrissement... et autant son contraire, c’est ainsi que les marchands de bois livrent de la sorte leurs premiers clients. Après tout et à l'automne, ce n'est pas le froid qui chasse les hirondelles, comme dirait, certes en d’autres circonstances l’auteur de “L'amour sans le faire”.

mercredi 2 octobre 2013

Le lièvre et le logos



Les bonnes nouvelles s’avèrent parfois fort mauvaises. Le contraire est tout autant vrai, et surtout en Grèce par les temps qui courent. Ce matin 2 octobre, parmi les quatre des six députés de l’Aube dorée qui comparaissent devant les juges d'instruction, les trois (premiers ?) ont été libérés sous contrôle judiciaire, dont, Ilias Kassidiaris, porte-parole du parti il y a encore peu. La mise en libération des élus néonazis, bien qu’inculpés “d'appartenance à une organisation criminelle”, aurait pu être interprétée comme étant une bien mauvaise nouvelle, sauf que malheureusement nous devrions nous en réjouir. Et ceci pour une raison si évidente et qui pourtant échappe (ou “échappe”) complètement aux éditorialistes du journal “Le Monde”.

samedi 28 septembre 2013

Le piège



Notre histoire durablement immédiate s’accélère de mercredi noir en samedi obscur. Aucun répit. Depuis que “nos” ultimes pantins de “l'ordre nouveau” ont assassiné Pavlos Fyssas, c’était mercredi 18 septembre, et jusqu’à la journée de ce samedi 28 où, les députés de l’Aube dorée ont été mis en état d’arrestation, le temps a été bien court, trop court même. Les tenants de notre régime méta-démocratique, ceux-là mêmes qui ont violé à maintes reprises notre Constitution, offrant entre autres aux escrocs et spéculateurs internationaux et sur un plateau, le pays entier, se rebifferaient enfin contre les enfants nazillons du Pirée. Étrange... Depuis ce matin la Grèce est sous le choc, “j’ai le pressentiment que le pire est imminent, quelque chose va alors se passer, tout devient trop grave et obscur”, paroles du matin, d’un pêcheur amateur près du Pirée justement.

vendredi 27 septembre 2013

La crise tue



Notre temps était déjà un temps fascisant, mais nous le savions déjà. L’étonnant c’est que certains prétendent le découvrir seulement maintenant. Certains... et parmi eux certainement des journalistes. Tandis que les anciens de la vieille “Elefterotypia” d’avant 2013, c'est-à-dire l’essentiel de l’équipe actuelle au “Quotidien des Rédacteurs”, Kostas Vaxevanis et bien d’autres, n’avaient pas cessé de rapporter les faits et gestes de l’Aube dorée depuis des années, une certaine “grande” presse au service du régime du mémorandum s’alarme alors tout d’un coup depuis une semaine. Comme si, l’assassinat de Pavlos Fyssas était le premier.

samedi 21 septembre 2013

De l'instrumentalisation soutenable



Certains événements lorsqu’ils se précipitent trop, ils relèvent alors souvent d’une dimension beaucoup plus profonde, et cependant accompagnatrice discrète des évidences. Pavlos Fyssas tout jute enterré, son meurtrier quant à lui, a agit avec le professionnalisme des tueurs engagés. On le sait d’après les témoignages directs. On a aussi entendu ce cri déchirant, des parents de Pavlos qui n’ont pas hésité à remettre même certains “grands journalistes” à leur véritable place.

jeudi 19 septembre 2013

Enterrements



Pavlos a été inhumé ce midi. Devant les kiosques d’Athènes jeudi matin, il y a plus de monde que d’habitude. On regarde et on lit les titres des journaux. Personne n’ose s’exprimer. “Vous représentez 15% en termes d'influence et vous commettez un meurtre. J'ai honte d'être Grecque, j'ai honte d'élever mes enfants dans un pays d'assassins. Vous provoquez en moi de la honte et du dégout. Honte aux policiers de l’unité DIAS, ils ont préféré observer pour n’intervenir qu’après le meurtre. Bon voyage mon ami, que la terre te soit légère et que la chanson des ‘Premiers morts’ t’accompagne”, message laissé par une mère à l’endroit où Pavlos Fyssas est tombé mercredi soir, grièvement blessé par le couteau de l’aubedorien Yorgos Roupakias.

mercredi 18 septembre 2013

Le dernier match



La nuit dernière dans la banlieue de Keratsini près du Pirée, Pavlos Fyssas a été grièvement blessé par un individu se réclamant de l’Aube dorée, selon les reportages du jour, et d’après sa première déposition suivant son arrestation. C’est tard dans la nuit à l’hôpital où il a été transféré, que Pavlos est mort. L’Aude dorée, côté officiel nie toute implication, pourtant tous les témoignages prouvent le contraire, Panagiotis Fyssas, le père de Pavlos évoque même “un coup de poignard d' un assassin professionnel et qui a directement atteint le cœur de Pavlos”. Son fils, artiste de hip-hop proche de l’extrême gauche dont le nom d’artiste était “Killah P”, avait alors 34 ans. Certains policiers alors aussitôt alertés et qui se trouvaient à proximité “n'ont pas pu agir car ils attendaient des renforts” précise un communiqué de la police. La Grèce corps et âme, ses enfants du Pirée et le crépuscule. Pays dans un temps mort... au beau milieu d’une semaine de presque mobilisation syndicale.

samedi 14 septembre 2013

Glorieuse rentrée



La crise retrouvée, c’est Athènes qui reprend tous ses mauvais esprits dans un quotidien lourd, et décidément de tout temps. On manifeste ici ou là de manière sporadique, et le grand nombre des anonymes authentiques s’occupant de sa survie, plus personne ne croit aux “prévisions positives” et autres infantilismes érigés en “logos” politique par Antonis Samaras. Comme lors de son allocution durant un très bref déplacement à Thessalonique la semaine dernière. Et quant au vieil homme qui occupe tous les jours un bout de trottoir rue d’Athéna, lui, ne propose même pas de salades, mais un peu d’ail et quelques maigres fruits.

mercredi 11 septembre 2013

Les hommes entiers de l'Archipel



L’île d’Astypalaia ne vit pas forcement que du tourisme. Les bergers rencontrés se prétendent toujours heureux et satisfaits de leurs richesses à quatre pattes, cela dit, multipliées par quelques milliers de têtes. Ils pensent même que l’heure semble être venue, pour enfin confirmer et surtout reconnaître leur suprématie... sur l’avenir. De la simplicité et de la netteté, ordonnant des actes équivalents sur le plan moral. Si l'on en croit les apparences déjà, agrémentées... de la petite ruse, car effectivement, un certain comportement humain y serait toujours impliqué.

mardi 10 septembre 2013

Musique des îles



Sa face brulée au soleil, l’été grec du blog se termine de toute évidence en mer Égée. Et on se sent saisi du même coup de vent qui à soufflé si fort cette année depuis juillet au point même, et aux dires des habitants de l’île, d’avoir tant perturbé “la saison”. La leur, et d’abord celle des vacanciers. L’autre “Grande dépression” n’occupe pas le devant de la scène ici, telles sont les apparences en tout cas. Entre le théâtre du monde et l’île d’Astypalaia il y aurait tout un l’Archipel, même si, l’heure du bilan c’est toujours en septembre.

samedi 31 août 2013

Vol direct



La crise, c’est l’accumulation de certains faits et gestes marquants, voire, manquants. Nos petites histoires, s’imbriquant à sa version... hautaine, vue d’en haut comme on dit parfois. Sur un trottoir bondé de monde ce matin, j’ai enfin... partagé à mon tour, l’expérience qui consiste à se faire dérober son maigre et unique portefeuille. C’était au Pirée, près de la gare. C’est ainsi, qu’une certaine reprogrammation... à la “GreekCrisis”, s’impose désormais par la force des choses, ainsi que par... la splendide aporie de son auteur.

vendredi 30 août 2013

“Privaticemos a Aristóteles”



D’après les symboles ou les usages, voire, certaines apparences, l’été grec s’achève bel et bien en août. Tel est le ressenti des athéniens en ce moment, sauf que nos derniers... aoûtiens, ce sont des manifestants, s’agissant des agents de l’Éducation dite “Nationale” ou de la Santé “Publique”. Place Omonoia, les cireurs de chaussures et les vendeurs de billets de loterie attendent désespérément leurs clients, visiblement, l’engouement populaire n’est plus. D’ailleurs cette semaine, le “Parlement” a adopté un amendement initiant la privatisation de la Régie de la Loterie “Nationale”. Sans doute, un effet de l’été qui s’achève.

