mardi 29 mai 2012

« Adespotes »


Salamine 27/05/2012
Hier lundi, nos journalistes étaient en grève. Certes, sur internet les nouvelles ont circulé, mais au moins, durant une journée, nous avons connu un vrai répit. Après-tout, dans ce pays nous avons déjà assez vu et assez appris en si peu de temps. Et la suite c'est pour très bientôt, selon l'avis partagé par tout le monde ce dernier temps. Les sondages avouables nous apprennent que SYRIZA et la Nouvelle Démocratie seraient en train de se disputer âprement la première place. Pour l'instant, on réalise (lorsqu'on n'a pas perdu toutes nos facultés de raisonner), qu'il ne s'agit pas de la place du conducteur, mais de l'autre à ses côtés, considérée aussi comme « celle du mort ». Jusqu'à prouver le contraire, le conducteur demeurera un autre, une Troïka, une Chancelière, une instance bruxelloise, ou étasunienne, qui sait ?

vendredi 25 mai 2012

« Xerxomanes »

Monument de la bataille - Salamine 24/05/2012
Décidément Salamine est à l'honneur ce dernier temps. On comprend pourquoi car il y a urgence. Pierre Khalfa dans un article paru au journal Le Monde (édition électronique du 25 mai 2012), souligne l'évidence historique de ce mai-juin 2012 : « (…) Avec ce vote, les Grecs sont en train de mettre de nouveau en œuvre ce que leurs ancêtres avaient découvert : face à ce qui était présenté comme inexorable, ils ont décidé par eux-mêmes. Le peuple grec a commencé à reprendre son destin en main. Jadis, Xerxès, roi des Perses, avait voulu punir les Grecs de leur insolence pour s'être révoltés contre sa domination. Aujourd'hui, la réaction de la plupart des dirigeants européens le rappelle étrangement. Des mesures de rétorsion ont immédiatement suivi le résultat des élections. Le FMI a remis à plus tard une nouvelle tranche de prêt à la Grèce, d'un montant de 1,6 milliard d'euros, qui devait être versée fin mai et l'agence de notation Fitch a abaissé les notes de long terme de la dette d'Athènes. L'annonce de nouvelles élections législatives pour le 17 juin a suscité des déclarations menaçantes. Le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, a ainsi déclaré à propos du Mémorandum : "C'est un programme d'aide préparé de façon très minutieuse, et on ne peut pas le renégocier." La directrice générale du FMI, Christine Lagarde a renchéri : "Si les engagements n'étaient pas tenus, il y a des révisions appropriées à faire." (…) C'est dire que la rupture de la Grèce avec les politiques néolibérales aurait un impact qui dépasserait très largement ce pays. Comme il y a 2 500 ans, les Grecs ont une nouvelle bataille de Salamine devant eux, mais l'ennemi n'est plus à l'extérieur de l'Europe, mais en Europe même, car ce sont les classes dirigeantes européennes qu'il faut vaincre. »

mercredi 23 mai 2012

Salamine


Vers Nea Peramos - 22 mai 2012
Pour se rendre à Salamine d'habitude on embarque à bord d'une navette rapide au Pirée, ou sinon, étant véhiculé, on peut aussi opter pour les petits ferries au départ de Perama. Ces « garages ouverts flottants » ont une capacité de transport d'une centaine de voitures chaque fois, sauf qu'ils ne se remplissent plus comme avant. La traversée durait dix minutes il y a encore un an, mais elle s'allonge de cinq minutes environ depuis l'été 2011, crise oblige. C'est à bord d'un de ces ferries durant une traversée par les eaux de la bataille navale historique, que le corps d'un homme a été découvert il y a une semaine. Un fait divers rare, mais qui ne passionne plus les foules. Salamine la bataille, non plus. Le port ancien, devenu cimetière pour bateaux sous le monument solitaire, tout comme son site archéologique, restent à l'abandon, il y a déjà un moment avant le Mémorandum.

lundi 21 mai 2012

Fluidités



"T'as besoin de combien d'euros pour te révolter ?" - Sur un mur, rue du Pirée 19/05/2012