mercredi 28 août 2013

Métropoles du Chaos



Athènes retrouve ses dysmorphoses humaines habituelles, ses orgues de Barbarie, enfin, ses brisures d’attente et d’espoir. Août se termine. Les touristes ne sont pas encore partis et les athéniens, déjà de retour se racontent leurs vacances. De même que nos mendiants, également de retour. À l’image de cette femme, elle est souvent en train de pleurer près du métro, ou de son voisin de vieillard ainsi que d’un jeune et nouveau mendiant rue d’Athéna. Ce dernier représente visiblement les “derniers venus”, cache ainsi son visage et se tient à l’écart des autres. En plein soleil, assis presque à même le sol rue de la fille de Zeus.

samedi 24 août 2013

L'obsolescence de l'homme



Depuis nos cinq hôpitaux athéniens supprimés de la semaine dernière, le temps est à l’évacuation les malades. “Il faut dire que les sociétés ne changent pas facilement et tous ceux, qui n'arrivent pas à s'adapter, alors ils meurent”, avait déjà affirmé dans un tweet Adonis Georgiadis, ministre de la “Santé” d’Antonis Samaras et ancien du parti d’extrême-droite, LAOS. Août finissant, été décidément rigide et... murmure troïkanne: “C’est la compétitivité qui compte avant tout, la Grèce n'est plus un problème, même si, sa population devrait disons-le diminuer suite à la politique d'ajustement économique qui d’ailleurs, est loin de s’achever”.

mercredi 21 août 2013

Rideau de la dette



D’après le philosophe Günther Anders, la “honte prométhéenne” serait celle que l'homme éprouverait face à sa finitude, comparée à la perfection des machines. À tort. Et notre dernière situation... prométhéenne à nous tous ici du côté d’Athènes, ainsi que la honte qui lui serait liée, pour ne pas dire l’hybris, résulte de cette “faute fondamentale” et civilisationnelle qu’est l’euro, par... excellence “monnaie technique”. Depuis un moment déjà, la presse insiste, chiffres à l’appui, sur la pauvreté qui touche désormais la moitié des Grecs et ceci au moment même, où Yannis Stournaras exige “la levée nécessaire des derniers obstacles d’ordre juridique”, et qui empêchent pour l’instant la saisie de la résidence principale pour dettes. “Sinon, les banques perdront toute leur crédibilité et le système s'effondrera”, affirme-t-il. Décidément, la question, ou plutôt l’aporie, n’est guère économique, mais civilisationnelle.

vendredi 16 août 2013

“Ladri di biciclette”



Nous observons médusés toutes ces dernières mutations ahurissantes autour de nous. Fatalement, nous nous observons aussi. De toute évidence, la “crise” c’est du sable mouvant. Et nous ignorerions à son propos, le poids que notre société pourra encore supporter. Depuis mercredi dernier dans les quartiers ouest d’Athènes, la présence policière est très visible, suite à la mort de Thanasis Kanaoutis âgé de 19 ans. Sans ticket valide, il avait sauté ou il a été poussé du trolleybus après avoir subi la violence physique et verbale du contrôleur et peut-être du machiniste. “Nous sommes tous chômeurs dans ma famille...” auraient été ses derniers propos d’après certains témoins. Depuis, et sur les murs du quartier, les graffitis qui apparaissent ne portent qu’un seul message: “Vengeance”. Des machinistes sur la ligne cette même ligne 12 du trolleybus ont été aussitôt agressés d’après le porte-parole de leurs syndicats, N. Xydakis joint par les journalistes de la télévision “SKAI” par la suite.

lundi 12 août 2013

Sabordages



La Grèce prépare activement son 15 août, et aux dires de tout le monde se prépare aussi, à “ce qui arrivera en septembre”. Les rues d’Athènes sont de plus en plus désertes cela devient enfin perceptible, sauf que rien ne se répète plus à la manière du passé. Même pas l’histoire. Le voisin d’en face qui ne part pas en vacances non plus s’occupe de son grenadier qui penche sous le poids de ses fruits, les boutiques, les brasseries et même certains kiosques sont fermés pour cause de congés annuels. Aux fermetures définitives, s’ajoutent celles du mois d’août, la saison se superpose ainsi au temps qui fait. Cette drôle de première guerre géoéconomique du 21ème siècle ne fait que commencer, on le sait désormais... mais en Grèce, nous serions en vacances.

mercredi 7 août 2013

Figues et raisins



En cette saison, les figues apparaissent enfin sur les étalages des primeurs ou sur les charrettes des marchands ambulants. Sur les étals du marché central, le poisson est abondant sauf que nous préférons attendre plutôt la dernière heure, c'est-à-dire vers 15h, pour en acheter à moitié-prix. L’été pour une fois demeure entier, Athènes se vide peu à peu mais plus complètement, tandis que sur le Lycabette, les nombreux touristes s’avouent toujours si émerveillés du panorama qu’offre sur Athènes, cette colline, point culminant de notre ville.

vendredi 2 août 2013

Amorgos et la dignité



Depuis un moment déjà, notre pays plonge pour de bon. Certains analystes d’ici et d’ailleurs nous annoncent même le pire pour la dite rentée. D’ailleurs, depuis cette semaine, les listes contenant les noms des fonctionnaires qui seront licenciés circulent officiellement, entre les ministères et la sphère Internet. Donc c’est fait. Athènes se vide toutefois relativement, et quant à Amorgos, l’île du très grand bleu, elle plonge à sa manière depuis quelques jours dans la tristesse. L’archipel du pire, alors on y est. Un retraité, habitant d’Arkesini d’Amorgos s’est en effet suicidé mardi 30 juillet au matin. Il n’aurait pas supporté le licenciement de son fils, musicien à l’orchestre symphonique de la radiotélévision publique ERT. À Arkesini, petit hameau au sud-ouest du chef-lieu appelé Chora, et comme ailleurs sur l’île c’est le choc.

lundi 29 juillet 2013

L'hétéroclite



En ce moment sur le marché historique d’Athènes les touristes se mêlent aux autres badauds du dimanche. Jusqu’à la bousculade. L’hétéroclite connait ses heures de gloire, on en vend partout et même à la sauvette. Car, à part les récupérations de toutes sorte, on sait aussi que de nombreux objets et ustensiles volés dans l’agglomération, y trouvent également leur... aboutissement, pour ce qui tient de la gestion... de leur chaîne logistique. Pas loin, du côté de certaines galeries, on suggère alors que l’art côtoie la crise sans rougir, tandis que par un certain goût pour l’hétéroclisme et pour l’inédit... la carte postale, ou plutôt son concept, devient... souvlaki, autrement-dit, “brochette à la grecque” pour ces excursionnistes.

vendredi 26 juillet 2013

Au pays des ellipses



L’été hélas ne changerait pas grand chose à nos syllabismes, à ellipse et à répétition depuis déjà trois ans. L’ellipse, c’est à dire “le manque” en grec, qui n’est plus qu’une figure de style. Stergios l’électricien, venu réparer une petite panne dans l’immeuble d’en face l’autre jour en sait quelque chose. Une toute petite bricole en réalité, sauf que les locataires en avaient fait de cette affaire une priorité absolue: “On a beau changer les ampoules de la partie droite de l’entrée, toujours pas de lumière. Les cambrioleurs finiront par nous repérer, il faut dire que nous avons été victimes de vols par effraction à deux reprises et moins d’un an”. De toute évidence, Stergios n’admet plus les figures de style d’avant, sauf pour ce qui est de la qualité de son travail: “Nous avons été réduits à l'ellipse permanente. Les cambrioleurs sont d’abord les gouvernants et ensuite les escrocs internationaux. Les affaires vont très mal. L’épouse de mon associé s’est pendue il y a deux mois, elle ne voyait plus... le bout de l’ellipse. Désormais, ma femme s’occupe souvent aussi de leurs deux enfants. L’horreur”.

mardi 23 juillet 2013

Nuits d'Athènes


Manifestement, ce mois de juillet n’est plus comme les autres. En cet été 2013 nous nous éloignons alors bien davantage du passé. Et nous nous éloignerions même autant entre nous, certains liens deviennent plus distants, étant donné, que nos solidarités n’ont... plus rien d’automatique. Une certaine Grèce des côtes et surtout des îles, plus touristique que jamais, se détache à sa manière et jusqu’à un certain seuil déjà, du “sort commun” et des amertumes de la capitale. Récemment, et ceci durant le même jour, François Hollande et Jean-Claude Juncker ont visité l’île d’Ulysse en mer Ionienne à bord de yachts luxueux, sauf... qu’ils n’avaient pas choisi la même baie... preuve si l’en est que l’Europe est toujours grande, d’après le “Quotidien des Rédacteurs” daté du 23 juillet en tout cas, qui rapporte la nouvelle. Le titre de l’article est évocateur rien que par son apparente simplicité: “Vacances en Grèce”. On peut alors soupirer, notre pays, bien qu’occupé par les... seigneurs Sith de la dette demeure attractif, ceci explique peut-être cela.

jeudi 18 juillet 2013

Dans une colonie


Sur son fauteuil roulant, Stélios Kymbouropoulos donnait déjà le ton, la lettre et surtout l’esprit du courage et de la l’indignation, cette dernière transformée en amertume deux ans après la place des “Indignés”. C’était mardi 16 juillet au soir, place de la Constitution. Stélios, psychiatre talentueux ayant exercé à l’hôpital Attikon et handicapé, aime de toute manière le contact de la sociabilité. Pour ce mardi soir, il avait même suggéré aux manifestants d’apporter des bougies, pour les allumer à temps lors du rassemblement, “comme si c'était une fête d'anniversaire”, nous dit-il.

lundi 15 juillet 2013

Herr Schäuble chez les imbéciles, les idiots et les vulgaires


Ainsi soudainement, le néant idiot rend l’âme si folle, écrivait il y a déjà un moment notre poète Yorgos Sarandáris. “Antonis Samaras, Yannis Stournaras et Pandelis Kapsis sont des imbéciles, des idiots et des vulgaires”, déclare depuis Paris le réalisateur Roviros Manthoúlis dans une interview accordée à l’hebdomadaire “To Khoni” du 14 juillet, s’agissant toujours et encore de la fermeture de la radiotélévision publique ERT, et tout autant de “l'invention” de la nouvelle “Régie”. Sauf qu’en Grèce de l’été 2013, le néant idiot gouverne, et le ridicule finit par tuer.

vendredi 12 juillet 2013

Toujours le dimanche


Il était grand temps déjà. En ce juillet 2013 la réalité dépasse et de loin les pires cauchemars de “l'autre temps” et pour tout dire... d’un certain anthropospécifisme. Sissy, notre amie ainsi que grand témoin ayant participé à l’aventure du film documentaire “Khaos”, commence tout juste à réaliser ce que les scénaristes du primo-mémorandum avaient déjà visualisé. S’agissant évidemment du découpage et des autres éléments du tournage. “Je croyais que mon poste d'enseignante obtenu sur concours, relèverait de l’immuables, et ceci finalement quoi qu'il arrive. Eh bien... je constante que non. Mon amie Anna effondrée, vient de me téléphoner. Son nom figure sur la liste, elle perd son poste. Elle connaîtra alors le chômage comme tout le monde”. Voilà pour le dernier numéro de la séquence. Sissy, Anna et tant d’autres sont bel et bien dans le film.

samedi 6 juillet 2013

Ogres d'Athènes


Nous nous enfonçons dans les profondeurs de la “crise”, seulement sous un soleil radieux et de ce fait radical. Les apparences sont ainsi sauves car prétendument bien légères. Les représentants de la Troïka sont à Athènes pour “négocier” et on évoque déjà la suppression de toutes les polices municipales du pays. Devant “leur” ministère, de nombreux agents ont alors conspué les Troïkans, puis, ce fut le silence... des agneaux, jusqu’à la prochaine fois. Notre fatigue déjà, ainsi que le courage visiblement égaré des gauches du pays, feraient de notre nouveau régime politique, le “meilleur” despotisme du monde finissant. Et c’est le... monde qui serait finissant, plutôt que le despotisme.

lundi 1 juillet 2013

Greek souvenirs


En un an seulement, notre pays s’est transformé en cette nouvelle planète des singes au Sud-est européen. Sauf que contrairement au récit de Pierre Boulle, les “singes” de la forêt troïkanne seraient plutôt des espèces dominées, abruties et sidérées. Les élections de 2012 sont déjà loin, très loin même, ainsi notre humanité se réduit jour après jour à un état animal, comme on se le dit alors souvent, ce qui relève déjà de l’euphémisme. L’immense... rapport forcé, exercé sur la société que constitue la politique du mémorandum durable, finit par transformer tous nos liens, du reste bien précaires, en... sociabilité anthropophagique. Heureusement dans un sens, qu’à défaut d’autres résistances efficaces, une certaine prise de distance vis-à-vis des événements, ou sinon l’inconscience tout simplement, nous permettraient de tenir encore. Sinon, c’est par habitude que nous tenons, mais aussi grâce à l’été.

jeudi 27 juin 2013

Le tricot de la Destinée


Décidément, nous flottons dans un espace virtuellement fatidique. Le “nouveau gouvernement” a prêté serment mardi 25 juin, la presse d’hier en faisait déjà sa Une, sans pour autant attiré davantage les regards que d’accoutumée. Déjà, au soir du lundi 24 juin nous avions assisté à un de ces moments agités, dont le monde usuel et usé des médias habituels en raffole, s’agissant des dernières tractations du “grand instant” prétendument politique. Les journalistes sur Real-FM, ou ceux des chaînes de télévision Méga et ANT1 ont ainsi dramatisé l’insignifiant... à outrance. Günter Anders aurait dit à leur propos que manifestement, “ils tricotent les destinées de notre monde fantôme” sauf que l’histoire, et d’autant plus cette dernière histoire purement et politiquement fictive, nous abuse au point que nous croyons en être les véritables témoins, les véritables acteurs et même les véritables victimes.

vendredi 21 juin 2013

AmERTume


Le soi-disant drame politique du jeudi soir aurait pris fin ce vendredi matin. La nuit la plus courte s’achève sur un rien encore trop long. Antonis Samaras dans son allocution de minuit, a précisé “que nous ne retomberons pas dans nos pêchés du passé, les reformes se poursuivront d’ailleurs sans relâche”. L’esprit d’un certain Protestantisme ainsi que celui du méta-capitalisme très certain, triompheraient alors. ERT appartiendrait déjà à la mémoire collective et sa survie, en somme relative, ne serait que très provisoire. Et au petit matin, la dite Gauche démocratique, le parti de Fotis Kouvelis a quitté le gouvernement, découvrant post mortemtoute l'imposture démocratique dans la gestion du dossier ERT, un problème qui n’est pas épidermique”, telle fut la déclaration, si profondément nocturne, de Fotis Kouvelis.

mardi 18 juin 2013

Apparences trompeuses



C’était hier, lundi matin, que nous avons découvert la première piraterie saisonnière de la semaine, à savoir l’émission du signal NERIT, par la plate-forme numérique privée Digea. Car c’est sous l’acronyme NERIT, c'est-à-dire “Nouvelle Radiotélévision Grecque et Internet”, que devrait naître par “césarienne politique” autant que par “césaropapisme mémorandaire” du ministre de l’Économie, ce groupe audiovisuel censé succéder à notre vieille ERT. Sauf que le... solide préfabriqué de la Troïka et d’Antonis Samaras vient d’être partiellement sanctionné hier 17 juin soir par le Conseil d'État, la plus haute juridiction administrative grecque, laquelle a annulé “de manière temporaire” la décision du gouvernement, et ordonné la réouverture de l'ERT jusqu'à la constitution d'un nouvel organisme audiovisuel public.

samedi 15 juin 2013

En avant lente



La démocratie, c’est d’abord la conjoncture joyeuse et émouvante. Et si possible en plus, une civilisation dont le faisceau de circonstances participe pleinement à la construction du fait politique. Depuis déjà la cinquième journée consécutive, des centaines d’employés poursuivent l’occupation du siège de l’ERT à Agia Paraskevi. À part l’immense manifestation permanente de soutien, ce rassemblement se transforme également en un grand événement culturel. Ainsi, l’orchestre de la radiotélévision publique grecque a donné un concert plus qu’émouvant, durant plus de six heures vendredi 14 juin au soir. Oubliant les crispations ou les tristesses, une partie de la Grèce au moins, retrouve sa conjoncture joyeuse, et ce n’est pas rien, indépendamment dirions-nous, de toute portée politique immédiate.

jeudi 13 juin 2013

Les ondes de la guerre



Depuis ce jeudi matin la foule qui entoure le bâtiment de la radiotélévision publique ERT est immense. L’avenue Mesogeion est fermée à la circulation, la pluie tombe par intermittence, et les milliers de manifestants se disent fort déterminés. Suite à l’appel à la grève générale lancé par les principaux syndicats grecs, du privé et du public pour protester contre cette mise à mort, cette journée de mobilisation se transforme également en une journée... de la guerre des ondes.