Il y a de la fluidité dans l'air. Des mentalités, soit changeantes soit « définitivement » acquises se télescopent violemment. Les déclarations au G8, d'ailleurs médiatisées assez mollement en Grèce, ne semblent pas entraver la marche vers ce nouvel empirisme dans le nouveau goût politique grec. Les gens sont plus souriants, première conséquence... empirique, « je te le confirme, dans mon quartier aussi, à l'ouest d'Athènes, c'est pareil, on respire un peu, il y a de l'espoir », expliquait Manos, un enseignant, reconverti dans l'informatique bien avant le Mémorandum, rencontré ce matin. Nos représentations ont désormais de l'odorat, la politique redevient presque, une affaire de sécrétions humaines car nous la respirons à tous les coins de rue, sa circulation se fait désormais par les humeurs, la gestuelle et les mimiques des corps et des visages, les gens transpirent leurs arguments, nous vomissons une partie de nous mêmes (certains d'entre nous en tout cas); nous redevenons des animaux politiques, d'où l'imprévisibilité, vraiment de circonstance, « animalité » oblige. Sauf que nos chats et chiens errants, restent les plus imperturbables de tous les êtres demeurant chez nous.

vendredi 18 mai 2012

Temps de chien


Martin Schulz, sortant du Palais présidentiel, Athènes 18 mai 2012
Aujourd'hui, le temps à Athènes est maussade. La voiture de Martin Schulz est sortie du Palais présidentiel ce matin sous une pluie fine. Cet homme politique et Président du Parlement européen, passionné de livres et de social-démocratie a sans doute transmis un message à notre Président de la République usé, mais alors lequel ? Coïncidence (?), car ce même jour, Angela Merkel a téléphoné à Carolos Papoulias (tanea.gr). Martin Schulz, en sortant en tout cas, a répondu courtoisement au salut des policiers assurant la circulation et la sécurité autour du bâtiment. D'ailleurs, les mesures de sécurité n'étaient, ni draconiennes ni si exceptionnelles pour une fois, le Président de la seule instance de l'U.E., issue du suffrage citoyen direct, n'a visiblement pas grand-chose à craindre en Grèce.

Les journalistes, peu nombreux, ont attendu durant un long moment, la sortie de Martin Schulz sur le trottoir d'en face, ainsi ils ont eu le temps d'ironiser entre eux, sur l'emploi de la langue anglaise par Alexis Tsipras.

mercredi 16 mai 2012

La dette, la dot et la litote



Panagiotis Pikrammenos, nouveau Premier ministre (source : in.gr)
La « litote », est un terme très en vogue par les temps qui courent ; en grec moderne, il signifie « l'austérité ». Il était déjà question de litote avant le Mémorandum, mais depuis, la réalité a dépassé le cadre. Et pas qu'en Grèce. Comme en Italie, une personne de plus (un homme de 51 ans), s'est suicidé dimanche dernier en Béotie, un petit entrepreneur en « difficultés », selon le reportage. Mais à présent, les reportages sur les suicides ne font plus les gros titres. En tout cas, voilà encore un, parmi nos électeurs... définitifs, plus de deux mille, recensés par les statistiques de notre guerre en cours.

Hier mardi, j'ai reçu de nouvelles de saison, en provenance de la région de Volos (en Grèce Centrale), étonnamment tristes aussi : « Tu sais, mon cousin ici, le fleuriste, a vécu un enterrement très douloureux la semaine dernière, il a l'habitude pourtant. Rien ne va plus, tout se détraque. Antigone, une jolie femme, âgée de trente cinq ans, avait retiré toutes ses économies, jusque là restées sur un compte. Elle avait déjà échappé aux mafias locales qui de l'intérieur, se tiennent... professionnellement informées, car dans notre ville récemment, un retraité qu'avait retiré 250.000 euros de la banque, s'est fait cambriolé le soir même, des inconnus ont fait irruption à leur domicile pour voler cet argent.

lundi 14 mai 2012

Chambre avec vue : « l'Aube Dorée »


Thanassis Veggos dans un film de 1964 tourné à l'hôtel « L'Aube Dorée »