ERT. Le personnel continue de diffuser...

EBU (European Broadcasting Union): Moniteur ERT en ligne

Version mobile

ERT. Le personnel continue de diffuser de leur studio et la radiodiffusion en streaming peut être suivie sur la page d'accueil du site EBU.

L' EBU accède aux flux et les retransmet par satellite pour donner au public de l'Europe un service d'accès aux médias et au contenu des nouvelles de l'ERT.


EBU - UER (European Broadcasting Union - Union européenne de radio-télévision)


Requiem



Il y certains événements dont la portée peut aussitôt s’avérer incalculable. Dans ce sens, nous serions déjà sortis de l’économisme et peut-être bien de sa mécanique hors-pair au service d’une dictature implacable. Tel est d’ailleurs le sujet du jour depuis avant-hier, “finalement notre régime est bien plus dangereux qu'une dictature, car nos tyrans portent toujours cette robe déchirée de la Démocratie”, disait une jeune femme dans un café athénien situé près d’une clinique et s’adressant au gérant de l’établissement. Le silence ainsi imposé aux radios de service public ainsi qu’à ses chaînes de télévision est d’abord ressenti comme un manque, une perte, voire une disparition. Une disparition mais qui s’ajoute à tant d’autres depuis l’instauration en Grèce depuis 2010, de ce régime politique bien particulier, car “légitimé” par le trauma perpétuel.

mercredi 12 juin 2013

Mort subite



La “mort subite” de la radiotélévision publique ERT, provoquée par le gouvernement “grec” a été annoncée ce mardi 11 juin à 17h20. Ce même soir vers 22h, le ministère de l’Économie dans un communiqué a précisé “que la société ERT n'existe plus. Désormais, et en attendant la mise en place de la nouvelle structure, son successeur n’est autre que le ministère de l'Économie. Toute émission doit alors cesser à la fin du programme de ce soir minuit. Toute infrastructure doit rester intacte”. La Troïka est à Athènes, sa “gouvernance” surtout.

jeudi 6 juin 2013

No signal



Le quotidien de la dite crise, deviendrait presqu’un insoluble nœud gordien. Sur-le-champ, notre société émet des signaux bien contradictoires. Tout y est, tout s’y retrouve pêle-mêle, car nous croisons chaque jour et à chaque coin de rue, pratiquement toute la palette des destins individuels et collectifs dans la précarité du moment. Sur le port du Pirée jeudi matin, les navires desservant les îles de l’Égée avaient presque pu appareiller comme par “temps normal”, et seuls certains marins évoquaient encore dans leurs discussions au café de l’embarcadère, la mobilisation de la veille. Quant au vieux Agios Georgios, ce “Ro-ro/passenger ship” de 1972, amarré depuis mardi soir, il ne reprend visiblement sa traversée vers Sifnos, Serifos et Milos que ce vendredi.

mercredi 5 juin 2013

De la souillure



Parfois, certains mirages nous viennent d’assez loin. “Jour après jour, les événements dramatiques qui nous traversent finissent par incarner tout simplement la vie. Ce qui est grave se mêle à l'insignifiant et au bout du compte, à la médiocrité la mieux incarnée par notre temps, et d’ailleurs, dans toute sa splendeur. Nous poursuivons alors tous, cette quête sempiternelle dans ce que l'homme produit de plus social, mais à ceci près: au lieu de revendiquer un toit, un voyage, ou une excursion, nous revendiquons plutôt un morceau de pain. Mille et une remarques, et autant de réflexions traversent chaque jour mon esprit, et j’aurais certainement pu les annoter sur ce carnet, sauf qu’elles disparaissent dans l’oubli, au beau milieu de l’insignifiance de tant d’événements quotidiens”.

dimanche 2 juin 2013

Gens Tristes



Au soir du mercredi 25 mai 2011, le poète Yannis Varveris avait déjà salué ses amis dans un café à Halándri près d’Athènes. Il prit un taxi qui l'emmènerait chez lui au centre-ville, au numéro 51 de la rue Homère. Alors qu'il était assis sur la banquette arrière et que le véhicule roulait lentement à cause de la chaleur, personne n'a remarqué le moindre bruit. Yannis a dû certainement se rappeler de son poème: “En galopant dans un taxi”, et peut-être même chuchoter ses derniers versets. Il a dû penser surtout, que rien n’est accidentel.

mercredi 29 mai 2013

Idéodromes de la crise



La presse du dernier moment se focalise sur le retrait du projet de loi-cadre “antiraciste”, avant même qu’il ne soit déposé. La Nouvelle démocratie craignant l’influence de l’Aube dorée, déjà si évidente en son sein, a vite montré “ses” limites car elle abandonnerait finalement la partie, tandis que les deux autres “formations restantes”, et de toute évidence cosmétiques, le PASOK et la dite Gauche démocratique, se sont montrées outrées, laissant apparaître leurs limites à travers l’insignifiant. Et on apprenait ce mercredi matin du 29 mai, que ces deux “formations” s’apprêtèrent à déposer une proposition de loi allant dans ce sens très prochainement. La Gauche radicale s’indigne, puis, quant à la société et pour ce qui est de ses limites, elles demeurent toujours mystérieuses. Sauf qu’entre-temps, et on vient de l’apprendre également, le gouvernement prépare une loi dite “d'encadrement et de délimitation du droit de manifester”. Courants et vents dominants d’une époque visiblement dominée par ses zones d’ombre.

lundi 27 mai 2013

Temps caricatural



De retour à Athènes depuis les pays centraux du continent, on sent alors le futur si proche et saisissant, s’agissant bien entendu d’un bien autre futur qui s’y prépare. Déjà que les grands médias continentaux, ainsi que le meilleur de la doxa ambiante ignorent désormais “nos” affaires, disons grecques. Le temps ne ment pas du côté d’Athènes, un policier vient de se suicider ce lundi dans les toilettes de son aéroport international, tandis que sur certaines affiches on peut lire à propos d’un spectacle déjà désuet car datant de plusieurs moins: “C'est en tant que pays que je meurs. Le passé, le présent et le futur d’une société qui s’effondre”. Ce qui n’est pas de l’avis de tout le monde, et fort heureusement.

lundi 20 mai 2013

Plan B



L’été grec offre parfois encore ce faux goût d’invulnérabilité généralisée, comme dans une démocratie de masse bien trop mûre. Ce n’est qu’un goût certes agréable, et de ce fait “toujours bon à prendre car déjà, nous n’avons plus froid dans nos appartements”, aux dires des athéniens et des autres habitants du territoire helladique, surtout en ce temps des pénombres historiques avérés. D’autres, prétendent que de nombreux citadins auraient définitivement quitté la ville pour nos campagnes ou pour nos îles à l’instar des voisins de palier, qui bien que propriétaires de leur appartement, ont quitté Athènes pour Chios, leur île dont ils sont originaires.

dimanche 19 mai 2013

Café décroissance



Café décroissance à Lausanne, “Grèce: Décroissance de masse ou effondrement ?”
Invité: Panagiotis Grigoriou

Il y a trois ans, un jour de mai 2010, le gouvernement grec annonça son défaut sur sa dette et la Troïka (FMI, UE, BCE) fit irruption dans la vie quotidienne des grecques. Des experts furent envoyés et mirent le pays sous leur tutelle. La recette appliquée est connue et longuement éprouvée dans de nombreux pays du “Tiers-monde”: privatisations et coupes budgétaires à tout va. Résultat: une décroissance brutale de 20 % et un effondrement économique digne d'un état de guerre.

samedi 18 mai 2013

Conférence au CRAPUL - Le militantisme en crise



Conférence au Centre de Recherche sur l'Action Politique de l'Université de Lausanne. “La crise grecque 2010-2013: effondrements, mobilisations et mutations sociales”.
Grigoriou Panagiotis (Historien et anthropologue) - Discutant: Olivier Fillieule.

jeudi 16 mai 2013

Sieste citoyenne




Ailleurs qu’à Athènes, les parcs et les jardins publics peuvent parfois favoriser la sieste... citoyenne, comme cette semaine, près de la forteresse à Trikala, dans la région de Thessalie. La Grèce peut alors s’assoupir, la “grève” des enseignants a tourné au fiasco, sauf que le gouvernement a déjà saisi l’occasion pour froisser la “Constitution” et pour en finir avec le droit de grève par la même occasion, le pire est toujours à craindre. Les syndicats enseignants quant à eux, après avoir tergiversé durant une petite semaine, se sont rendus à l’évidence: se mettre en grève en période d’examen pour les élèves, alors qu’on a déjà vu passer trois phases du mémorandum sans réellement réagir, c’est d’abord triste et surtout, cela prouverait la fin du syndicalisme institutionnalisé, issu du siècle précédent. Fin des classes.

lundi 13 mai 2013

L'heure du fantôme



En ce lundi 13 mai, les gros titres des journaux sont consacrés à la grève des enseignants, pressentie et non décidée, et néanmoins déjà interdite de fait, par la “réquisition préventive” des intéressés, “car une telle mobilisation en période d'examens scolaires, porterait attente à la paix sociale et nuirait de façon caractérisée à la santé publique”, d’après le décret du ministre Arvanitopoulos. Hier 13 mai à Chalkidiki, nos... aborigènes habituels, horrifiés par l’or et par ses exploitants venus d’Athènes et d’ailleurs déforester leur région, ils ont dû affronter une fois de plus, les unités plus spécialisées que jamais, de la police de notre régime méta-démocratique. Certains femmes même, affirment avoir été frappées par les MAT, les CRS grecs. C’est un tournant, dans la guerre à bas voltage menée contre les habitants, à Chalkidiki ou ailleurs en Grèce. Authentique... temps de chien.

vendredi 10 mai 2013

Chine nouvelle



Le premier Ministre du presque pays Antonis Samaras prépare son voyage officiel en Chine, prévu pour le mercredi 15 mai, au grand pays d’ailleurs, du milieu, et de Sun Yat-sen. D’après la presse du jour, les conseillers... samaritains sont déjà bien fébriles, ils ont dû enchaîner réunion sur réunion ces derniers jours pour ainsi “préparer” les mêmes arguments: “La Grèce est belle et attirante, elle offre des opportunités et, bientôt, elle ira même mieux”. Tandis que nos éditorialistes soulignent déjà “l'importance de ce déplacement officiel”, les caricaturistes et illustrateurs en profitent à leur manière pour proposer leur vision de l’événement. Ceux par exemple de l’hebdomadaire satirique et politique To Pontiki du jeudi 9 mai, ont imaginé un “Antonis Samaras chinois”, ou encore “la Grèce en petit chien tenu en laisse par son maître allemand, qui le présente ainsi au partenaire chinois”. Une autre caricature de l’hebdomadaire, représente la Grèce et toxicomane, tenue par la main par Antonis Samaras jusqu’au dealer du quartier qui n’est autre que l’U.E., allusion faite au versement de la tranche “d'aide financière”, accordée lors du récent Eurogroupe, car ici on utilise le terme “dose” pour définir chaque tranche de ce type. Sauf que la Chine semble bien trop lointaine pour la plupart des Grecs pour qu’ils y songent réellement, quant à la “dose”, elle évoque plutôt et par antithèse, notre ancien monde supposé mélodieux mais qui s’est définitivement englouti. La “dose” c’est alors et surtout un bruit, un bruit de fond, un vacarme même, désormais fondamental.

mardi 7 mai 2013

Île de Pâques



Sur certaines îles de la mer Égée le vent fréquent, puis les conjonctures et leurs érosions dont celles des habitants et des habitudes, jadis si justement décrites et analysées par les ethnologues tels que Margaret Kenna ou Bertrand Vernier, échapperaient quasiment et aux dires des insulaires, à la dernière des crises, la nôtre. Îlots pirates et terres d’exil en d’autres temps, toujours desservis par les traversiers des “lignes stériles”, autrement-dit, ces liaisons maritimes lentes et peu fréquentes. Il faut patienter désormais durant douze heures de voyage jusqu’au Pirée, au lieu de dix il y a encore trois ans, depuis cet archipel des géomorphologies alors immuables à l’échelle des hommes, aux paysages si âpres et aux démographies si exigües. On y vivrait prétendument même en autarcie... mais par-dessus tout et d’abord, d’un certain tourisme à la petite masse... critique.

mercredi 1 mai 2013

Fête du travail



Ce matin, les rues d’Athènes respiraient la normalité pour ne pas dire la banalité. En cette journée de la dite fête du travail... c’était décidément sa fête. Les boutiques étaient ouvertes, tout comme les banques, visiblement plus importantes que jamais, et seul le métro ne desservait que certaines stations centrales, “pour de raisons de sécurité et sur l'ordre de la Police, pour cause de rassemblements”. À pratiquement 30% de chômage officiel et après que le gouvernement ait décrété “le report de ce jour férié”, on ne pouvait guère s’attendre à mieux. Le travail n’est plus, et de ce fait, il n’aura plus besoin de symboles. Signe tangible de l’ère nouvelle et de fin de régime, l’après 1945 européen se terminerait quelque part entre 2010 et 2013.

dimanche 28 avril 2013

Prisons budgétaires



Souvent en Grèce, ce sont certains moments paisibles qui nous rappellent un passé encore trop récent. Comme ce vendredi matin du 26 avril, cet unique client sur la terrasse d’un bistrot du vieux centre d’Athènes. La météo déjà clémente, nous apprécions enfin l’appréciable pendant que les syndicats s’apprêtent à manifester Place de la Constitution pour le premier mai. Le gouvernement avait pris “soin” de transférer ce “jour férié” après Pâques, le dimanche 5 mai, mais en vain. Déjà en ce dimanche soir du 28 avril, les centrales syndicales, ainsi qu’une bonne partie de la gauche grecque, dont Syriza et le syndicat PAME -ce dernier étant proche du KKE, le parti communiste-, ont manifesté sur cette même place contre l’adoption, pourtant inéluctable, de la “grande loi coup de balai”, invariablement, mémorandaire et anticonstitutionnelle. Sans surprise, le “Parlement” a “décidé” autrement, rejetant la requête des députés Syrizistes. Le Mémorandum IV est en vue, comportant les “licenciements immédiats” tant attendus dans la fonction publique et bien d’autres... merveilles, et encore une fois, en un seul article digne d’un roman fleuve, et en une seule et unique “loi”. Le pouvoir législatif n’est que sa propre caricature en cette fin de régime.

mercredi 24 avril 2013

Nulle part



Nous sommes bien loin des “sociétés d'abondance originelle”, d’après Marshall Sahlins et s’agissant des chasseurs cueilleurs de jadis. À travers son essai relativement récent: “La découverte du vrai sauvage. Et autres essais”(2007), le grand anthropologue américain suggère aussi, que la vraie pensée et pratiques sauvages seraient peut-être celles du capitalisme occidental. Et ce temps de mémorandum (et du mémorandum 4) en Grèce et en Europe du Sud, serait indéniablement et tragiquement proche de la civilisation d’Erewhon, imaginée par Samuel Butler vers la fin du 19ème siècle. S’agissant évidement d’une anagramme de nowhere, c’est-à-dire, “nulle part”.

lundi 22 avril 2013

Plans travelling



Nous avons maintenant acquis la certitude que nous changeons définitivement de modèle politique et social. Ce sera ou presque, une émanation d’un certain passé remodelé dans sa variante la moins enviable, comme le pensent alors certains. Déjà, chaque fois que l’histoire se répète, le prix humain augmente, on peut donc s'attendre aisément au pire. Sauf que l’histoire ne se répète pas et que le pire est en gestation. Vendredi midi, le 19 avril, des retraités venus de toute la Grèce et répondant à l’appel de leurs organisations syndicales, ont défilé au centre-ville d’Athènes pour dénoncer la politique d’austérité et pour dire stop à la mise à mort économique qui concerne désormais toutes les générations du pays. “Nous, nous finirons bientôt... d'avoir mangé notre dernier pain. Malheur à vous autres, malheur à nos enfants et à nos petits-enfants, c'est surtout pour eux que nous sommes venus manifester”.

jeudi 18 avril 2013

Fraises de saison




Notre société émiettée, et sur la voie étroite de l’anthropophagie structurelle et structurante, remplira bientôt tous les critères de l’âge nouveau. C’est ainsi qu’à Manolada dans le Péloponnèse, des immigrés travaillant dans la production de la fraise... décidément de saison, qui ont osé réclamer leurs salaires impayés depuis six moins à leur patron néo-esclavagiste, ont été blessés, dont quatre grièvement. Les faits se sont déroulés mercredi 17 avril au soir, lorsque des hommes armés et chargés de superviser le travail des immigrés, ont ouvert le feu sur ces derniers. Les surveillants, ont utilisé des carabines pour disperser les travailleurs immigrés, deux cent personnes environ ainsi rassemblés réclamant leurs soldes. Temps de crise, aussi vécu et pratiqué via ses... authentiques rapports entre le capital et le travail, en passant par le racisme récurent, ce dernier, notons-le, n’aura pas attendu la crise pour agir... comme un grand.