« L'Aube Dorée » était un hôtel légendaire au pays lumineux qu'était la Grèce des années 60, tout du moins pour les représentations collectives, car la réalité est souvent bien plus sombre qu'elle n'y paraît, à travers le miroir déformant de la mémoire. Situé sur l'île de Poros, l'hôtel s'est rendu célèbre par le cinéma populaire et commercial grec de l'époque, car certaines scènes inoubliables ont été réalisées dans ses locaux, et notamment, la comédie burlesque : « Bien mieux que Marlon Brando », entièrement tournée dans cet hôtel en 1964, mettant en scène le grand acteur comique Thanassis Veggos. Ce dernier, a incarné mieux que tout autre acteur de la période, l'archétype du travailleur-pauvre, face aux transformations de la société des années 1950-1960. C'est ainsi que Thanassis Veggos, fut le comique le mieux apprécié par le public grec, et ceci jusqu'à nos jours. « Allons-y tous à l'Aube Dorée » fut une phrase célèbre prononcée par Veggos, lors d'une séquence du film restée depuis dans les anales de la mémoire filmique populaire.

jeudi 10 mai 2012

Auditeur libre


Sur un mur - Athènes 9 mai 2012
« Je vous interpelle depuis l'île de Crète, je suis un agriculteur de la région de la Canée. J'ai toujours voté à droite et je me considère comme quelqu'un de droite. J'ai voté SYRIZA à ces élections et je revoterai SYRIZA, car Samaras, sa Nouvelle Démocratie et les autres, ont trahi. Je préfère immobiliser ma voiture et me déplacer désormais sur le dos de mon âne, plutôt que de céder devant chantage et l'esclavage imposés par l'Europe », (message d'un auditeur – radio Real-Fm ce jeudi matin).

Dans les cafés de la capitale on entendra difficilement autre chose. Tous les dieux du système bruxellois, pour ne pas dire du système-monde, nous tombent sur la tête. C'est intéressant !

mercredi 9 mai 2012

« Permanent Monitoring »



Mikis Theodorakis - photo Avgi.gr
Dans la rue, on peut désormais sourire au temps. Les mots planent partout, la moindre phrase devient significative, et surtout, elle sonne juste : «On les aura... », « Ils ont peur maintenant... », « Nous ne savions plus comment faire, mais nous trouverons le chemin.... ». Comme ces femmes, travaillant à l'accueil au sein d'une entreprise athénienne : « Il est temps de montrer nos dents à l'Europe ; il y a en a assez, mais nous n'irons tout de même pas sortir de l'euro, l'euro ce n'est pas mauvais en somme, non ? » La réponse, par une de ses collègues n'a pas tardé : « Qu'ils aillent se faire.... et leur euro avec, ce n'est pas le nôtre. Je travaille à temps plein pour 700 euros par mois déjà, et toi Dora, tu touches déjà moitié moins ». Et Dora le confirme : « Je viens d'être embauchée à temps complet pour 350 par mois, je le vois venir, tout le monde sera au même tarif... ». « Si c'est celui-là notre avenir, alors nous revoterons SYRIZA ».

lundi 7 mai 2012

Air libre


Bureau de vote - Grèce 6 mai 2012

« Respirez librement, respirez enfin librement, c'est la prise de la Bastille du bipartisme, l'effondrement du système collaborationniste du PASOK et de la Nouvelle Démocratie. Ce n'est qu'un début, les forces du Mémorandum, les forces de l'occupation ont été délégitimées par le vote du peuple. Nous avons résisté à la guerre économique et psychologique, nous n'avons plus peur du chantage, car le peuple grec sait désormais que les sommes prétendument prêtées à la Grèce dans le cadre des accords illégaux passés avec la Troïka, iront dans les poches de ces rapaces des marchés et aux banques. Nous pouvons désormais les menacer, et c'est aussi un message adressé à la chancellerie de Berlin. Le cobaye a bougé, il a crié, il a dit « Non ». Si finalement ils décident notre dynamitage, nous dynamiterons aussitôt toute la zone euro. Nos agents au Ministère de l'économie, vomissent chaque jour davantage la présence des contrôleurs Allemands au sein de leurs services. Les Allemands sont encore là, mais ils partiront par un vol direct Lufthansa, au départ de l'aéroport d'Athènes. Par la même occasion, tous les médias contrôlés par les armateurs ou par les promoteurs BTP, viennent de recevoir aussi une raclée historique, les peuple a préféré les ignorer. Il ont été délégitimés, ainsi que toute la politique du Mémorandum avec, bon débarras, la lutte continue. »