mardi 16 avril 2013

Temps étriqué



La politique du mémorandum appliqué s’approfondie chaque jour davantage, d’où cette série d’extinctions en tout genre. Certes, la Troïka, “a trouvé une fois de plus un terrain d'entente avec le gouvernement”, et nous voilà alors rassurés... dans notre plus grande proximité avec le précipice individuel et collectif depuis bien longtemps dans ce pays. Les meurtres et les suicides se multiplient ces derniers jours, et ceci, malgré le beau temps comme diraient certains. Ce printemps 2013 est déjà si amère, évidement davantage que celui, électoral mais finalement trompeur de l’année dernière. Samedi matin, un cinquantenaire, chômeur depuis trois ans s’est immolé par le feu au beau milieu d’un carrefour fréquenté des quartiers nord de l’agglomération. Il est mort, hier, lundi midi 15 avril à l’hôpital.

vendredi 12 avril 2013

Glissements et glissades



Les glissements et les glissades de toute sorte s’installent peu à peu dans notre quotidien sous le régime de la Troïka. Ce qu’il reste des droits liés au travail est balayé, tout comme le travail, lui-même. Maria, 36 ans, journaliste au chômage rencontrée au centre d’Athènes cette semaine, s’apprête à quitter la Grèce pour le Qatar, son frère y est déjà depuis un mois: “Je n'en peux plus. Je vis actuellement en vendant mes biens, meubles, bijoux ou livres. Cette situation ne peut plus durer. Je n'ai plus envie de rien, ni lutter, ni manifester, ce ne sont pourtant pas les raisons qui manquent, mais avant tout, je dois m'assurer de ma propre survie, précise et concrète, c'est-à-dire, pouvoir me nourrir chaque lendemain. J’ai vu dans un reportage qu’à Thessalonique on embauchait pour un travail de bureau à mi-temps et le salaire proposé c’était 180 euros par mois. Il y a eu pléthore de candidats et le poste a été aussitôt attribué. Celui qui l’a décroché finalement, il s’est proposé pour 120 euros par mois. C’est ainsi que je réalise alors combien nous sommes déjà pulvérisés et réduits à néant, je vais partir”.

mardi 9 avril 2013

Les terrorismes de la crise



Nos nouvelles ne s’améliorent pas en ce moment. La météo athénienne redevient clémente mais c’est à peu près tout ce que l’on peut tirer du temps présent. Ce n’est décidément pas en ce mois d’avril qu’on osera enfin envisager sérieusement notre destinée. Et à notre place, “nos” visiteurs de la Troïka, œuvrent sans relâche pour nous préparer un avenir à la juste mesure du méta-capitalisme mutant, autrement-dit de l’aberration. Dimanche soir assez tard, c’était le 7 avril, les délégués troïkas n’étaient pas encore sortis du ministère des Finances, situé sur la dite “partie basse” de la place de la Constitution. Les caméras et les rares reporteurs attendaient paisiblement cette sortie pour en finir, de même que les policiers et autres hommes des MAT, les CRS grecs. Il n’y avait que les limousines blindées, garées devant le ministère qui interpelèrent finalement les regards des passants et encore. Au même moment, sur la “partie haute” de la place, des comités citoyens anti-mémorandum avaient organisé un rassemblement, et en même temps, “concert de résistance dans l'adversité” selon les organisateurs. Il n’y avait pas grand monde, sauf que les participants avaient le sourire, sous le nez des troïkas c’est peut-être un signe.

samedi 6 avril 2013

Au citoyen inconnu



Dimitris Christoulas s’est suicidé il y a un an, pratiquement jour pour jour, place de la Constitution. Il s’est tiré une balle sous un arbre anonyme, devenu depuis, un autre lieu de mémoire, à quelques mètres à peine du monument du soldat inconnu sur cette même place. Par un hasard de la micro histoire par ce gros temps anthropophage, je me trouvais place de la Constitution quelques minutes seulement après le suicide de Dimitris et ensuite, j’ai vécu directement cette traînée de poudre émotionnelle et symbolique, qu’a été la propagation de la nouvelle de bouche à oreille à Athènes et par les médias. Jeudi soir, ce 4 avril, à l’anniversaire de sa mort, des citoyens anonymes, pour certains d’entre eux issus du mouvement de Mikis Theodorakis, se sont recueillis devant ce même arbre, pas très nombreux il faut toutefois préciser, mais déterminés et entiers.

jeudi 4 avril 2013

Hestia



Nous nous enfonçons dans la crise à travers son développement décidément durable, nous tous, sauf cette composante du Démos plus aisée que jamais (?), celle des “beaux” quartiers de la capitale car en tout cas, elle devient trop visible aux yeux des autres. Et pour ce qui relèverait finalement de l’altérité observée, voilà que rue Voukourestiou récemment, deux députés (ou conseillers politiques) du gouvernement de la troïka de l’intérieur, très affairés et si énervés, n’arrivaient même plus à se retenir: “Il y en a vraiment marre de tous ces chômeurs mon vieux. Je ne veux plus perdre mon temps accroché au téléphone à vouloir joindre les ministres. Nous avons autre chose à faire que de nous occuper des chômeurs, pour soi-disant leur décrocher un job. Du n’importe quoi. Je vais tout laisser tomber à la fin de la législature pour partir à l’étranger, tu m’entends”. Voilà, c’est dit et c’est bien clair au moins.

mardi 2 avril 2013

greek crisis en .org & .fr



Annonce du nouveau site partenaire de greek crisis.

Traduit de l'anglais:

Depuis fin octobre 2011, l'ethnologue et historien Dr Panagiotis Grigoriou, fil conducteur du documentaire “KHAOS, les visages humains de la crise grecque”, a mis en place un blog, consacré à l'analyse sociopolitique et culturelle des effets de la crise économique en Grèce, par lequel, nous informe presque tous les jours depuis Athènes, sur les événements dramatiques qui s’y déroulent, et ceci en langue française.

Vu le grand intérêt suscité par son blog, greekcrisis.fr, et afin de pouvoir faire connaître la situation dramatique vécue par le peuple Grecs en ce moment à un plus large public anglophone, nous avons décidé de lui porter notre contribution par la création de ce nouveau site.
Ici, hormis les textes d'origine en français nous nous forcerons de traduire en anglais une partie ou si possible la totalité de ses articles.

Dans cet effort collectif hormis ma participation dans le domaine du conseil et du support technique concernant les deux sites, je me suis entouré d’un groupe d'amis et collaborateurs anglophones, principalement du département des études européennes de l'institut technologique de Tallaght à Dublin, Irlande.

D'avance, je tiens à les remercier, en espérant que leur participation ainsi que leur échange d'opinion, nous permettront peut-être un jour, de créer une meilleure Europe.

lundi 1 avril 2013

Liaisons stériles



De toute évidence (restante), nous serions encore un peuple de marins. Les poètes et les écrivains d’ici, ont trempé leurs mots plus d’une fois en mer Égée, avant de les restituer à nous, et aux autres lecteurs du vaste monde et de l’infaillible. Les îles de l’Égée ainsi que Chypre, ont ainsi inspiré, comme tant d’autres républicains des lettres, nos deux prix Nobel de littérature, Georges Séféris (1963) et Odysséas Elýtis (1979), et il serait absurde de penser que leur univers se soit fait par hasard. Parmi ces îles, de nombreuses destinations, y compris dans les Cyclades sont desservies par ces liaisons maritimes que depuis déjà longtemps, les marins, les armateurs, les autorités et d’abord les usagers, les surnomment alors “stériles”. Et ceci bien pour cause, s’agissant de lignes subventionnées et dont la fréquence ainsi que l’âge des bateaux ont souvent laissé à désirer comme on dit communément.

vendredi 29 mars 2013

Rues d'Athènes



La pluie fine qui tombait hier matin sur Athènes a rapidement laissé sa place au soleil, ainsi qu’à nos manifestants du jour, très nombreux: les étudiants, ayant répondu à l’appel des organisations de la gauche étudiante de la capitale et du reste du pays, politiquement situées entre Syriza et le parti communiste. Ces jeunes, s’opposent à la refonte mémorandaire des universités et de leurs filières courtes, devenues même trop courtes en ce moment et pour cause. Des générations entières en Grèce, à Chypre ou en Espagne seraient ainsi “perdues”, nous dit-on, tous ces analystes de la plus mauvaise presse depuis si longtemps en Europe. Une récente enquête universitaire, précise et documentée citée par le quotidien économique Imerisa du 28 mars, indique que plus de 150.000 diplômés ont quitté la Grèce depuis le début de la crise, et ceci, à destination de 74 pays et de 528 villes du très vaste monde... et de la très vaste crise alors !

mercredi 27 mars 2013

Euroguerre



Ce n'est pas une crise mais une guerre. On se le dit ici sans cesse dans la rue athénienne, sous le manteau déchiré des stéréotypes d'avant-hier soir. La garde-robe illusoire de l'européisme ne cache plus grand-chose des attentions de l'élite allemande, déjà en méditerranée européenne entre Chypre et le Portugal. “Über alles” et “Aux armes” sont des titres de la presse grecque d'hier, 26 mars et non pas du 29 octobre 1940.

lundi 25 mars 2013

Les portes de l’enfer



Les peuples de l’Europe ont assisté la nuit dernière à l’invasion de Chypre par d’autres moyens que les divisions blindées. Ils doivent désormais tenir compte de ce paradigme et obéir”, assure le journaliste Trangas sur Real-FM ce matin du 25 mars. Des manifestations quasi-spontanées et non médiatisées ont eu lieu dans toute la Grèce ce lundi, jour de fête nationale, en marge des défilés officiels. Les citoyens sont tenus à l’écart des manifestations officielles, d’abord parce que les unités CRS empêchent tout “contact” entre la “zone interdite” et le peuple et ensuite, parce que seuls les personnes invitées, munies d’un laissez-passer seront admises. De toute manière pour ce qui est de la fête, elle a tourné tellement court, surtout depuis la nuit du dernier Eurogroupe.

Nos boîtes



Nous attendons les nouvelles sur Chypre sauf que nous comprenons que l’essentiel semble être déjà accompli. L’essentiel bien provisoire, mais ce provisoire historique peut durer finalement longtemps. Anastasiadis et son ministre Sarris, sont des hommes politiques et “athlètes” avérés de la même discipline que Papandréou, il n’y a pas grand chose à espérer d’eux. Il s’agit de la course de relais, une épreuve disputée dans les compétitions officielles, mais en conclave, en excluant les peuples, après avoir dit (presque) le contraire, quelques semaines ou mois peu avant, c'est-à-dire lors des élections. S’il y a une énorme responsabilité des citoyens dans le processus tyrannique en cours, elle serait à identifier par là. Nous pensons alors beaucoup au destin de Chypre et au nôtre en ce moment, c’est dans l’air du temps presque ensoleillé d’Athènes, qui comme toute la Grèce et Chypre, se préparent drapeau en berne en réalité, pour la fête nationale du lundi 25 mars.

vendredi 22 mars 2013

“Les gangsters de l’Eurogroupe”



Décidément, la dite Union Européenne finira comme (dans) certains westerns, vraisemblablement dans l’imbroglio d’un temps historique pas si lointain. Entre-temps et déjà, le paradigme chypriote montre la voie à suivre, indépendamment même du résultat immédiat, d’ici là une petite semaine ou durant les prochaines semaines. Notre temps historique s’est considérablement densifié, “l’axe paradigmatique” des pays du Sud devient une réalité sur le terrain, d’abord pour ce qui relève de la cristallisation des représentations, ensuite à travers la place des peuples du Sud dans ce processus accélérée de la fabrication de l’altérité vis-à-vis des mentalités et des stéréotypes renouvelés depuis les pays du Nord et enfin, grâce, ou à cause des réalités économiques quasi-communes asphyxiantes, dans lesquelles ces peuples sont plongés.

mercredi 20 mars 2013

Chypre et fin… de l’euro




Les postes de télévision tous allumés à bord du ferry entre Syros et le Pirée et réglés sur un magazine d’information exceptionnel par sa durée et aussi par les circonstances du drame... heureux à Chypre, ont fini par lâcher la grande nouvelle: “le Parlement chypriote a rejeté le plan de l’Eurogroupe”. De nombreux passagers ont laissé éclater leur immense joie: “C’est bien fait pour ces Allemands et leur 4ème Reich qui règne sur l’Europe finissante. Les Chypriotes se sont montrés plus patriotes que nous, en tout cas, plus patriotes que nos politiciens vendus et dociles”, a lâché une femme d’un certain âge, tandis que deux jeunes hommes poussaient des cris de joie à n’en plus finir.

"Les postes de télévision tous allumés", le 19 mars

C’est vrai que d’Eurogroupe en Eurogroupe depuis trois ans, nous Grecs et les autres peuples au Sud de l’Eurozone nous nous sommes transformés en êtres déboussolés, dociles et surtout tristes. Cette immense joie a alors gagné les deux tiers des passagers du navire comme une délivrance. Seuls les voyageurs sceptiques, d’ailleurs sceptiques et inquiets de tout âge il faut dire, n’ont pas prononcé un seul mot. Psychologiquement (et indéniablement), ils ont été les vaincus de la soirée.

Ce matin à Athènes même climat. Devant le “Parlement” place de la Constitution les passants commentent la nouvelle, formant... enfin les cercles des citoyens retrouvés. Dans un café du centre la géopolitique populaire est à l’honneur: “Les Allemands sont nés pour initier des guerres et ensuite les perdre par les Russes. (Nous préférerons) mille fois les Russes, voire les Américains que les Allemands, c’est clair”. Nos radios rediffusent en boucle les déclarations de la rue et de la doxa chypriote (grecque): “Il n’y a que le svastika qui manque (aux institutions) de Bruxelles”, “Nous disons non au nouveau nazisme allemand, nous disons non à leur nouveau colonialisme, après avoir dit non à celui des Anglais” (reportage depuis les rues de Nicosie, Real-FM, le 20 mars).

"Fermeture des banques chypriotes". Ermoúpolis, le 19 mars

Yorgos Trangas sur Real-FM, le 20 mars, boit du petit lait: “Résistez, ne collaborez pas avec les forces occupantes allemandes, celles qui contrôlent nos ministères (...) N’obéissez pas aux lois mémorandaires (...) Ne l’oubliez pas, Schäuble est le nouveau Gauleiter de l’Europe (...) Le directoire de l’Euroland a tout fait pour imposer aux parlementaires chypriotes son dictat, comme en Grèce, sauf que cette fois-ci, ils ont perdu la partie. Il n’y a pas eu un seul parlementaire sur l’île pour dire oui mais en Grèce c’est différent. La différence c’est que Siemens et les services secrets allemands tiennent bien nos politiciens corrompus par la barbichette, tellement ils les ont engraissés par des pots-de-vin depuis des années (...) Les listes des noms existent, elles sont prêtes (...)”.

C’est alors depuis Chypre que l’hégémonie des élites allemandes (et de leurs alliés) sur la défunte construction européenne entamera sa descente aux enfers, voilà en tout cas pour la partie visible de l’histoire immédiate, car évidemment dans un monde déjà “funderiste” et bancocrate les enjeux sont certainement plus complexes. Ce qui est certain c’est que les politiques nationales reviennent en force, après la dissipation du brouillage européiste, savamment entretenu par certaines élites, mais pas par toutes les élites désormais. Quant aux gauches (ou “gauches”) européennes, elles devraient urgemment retrouver le bon dosage entre le devoir patriotique et la défense des intérêts des peuples, leurs peuples, surtout lorsque la guerre économique actuelle se transforme déjà en guerre contre les sociétés (classes populaires et classes moyennes) avant de prendre les allures d'une guerre sociale tout court.

"Les passants commentent la nouvelle...". Athènes, le 20 mars

Je pense d’ailleurs que les gauches européennes (et non pas européistes) n’ont guère plus que cinq ans devant elles pour se réveiller au risque de disparaitre, (et) au profit prévisible de l’extrême droite, nazillons de type Aube dorée compris. Et quant aux élites politiques et “para médiatiques” de l’Euroland, le temps est proche où elles devront expliquer (dans l’urgence) à leurs peuples combien les (bonnes ou mauvaises) politiques nationales existent bel et bien, sous le manteau déchiré de la mythomanie européiste.