Voilà en résumé, la prose du journaliste Georges Trangas ce matin sur la radio Real-Fm. Trangas a bu du petit lait car l'histoire immédiate lui donne raison, sur la plus longue durée par contre, rien n'est encore certain.

dimanche 6 mai 2012

Cristallisation


Aux monastères des Météores - 5 mai 2012
Le vote se cristallise encore, jusqu'à la dernière minute, parait-il. Durant toute la journée de ce samedi, c'était la fête de la démocratie. Qu'elle soit boiteuse ou illusoire peu importe, c'est sa fête. « Les traîtres doivent payer, notre situation est intenable, c'est une honte, je suis retraité, j'étais éleveur, ma pension est déja réduite. Tu sais, c'est le PASOK qui est à l'origine de la chute, déjà, du temps d'Andréas Papandréou... eh finalement... je vais voter pour la Nouvelle Démocratie », pouvait-on entendre sur la terrasse d'un café, au centre ville de Trikala.

Mon ami S., l'instituteur, a changé d'avis aussi entre hier, et aujourd'hui :

samedi 5 mai 2012

Campagnes


Jusqu'à présent, et depuis bien des années, les élections n'ont jamais abouti à une quelconque redéfinition dans les principales options politiques en Europe. C'est pour dire et dans quelle mesure, ces « alternances » n'ont modifié que les accessoires ludiques d'une voiture, équipée toujours du même moteur ayant la conduite à droite, roulant en plus toujours à contre sens, sauf que ce contre sens s'est imposé comme étant le seul possible.

Mais le temps de la ludothèque se termine. Le nouveau monde est déjà là, et dans ses options, on croit encore pouvoir insérer « nos » grands moments électoraux. Pas si évident. Néanmoins, votons.

vendredi 4 mai 2012

Attentes


Militants SYRIZA sous l'Acropole - 3 mai 2012
Dernier jour aujourd'hui vendredi, de la campagne électorale... du jour dernier. Les partis politiques et les candidats aux législatives argumentent comme ils peuvent. Ceux, issus du bloc du Mémorandum font distribuer leurs dépliants et on les trouve souvent sur les pare-brises, aux côtés des réclames en promotion de nouveaux boutiquiers : « achat d'or » et « nettoyage de tapis ».

Les partis de la gauche préfèrent les places publiques, et ils y installent leurs kiosques et leurs banderoles. Nombreux sont les passants qui s'y attardent. Seuls les militants du parti LAOS (extrême droite « douce ») se sont contentés d'un parasol, décidément, le soleil de la collaboration au premier gouvernement Papadémos n'a pas arrangé le parti de Karatzaferis. Un vieil homme a installé une table pliante dix mètres plus loin, nouveau métier de la crise : vendeur ambulant, c'est aussi cela un message politique. Dans le même quartier, un seul chantier dans l'immobilier est en cours, seul depuis deux ans presque. Heureusement que la couronne du 1er mai est une coutume qui résiste. Sur une poubelle, un graffiti : « Votez ici ».

mercredi 2 mai 2012

Voie... royale



Chalutier - Golfe d'Eubée - 29 avril 2012
 Ce 1er mai 2012 il n'y a pas eu de surprise. Une mobilisation mitigée du côté des syndicats et des partis politiques de notre gauche divisée. « Ils n'ont pas fait gaffe durant toutes ces années nos grands syndicats : ils arrivèrent souvent main dans la main, côte à côte et tout souriant, le doigt dans le même miel, avec les politiciens du PASOK et de la Nouvelle Démocratie. Ils ont ainsi vendu leur accord sur bien de points, donc nous ne les croyons plus. Attendons les urnes et l'été... le soleil au moins... lui seul brillera », telle fut l'analyse de Manos, un ami... sympathisant (autoproclamé) d'Aristote.

Les divisions du « bloc progressiste » comme on disait jadis, le temps presque estival enfin de la journée d'hier, et les préoccupations liées à la campagne électorale ont considérablement réduit l'ampleur de la mobilisation des ex-travailleurs.