Et pour preuve, ces déclaration sans langue de bois d’un parlementaire chypriote interviewé ce matin, le 20 mars, sur Real-FM: “Nous avons rencontré les représentants de tous les partis politiques allemands. Tous, mais vraiment tous, (nous) ont fait signifier, certes poliment, la même chose: ils souhaitent notre esclavage sous un nouveau joug néocolonialiste”, donc à Chypre au moins on le comprend, l’Allemagne parlerait alors d’une seule voix, ce que les Italiens, les Espagnols ou les Portugais finissent par comprendre également. On comprend également que les dix plaies d'Égypte ne frapperont pas les Chypriotes, ce qui ne signifie en aucun cas que la situation soit bonne, non elle est plutôt mauvaise, sauf que pour s’en sortir, on peut ne pas emprunter le sens unique de l’Eurogroupe et d’Angela Merkel.

Elefterotypia 20/03

Ce qui est clair tient également du retour flagrant de la géopolitique, ce que le “bourrage de crâne” européiste tente encore à dissimuler. Déjà, d’après l’économiste grec Costas Lapavitsas, professeur d’économie à la School of Oriental and African Studies, University of London, joint mardi soir par téléphone (Real-FM), “(...) c’est déjà le début de la fin de l’euro et de ses illusions et peut-être bien de l’UE (...)”.

On tourne alors une page en Europe. En géopolitique la seule morale existante (et jamais démentie par les faits historiques) c'est la loi du plus fort, “il n’y a de justice qu’entre égaux” écrivait déjà Thucydide. Et comme les Chypriotes sont petits, ils ont fait appel aux Russes, voilà pour les premières apparences en tout cas, car l’île possède des ressources naturelles immenses, ainsi qu’une place financière intéressante et jusque là juteuse. C’est justement ces deux richesses des Chypriotes que l’Eurogroupe sous l’impulsion des élites Allemandes et de leurs alliés a voulu hypothéquer à sa seule manière passant outre de la souveraineté des intéressés eux-mêmes. Sauf que les Chypriotes pensent qu’il devient préférable (pour leurs intérêts) que de ne pas ignorer la géopolitique et donc la Russie.

C’est ainsi que l’argumentaire que l’on découvre souvent en lisant la presse du vieux continent sur “l’immoralité de certains investissements russes” à Chypre et sur la “lessiveuse chypriote” perd toute sa pertinence si on se place du côté de l’analyse géopolitique qui elle, ne connait pas de morale autre que les intérêts et les alliances de circonstances, heureuses et parfois dramatiques. Ailleurs aussi on sait “lessiver”, Yorgos Trangas a même prétendu hier, le 19 mars, sur la chaîne Kontra-TV que “les banques allemandes sont les plus grandes lessiveuses d’argent salle en Europe, nous n’avons à recevoir aucune leçon de morale de leur part”, j’aimerais voir des journalistes si possible indépendants mener une telle enquête pour enfin comprendre, car Trangas ne cite pas toujours ses sources.

Place de la Constitution, le 20 mars

Ce qui ne veut pas dire que le modèle économique chypriote soit forcement durable et disons philosophiquement acceptable, sauf que ce n’est pas à Wolfgang Schäuble de décider à la place des Chypriotes, comme le faisait remarquer hier sur la chaîne Rik-1 (Chypre), un parlementaire. Joint aussi par téléphone, Yorgos Lillikas, candidat perdant aux récentes élections chypriotes (AKEL, gauche) a aussi rappelé l’évident (chaîne de télévisons Kontra-TV, le 19 mars):

“(...) Les Russes ont montré qu'ils sont concernés par notre problème et veulent y participer à sa solution. Non sans contreparties. Nous étudions la mise à la disposition de la Russie d'une partie de notre zone d’exploitation pour ce qui est du gaz naturel, (en liaison avec) la recapitalisation des banques chypriotes mais également (avec) l’aide des Russes pour ce qui est des infrastructures nécessaires à l’exploitation des gisements de gaz naturel. La partie russe pourrait également nous accorder un prêt de 5 à 10 milliards d’euros à 2,5%, tout cela est à l’étude (...) Tout un processus est en route pour que Chypre échappe à l’esprit et à la lettre du mémorandum, tout en restant fidèle à la défense de ses intérêts nationaux. D’ailleurs, les capitaux nécessaires sont plus petits que ceux prétendument annoncés et surévalués par les experts allemands et leurs alliés finlandais, il ne s’agit pas de 17 milliards (d'euros) mais de 5 à 7 milliards. Merkel (sic) ne doit pas ignorer la voix de Chypre, d’ailleurs ils ne peuvent pas nous faire expulser de l’Eurogroupe rien que par esprit de vengeance (sic).

"Non au chantage" - "Chypre a osé dire "non" à l'Allemagne". La presse du 20 mars

Cet esprit de vengeance des Allemands ne passe pas. Ainsi, nous comptons reprendre nos échanges et réunions (non officielles) entre responsables des pays du sud de l’Europe, il est grand temps. Nous devons revendiquer notre souveraineté, ce que Wolfgang Schäuble fait et dit, c’est du chantage, je note également que l’Allemagne devrait se montrer plus prudente car son comportement réveille en ce moment la mémoire tragique des autres peuples à son égard. Les Allemands doivent se rappeler que l’histoire ne s’écrit pas par un seul pays. L’Allemagne doit aussi savoir que la crise du Sud arrivera à sa porte et que son jeux géopolitique de la mise à l’écart de la Russie a échoué (...)”.

Chypre, un exemple à suivre”, écrit l’éditorialiste du quotidien Elefterotypia ce matin (20/03), c’est certain, la géopolitique et la politique sont de retour. D’où la panique chez les politiciens de la baronnie athénienne. Visiblement déstabilisés hier soir, les cameras les ont montrés sous le visage de la peur: “Nous avons dit que la position de l’Eurogroupe sur Chypre était intenable et injuste”, ont déclaré Venizélos (Pasok) et Kouvelis (“Gauche” démocratique), tandis que les députés Nouvelle démocratie dépêchés hier soir (19/03) sur les plateaux de télévision avaient le visage bien pâle, fin de règne ?

Entre-temps, la BCI a bien fait marche arrière et désormais, elle se dirait prête à “poursuivre le programme de financement de Chypre”... en attendant le “Plan B”. Des experts et émissaires chypriotes de haut rang sont dépêchés à Moscou (d’après les médias de Nicosie), tout comme le ministre d'économie, Mihalis Sarris, lequel en arrivant à Moscou, il a aussitôt démenti les rumeurs sur sa démission. Depuis Nicosie, des voix font connaitre les idées du moment et de l’instantané historique: “Mettre en place une sorte d’emprunt national non obligatoire, indexé sur la réalité des gains futurs de l’exploitation de notre gaz naturel, c’est une affaire de psychologie et de confiance entre nous, puis entre nous et nos autres pays partenaires. D’ailleurs, nous ne sommes pas fermés à d’autres participations mais sur la base des accords bilatéraux en non pas sur la logique de l’Eurogroupe. Des pays comme le Luxembourg pourraient participer tout en y trouvant leur intérêt... main certainement pas l’Allemagne je crois (...)” (télévision chypriote Rik-1, le 19 mars).

Café d'Athènes - 20/03

Nous avons l'impression que les experts de l’Eurogroupe ainsi que les conseillers de l’élite politique allemande (et de leurs alliés) ont largement sous-estimé le facteur psychologique, autrement-dit, ce... psychisme de masse réveillé par le choc provoqué par la déclaration de guerre de l’Eurogroupe fait à Chypre. Après l’autre choc des élections en Italie, la prochaine étape devient alors inéluctable. C’est une affaire de temps et de géopolitique et cela ne sera pas toujours “automatique” ni rapide.

Espérons au moins que le peuple chypriote sera... sauvé (comme tous les autres), et non pas seulement “leurs” banques. Même si ce n'est qu'une illusion, l’air (déjà doux) à Athènes est déjà plus léger, même si une certaine presse pensante, insiste toujours à comparer notre situation à celle de la République de Weimar. Je ne suis pas d’accord, je crois que c’est un court (?) XXIème siècle qui commence tout juste, et nous serions plutôt en 1914.

Les “certitudes” mémorandistes (“la seule voie possible c’est l’austérité”) sont mortes hier soir au profit... des incertitudes ouvrant enfin la porte au seul Chaos créateur et dramaturge. En somme, à l’histoire.

En mer Égée, le 19 mars




* Photo de couverture: Le “NON” chypriote (internet grec, le 19 mars)